‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 27 sur 67 · RÊVERIE ET REGRETS · texte numérisé non relu

RÊVERIE ET REGRETS

Flambeau des nuits , astre plein de mystères , Dont la lumière est si douce mi malheur , Que j'aime à voir de ces bob solitaires Tes feux trerablaus percer la profondeur !

Quand tes rayons , à travers les nuages y Astre charmant, descendent sur les mers , Mon œil te suit ; et de mes jours d'orages Les longs ennuis me semblent moins amers.

Peut-être un jour , exempt d'inquiétudes , L'homme , affranchi des liens du trépas , Ira peupler tes belles solitudes, Et ses malheurs ne l'y poursuivront pas.

Ah I s'il est vrai qu'en ce monde paisible Les cœurs amis ne soient plus séparés...

Fuyons , mon âme ! ... Adieu , terre insensible ! Je vais revoir ceux que j'ai tant pleures...

M. J.-B. A. SouLii.

LA FILLE D'OTAITI.

Écoutez la jeune fiancée qui pleure parce qu'elle est délaissée.

( Ballade d'Arven. ]

« Oh ! dis-moi , tu veux fuir ? et la voile inconstante Va bientôt de ces bords t'eniever à mes yeux ? Cette nuit j*entendais , trompant ma douce attente , Chanter les matelots qui repliaient leur tente ; Je pleurais à leurs cris joyeux.

■ Pourquoi quitter notre île? en ton île étrangère Les cieux sont-ils plus beaux? a-t-ôu moins de douleurs? Les tiens , quand tu mourras , pleureront-ils leur frère ? Couvriront-ils tes os du plane funéraire Dont on ne cueille pas les fleurs ?

> Te souvient-il du jour où les vents salutaires T'amenèrent vers nous pour la première fois ? Tu m'appelas de loin sous nos bois solitaires. Je ne t'avais point vu jusqu'alors sur nos terres , Et pourtant je vins à ta voix.

» Oh î j*étais belle alors ; mais les pleurs m'ont flétrie. Reste, 6 jeune étranger, ne me dis pas adieu. Ici , nous parlerons de ta mère chérie ; Tu sais que je me plais aux chants de ta patrie , Comme aux louanges de ton Dieu.

» Tu rempliras mes jours : à toi je m'abandonne. Que t'ai-je fait pour fuir ? demeure sous nos cieux ; Je guérirai tes maux , je serai douce et bonne , Et je t'appellerai du nom que l'on te donne Dans le pays de tes aïeux.

» Je serai , si tu veux, ton esclave fidèle , ^

Pourvu que ton regard brille à mes yeux ravis ; Reste, ô jeune étranger , reste et je serai belle ; Mais tu n'aimes qu'un temps , comme notre hirondelle ; Moi, je t'aime comme je vis.

» Hélas î tu veux partir. Aux monts qui t'ont vu naître; Sans doute quelque vierge espère ton retour.

Eh bien , daigne avçc toi m'emmener , ô mon maître ! Je lui serai soumise , et l'aimerai peut-être , Si ta joie est dans son amour.

» Loin de mes vieux parens, qu'un tendre orgueil enivre, Du bois où dans tes bras j'accourus sans effroi , Loin des fleurs, des palmiers , je ne pourrai plus vivre, Je mourrais seule ici. Va , laisse-moi te suivre : Je mourrai du moins près de toi

» Si l'humble bananier accueillit ta Tenue , Si tu m'aimas jamais , ne me repousse pas.

Ne t'en va pas sans moi dans ton île inconnue , De peiu^ que ma]^une âme , errante dans la nue , N'aille seule suivre tes pas .... »

Quand le matin dora les voiles fugitives , En vain on la chercha sous son dôme léger ; On ne la revit plus dans les bois , sur les rives : Pourtant la douce vierge, aux paroles plaintives , N'était pas avec l'étranger.

M. V. HuQO*

CONDAMNATION DE EOXJlS XVI.

La monarchie &ançaise n'existait plus. Le descendant de Henri iv attendait à chaque instant que les régicides consommassent le crime y et le crime fut résolu.

De tous les serviteurs de Louis xyi, un seul était resté à Paris. Ce digne vieillard , le plus honnête homme de laFrance, de l'aveu même des révolutionnaires , s'était tenu éloigné de la cour durant la prospérité du mo narque. Ce fut sans doute un beau spectacle quedevoir M. de Malesherbes, honoré de soixante-douze années de probité, se rendre, non an palais de Versailles , mais dans la prison du Temple, pour défendre seul son souverain infortuné , lorsque les flatteurs et les gardes avaient disparu. De quel front les prétendus républicains osaient-ils regarder à leur barre l'ami de J.-J. Rousseau, celui qui , dans le cours d'une longue vie , s'était fait un devoir de prendre la défense de Topprimé contre l'oppresseur, et qui, de mêmie

( i45 ) qu'il avait protégé le dernier individu du peuple contre la tyrannie des grands , venait à présent plaider la cause d'un roi innocent contre les despotes plébéiens du faubourg Saint- Antoine. Ah ! il était donné à notre siècle de contempler le vénérable magistrat revêtu de la chemise rouge , monté sur un tombereau sanglant , et mené à la guillotine j entre sa fille , sa petite-fille et son petit-fils , aux acclamations d'un peuple ingrat , dont il avait tant de fois pleuré la misère. Vertueux Malesherbes ! vos mânes illustres habitent maintenant un séjour de paix. D'autres , plus heureux que moi , out mêlé leur sang au vôtre : c'était ma destinée de traîner après vous sur la terte une vie désormais sans illusions et pleine de r^rets.

Mais pourquoi parlerais-je du jugement de Louis XVI? qui en ignore les circonstances ? qui ne sait que tout fut inutile contre un torrent de crimes et de factions. Agis*, Charles et Louis pé-» rirent avec tout l'appareil et toute la moquerie de la justice. Laissons d'Orléans observer son roi et son parent , la lorgnette à la main , et

* Koi de Sparte.

( >46) prononcer la mort, à Tefliroi même des scélérats. Fions -nous^'eu à la postérité, dont la voix tonnante gronde déjà dans l'avenir ^ à la postérité , qui , juge incorruptible des âges écoulés , s'apprête à traîner au supplice la mémoire pâlissante des hommes de mon siècle.

Le fatal ai janvier r^j^ se leva pour le deuil éternel de la France. Le monarque , averti qu'il fallait mourir, se prépara avec sérénité à ce grand acte de la vie ^ sa conscience était pure , et la religion lui ouvrait les cieux. Mais que de liens il avait eu auparavant à rompre sur la terre! Louis avait vu son épouse , il ayait vu aussi sa fille et son jeune fils qui courait paitei les gardes en demandant la grâce de son père^ tant d'angoisses ne déchirèrent jamais le cœur d'un autre homme.

L'heure était venue. Le carrosse attendait à la porte. Louis descendit avec son confesseur* Il ne put s'empêcher, dans la cour , de jeter un regard vers la fenêtre de la reine , où il ne vit personne: ce regard-là dut peindre bien de la douleur. Cependant le roi était monté dans la voiture , qui roulait lentement au milieu d'un morne silence : Louis , répétant avec son confesseur les prières

( i47 ) 3es agonisans , savourait à longs traits la mort* Il arrive enfin à la place ou l'instrument de destraction était élevé à la vue du palais de Henri iv. Louis, descendu de la voiture , voulut au moins protester de son innocence : « Vous n'êtes pas » ici pour parler , mais pour mourir » , lui dit un barbare. Ce fut alors que l'on vit un des meilleurs rois qui avaient jamais régné sur la France^ lié sur une planche ensanglantée, comme le plus vil des scélérats , la tête passée de force dans un croissant de fer , et attendant le coup qui ^levait le délivrer de la vie ; et comme s'il ne fut pas resté un seul Français attaché à son souverain , ce fut un étranger qui assista le monarque à sa dernière heure , au milieu de tout son peuple. Il se fait un grand silence : « Fils de Saint-Louis , vous montez aux cieux » , s'écrie le pieux ecclésiastique en se penchant k l'oreille du monarque. On entend le bruit du coutelas qui se précipite.

M. le vicomte de CHÀTEAUBBZAiro.

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SUR LE DÉSIR DE LA GLoIRE MILITAIïfE

Tel qu'un fils de la terre , aux plaines de Sicile , Pour jamais accablé d*une niasse immobile , Exhale sa fureur en impuissans éclairs ; Tel mon coeur , écrasé d*ane oisiye existence ,

Se soulève » retombe , et lance - Une flamme qui briUc et s'éteint dans les airs.

La carrière est fermée à mon jeune courage ; En vain j'étends les bras , dans une aveugle rage , Vers ce but qu'ont atteint mes heureux devanciers : Aigle captif, en vain mon ardente paupière

Poursuit l'astre de là lumière , Qui darde autour de moi ses feux sur des lauriefs.

Que ne m'est-il donné , sur l'aile de la gloire , De diriger mon vol où l'injuste victoire M'appelle à secourir des frères expirans !

Ciel vengeur ! n'est-il plus d'opprimés sur la terre ?

L'aigle n'a-t-il plus de tonnerre ?

L'aigle n'est-il plus né pour frapper les tyrans ?

( ^^9) Les tyrans sont aux lieux où mourut Cynégire ; Où Tyrtée enfiamn^ait d'un immortel délire D'immortels bataillons , dignes de ses accords. Et moi y mes chants guerriers obtiennent un soturire !

Non y jamais les sons de ma lyre Ne seront applaudis sur des monceaux de morts,

Jamais ! est-il bien vrai ? quoi ! jamais un orage ! Soldat que l'olivier nourrit sous son ombrage ! Quoi ! jamais d'eonemis à mes regards offerts ! Un héros ignoré sur une illustre cendre

Pleurait au grand nom d'Alexandre , £t ces pleurs de €ésar ont conquis l'univers.

Mais moi, l'obsur devoir m'a surchargé d'entraves 9 Mon destin est rempli ; j'aurai chanté ces braves Que mon adolescence espérait égaler.

Le volcan qui s'éteint affaisse son cratère ,

Et je dormirai sous la terre Que mon bras aujourd'hui pourrait seul ébranler. M. Le comte Gaspard de Povs.

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