‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 41 sur 67 · LA TOUR DE COIUDOUAN · texte numérisé non relu

LA TOUR DE COIUDOUAN

« Damoiselle du haut parage, » Délivré des fers du soudan , » Je vous apporte un doux message » Du beau Lois de Cordouan.

» Si le Seigneur daigne sourire » Aux vœux d'un amour mutuel; » Bientôt vous verrez son navire » Devant votre antique châtel. »

A ces mots , d'Élisène émue Le front s'est couvert de rougeur:

« Que Dieu bénisse ta venue , » Pèlerin ; tu ravis mon cœur !

* Une ancienne tradition, qui s'est conserrée parmi les liabitans du Yerdon, dans leBas-Médoc, adonné Vidée de cette roman oe.

» A la chapelle du rivage

» J*irai , pleine d*un saint transport ,

» De la Vierge invoquer Timage ,

» Pour qu'un bon yent le mène au port.

Et le lendemain , dès l'aurore , Élisène était à Tautel.

« O Vierge , c'est toi que j'implore !

» Guidelanefdudamoisel!

» Naguère dans la Palestine «Ha combattu pour ton Ûis :

» Étends sur lui ta main divine , » Et calme les flots ennemis ! »

Mais le jour fuit , la foudre gronde , Les vents mugissent , et l'éclair Lui montre une nef vagabonde Qui roule smr la vaste mer.

Que deviensotn , triste Élisène , Quand, à ses rapides luenrs , Tu vois flotter sur la misaine L'enseigné où brillent tes couleurs ?

Hélas ! vers la dame éperdue ^e bien-aimé tendait les bras , Lorsque la nef , des flots battue , Sur les rocs se brise en éclats.

Yaiiiement à Tonde en furie n cherche à disputer ses jours ; Aux yeux d*Élisène qui prie , La mer Teogloutit pour toujours.

Depuis , la Vierge en sa mémoire Nourrit de profondes douleurs ; • Et seule f dans son oratoire , Elle n'a de goût qu'à ses pleurs.

Enfin p succombant à sa peine Et soumise aux décrets du sort , A ses femmes la châtelaine Dicta ce testament de mort.

« Je veux que sur le roc funeste » Où mon amant perdit le jour , » Un phare désormais atteste p Et son naufrage et mon amour ; » Je veux qu'au milieu des tourmentes , » Guidant la nef prête à périr, 9 II préserve d'autres amantes .

» Du destin qui me fait mourir.

» Là f que ma cendre malheureuse » Repose au bruit de l'Océan , » Et que cette tour lumineuse » Porte le nom de Cordouan;

( «9» ) » Qu'un prêtre en suryeille les flamme»

» Avec un soin religieux , » Et toutes les nuits , pour nos âmes , a Élève sa prière aux cieux. »

Elle mourut bientôt : son ombre , D'un long voile traînant les plis , Vint s'assurer , dans la nuit sombre , Que tous ses vœux étaient remplis.

Souvent , au milieu des orages , Elle aime à suivre les vàisseadx , Et les marins de ces parages La nomment la Daçie des Eaux.

M. LOKKAlfOO.

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