L'OMBRE D'ANACRÉON
Air de la Sentinelle.
Un jeune Grec sourit à des tombeaux ; Victoire ! il dit ; l'écho rodit : Victoire ! O demi-dieux! vous , nos premiers ftudbeaux.
Trompez le Styx , revoycx voti^ gloire.
Soudain , sous un tiel endianté ,
Une ombre apparaît et s'écrie :
« Doux enfant de la liberté , (^' )
Le plaisir veut une patrie , Une patrie.
O peuple Grec ! c'est moi dont les destins Furent si doux chez tes aïeux si braves :
Quand ik chantaient l'amour dans leurs festins y Anacréon en chassait les esclaves.
Jamais la tendre volupté
N'approcha d'une âme flétrie.
Doux enfant de la liberté , (kis,)
Le plaisir veut une patrie y Une patrie.
» De l'aigle encor l'aile rase les cieux ;
Du rossignol les chants sont toujours tendres :
( 297 ) Toi y peuple grec , tes arts , tes lois , tes dieux , Qu'en as-tu fait? c[u*as-tu fait de nos cendres ? Tes fêtes passent sans gaîté , Sur une rive encor fleurie.
Doux en&nt de la liberté , ( ^v •) Le plaisir yeut une pafHe , Une patrie.
• Déjà vainqueur, chant* et yole au danger; Brise tes fej^ , tu le peux , si tu l'oses.
Sur nos débris , quoi! le y il étranger Dort eniyré du .parfum de tes roses !
Quoi! payer ayec la beauté
Ua tribut à la barbarie !
Doux enfant de la liberté , (bis, )
Le plaisir yeut une patrie » Une patrie.
» C'est trop rougir aux yeux du voyageur , Qui d'Olympie évoque la mémoire.
Frappe , et ces bords , au gré d'un ciel vengeur , Reverdiront d'abondance et de gloire.
Des tyrans le sang détesté
Réchauffe une terre appauvrie.
Doux enfant de la liberté , ( *«• )
Le plaisir veut une patriç.
Une patrie.
A tes yoûins n'emprunte qne du fer ; Tout peuple esclare est allié perfide.
Mars va t'armer des feux 4® Jupiter , Cher à Ténus , son étoile te guide ,
Bacchus ^ dieu toujours indompté ,
Remplira ta coupe tarie.
Doux enfant de la liberté , ( ^û . )
Le plaisir yent une patrie , Une patrie.
Il se rendort , le sage de Théos.
La Grèce enfin suspend ses funérailles.
THèbes » Corinthe , Athènes ^ Sparte , Argos ,
Ivres d'espoir , exhumez yôs munôlles ! Vos vierge» même ont répété Ces mots d'une voix attendrie :
Doux enfant de la liberté , ( ^^* ) Le plaisir veut une patrie.
Une patrie.
M. J. P. DS BiRAjrGSR.
NAPOl^ÉON BUONAPARTE.
Ok ne saurait trop le redire , la véritable so* ciëté , c'eat la société religieuse ^ il n'y en a point d'autre ; car il ne peut exister de société ({u'entre les êtres intdligens , et elle s'établit et se conserve par la soumission à une autorité qui s'exerce sur les esprits : et la révolution n'est autre chose que la rébellion contre cette autorité nécessaire , ou la destruction absolue de la société spirituelle. Aussi voit-on toujours et par* tout les révolutionnaires attaquer d'abord cette société 9 en attaquant TËglise catholique , le chef qui la gouverne , ses institutions , ses lois ^ ses ministres ^ sa doctrine ; c'est l'unique point sur lequel ils n'aient jamais varié , le seul sur lequel ils soient tous d'accord. Ils savent bien qu'ils n'ont rien ^ craindre d'aucune autre Église , et que là où il n'existe point de pouvoir qui commande aux esprits , il n'y a de christianisme que le nom ^ de dogmes que les pensées de chacun j de lois que les intérêts y et de droit que la force.
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Voilà pourquoi la révolution se montra si docile au joug de Buonaparte. Son despotisme ne l'effrayait pas^ il confirmait au contraire ses maximes ; il en était une dure , mais éclatante application ; et ce Corse , venant au moment oiila France toute sanglante et menacée de nouveaux désastres appelait de ses vœux l'ordre que les révolutionnaires avaient renversé, les servit réellement en contenant leur violence } il parut un bien au milieu de tant de maux , et il sauva la révolution en arrêtant ses furetu-s.
Dieu 9 sans doute , avait ses desseins , et Buonaparte ressemblait trop peu aux autres hommes, pour qu'il n'eût pas été formé pour une destination particulière.
Cet homme allait toujours en avant les yeux fermés , et comme il détruisait en marchant , il ne laissait derrière lui que des abîmes. De ]à l'impossibité de revenir sur ses pas , de réparer des fautes ou des malheurs. A la guerre , il ne sut jamais faire une retraite { en politique , il ne sut pas même faire un campement.
Il n'y avait point de passé pour luij il n'y avait que le présent , q;u'il serrait entre ses bras de fer, comme* pour étouffer l'avenir dans son
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sein. Il craignait le temps : et , dans ses terreurs et son impatience , il voulait se passer de lui en tout ce (pi'il entreprenait.
Né au milieu des tempêtes , il fit le calme ,. mais ce cahne brûlant qui précède et annonce de plus grands orages.
Indiffèrent au bien et au mal , il accomplissait l'un sans joie et l'autre sans remords , comme un esclave exécute un ordre.
Il cherchait la monarchie , et il s'en approcha de plus près qu'on n'a fait depuis ; mais la ré- Tolution, qui lui commandait en rampant au pied de son tr6ne , l'empêcha toujours d'y arriver.
Il releva les autels qu'elle avait abattus 5 mais il ne vit dans l'autel qu'une pienre autour de la quelle il permettait au peuple de s'assembler. II attaqua l'Église dans son chef ^ il voulut asservir le pouvoir spirituel ou l'anéantir. La révolution sentit qu'elle régnait encore , mais dans les décrets divins déjà son roi avait cessé de régner.
Sa mission , car il en avait une , sa mission remplie , il disparut .* l'univers connaît sa fin. L'esprit qui le poussait s'était retiré : il ne restait pas même un homme. Ce je ne sais quoi de faible et d'ignoble , qu'on appelait encore l'empereur ,
s'éteignit sur un rocher ; et la mort de ce soldat ^ à qui la révolution devait tant d'amour et l'Europe tant de vengeance , eut cda d'étrange qu'elle n'inspira ni pitié , ni joie , ni douleur.
Quand Buonaparte tomba , il y eut dans le monde un moment d'espéranee. UEurope, qu'il étouffait sous le poids de son épée ^ respira* On crut que l'ordre allait renaître; mais la ré vola* tion y appuyée sur les ruinés du trône impérial, négocia d'abord y menaça bientôt , conspira toujours. Ménagée comme une puissance y elle obtint d'immenses concessions : elle fut admise partout , dans les institutions , les lois , les places. On ratifia ses actes , on légitima ses doctrines , et on la consacra tout entière en établissant l'athéïsme politique.
M. l'abbé F. de Là. MsirirAit.
l£S DIEUX DU NORD.
Fragment da premier chant de Charlemagne , poème épiqa inédit.