‹ Tablettes romantiques: recueilChapitre 63 sur 67 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

« J'ai franchi le torrent qui borde la yallée

Où coulèrent mes jeunes ans ; Et j'aperçois déjà la cabane isolée

Qu'habitaient mes pauvres parens !

» Hélas ! existent-ils encore ? Reverrai-je ma mère, et youdra-t-elle voir

La fiUe qui la déshonore »

Mais que le repentir ramène à son devoir ?

» ' De ces prés quand je foulais l'herbe , Tétais heureuse... Et j'ai gémi cent fois Dans ce honteux séjour , qui de palais des rois

Ose porter le nom superbe.

» Crédule, je suivis un lâche séducteur;

Je l'aimais ; et l'ingrat , qui le sut de ma bouche ,

Me laissa dans Paris gémir de mon erreur ;

Et seule , sans secours , j'ai , dans mon déshonneur,

Vu l'étranger quitter ma couche

En laissant son or corrupteur !

» Et je TÎs!... Mon père inflexible Dans ses Ih^s TOndra^t-il encor me recevoir?

A ce retour à mon devoir Il va demeurer insensible...

Mais ma mère... je yais la voir. »

Tandis qu'à cet espoir Fatime s'abandonne.

Et franchit ces sillons parcourus tant de fois , Une femme des champs la regarde, et s'étonne De ce luxe inconnu sous ses rustiques toits.

« Jeune beauté , dit-elle , ici qui tous amène ? 9 Parlez. A ce regard à la fois triste et doux , » Votre coeur , je le vois , éprouve quelque peine » Vous êtes étrangère ; ici que cherchez-vous ?

« — Non , je ne suis point étrangère »

Dit Fatime » les yeux baissés ; • Vous devez connaître ma mère ; Et de mes parens dâaissés Voilà la modeste chaumière...

Je suis Louise. « Aux sons touchans De cette voix y par les pleurs af]fa,iblie « A ce nom , la fequne des champs > Pâlit et tombe évanouie...

Fatime l'appelle à grands cris.

C'était sa mère... Hélas ! ses regards attendris

Se portent, en mourant, sur sa fille encor chère ; Son âme 9 au séjour des élus , Rejoignit les mânes du père Qui f depuis long-temps , n'était pins !

De la chaumière ahandonnée On Toit un asile pieux.

Où Fatime , selon ses yœux , Le même jour fut amenée ; Et là , parmi de saintes sœurs , Non loin de l'humble cimetière , Ej^pia ses jeunes erreurs; St»,8nr le cerceuii de sa mère , Vint , chague jour , yerser des pleurs.

M. Lamb^t.

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