‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 28 sur 67 · L'AVEUGLE, OU LE CRIEURDU RHONE · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE, OU LE CRIEURDU RHONE

JELSOIE.

Om avait couronné la Vievge moisonneuse ; Le village à la ville était joint p«r des fleurs. La jeunesse et l'enfance y mêlaient leurs couleurs. Et le vieiUard riait d'une vendange heureuse.

Tout à coup le plaisir cessa ; Car c'est le feu follet qui s'éteint dès qu'il brille :

Et dans lV>mbre un long cri glaça

Jusqu'au chant de la jeune fille :

« Rendez , rendez l'enfant dans la foule égaré ! » Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré !

9 Son cœur est épuisé d'une torture amère ; » Sa clameur s'est changée en un silence affreux ; » L'enfant ne dira pas qu'il est bien malheureux ; » U ne prononce encor que le nom de sa mère, s » Quoi ! pas une voix ne répond !

» Ne l'avez- vous pas vu jouer sur le rivage ? » Hélas ! le Rhône est si profond , » Et l'on est si faible à cet âge !

» Rendez , rendez l'enfant dans la foule égaré ! » Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré I

» Ses cheTeux du blé mûr ont la couleur dorée ,

» Ses yeux sont noirs et doux, ses dents croissent encor;

> Ses pas abandonnés n'ont qu'un craintif essor ,

> Et de bhiets , tantôt , sa robe était parée.

» Vous pourrez Iç rencontrer nu , » Car souvent la misère a dépouillé l'enfance :

» Vous Taurez bientôt reconnu

» L'ange qui pleure sans défense. .

• Rendez , rendez l'enfant dans la foule égaré ! » Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré ! »

Le vieux crîeur se tut. De la morne assemblée Il attendit long-temps un mot , un seul.. . En vain î Les mères enchaînaient leurs enfans sur leur sein , Et de vagues frayeurs cette nuit fut troublée.

On dit qu'un mendiant passa , Coavot d'affreux lambeaux , à la marche furtive ,

Et qu'un jeune cri s'effaça

Dans l'air avec la voix plaintive : Rendez \ rendez Tenfsmt dans la foule égaré ! Pour l'appeler encor sa m^e a tant pleuré !

Madame DxsBO^LDES-yixjiiORK.

Page 1