‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 45 sur 67 · MÉLUSINE · texte numérisé non relu

MÉLUSINE

Qui n'a pas su de Mélusine Et les amours et les malheurs ? Lusignan ! tes murs en tuine Attestent ses longues douleurs.

C'est en vain <jn'à sa voix pubsante Furent asservis les enfers ; En vaiil sa beauté ravissante Avait mis de» roîs dans ses fers.

Le sort , qui sans choijc nous dispense Et nous retire ses faveurs , A tant de bien mêla df avance De secrètes causes de pleurs ; Mais , tandis qu'une loi cruelle Altérait sa félicité , Mélusine était mv modèle D'amour , de grâce , et de bonté.

Un jour que cette aimable fée Suivait d'un bois le frais sentier , Seul, assis au pied d'un trophée , Elle aperçut un beau guerrier ;

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C'était Raimond ^ vivante image Du noble comte de Forez, Jeune héros dont le courage Surpassait les mâles attraits.

Le voir , lui plaire , en être aimée , Partager son tendre tourment , Pour Tenchanteresse charmée ^ Ce fut l'ouvrage d'un moment ;* Mais , avant de serrer la chaîne Qui devait les unir tous deux , L'imprudente magicienne Dit a son esclave amoureux :

« O Raimond ! charme de ma vie ,

Espoir de ce cœur agité ,

Qui» c'en est fait , je vous confie

Le soin de ma félicité;

Mais , au sein des nuits les plus sombres ,

Quand je m'enfuirai de vos bras ,

Jurez-moi qu'à travejrs ks ombres

Jamais vous ne suivrez. n(ieA pas. •

£n proie à la plus douce ivresse, Raimond jura par son amour :

« Si jamais j'enfreia» ma promesse , Dit-il, quktez«iQoi sd^m retour. »

( 234) Â ces mots , un pouvoir magique L'enlève et le porte soudain Au fond d'un château magnifique Qu'elle avait bâti de sa main.

Sur les bords qu'arrose la Vienne S'élevait ce palais brillant , Dont le» tours dominaient la plaine Et les remparts de Lusignan ; C'est là que , d'un hymen prospère Élevant les doux rejetons , Ces époux y soigneux de se plaire , Du ciel épui aient tou$ les dons.

Dès que l'aurooe sur leurs têtes Rallumait ses timides feux.

L'amour , les tournois et les fêtes Partageaient leurs momens heureux ; Et la nuit , près de ces demeures , Des sylphes , portés dans les airs , De leur sommeil charmaient les heures Par de voluptueux concerts.

/ Cependant une humeur chagrine Se glissait au cœur de Raimond; Souvent il voyait Mélusine S'enfenner dans un noir donjon :

Personne alors n'osait la suivre ; Et f seul jusques à son retour , Le guerrier s'indignait de vivre, En proie aux tourmens de ramour.

Fuyant la couche nuptiale , Et de jalousie éperdu , Une nuit enfin , nuit fatale !

n pénètre au lieu défendu.

fiient6t une clarté douteuse L'attire vers un souterrain , Où y dans l'ombre silencieuse , Brûlait une lampe d'airain.

n approche , et sur la poussière n voit Mélusine à genoux ; tJn cercle , magique barrière , Arrête le guerrier jaloux.

Là , contre toute la nature , La fée en plaintes se répand ; Et des pieds jusqu'à la ceinture Devant lui se roule en serpent.

Raimond contemplait ce prodige , Pâle , et d'épouvante glacé ; Mais voici qu'un plus doux prestige Ranime son cœur oppressé.

A ses yeux Boffre une fontaine ; Mélusine s'arrête auprès , - S'y plonge , et recouvre sans peine Sa forme et ses premiers attraits.

 cet aspect qui le rassure , Confus y il veut quitter ces lieux ; Mais la fée a tu le parjure , £t y poussant un cri douloureux :

« Hélas ! il est donc vrai , dit-elle, En vain j'ai compté sur ta foi !

Baimond! Raimond! ton cœur rebelle N'a donc pu se fier à moi I

Maintenant, que de dia misère Le secret est en ton pouvoir , Oubliant que je te fus cbère , Sans dégoût pourras-tu me voir ?

Non , une si folle espérance Ne saurait entrer dans mon coeur ; Et ta jalouse défiance A renversé tout mon bonheur.

O toi , qui stul eus ma tendresse , Tu le sais , tu m'as dit un jour :

« Si jamais j'enfreins ma promesse , » Abandonnez-moi sans retour. »

£h bien , je t'obéis ^ perfide ; Reçois mon. éternel adieu. • Elle dit , et » dans l'ombre humide Disparait sur un char de feu,

£n Ift perdant , cette demeure Perdit tous se^ endtanteineBs ; Mais la fée aux fils qa'ell<$ pleure Garda ses premiers sentimens.

Contre le crime et le mensonge Elle arma lenrs yaillanted mains ; Et souvent eUe yint , en songe , Leur inspirer de grands desseins.

Bientôt sa vertu , son courage y Le secours de sou bras puissant , S'étendit ^ comme up héritage , A tous les fils du même sang ; Et , depuis , quand l'âge ou la guerre De l'un d'eux terminait le sort , Inconsolable messagère , Mélusine annonçait sa mort.

 l'heure où vers le toit champ être La nuit ramenait les ti'oupeaux , On voyait la fée apparaître , Debout y au sommet des créneaux.

Là y sous les habits du veutage , Dans Tûmbre elle poussait des cris ; Et ces cris étalent le présage • ,

Du malheur qui frappait ses fils.

Âujourd*hui , bien qae dans la plaine Le temps ait fait crouler ces tours ^ La mystérieuse fontaine , Sur ses bords , la revoit toujours :

On dit même qu'avant Taurore, A tous les regards échappant , Elle vient s'y baigner encore, Moitié femme , moitié serpent.

Et moi 9 qui déplore , comme elle , Un espoir lâchement trahi , Moi y qt^une maîtresse iifidèle Du plus tendre amour a puni ; Quand la giuit couvre la colline , A cette onde mêlant mes pleurs^ De la plaintive Mélusine J'aime à redire les douleurs,

M. S. Edmond Gé&jlud.

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