ÉLÉGIE
« J'ai franchi le torrent qui borde la yallée
Où coulèrent mes jeunes ans ; Et j'aperçois déjà la cabane isolée
Qu'habitaient mes pauvres parens !
» Hélas ! existent-ils encore ? Reverrai-je ma mère, et youdra-t-elle voir
La fiUe qui la déshonore »
Mais que le repentir ramène à son devoir ?
» ' De ces prés quand je foulais l'herbe , Tétais heureuse... Et j'ai gémi cent fois Dans ce honteux séjour , qui de palais des rois
Ose porter le nom superbe.
» Crédule, je suivis un lâche séducteur;
Je l'aimais ; et l'ingrat , qui le sut de ma bouche ,
Me laissa dans Paris gémir de mon erreur ;
Et seule , sans secours , j'ai , dans mon déshonneur,
Vu l'étranger quitter ma couche
En laissant son or corrupteur !
» Et je TÎs!... Mon père inflexible Dans ses Ih^s TOndra^t-il encor me recevoir?
A ce retour à mon devoir Il va demeurer insensible...
Mais ma mère... je yais la voir. »
Tandis qu'à cet espoir Fatime s'abandonne.
Et franchit ces sillons parcourus tant de fois , Une femme des champs la regarde, et s'étonne De ce luxe inconnu sous ses rustiques toits.
« Jeune beauté , dit-elle , ici qui tous amène ? 9 Parlez. A ce regard à la fois triste et doux , » Votre coeur , je le vois , éprouve quelque peine » Vous êtes étrangère ; ici que cherchez-vous ?
« — Non , je ne suis point étrangère »
Dit Fatime » les yeux baissés ; • Vous devez connaître ma mère ; Et de mes parens dâaissés Voilà la modeste chaumière...
Je suis Louise. « Aux sons touchans De cette voix y par les pleurs af]fa,iblie « A ce nom , la fequne des champs > Pâlit et tombe évanouie...
Fatime l'appelle à grands cris.
C'était sa mère... Hélas ! ses regards attendris
Se portent, en mourant, sur sa fille encor chère ; Son âme 9 au séjour des élus , Rejoignit les mânes du père Qui f depuis long-temps , n'était pins !
De la chaumière ahandonnée On Toit un asile pieux.
Où Fatime , selon ses yœux , Le même jour fut amenée ; Et là , parmi de saintes sœurs , Non loin de l'humble cimetière , Ej^pia ses jeunes erreurs; St»,8nr le cerceuii de sa mère , Vint , chague jour , yerser des pleurs.
M. Lamb^t.