‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 44 sur 67 · LA NEIGE · texte numérisé non relu

LA NEIGE

Qu'il, est doiK 9 qu'il est doiux d'écoéter des histoires , Des histoires du temps passé , Quand les. branches d'arbre sont noires , Quand la neige est épaisse et charge un sol giaoé ; Quand seul dana un ciel pâle ufi peuplier s'élaace y Quand sous le manteau blanc qui vient de le caecher L'immobile corbeau sur l'arbre se balance , Comme la girouette au bout du long clocher.

Ils sont p^ts efc seuls ces deux pieds dans la neige. Derrière les vitraux dont l'azur le protège , Le roi pourtant regarde et voudrait ne pas voir , Car il craint sa colère et surtout son pouvoir.

De cheveux longs et gris son front brun s'envirohne , Et porte en se ridant le fer de la couronne ; Sur l'habit dont la pouipre a peint l'ample velours L'empereur a jeté la lourde peçiu d'un ours.

Avidement courbé, sur le sombre vitrage Ses soupirs inquiets impriment un nuage.

Contre un mariire fra)>pé d'an pied appesanti , Sa sandale lomaine a vingt fois retçisti.

Est-ce tonlB, Uandie Ëaima , princesse de la Gaule? Quel amoureux fardeau pèse à sa jeune épaule ? C'est le pageÉginard, qu'à ses genoux le jour Sui^Mit sie dormant pas dans la secrète tour.

Doucement eon kras droit éir^Bt un cou d'ivoire,

Doucement soiï baiser suit une tresâe noi^'e.

Et la joue ndinée , et ce dos oà l«s lis

De rhermiiie entoorés êoat plus blancs que les plis.

Il retient dan»ifton cçevr une craintive haleiiie , Et de sa dame ainsi pense alléger la peine , Et gémit de «on poids , «t plaint ces faibles pieds Qui daat ses mai^ , ce soir , dormiront essuyés.

Lorsque arrêtée Emma vante sa marche sûre , Lève un front caressant , sourit et le rassure , D'ux^baistir mutuel iiB|>lox)»le secours, Puis repart «èwincelant €t traverse tes cours.

Mais les voix des soldats résonncht sous Ic^ toutes, Les hommes d'armes noirs en ont fermé les routes ; Éginardy échappait k ses jeanes liens , Descend des bras d'Emma qui tombe dans les siens.

C 23o ) tJn grand trône, ombragé des drapeaux d'Allemagne , De son dossier de pourpre entoure Oharleroagne. Les douze pairs debout sur ses larges degrés Y font luire l'orgueil des lourds manteaux dorés.

Tous posent un bras fort sur une longue épée , Dans le sang des Saxons neuf fois par eux trempée ; Par trois vives couleurs se peint sur leurs écus La gothique devise autour des rois vaincus.

Sous les triples pîliejrs des colonnes moresques |

En cercle sont placés des soldats gigantesques , Dont le casque fermé y chargé de cimiexs blancs ', Laisse à peine entrevoir, les yeux étinc/elans.

Tous deux , joignant les mains , à genoux stir la pierre. L'un pour l'autre en leur cœur cllerchant une prière , Les beaux enfans tremblaient en abaissant leur front , Tantôt pâle de crainte ou ronge de l'afffront. I

D'un silence glacé r^nait la paix profonde.

Bénissant en secret sa chevelure blonde , Avec un lent effort, sous ce voile, Éginard Tente vers sa maîtresse un dblique regard.

Sous l'abri de ses mains Emma cache sa tête , Et pleurante elle attend l'orage qui s'apprête ;

( 23l ) Comme on se tait encore , elle donne à ses yeux A travers ses beaux doigts un jour audacieux.

L'empereur souriait en versant une larme Qui donnait à ses traits une ineffable charme ; Il appela Turpin, Tévéque du palais 9'.

Et d'une voix très-douce il dit : Bénissez-les.

Qu'il est doux , qu'il est doux d'écouter des histoires , Des histoires du temps passé, Quand les branches d'arbre sont noires ,

Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé.

, M. le comte Alfeed de Yiovy.

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