‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 57 sur 67 · LA SŒUR GRISE · texte numérisé non relu

LA SŒUR GRISE

J'ai laissé pouf toujours la maison paternelle ; Mes jeunes sœurs pleuraient ; ma pauvre mère, aussi* Oh ! qu'un regret tardif me rendrait criminelle ! Ne suis-je pas heureuse ici ! ... .

Ne m'abandonne pas , toi qui m'as appelée :

Dieu qui mourus pour nous , mon Dieu , je t'appartiens!

Et moi qui console et soutiens ,

J'ai besoin d'être consolée.

Ignorante du monde avant de le quitter ,

Je ne le hais point : et peut-être ( Un mourant me l'a dit ) j'aurais dû le connaître

Pour ne jamais le regretter;

Quand je me sens reprendre à sa joie éphémère , Faible encore du dernier adieu^ J'embrasse ta croix , ô mon Dieu ....

Je n'embrasserai plus ma mère.

Souyenîrs de bonheur , q[ue voulez-yous de moi ? Que vous sert de troubler ma retraite profonde ?

Et qu*ai-je à faire avec le monde , Dont le nom seul , ici , doit nous glacer d*effroi?

Ici| la charité remplit mes chastes heures.

Le malheureux bénit ma main qui le défend :

Je nourris Torphelin d'espérances meilleures ;

Ta serTanté , ô mon Dieu, dans ces tristes demeures

Est l'enfant du vieillard , la mère de l'enfant.

Et tandis que mes sœurs à de nouvelles fêtes

Vont peut-être se préparer ; ' Que des fleurs dont ma mère aimait à me parer

Elles ont couronné leurs têtes , Moi , je veille , et je prie . . . et ne dois point pleurer ?

O de mes premiers jours images trop fidèles ! Mes songes quelquefois me rendent vos douceurs. Ma bouche presse encor les lèvres maternelles y Et même au bal joyeux je suis mes jeunes soeurs , Le front ceint de roses , comme elles.

Vaine illusion d'un instant Dont le charme qonfus douteuse eticor m'éveille î Mais la cloche plaintive a frappé mon oreille : A son Ut de douleur le malade m'attend.

Là f naguère une pauvre .fille Me disait en pleurant : Dieu finit mes malheurs.

J'étais orpheline , et je meurs

Sans avoir connu ma famille . . , Moi , j'ai quitté lamienne... c$t nous mêlions nos pleurs. <

J'avais une famille et pourtant je l'oublie , Et mon cœur bat d'un noble orgueil Quand le pauvre a pressé de sa main affaiblie Ma main qui doucement l'accompagne au cercueil.

Consolé par ma voix à son heure suprême , Bien souvent le pécheur s'endort moins agité : Que dis-je ? le mourant me console lui-même De ce monde si vain ^ qu'avant lui j'ai quitté.

Et lorsque dans ses yeux une dernière flamme Révèle un saint espoir jié d'une ardente foi , Je recommande à Dieu de recevoir son âme; Au mourant, de prier pour moi.

M. Alex. GuiRAUo.

Page 1