‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 11 sur 79 · OPÉRATIONS BN BRETAGNE ET EN VENDÉE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS BN BRETAGNE ET EN VENDÉE

Éipédition de Qüiberon (»5-4, juin).-Pris« do fort de Peotblèvre (3 juillel).— ComUt de Sainle- Barlie (i6).— Reprise du fort et combat de Quiberou (lo).

L’Ouest était désarmé. Hoche rendu enfin à sa glorieuse carrière» mandait l’armée de Bennes et poursuivait avec une rare habilet , ^

vre de conciliation commencée én Yendéc par Yiineux et ^ mais Je parti royaliste s’efforcait alors de s’emparer de la rea^tio

!)S GUEimp;S DE LA RÉVOLUTION.

avait suivi la chute de la dictature. T^a Bretagne était nalurelinmont la province sur laquelle il pouvait le plus compter. Un des plus actifs chefs des chouans, Puisaye, promit au ministère anglais de la soulever tout cu> ticre si l’on opérait un dcharqnemcut.

Gooo émigrés, commandés par le comte d’IIervilly, convoyés par

voiles, parurent sur les côtes du Morbihan. La flotte française, battue au sortir de Brest, fut hlo(|uéu à J.oricnl et l'expédition mouilla dans la Laie de Quiherou. l/cs troupes prirent terre auprès de Caruac; de là elles pénétrèrent jusqu’.à Auray en recrutant 3 à !\noo paysans, puis elles s’arrêtèrent ne voulant point perdre de vue la (lotte avant de connaître l’effet de leur arrivée.

Hoche était alors à Rennes; il prit avec prompliludo les meilleures dis* positions : en deux jours 6000 hommes furent réunis à Vannes; une pareille colonne se forma à Lorient, flanquée par un déluchemeul lancé sur la route rie Ploermel; toutes les troupes se portèrent coucentriqueinent sur Auray.

D'IIervilIy no pouvait évitci- le choc qu’en se retirant dans la presqueîle de Quiheron; il s’y rendit et, soutenu par le feu de la flotte, il s’empara du fort de Penthièvre qui en ferme l’entrée. Dans cette position, il était en mesure d’attendre ses renforts et les diversions de l’intérieur. Hoche plaça son camp à Sainte-Barbe, de manière a bloquer son adversaire; il pressa la marche de (|uel<jucs milliers d’hommes et de sa grosse artillerie (jui lui était nécessaire pour battre le fort et riposter au canon des Anglais. 11 eut bientôt rassemblé i5 à i/),ooo hommes. De son côté, le corps des émigré.s reçut 1 aoo hommes qui tenaient encore la mer, et leur général résolut de prendre l’initiative. Il jeta à la côte, à Sarzeau et auprès de Quimper, deux détachemeus conduits par des chefs de (ihouans, qui devaimit pénétrer par les derrières dans le camp républicain, tandis qu’on l’ahordfuait de front et à revers, en débouchant de la presqu’île et en débarquant à Carnac.

.Au jour convenu, d’IIervilly et Puisaye commencent l'attaque; mais rien n’avait échappé à la vigilance de Hoche. Les deux détachemens qui devaient l’envelopper et l’assaillir, surpris eux-mêmes en prenant terre, avaient été di.spersés. Iæs prisonniers avaient dévoilé les projets de leurs chefs. (Jn lilait donc prévenu du moment du combat; l’armée entière était .sous les armes et l’artillerie en batterie. Pour comble de malheur, la droite des émigrés, qui devait engager l’action à Carnac, avait été retardée et scs signaux mal compris.

Le corps de bataille, en se déployant hors de la presqu’île, se heurta contre toutes les forces républicaines qui l’écrasèrent. DTIervilly tomba mortellement blessé, en donnant l’ordre de la retraite. Son aidc-de-cainp,

avant de l’avoir transmis aux outres ofTicicrs, fut tué et la déroule dch vint l'omplète.

Puisaye, prenant le coinmandcinent en dicl', se. renferma de nouveau dans la presqu’île. Sur ces entrefaites, quel([ucs soldats républicains de la garnison du fort, que d’Hervilly avait enrôlés, vinrent indiquer à Iloelie le moyen d’y pénétrer. 11 s’agissait de gagner, en sc glissant pendant la nuit sur un rocher que l’eau de la mer recouvrait à peine, une poterne (juc les transfuges promettaient de livrer.

Iloelie les crut; à minuit, par un temps sombre, il lança ses i,'|,ooo hommes sur la pres(|u’île, tandis que 3oo grenadiers |)renaient le chemin hasardeux <[u’on leur avait indiqué.

r.cs canonniers du fort , éveillés par le bruit sourd de la masse (pti s’avancait contre eux , firent feu à tout évènement : les républicains se troublèrent; ou SC crut trahi, on hésita et l’on commençait à ,se débander, lorsque le jour, venant à poindre, fit voir le drapeau tricolore flottant sur les remparts. On avait réussi. Sans perdre un moment. Hoche courut au camp des émigrés et les accula à la mer. Les vaisseaux, battus par la tempête, avaient pris le large. Quelques embarcations purent à peine, sous un feu terrible , sauver quelques coinbattans. J^c reste périt daus les flots ou les armes à la main, ou bien se livra à la rigueur des lois de l’époque. Cette journée terrible, où le sang français seul avait coulé, fit avorter les projets des royalistes. Toutefois, Cbarettc, puis Stofilet et les chefs de Chouans, encouragés par les démonstrations de la inariuc anglaise, coururent aux armes, et la guerre de partisans, naguère assoupie, se ralluma plus vive que jamais.

La présence des flottes anglaises ranima l’ardeur des Vendéens et des Chouans; mais le gouvernement prit les meilleures mesures pour les réprimer, On nomma Hoche au commandement général des troupes de l'Ouest, on y envoya ao,ooo hommes tirés des Pyrénées orientales, et plus de 100,000 hommes se déployèrent en un vaste cordon, de Granville à I.a llochcllc.

Partout où les Anglais essayèrent de débarquer, ils furent prévenu» par l’activité du général français. Enfin ils préparèrent une expédition royaliste, commandée par le comte d’Artois, qu’ils déposèrent à l’ile Dieu; mais au lieu de sc jeter sur-le-champ en Vendée, le prince hésita; six semaines s’écoulèrent, et, la mer devenant mauvaise, la flotte s’éloigna et le reconduisit à Londres. Dès-lors, l’armée s’avança en suivant, sur une plus grande échelle, le plan qui avait réussi à Vimeux : à chaque progrès dans l’iutéricur du pays, elle s’appuyait sur des camps retranchés, coordonnés, de manière à séparer les uns des autres les chefs insurgés. La bonne discipline, le soin du général à ne point laisser

d’armes sar ses derrières, à ménager le clergé et les croyances des hab!> tans, assurèrent un succès dont les conséquences se développèrent complètement l’année suivante.

OPÉBATIOaS SCR LE RDIR.

Puuge du Rliia par les Fnn^is (G, 7, 8 sepleœbrc).— Comlial de Sicgboarj (i3). — Prise de Hanheim (ao). — Combat de Wicblingcn (a4). — Marche de Clerfayt (10 octobre).— Hetraitede Jourdan (aa ). — Dcblocus de Mayence (ag). — Combat sur la Pfirm (10 norembre). — Capitulation deManbeim (aa).— Marche de Jourdan (1*' au 7 décembre). — Cumbat de Spilihaussen et de Sullzbacb(i6, 17). — ^Trèrc (ai).

Les deux armées impériales étaient ainsi rangées : celle du Haut-Rhin, dont Wurmser avait repris le commandement (87,000), de la Suisse au Hcckar; celle du Bas-Rhin, sous Clcrfayt (97,000), du Neckar à la Ruhr. Ce dernier général avait réparti scs lieutenans entre les alUuens du Rhin, de la manière suivante : le comte d’Erbach, de la Ruhr à la Sieg; le prince de Wurtemberg, de la Sieg à la Lahn ; Wartensleben à l’embouchure de la Lahn. Enfin, de sa personne, il s’était posté sur le Mcin, faisant face à Mayence, éclairant Cobleutz et Manheim.

La république leur opposait : 1° l’armée de Rhin-et-Moselle; général en chef, Pichegru (84, 800), occupant l’Alsace et le Palatinat et fournissant un corps de quatre divisions qui bloquaient Mayence; a° l’armée de Sambrc-et-Mcuse, sous Jourdan (97,000), développée d’Essenberg à Bingcn. L’armée du nord ( 5o, 000), commandée par Moreau, restait cantonnée en Hollande pour garantir de la neutralité de la Prusse.

Igic

CVMPAGNE DE 1795. 101

Avec des forces imposantes, on devait porter la guerre au cœur de l’Allemagne ; on se borna à entreprendre le siège de Mayence. Maître seulement de la rive gauche, on ne pouvait songer à enlever la place; on se contenta d’abord de la resserrer de manière à couvrir le Palatinat et à empêcher l’ennemi de déboucher. Quatre divisions y furent consacrées et se retranchèrent en demi-cercle, depuis Monbach jusqu’à Laubenheim. Elles ne sufBrent cependant pas à compléter le blocus. Par la faute du génie, un intervalle resta découvert cntrcLaubenheimctlcRliiii.il fallait donc préalablement se porter au-delà du fleuve et faire reculer les deux armées ennemies. Depuis le commencement de la guerre, on n’avait point encore tenté l’opération diflicilc du passage d’un grand cours d’eau. Ia Sanibrc n’est qu’un ruisseau, l’Ourtlie, l’Aivaillc, la Roër sont guéablcs; mais le Rhin, au-dessous de Mayence, est profond de 5 mètres et d’une largeur moyenne de 6oo.

Selon le plan arrêté, Jourdan devait commencer 1e mouvement. Il tira des embarcations du Bas-Rhin , de l’Erfft et de la Moselle, et il disposa scs colonnes : la droite, sous Marceau, à Neuwied; le centre, qu’il dirigeait en personne, à Cologne; et la gauche , sous KIchcr, à Urdingen. A ce dernier endroit, le fleuve rentre sur le terrain occupé par les Français; dans le coude, s’élève une ilc dont ils étaient maîtres. A la naissance de la courbe, des batteries se croisaient pour sillonner la rive opposée; d’Erbach se hâta de la couvrir de retranchemens, où il renferma 1 5,000 hommes flanqués par la place de Dusseldorf et par l’Anger, petit ruisseau qui le séparait des possessions neutres de l’électeur Palatin. Mais ce prince n’avait pas encore satisfait aux conditions du traité de Bâle, et ses retards permettaient d’emprunter son territoire sans motiver d'opposition de la part des troupes prussiennes cantonnées sur les bords de la Ruhr. Dans la nuit du 6 au 7 septembre, 3ooo hommes de la division Lefebvre prirent terre à Eichelkampf et se portèrent vivement sur Angermund. D’Erbach essaya vainement de leur tenir tête; on culbuta sa droite , on força le passage de l’Anger. Au même moment , 5o barques débouchèrent de l’Erfft dans le Rhin et jetèrent 4oo hommes aux portes de Dusseldorf. J.eur général osa sommer le gouverneur de se rendre, ne lui laissant qu’un délai de dix minutes; celui-ci, effrayé par une violente canonnade, obéit, et, avant le jour, d’Erbach ayant perdu l’appui de scs deux ailes abandonna la position. Cependant les bateaux masqués par l’îlc d’Urdingen furent lancés dans le Rhin et transportèrent sur sa rive droite le gros du corps d’armée; on établit dans la matinée même un pont sur lequel passèrent la cavalerie , l’artillerie et les bagages.

Il eût été difGcile d’imaginer un plus beau succès; en quelques heures, OQ s’étai( rendu maître de la rire droite et d’une forte têtu de

GUEKUKS Dfc LA REVOLUTION, pont : les impériaux, pousses l’épée dans les reins, se replièrent sur la Sieg, et (lès le lendemain , le centre put débouclier do Colognu.

I..C prince de Wurtemberg se porta nu-devant de d’Erbacli et, l'ayant rallié, prit po.sition avec lui sur les hauteurs de Siegbourg. Atteint et culbuté par ravant-gardc fram’aise, il se n tira sur In I.hlin, où Wartenslebeii vint prendra la gauche. Dès-lors, Marceau se déploya par Neuwied et Coblents. L’armée entièra couvrit la rive droite du la Lahu- Clerfayt accourut au secours de ses licutenans, mais craignant un mou- I

vemeut de l’ieliegru, il se replia au-delà du Mcin, après une courte résistance à Limbourg et Dietx. Jourdan le poursuivit, laissant Matecau devant la forteresse d’ElirenbiTitstein.

L'armée de Rliin-et-AJoselle se mit en possession de Manhcini ; elle appartenait à l’électeur Palatin à (jui l’on avait culcvé,à la lin du la campagne précédente, la tête de pont (pii avait servi tant de fois à couvrir lu passage des impériau.x. 11 avait été stipulé dans la capitulation que la ville ne serait point oectipée, sauf le cas où une anmio fraimnise opérerait au-delà du Rhin. Aussitôt <ptc Jourdan eut achevé son établissement sur la rive droite, Pichegru réclama l’exià’Ution decette clause, on n’osa point résisteret 12,000 hommes lirent leur entrée dans la place.

Le moment des grands succès semblait arrivé : 1 5o,ooo hommes assurés de leur retraite, pouvaient aisément faire leur jonction et accabler tourà-tour les deux gé’iiéraux ennemis. Le comité offrait à Pichegru le commandement en chef et Jourdan se disposait , sans murmure , à sc ranger sous scs ordres. Mais ce général , (pie les victoires de l’année du nord avaient élevé à la plus brillante ivnonnnée, cessa de s’en montrer digne.

Il ne sut rien r(■sou(lre, il refusa de (.’ommaiulcr les deux armeà» et ses innnccuvrcs furent empreintes d’une mollesse qui laisse pesiM" sur sa mémoire les soupixms du crime le plus odieux. On peut l’accuser de s'etre I

fait battre voloiilaircmciit.

An lieu de jiasscr le Rhin avec toutes ses forces, de s’assiHjir sur le Neekar, dose fortifier dans Heidelberg et d’assurer la séparation des deux armées impériales, il se eoutenlu de faire sortir de Maulioiiii scs 12,000 lioinmes, (h; les lancer jusqu’à Wicbliugeii.Là les lieuteiiaiis de Clcrfuyt f

les é-crasèrant cl les refüultuxmt sous le canon de la place.

Clerfayt , rassuré de cercîte, n’iiésita pas à sc reporter contre l’amuc (le .Sambre-ct-Meuse. Joiird.an avait pous.sé jusquàm Itlein, mais la uéeessité de masquer Eiireidireistcin et Mayence l’avait utfaibli, de quatre divisions. Les impériaux, supérieurs en nombre, inanamvrèrcnt sur .son '

(lanc gaucheet se eoncenlrèrent à Bergen au-delà de la Kidda; de Bergen à la Ddin, il ii’y a guère (|uc douze lieues, de la Daim à la llautc-.Sicg même distnncv, et riuHe.xioii de ces rivières est telle, que le elicinin c»t

CAMPAGNE DE 1795. Iü3

plus long d’un tim pour se rendre du Mein à Sicgbourg. Jourdan eut donc lieu de craindre d’être débordé à gauche et prévenu sur sa ligne do retraite. Il fit un cliangctneiit de front et se rangea du Mein àLimboiu'g, '

puis inquiet de l’inaction de Piebegru qui, loin de le seconder, permettait à Wurinscr de renforcer Clerfayt et l’exposait à recevoir la bataille ledos au Rhin, il regagna Icntenicut les ponts de Neuwied et de Dusseldorf..

Couverte par ces deux villes, l’arince repassa sur la rive gauche.

On renonçait donc au blocus de Mayence. I^es impériaux ne se bornèrent pas à l’cni pêcher , ils saisirent habilement l’occasion et rompirent les lignes de blocus.

Elles étaient défendues par 3u,ooo honuues sous Courtot, Saint-Cyr,.

Rencauld et Mengaud. L’intervalle h la droite de I^ubenhcim n’avait pas été rempli; à la dein-andc de Pichegru ta bataillons, détachés de l’année de Sambi%-et-Meose, étaient en marche pour les renforcer. Dans la nuit du a8 au aq octobre, tandis qu’un feu a.ssez vif, pour donner le changeauK généraux français, s’engageait sous Mauhciin et Cobleutz,Clcr- j

favt sortit de Mavence h la tête de ao,ooo honinie.s se portant droit au '

point vulnérable du camp des assiégeans. tÀîltc attaque était secondée '

par une flottille qui l'cmontait le Rhin, pour jeter quelques troupes en arrière de la ligne française, et par deux faibles colonnes déployées de i

l'autre côté de Mayence et destinées à tenir en échec Reneauld et Mengaud.

Au jour, les impériaux ayant rempli l’espace resté vide, se mirent en ba- i

taille le dos au fleuve, abordèrent à revers les retranclicmens, et surprirent à ^

Heiligenkreutz la redoute de droite. Courtot s’ébranla pour la reprendre ; mais débordé, assailli par le flanc, canonné sur scs derrières par la flot- j

tille, il UC put former sa division qui lâcha pied et s’enfuit jusqu’à üderu- Iieim. Saint-Cyr fit meilleure contenance, sa division eut le temps de se mettre sous les armes et de changer la direction à droite; mais privé de !

l’appui de son collègue, il ne put, après une vigoureuse résistance, que sc retirer à Aizey sans être entamé. Les autres généraux, entraînés, se replièrent à Spicsheiniet le renfort envoyé par Jourdan se jeta partie dans leurs rangs , partie dans ceux de Pichegru.

Pendant cette journée, Clerfayt eut la gloire de disperser des forces j

à-peu-près doubles et d’ouvrir les routes du Palatiuat. 3ooo hommes . pris ou tués avec tout le matériel du siège, furent les fruits immédiats de la. '

victoire; mais la difficulté était d’en obtenir de plus importons résultats. i

Dans ces expéditions nocturnes, où le succès est subordonné à tant de |

hasards, il faut aussi prévoir la retraite et sc garder de l’encombrement.

On avait dû calculer la force de la colonne d’attaque de manière à lui

laisser à tout évènement une entière mobilité. Elle n’était pas assez nom- •

breuse pour sc jeter à la poursuite des divisions battues, et Pkliegru eut • ]

le temps de les rallier sur la Pfrim , taudis que le reste de l'armée impé* riale traversait Mayence et défilait sur la rive gauche du Rhin.

lx>rsqu’elle y fut transportée tout entière , Clerfayt se mit en mesure de faire reculer l’armée de Rhin*et ‘Moselle , afin de donner à Wurmser la facilité d’assiéger Manheim , mais il devait en même temps se flanquer contre Jourdan. Hohenlohe, détaché à droite , avec deux divisions , couvrit la Italie en occupant Stromberg, après quoi le gros des impériaux, renforcé par deux divisions de Wurmser (en tout 60,000), marcha contre Pichegru. Celui-ci n’avait point profité des lenteurs de son adversaire pour fortifier sa position : au lieu de lui opposer Go,ooo hommes, il se contenta du renfort d’une division et il laissa dans Manheim 10,000 hommes qu’on l’accusa d’avoir voulu sacrifier. Son armée ne s’élevait pas au-delà de 35, 000 hommes sur un front de 7 à 8 lieues, défendu par une étroite rivière. Clerfayt tâta cette ligne trop mince et n’eut pas de peine à en découvrir le côté faible. La gauche éprouvant une vive résistance à Pfedersheim et Monsheim, il porta son effort au centre qu’il rompit et dispersa. L’armée coupée en deux, se retira par les défilés des Vosges et par les routes de l’Alsace.

Dans la même journée Marceau, dont les postes s’étendaient à droite de Coblentz , renforcé d’une partie des fuyards de Mayence , attaqua l’avant-garde de Hohenlohe et la chassa de Stromberg. Le prince ennemi se hâta de lui opposer toutes ses forces, mais il ne put le contenir , et les Français entrèrent l’épée à la main dans Kreutznach. Cette diversion sauva Pichegru d’une entière destruction. Clerfayt croyant que toute l’armée de Sambre-et-Meuse débouchait, s’arrêta et envoya 1 0,000 hommes à son lieutenant. Il n’en fallut pas davantage pour replier Marceau, et Clerfayt, tenu jusque-là en suspens, reprit ses opérations contre l’armée de Rhinct-Moselle ; mais il s’était affaibli; mais on avait gagné quelques jours et les Français se retirèrent en bon ordre à Kaiserslautern et sur le Speyerbach , puis sur la Queich. Satisfait de les avoir refoulés dans les anciennes positions, Clerfayt suspendit sa poursuite et attendit l’issue du siège de Manheim que Wurmser poussa vigoureusement. Montaigu, qui défendait la place, ne la rendit, malgré le feu terrible qu’elle essuya, qu’après avoir épuisé ses munitions; il capitula le aa et la garnison fut faite prisonnière.

Aussitôt Wurmser passa le Rhin et se chargea de contenir Pichegru, tandis que Clerfayt, retournant sur ses pas , se porta contre l’armée de Sambre-et-Meuse, que Jourdan conduisait au secours de Manheim.

Marceau , vers Kreutznach , et Hatry, de l’autre côté du Rhin , n’avaient point cessé de harceler les généraux autrichiens; mais le feldmaréchal ne s’était miUement troublé des manoeuvres sur la rive droite

et , au moyen de renforts envoyés successivement , il avait maintenu s^ lieutenans aux bords de la Nahe, lorsque de plus vives attaques sur cette rivière lui signalèrent l’approche de l’armée entière.

I^ng-temps retardé par des ordres contradictoires, par le mauvais état des chemins, par le désordre des charrois, Jourdan descendit avec 5o,ooo hommes des hauteurs qui forment au nord le bassin de la Nahe. Il laissait autour de Coblentz, à la garde du Rhin, Kleber (i5,ooo) se liant, par la droite, au général en chef, et, par la gauche , à l’armée du nord, qu’on étendit jusqu’à Dusseldorf.

Marceau, à la tête de l’avant-garde, enleva Kirn et, poussant jusqu’à la Glan , occupa Meisenheim et Lautereck. Bientôt on s’aborda sur tous les points : les impériaux furent repliés dans Bingen; et Kreutznacb, pris et repris trois fois, tomba au pouvoir des Français.

Dans ce moment, Clerfayt se déploya par sa gauche; il espérait surprendre Jourdan , le déborder à droite et l’aceuler dans l’angle formé par le Rhin et la Moselle, pendant qu’à Coblentz, le prince de Wurtemberg menaçait vivement Kleber. Tombant brusquement sur Marceau, il le deposta des rives de la Glan et le refoula dans Kirn, dont il s’empara. L’armée française, prise entre la Nahe et des montagnes que la saison rendait d’un accès difBcile, était gravement compromise. Le général en chef se hâta de rétrograder et d’éviter la bataille dans une position aussi désavantageuse; puis, voyant que l’ennemi appuyait toujours à gauche et cherchait à rompre ses communications par Fraucnbach , il jeta ses réserves au-delà de la Moselle et renforça Marceau. Celui-ci, déposté de Morbach, avait battu en retraite jusqu’à Monzügen il reprit sur-lechamp l’offensive, défît l’avant-garde de Clerfayt , à Spitzhausen et Sulzbach, et poussa de nouveau jusqu’à la Nahe.

L’hiver devenait rigoureux, de part et d'autre on aspirait à quelques momens de repos : une trêve mit fîn à ces combats. Les impériaux avaient reconquis l’espace entre la Nahe et le Speyerbach; mais cet avantage était plus que compensé par la possession de Dusseldorf, qui permettait à l’armée de Sambrc-ct-Meusc de se transporter au-delà du Rhin.

GUERKE8 DE LA KEVOLUTION.

OPÉRAT10?(S SU!» LA rSOSTIÊIlK O’iTAU*.

Ilalaille de l.oiiio (a}| iioveuibrc}. — Kécflpiliilahoii.

T/arni(^ «i’Ftalic termina plus gloriouspiiient la campagne! elle s’étoit maintenue avec sucrés dans le camp de llorghetio, et les Ausiro-Sardes, avant ajoiinn', à l’année suivante , tous les projets d’attaque, avaient pris lenis quiirliers <l’liiver. C’-onverls par les redoutes dont ils s’claienl emparés et par une double ligne de n'trnnchemens élcv«s de Roecabarbeiia à I-oaiio, et de Iterdinelto à Finale, les impéi-iaux se liaient par leur droite au camp «le Ceva, où l’armée piémontaisc s’élail renfermée. Approvisionnés par Gênes et les riclies cités du Piémont, ils attendaient, au sein do l’abondance, le rctoup du printemps, tondis que les Français, entassés dans un pays sterilo €>1 épuisé, croient en proie au plus aflirux déiidmeitt. Ou regardait de part et d’autre les hostilités comme suspendues, lorsque la division Augereau arriva des Pyrénées orientales. A ce moment, Kcllcrinaiin, renvoyé à l’armée des Alpes, fut remplacé par Scliorer, qui venait de conquérir la paix en Catalogne. I.<es généraux victorieux s’indignèrent à l'idée de |>assci' riiiver dans une situation aussi déplorable, et l’on résolut de livrer bataille pour renouer les communications avec Gênes.

L’occasion était belle : les officiers allemaiuls étaient allés, pour la plupart, dans les villes voisines cherclier un refuge contre rennui de la saison , et l’on pouvait compter sur les chances ordinaires d’une attaque inopinée.

Loano et Finale sont situés au fond de bassins étroits, fermés à leur sommité par les redoutes de lloccabarbcna , Bardiuetto et Mclogno. La possession de ces postes fortifiés était doue décisive, car de là, on mena-

AUGEREAU (Pierre-François-Charles),

Ifr à PtirU, en 1757. —Gênerai de divîtion à rarmêe de« P/rêDees-OricoUleSt — K l'aroee d'tialie. — Géacral en chef de rarmêe de rcaerre en 1799. — Manclial de France. — Mort en t8i6.

BataUle de lioano (le a4 novembre 1795).

çait à revers les troupes cantounées sur le littoral , et l’on pouvait troubler leur retraite. C’était, au reste, ainsi <|ue les coalisés avaient opéré au mois de juin; mais, de leur part, cette manœuvre avait été facile: maîtres du revers septentrional, ils avaient pu porter où bon leur semblait l’attafjue et ouvrir le feu partout à-la-fois; ici, le point de départ était foix'émenl la première redoute, et celle-là enlevée, il fallait partout réussir.

Seberer forma trois colonnes qui s'ébranlèrent eu même temps. Serurier descendit du mont Saii-Dernardu, dans lu vallée du Tanaro, cl tint eu L^bec l'armée sarde. Augereau déboneba sur Loaiio, et son principal soin fut de contenir l'anleur de ses troupes, de peur de trop précipiter la retraite des impériaux.

Cependant iMassena courut à l'assaut des redoutes. Né dans le comté *Ie Nice, il y combattait depuis le cunmiencement de la guerre; tous les sentiers, toutes les gorges de ces muiilagnes lui étaient connus, et nul ne possédait mieu.\ que lui l’art d’entraîner les soldats. Il gravit lesescarpemens de Koeeabarbena, culbute tout ce qu’il rencontre, et désormais afrermi sur 1e sommet de 1a chaîne il marche à llardinetto; celte position tombe et , à la fin du jour, le drapeau français apparaît sur les retranchemens de Melogno.

Le lendemain, on s’.nborda sur tous les points; Seruricr repoussa vigoui'cuscmejit les attaques de Colli. Massena s’empara des hauteurs jusqu’à Saii-Giacomo, et Augercau, libre enfin de se livrer à tout sou élan, mit la gauche des impériaux dans le plus grand désordre. Elle sc débanda et, trouvant les issues fermées, clic ne s’échappa, bien affaiblie, qu’à la faveur d’un orage de neige qui força les Français de s’arrêter, jooo ])risoniiien«, 3 à morts, 4<> canons, la libre eominunication

avec Gènes furent le prix de celle belle victoire, qui préluda si heureusement à la campagne de 1 79(i.

A l’intérieur, la Convention avait décrété la nouvelle constitution de la république; mais effrayée de la réaction qu’elle avait eu à combattre, elle s’était ménage une grande part dans la direction des affaires, au moyen d'une mesure transitoire qui souleva de violentes oppositions: on prit les armes ( i3 vendémiaire, 5 octobre), et, victorieuse dans cette dernière lutte, elle fit place à un pouvoir exécutif, composé de cinq directeurs, et à un corps législatif divisé eu deux conseils.

Ce gouvernement, entré en fonctions sous l'influciice d’une crise où la révolution avait été mise en péril, apporta dans scs débuts l’esprit d'unité et l’énergie que la diute du comité de salut public avait affaiblis. Il ne négligea rien, pendant l’biver, pour prx-parer une campagne décisive.

Avant d’entrer dans le récit d’évènemcns d’un autre ordre, il est bon de jeter un regard en arrière pour récapituler les phases des campagnes qui préservèrent le territoire et livrèrent à la république les avenues de l’Allemagne et de l’Italie.

£n premier lieu, le gouvernement français, beaucoup trop préoccupé du projet de faire une guerre de principes, essaya, par un appel à la liberté, de soulever contre l’Autriche les provinces des Pays-Bas. On échoua dès la frontière. Militairement, l’expédition était mal conçue : faire irruption en Belgique, par Courtray, Valenciennes et Givet, c’était s’imposer la condition de ne point essuyer d’échec. On devait en effet présumer que la retraite de l’une des colonnes arrêterait les deux autres, et, avec des troupes novices, indisciplinées, il n’était guère possible d’être par. tout victorieux. Il fallait, alors plus que jamais , opérer en masse par la concentration des armées du nord et des Ardennes; 60,000 hommes, s’appuyant aux places de Maubeuge, Philippeville et Givet, pouvaient courir les chances d’une bataille dont le succès eût etc décisif et dont la perte n’eût rien compromis.

A cette entrée en campagne, si insignifiante, succéda l’invasion de la Champagne : c’était aussi , dans le sens opposé , une guerre de principes. Les frères de Louis XVI, la noblesse émigrce marchaient avec l’armcc prussienne, et le fameux manifeste du duc de Brunswick, mélange singulier de promesses et de menaces, faisait un appel à la fidélité du peuple français, dans le but de mettre un terme à l’anarchie, d’arrêter les attaques portées au trône et à l'autel, de rétablir le pouvoir légal.

a Convaincu, disait le généralissime de la coalition, que la partie a saine de la nation française abiiorre les excès d’une faction qui la sub- « juguc, et que le plus grand nombre des habitans attend avec impad tience le moment du secours pour se soulever ouvertement contre les a entreprises de leurs oppresseurs ; je déclare :

a Que les cours alliées n’ont d’autre but que le bonheur de la France. « Que les gardes nationaux qui auront combattu contre les troupes des « cours alliées et qui seront pris les armes à la main seront traités en a ennemis et punis comme rebelles à leur roi et comme perturbateurs du U repos public.

a Que les habitans des villes, bourgs et villages qui oseraient se dé- « fendre et tirer sur elles, soit en rase campagne, soit par les ouvertures « de leurs maisons, seront punis sur-le-champ, suivant la rigueur du «r droit de la guerre, et leurs maisons démolies et brûlées.

a Que si le château des Tuileries est forcé ou insulté; que s’il est fait n la moindre violence, le moindre outrage à LL. MM. le roi, la reine et à la « famille royale; s’il n’est {rourvu immédiatement à leur sûreté, à leur

« liberté, les souverains coalisés en tireront une vengeance exemplaire K et à jamais mémorable, en livrant Paris à une exécution militaire et à « une subversion totale, et les révoltés, coupables d’attentats, aux sup- « plices qu’ils auront mérités. »

Brunswick ne réussit pas mieux en France que Rochambeau et Lafayette en Belgique. Il disposa cependant son armée de manière à agir sur les populations, en cherchant à pénétrer en pointe jusqu’au cœur du pays; mais l’attitude du peuple l’arrêta , et son odieux manifeste fit naître, à divers degrés , des protestations d’une énergie inattendue. première ville de Lorraine, dont ses troupes prirent possession, Sierck, dont le nom mérite d’être recueilli par l’histoire, les reçut à coups de fusil, se livrant volontairement aux vengeances qu’il annonçait. £t Paris ! Paris menacé d’une entière destruction prit d’assaut les Tuileries , enchaîna la famille royale et lança ses nombreux bataillons vers la frontière. Ces évènemens, la résistance de quelques places fortes, les habiles manœuvres de Dumouriez, firent succéder à trop de jactance une grande circonspection. Le généralissime des coalisés, après les premiers pas, se montra, sur toutes choses, animé du désir de ne point engager sérieusement son armée. La Prusse, puissance nouvelle, récemment agrandie aux dépens de la Pologne et de l’Âutriche, qui ne lui avait point encore pardonné ses empiètemens, ne pouvait sans compromettre son existence, risquer son plus solide appui. Elle avait consenti à se déployer pour une promenade militaire ; elle recula lorsqu’on se fut convaincu qu’il s’agissait d’une guerre acliamee. Elle s’empressa de passer sur les derrières, pour laisser l’Empereur au premier rang. Celui-ci n’était pas en force sur le champ de bataille. Dumouriez , que des conventions secrètes empêchaient de poursuivre Brunswick, se portant contre les troupes impériales avec toute son armée, les poussa jusqu’au Rhin et leur enleva la Belgique. Mais ses succès, plus éclatans que solides ne tardèrent pas être cruellement expiés. Lorsque la coalition, d’abord surprise, eut rassemblé toutes ses ressources, elle força bientôt les Français, un moment vainqueurs, à défendre leurs frontières. Cette fois le système d’invasion fut totalement changé: le cabinet aulique avait pris la direction des années combinées; à sa lenteur méthodique se joignaient des prétentions, non abandonnées, sur les provinces qu’on allait entamer; et, autant pour former une base militaire, que pour se ménager, à la paix, des indemnités de terriloiiv; , on résolut de s’avancer pas à pas en faisant tomber les forteresses.

Cette guerre de sièges, si longue, si meurtrière, remplit au nord les campagnes de g3 , 94 , et g5. Pendant ces trois années, il n’est pas une action qui ne sc rapporte à la conquête ou à la délivrance d’une place forte.

Hil GUKRRES DE LA REVOLUTION.

Les combats de Quiévrain, de Raisinés et d'Âi'loa (93) furent livres pour dégager Mayence et Coudé. I^a bataille de Hoiidscoolc rompit les ligues de siège de Dunkerque. Les affaires du Itleniii, celles de la forêt de Mormal curent pour but le salut du Quosnoy; enfin la bataille de Waltignies et les marches brillantes do Hoche, dans les défilés des Vosgesy délivrèrent Manbciige et T.andau.

I.es premières opérations de 1 794 se rattachent an siège de I^andrccies. TjCs deux rencontre.s de Moesernii , les batailles de Turcoiug , Pont» à-Chin et Ilooglèile à ceux de Mcnin et d’Vpros, IjT's i-onihats de Crandreng, et la bataille de l' ieurus, au siège de Charlcroy; les batailles de Sprimont et d’Aldenhovcn à celui de Mnëstricht, Lulin, lus opérations du 1 79.') roulent entièrement sur les sièges de Lu.xcmbourg , Mayence et Manlu'im.

Ainsi en quatre campagnes : d’abord des tentatives réciproques d’inva» sion fondées , de part et d’autre , sur l’espoir de séparer les habitans das années; puis un long combat corps à corps durant lequel ou se prit à guerroyer partout îi-la-fois.

Ou ne pouvait rien imaginer de plus propre à affaiblir les liens de la coalition et, en même temps, à former les années françaises. De profondes mésintelligences éclatèrent entre les généraux prussiens et impériaux, I.es premiers saisirent tous les prétextes pour ne point agir et enfin pour traiter de la paix,

Ix's armées républicaines, composées d’abord des anciens cadres et des premiers bataillons de volontaires, furent recrutées au commencement d* 1793, parla levée de 3oo,ooo hommes et, à la fin delà même année, au moyen d’uiic réquisition permanente. Indépcndaiumcnl de la population de l’Ouest qui fut long-temps sur pied, et sans compter les dépôts, les garnisons, les hôpitaux, ou entretint en campagne jusqu'à 5oo,ooo eombattans. Les effets de campement manquaient pour abriter de telles masses, elles s’accoutumèrent à bivouaquer en plein air. L’absence du numéraire, l’iiTcgularité des approvisionnemeiis, les endurcirent à toutes les privations, et elles acquirent une force et une mobilité qui ne tenaient compte ni des distances, ni des saisons, ni des obstacles naturels.

Les conquérans de la Hollande s’avancèrent sur la glace par un froid d’une intensité inaccoutumée. A peine vêtus , chaussés de sabots ou de tresses de paille, ils traversèrent des villes où depuis trois siècles s’accumulaient les richesses des deux mondes, sans songer à enfreindre les lois d’une sévère discipline. On vit avec admiration dix bataillons , demi nus, entrer fièrement dans Amslcrdain, musique en tête, drapeaux déployés, mettre leurs armes en faisceaux et bivouaquer sur la neige eu jetant un

le

regard d’indifférence sur les hôtels opulens dont ils étaient entourés. Dans le même temps , les divisions cantonnées autour de Luxembourg et Mayence bravaient les rigueurs de la s.iisoii , renfermées dans des huttes de terre ou l’abondance ne les dédommageait pas de leur sublime dévoûment. Quelques mois après, la veille de la victoire de I-oano, un bâtiment de cabotage, échapp aux croisières anglaises, débarqua inopinément a4,ooo paires de souliers; c’était un hixe nouveau, on se bâta de les distribuer pendant Ic.s apprêts de la batailla, au milieu des riics universels et d’un feu roulant de saillies.

Les officiers recevaient leur solde en assignats; elle suffisait à peine à leurs premiers besoins. Mais quatre ans d'une lutte mêlée de tant d’alternatives les avaient entretenus dans un état d’exaltation qui les mettait audessus des habitudes matérielles de la vie. On n’élait enivré que d’une seule pensée: le salut et la gloire de la patrie. Nous avons encore parmi nous les débris de cette génération à jamais glorieuse; qu’ils disent si, plus tard entourés d’honneurs, comblés des jouissances de la fortune et du pouvoir, ils ont éprouvé des émotions qui aient effacé celles de leurs premières campagnes, alors que l’on se disputait les redoutes du camp de Maubeuge et les lignes de Weissembourg; aloi’sque l’on franchissait victorieux la Sambre ou la Meuse; alors que quatre années triomphantes imprimaient leurs pas sur le rivage du llliiii en s’écriant: k voilà le prix de notre sang, voilà la frontière de la France ! »

Avec de tels hommes, on pouvait marcher à la conquête du inonde; mais le Directoire se méfiait de l’influeiice militaire; et, tout en donnant une organisation vigoureuse aux armées destinées à opérer contre l'Autrirlic, il craignit d’élever ;i une trop grande puissance l’un des généraux, et il divisa malbeureuscnient le commandement. La précaution tourna conti-e lui-même; le cours des évènemeus fit tomber sur une seule armée tout le poids de la campagne, et son général en recueillit la gloire et le fruit.

OPÉKATIOXa SB l’abmée

Plia de cunpsgDe.'— EUt des forces opposées.— Vendée.— IiUrdie de l'ermée d’ilsiie (S anil}.— Combat de Uonlefegino (ti). — Bataille de Mootenolle (si). — Combat de Cossaria (i3). — Bataille deMiUesimo (l4). — Combats de Dego (iS).^ — De Ces* (|6).— DeSainMlicbd (lo).— Bataille de Moodori (ii).— Passage du Pé (7 mai).— Combat de Fombio et Codegno (8). — Bataille ' de Lodi (10).— Entrée à Milan (17). — Combat de Borghelto (3o^. — lUTesliaaemeat de Maoloue (3 etéiuin).

Carnot, entré au Directoire, fut chargé des opérations militaires, et fît arrêter, comme base du plan de la campagne de 1796, que les armées s’avancreraient en Âllemagnc en se bornant à masquer les places fortes et tendraient à un même but : la capitale ennemie. Cette grande idée fut viciée dans les détails de l’exécution , mais elle n’en est pas moins un titre de gloire pour le génie qui l’a conçue. Les circonstances qui en atténuèrent les résultats ne tiennent pas d’ailleurs à lui seul. On avait voulu diviser le commandement; on avait donc deux armées, et l’on était induit naturellement à assigner à chacune un théâtre d’opérations. On ordonna à l’armée de Sambre-et-Meuse de manœuvrer sur le Mein , et à l’année de Rhin-et-Moselle de se porter vers le Danube. La conGguration du terrain (voir \ Introduction), rend cette disposition mauvaise dans tous les temps; on la rendit périlleuse en prescrivant aux généraux de s’attacher à déborder l’ennemi.

Digitizfr

CAMPAGM- DF. 179C.

On étendait ainsi sur une grande éclielle le s)’slènic rju’uii avait appliqué dans maints combats et auquel on attribuait les succès obtenus contre Cobourg en 1794- Mais en l’exagérant on le détruisait. En effet il était fondé sur le principe qu’on devait opérer en masse contre des forces moindres; or deux armées distantes de plusieurs journées de marche ne pouvaient sc prêter un secours mutuel. Chacune d’elles pesait, sans doute, d’un poids incommode sur les extrémités de l’ennemi; mais, en même temps qu’on se mettait dans l’impossibilité de se concentrer, on l’obligeait à le faire, on le contraignait à tenter de sc dégager par quelque mouvement hardi. Ce fut aussi ce qui arriva; on perdit l’Allemagne, et la campagne eût été encore insignifiante sans les prodiges de l’armée d’Italie dont le général en chef pratiqua, avec une habileté jusqu’alors inconnue, l’art, à peine entrevu par Carnot, de faire mouvoir uuc armée comme un bataillon, de la grouper, de l’étendre et de la transporter tout entière sur un point donné.

Bonaparte, disgracié par les réactionnaires de 1790 et rentré en faveur à la suite de la journée du i3 vendémiaire, où il s’était placé à la tête des forces de la Convention, obtint le commandement de cette armée d’Italie à laquelle, deux ans auparavant, il avait indiqué déjà le chemin de la victoire.

Déduction faite des garnisons de la Provence (ao,ooo), des dépôts et des malades, son effectif n’excédait pas44)4t>t> combattans; la cavalerie, les équipages étaient dans le plus mauvais état, on comptait à peine 3ooo chevaux et 3o bouches à feu.

La république entretenait en outre 5 armées: celle des Alpes, commandée par Kellermanii ( 1 5 à 20,006) postée au sommet des monts depuis le petit Saint-Bernard jusqu’à l’Argentière.

En Alsace, l’armée de Rhin- et -Moselle où Moreau avait remplacé Pichegru (71,000 d’infanterie, 65oo de cavalerie, total 77,500).

De la Nahe à Dusseldorf, l’armée de Sambre-el-Meuse toujours sous Jourdan (65,ooo d’infanterie, 11,000 de cavalerie, tctal 76,000).

En Hollande, l’armée du Nord ou armée d’observation (4o à 5o,ooo) sous les ordres de Beurnonvillc, et enfin l’armé^e de l’Ouest (100,000) sous Hoche.

L’Autriche opposait ù Bonaparte : i ° l’armée impériale commandée par Beaulieu (35,ooo combattans); a° l’armée sarde sous CoHi (a5,ooo).

A Kellermann ; une seconde armée sarde commandée par le duc d’Aoste ( 1 5 à ao,ooo).

A Moreau : Wurmser et l’armée du Haut-Rhin (83, 000: 61,000 d’infanterie, 22,000 cavalerie).

Et à Jourdan : l’archiduc Charles, à la tête de l'année du Haut-Rhin

lift GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

(7 t,ooo d’infanterie, 22,700 cavalerie, total 93,700, y compris les garnisons de Mayence et d’Ehrenbreitstein).

L’arince de l’Ouest continua avec le succès le plus décisif son syslcinc de pacification. Chai-elte et StofTlet séparés l’nn de l’aulrc furent pris et livres aux conseils de guerre. Si l'iiistoire ne peut recueillir dans ces inouvcmens qu’uu petit nombre de faits d'armes, elle doit insister sur l’importance d’une diversion (]iii tint éloignés de la frontière 100,000 boinines de troupes aguerries, des généraux habiles et celui d’entre eux qui, peut-être, eût balancé la fortune de Bonaparte. Il est facile de se faim une idée de l’intluence qu’eût pro(iuitc, sur les des'.im’vs de l’Europe, l’intervention de Hoche et de sa belle année aux bords du Rhin ou en Italie.

Bonaparte arriva au quartier-général de Nice le 27 mars; la neige obstruait encore les passages des Alpes et il avait hâte d’entrer en opérations avant que la saison eût agrandi le champ de bataille.

8000 hommes restèrent à la garde des places et des cols du comté de Nice, le reste de l’armée (33, 000) fda par le (laiic droit sur la route de la Corniche et s’étendit jusqu’aux portes de Gênes.

Cette poignée de braves était mervedleuscmcut disposée pour de grandes choses. Le général en chef, malgré sa jeunesse, ses formes grêles, scs manières réservées, avait été bien accueilli. Les .soldats, aguerris par quatre campagnes, par des combats héroïques dans les gorges et sur les cimes des Alpes et des Pyrénées, dans leur bonne humeur, lui avaient conféré leur propre grade en lui promettant de ravanccment. Sous ses ordres, quatre généraux d’un courage , d’une habileté à toute épreuve commandaient quatre divisions d’infanterie. C’étaient Augercau et Massena égaux en impétuosité; c’étaient I,aharpe cl Scrurier plus inéihodiqucs et non moins renommés. La cavalerie était conduite par Kilmaine et Steiigcl signalés par leurs campagnes dans le nord. l.e chef d’état-major était Berthier. doué de sang-froid, travailleur infatigable, exact et méthodique, d’une prodigieuse mémoire : il réunissait au plus haut point ces qualités de sou emploi. Dans les rangs inférieurs se trouvait une pépinière d'illustrations nouvelles : I.annes, Joubert, Murat, Bessières, Suchet, Victor. Enfin pour qu’aucune gloire no manquât à cette brillante armée, plusieurs de ses demi-brigades, la 3a', la 18', la 4' devaient se faire un nom dont la célébrité rivalise avec celle des plus célèbres guerriers.

Après la bataille de T.<oano, les coalisés, chassés de la crête et du versant maritime, s’étaient répandus sur le revers septentrional, en couvrant û-la-fois les avenues du Piémont et de la Lombardie. C’est là que Napoléon courait les atteindre non plus en se répandant par détaclieinens tout le long de la cluîne, mais eu se jetant tout entier entre (ïolli et Beaulwu

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, par une seule ouverture, par celle que forme l’affaissement des monts vers les sources de la Borinida.

Du côté (lu nord les pentes sont moins rapides que celles où l’on avait jusqu’alors combattu. T>eur largeur est d’environ douze lieues. Le Tanaro et ses affluens; la Cursaglia, le Beibo, la grande et la petite Bormida en descendent, et diverses communicalioiKs , entre le littoral et le bassin du Pô, les traversent : d'abord la route d'Oneille à Turin par Ormea, G;va etCoui;puis celle de Savone à Milan par Dego, Acqui et .Alexandriej ensuite le débouché de la Bocehctla; enfin un chemin transversal, longeant les sommités et conduisant de Turin à Gènes par Milicsimo, Sassello et Voltri, avec 'embranchement sur Savone par Carcarc. Il suit de là que Savone est un point de départ commun pour les capitales du Piémont et de la Lombardie. Les impériaux couvrant Milan étaient cantonnés de Gênes à Alcxatidrie, la droite appuyée à Dego sur la petite Bormida, et IcsPiémontais couvrant Turin, campes à Ceva, occupaient, parleur gauche, Milicsimo sur la grande Borinida, sc liant avec Beaulieu par la brigade Provera postée sur les hauteurs de Cossaria.

Il fallait donc, pour opérer la séparation entre les deux armées opposées et menacer à-la-fois les deux capitales, se réunir à Savone; pénétrer à Carcare, jonction des deux chemins de Dego et de Millesimo, et déblayer le terrain accidenté qui se trouve entre les deux Bormida.

Tel était le plan de Bonaparte ; mais, en sc concentrant, il voulut empêcher l'ennemi de faire ce qu’il faisait lui-même. Dans ce but, Serurier, nu lieu de suivre le mouvement indiqué au reste de l’armée, sc déploya à Garessio, comme s’il eût cherché à forcer la route de Turin et retint Colli dans le camp de Ceva; puis tandis que l’on faisait halte autour de Savone, I.âhurpe poussa sa brigade de droite jusqu’à Voltri et somma les Génois de livrer le passage de la Bochclta et le fort de Gavi qui en ferme l'entrée.

Au moment même oii les manœuvres s’exécutaient, les impériaux s'ébranlaient aussi pour prendre l’offensive; ils voulaient, comme l’année précédente, envelopper la droite, la replier par son extrémité sur la côte et couper sa retraite en tombant, du sommet dc*s monts, sur Savone par où ils supposaient qu’elle se liait au centre. Formés en deux colonnes, il.s s'avançaient ; Beaulieu par la Bochetta pour déboucher de Gênes, et d'Argenteau par Sassello pour descendre par le col de Moutenotte sur Savone. Colli resta immobile et l'on se proposait de pivoter sur lui de manière à se remetire en ligne, la droite à Ceva, le centre sur les hauteurs, la gauche à Loano.

Ces dispositions assurèrent le succès de Bonaparte. I.a;s deux généraux autrichiens, en mettant entre eux la masse des Apennins , n'étaient plus

Ilf. GUERRES DE LA RÉVÛLUTlUN.

à portée de s’envoyer des renforts; ils Hvi'aient donc lu colonne du ccii- . tre, forte seulement de 18,000 lioinmcs, aux coups de rarmcc française entière.

Les deux villages de MoutcnoUc sont situés : run sur la crête, l’autre dans un pli du revei's intérieur de la montagne; au sortir du premier on trouve un col, à peine voiturable, qui descend jusqu’.à la côte en passant par Montclcgiuo. colonel Ranipon à la tête de 1300 lionnncs était chargé de couvrir cette communication, et ses tirailleurs s’étaient postés dans toute la longueur de la gorge; le 1 1 avril vers le milieu du jour, ils signalèrent la colonne impériale et, profitant derâpreté du terrain, ils ne mirent pas moins de deux heures à se replier sur leurs bataillons. Pendant ce temps, Rampon sc jeta dans une ancienne redoute (|ui coupe la route, mit scs canons en batterie et fit jurera sa troupe de sc défendre jusqu’à l’extrémité.

Bientôt l’avant-garde ennemie sc forma pour monter à l’assaut, accueillie paries feux croisés de l’artillerie et de la mousquelcric, clic ]>lie et se rompt; trois fois d’Argenteau la ramène à la charge; trois fois les républicains lui présentent un rempart de baïonnettes et la repoussent eu lui faisant éprouver d’énormes pertes. La nuit survint, on remit le combat au lendemain.

Cependant la droite de Labarpe était, dès la veille, aux prises avec Beaulieu. Attaquée le 10, eu avant de Voltri,clle s’y était maintenue;

]e 1 1 elle se replia en arrière du bourg et, pendant la nuit , elle rejoignit la division qui se rangea tout entière à droite et à gauche de la redoute si vaillamment conservée par Rampon.

Au jour, Beaulieu se présentant devant Voltri n’y trouva plus personne, et d’Argentcau fit, au milieu d’un brouillard é]Kiis, les apprêts d’une nouvelle attaque ; mais il ne tarda pas à reconnaître qu’il était lui-même entouré et réduit à la défensive.

Tandis qu’il achevait de descendre le revers de l’Apennin, tandis que I.aharpc se concentrait à Montelcgino, Augereau et Massena, cheminant en sens inverse, gravissaient les cols qui débouchent de Savonc et sc transportaient au sommet de la chaîne, le premier pour occuper Carrare et coutenir, au besoin, Provera; le second pour envelopper Montcnolte.

Après les premiers coups de feu les impériaux sc hâtèrent d’évacuer le col où ils allaient être renfermés et de gagner les hauteurs dans le dessein de s’y affermir et de recevoir le choc; mais il n’était déjà plus temps. Laharpe, Rampon les poursuivirent cl les abordèrent de front à Monteiiottcdans le même temps ([iic Massena débordait leurs flancs et leurs derrières.

Bonaparte, place sur une colline à droite de Carcarc, surveillait tous les mouvemens. C’était sa première bataille, mais les mesures étaient si bien prises qu’il n’eut que les émotions de la victoire; Montenotte fut enlevé en un instant et l’ennemi, partout ass.'tilli, lâcha pied dans le plus grand désordre, abandonnant i5oo morts, aôoo prisonniers, 4 drapeaux et 5 canons.

A peine quelques bataillons réussirent-ils à opérer leur retraite sur Dego : Laharpe s’élança sur leurs pas, les autres divisions, le quartiergénéral et la cavalerie s’établirent dès le soir à Carcare.

Le lendemain, pendant que les débris de d’Argenleau, épars dans les gorges de l’Apennin, cherchaient à rentrer dans le camp de Dego; pendant que Beaulieu s’occupait de transporter sur le iiiêmc point, par de longs détours, sa colonne engagée dans le défilé de Bochetia, Augereau se mit sous les armes pour enlever les hauteurs qui dominent les deux Borinida et rompre la communication entre l’armée sarde et les impériaux. Sa division, n’ayant pas encore donné, brûlait de se signaler à son tour. Elle tomba sur Provera avec une fcllc impétuosité que les gorges, par où l’on gagne Millesimo, furent occupées avant que l’ennemi eût pu se retirer. Le général autrichien chercha, dans le vieux château de Cossaria, un refuge où il renferma 2000 hommes.

C’était un point de ralliement pour les deux, armées opposées, et l'on s’efforça de l’emporter d’assaut; mais Provera se maintint avec une rare vaillance et la journée finit sans qu’on pût l’entamer. Cependant Seruricr tint en échec Colli, et Massena, flanqué à droite par Laharpe, se rapprocha de Dego.

Le i4, un engagement plus général acheva la séparation des deux armées coalisées. Sans s’arrêter davantage à Provera , Bonaparte ordonna de brusquer l’attaque sur tous les points pendant que la supériorité du nombre lui était encore acquise. Massena et Laharpe emportèrent, après une vive résistance, le camp de Dego et les hauteurs voisines. Augereau s’empara de Millesimo et contint, au-delà de la Bormida, la gauche de Col li. Les impériaux se replièrent sur Acqui; les Piémontais se concentrèrent dans le camp de (kva. Provera, témoin des inutiles efforts qu’on avait faits pour le dégager, déposa les armes.

Otte journée, à laquelle on a donné le nom de bataille de Millesimo, coûta aux ennemis i5 drapeaux, 3o canons et Gooo prisonniers.

Après quatre jours de marches, de combats continuels, l’armée victorieuse prenait enfin quelque repos; les avant-postes avaient vu les impériaux s’éloigner sans retour, par la route d’Alexandrie. On avait passé la nuit sans être iiupiiété, lorsqu’au jour 011 apprend au quartier-général que Dego vient d’être enlevé par une forte colonne de grcna«liers aulri-

chleus. C’étaient 6000 hommes du corps de Beaulieu que Wiikassowicli avait conduits de Yoltri à Sasscllo, et qui, donnant tète haissce au milieu dcsdivisionsfraneaiscs, cherchaient à se frayer bravement une retraite. Bonaparte court à eux, les enveloppe, les renferinc dans les rctranchcmens qu’ils ont surpris et coininande l’assaut. Ils se défendent en désespérés: deux fois les bataillons fiançais échouent, une troisième attaque décide de la victoire et lu colonne impériale est presqtic anéantie.

Tant d’échecs avaient désorganisé Beaulieu. Bonaparte sans tenir compte des instructions du Directoire, qui lui jirescrivaient de le poursuivre, se résolut à porter ses efforts coutre les Fiémontais.

I.aharpe fut placé en observation à la rive gauche de la Bormida. Le reste de l’armée s’eng.Tgea dans les routes de Turin , et Serurier, devenant plus menaçant, déboucha sur la ville de Ceva dans le même temps que l’avant-garde d’Augereau parut sur h^s hauteurs d’où s’échappe le Belbo.

Colli, après une courte résistance, évacua le camp de Ceva et courut se reformer derrière la Corsaglia. Cependant l’armée, pour descendre dans la vallée du Tanaro , défilait sur Montezemolo et, pour la première fois, elle découvrait le riche bassin du Piémont, les rivières qui le traversent et les monts couverts de glace et de neige dont il est entoun!. Les soldats s’arrêtaient saisis d’admiration pour contempler ce sublime spectacle. Le même aspect avait frappé les troupes carthaginoises , au sortir des défilés affreux où elles avaient essuyé tant de pertes. Bonaparte s’en souvint et montrant dans le lointain les sommités d’où la vallée du Pô leur était apparue; o Annibal, s’écria-t-il, a forcé les Alpes; nous, nous les avons tournées». Bapprochement heureux qui devait révéler aux esprits les moins attentifs toute la portée de son génie.

On passa le Tanaro en débordant Colli; il se replia dans Mondovi et se hâta d’élever quelques redoutes. Serurier, marchant à l’avant-garde , essuya au ]K)iit Saint-iMichcl sur la Corsaglia un léger échec dont il se vengea noblement deux jours après.

L’année .sarde avait fait scs dispositions pour recevoir, à Mondovi, la bataille qui devait sauver ou livrer la capitale; on l’aborda en trois colonnes : Serurier décida brusipicment la victoire en s’emparant de la redoute principale. L’ennemi perdit 3ooo morts, 1 5oo prisonniers, 10 drapeaux, 8 canons et d’immenses magasins.

lise retira sur la Stura; on arrivait en plaine, et la communication avec Beaulieu pouvait se rétablir. Napoléon n’en donna point le temps. Eu faisant occuper Chcrascho il força Colli de se mettre à couvert audelà du Pô et de prendre position a Cariguan.

On était aux portes de Turin; la cour de Sardaigne, épouvantée do

l’audacc de ce jeune général dont les coups avaient l’cclat et la rapidité de la foudre , cuira en négociation, et l’on signa, dans Chcrascho, un armistice, bienlùt suivi de la paix, qui livra à l'armée française entre autres places fortes, Coni, le château de Ceva, Tortone, Alexandrie et Valence, En 1 8 jours on avait remporté six victoires, fait i i,ooo prisonniers, pris 2 I drapeaux, 55 canons, plusieurs forteresses. On avait ouvert à Kellerinann le passage des Alpes, on avait détaché de la coalition le roi de Sardaigne. Enfin lieaulieu, après un mouvement trop tardif en faveur de Colli , s’élait replié au-delà du Pô. Jamais tant de hauts faits si proinpteineiit accomplis n'avaient signalé les armes françaises. La législature décréta cinq fois ({ue l’armée d’Italie avait bien mérite de la patrie.

Elle devait se surpasser encore. Bonaparte, affermi sur sa gauche, courut aux impériaux. Le soin qu’il avait pris d’exiger la remise de Valence et d'y réunir des moyens de passage; la concentration de scs divisions à portée de celte ville , donnèrent le change au général ennemi qui s’attendit à défendre de front, d’abord le Pô, puis le 'l'ésin, barrière de la Lombardie. Il lui restait,)’ compris ses renforts, environ 35,000 hommes sous Lyptai, Kosehnini, Sebottendorf , Wukassowich et C’xjlli; il leur lit prendre position entre les deux rivières. Cependant Napoléon se porta d’une marche rapide à Plaisance où il entra sans difficulté, yoo grenadiers franchirent sur-le-champ le ilcuve et rejetèrent au loin une patrouille de hussards qui observaient la rive gauche. Sous leur protection on commença l’établissement d’un pont de bateaux, et avant la fin du jour rarmée se mil à défiler. Laharpe était déjà rangé au-delà du Pô quand I.yplai (8ooo hommes; vint se loger dans Fombio de manière à servir fl’appui aux autres divisions qui accouraient à marches forcées. On se bâta de l’attaquer avant que l’arrivée de ses collègues obligeât d’engager une affaire générale; ou le culbuta, on lui enleva aSoo prisonniers, son artillerie, et l’on pousuivil ses débris jusqu’à Pizzighitone. A la nui^ en le cherchant, l’avant-garde du centre de Beaulieu se heurta dans Codogno contre la division victorieuse. Après quelques décharges, qui coûtèrent la vie au brave général Laharpe , l'ennemi informé du désastre de la soirée plia pour se porter au pas de course au-delà du pont de J.otli. IjC lendemain au jour , Bonaparte s’élança à sa poursuite; il espérait couvrir l’.Adda et faire déposer les armes aux troupes eu marche entre cette rivière et le Tésin. On atteignit près de Lodi l’arrièregarde, on la mit en désordre, on entra pêle-mêle avec elle dans la ville, mais elle rallia de l’autre côté du pont le corps de bataille. I>à i6,ooo hommes et 20 canons étaient prêts à recevoir le choc. Une batterie enfilait le pont, soutenue à droite et à gauche par de l’infanterie qui avait crénelé les maisons voisincsi

Il était jusque-là sans exemple qu’on eût enlevé d’emblée le passage d’une rivière aussi puissamment défendu; mais l'clau était donné et Bonaparte n’hésita pas à en profiter pour frapper de stupeur l’ennemi, déjà déconeerté par la hardiesse de scs manœuvres , pour lui ôter toute confiance dans les lignes de défense dont il pouvait être encore tenté de s’appuyer.

T^a cavalerie courut à une demi-lieue au-dessus de la ville chercher un gué praticable, l’artillerie se mit en batterie sur la rive droite ,et les grenadiers de Massena (Gooo) se formèrent en colonne serrée couverts par le vieux rempart, la tête à gauche de la porte qui débouche sur le pont. Ces dispositions achevées, la canonnade s’ouvrit et l’infanterie ennemie ne tarda pas à foire quelques pas en arrière pour se mettre à l’abri des boulets; bientôt le feu des batteries se ralentit et la cavalerie française se déployant sur sa droite, elle se retourna en partie contre une attaque de fianc; à ce moment les grenadiers, jusque-là masqués par le rempart de Lodi , débouchent au pas de course et s’élancent sur le pont; une grêle de mitraille les accueille ; mais ils luisitent à peine uii instant, une irrésistible impulsion les entraîne; ils atteignent l’autre rive, tuent les canonniers, s’emparent de leurs pièces et rompent la ligne des impériaux qui fuient sur tous les points et perdent , avec leur matériel, a5oo prisonniers. Après le combat, les soldats, selon leur promesse, proclamèrent caporal le chef qui les avait si habilement commandés.

Cependant la droite de Beaulieu avait passé l’Adda à Cassano; elle rallia dans Brescia les débris du centre, et le généralcn chef les conduisit au-delà du Mincio.

L’armée française occupa Pizzighitonc, Crémone , I^odi , Cassano; elle investit le château de Milan, et Bonaparte fit, dans celte capitale, une entrée triomphante.

En dix jours on avait conquis la Lombardie. L’Italie entière, profondément émue, semblait appelée à de nouvelles destinées. Cette belle contrée où , depuis plusieurs siècles, l'intelligence lutte vainement conli-e la force, était en droit d’attendre de la révolution française le signal de son affranchissement. Mais le vieux mot d’ordre des Guelfes : chassons les Barbares, ne trouvait plus d’écho parmi les souverains qui dans les temps passés, l’avaient inscrit les premiers sur leurs drapeaux. Gênes, Panne, Modène, étaient sans influence politique. Florence s’était façonnée à la domination d’un prince allemand ; les cours de Naples, Rome et Turin; l’aristocratie de A' enise, avaient place leur puissance caduque .sous l’abri des baïonnettes autrichiennes. La Péninsule offrait partout l’afiligeant spectacle de princes abjurant tout esprit de nationalité et le coiu-

primant chez leurs peuples à l’cgal des maximes anti-sociales. Ces sentiincns patriotiques firent explosion lors de l’entrée à Milan des vainqueurs de Beaulieu; on les accueillit en libérateurs, on sc livra sans contrainte aux démonstrations de l’enthousiasme et , de toutes les provinces, on vint demander au général en chef la liberté de la patrie. Sans rien promettre il donna à ces dispositions assez d'encouragement pour s’en faire un moyen de guerre. Il organisa dans le Milanais les gardes nationales et, après avoir donné à l’esprit public l’élan convenable pour appuyer ses opérations , il fit ses apprêts pour marcher vers le Mincio. 11 allait partir lorsqu’il reçut du Directoire l’ordre de sc porter sur l’Italie centrale, à la tête de ao.ooo hommes et de faire place à l’armcc des Alpes, que l’on chargeait d’assiéger Mantoue. la; désir de ch.âlier Rome et Naples , et peut-être de diviser le commandement , entraînait encore dans la faute qui avait toujours fait perdre aux Français leurs conquêtes au-delà des monts. S’engager au fond de la Péninsule, à moins d’avoir fermé sans retour les débouchés des provinces impériales, c’est se porter en avant sans base ni retraite, c’est s’aventurer dans une de ces expéditions folles que l’on doit chèrement payer.

Bonaparte sc refusa aux injonctions du Directoire ; il soutint qu’une division , détachée sur la rive droite du P6 , suffisait à tenir en échec Rome et Naples; que le reste de l’armée , formée sur l’Adige , à la jonction des routes du Tyrol et de la Carniole , battrait les forces autrichiennes et donnerait le temps de s’affermir en Italie. A ces représentations il joignit l'offre de sa démission, puis, sans attendre la réponse, il courut à de nouvelles victoires.

Beaulieu, flanqué par la forteresse de Mantoueetpar la place vénitienne de Peschiera, dont il avait pris possession au mépris de la neutralité du sénat, couvrait les rives du Mincio. Après quelques démonstrations propres à lui dérober le véritable point d’attaque , la principale colonne française s’élança surBorghetto que défendaient 4ooo hommes: on les culbute; ils se retirent à Yaleggio et fout sauter une arche du pont; mais 1rs vainqueurs se jettent dans la rivière; leur audace, le souvenir de Lo li suffisent à disperser l’ennemi, qui sc replie sur les réserves à Villa-Franca. Napoléon ne les poursuit point, il a dirigé Augereau sur Gastel-Nuovo en lui prescrivant d’occuper les défiles du Tyrol et de l’Adige; il attend pour continuer l’attaque, le développement de cette combinaison; mais l’effroi des impériaux la fait échouer, ils évacuent Villa-Franca et se mettent en sûreté au-delà du fleuve avant qu’Augcrcau ait achevé de sc déployer.

Beaulieu jeta dansManloueune garnison de i5à 20,ooohommes. Napoléon, laissant scs débris fuir dans le Tyrol, fit occuper, malgré les représen-

talions du sénat de Venise, Brescia, Pcsciiiera, Vérone el Legnago. Maître enfin de la ligne de l’Adige, il se disposa à démontrer avecquelle sagacité il avait saisi le na-iid de la caiiipague. Augereaii passa le Pô à Borgofoi'tc, poussa ses colonnes sur Livourne et Ancône ,et mit aux pieds du Directoire toute ITlalic; Serui-icr s’établit autour de Mantoue, le reste de l’arinéc prit sur l'Adige el le lac de Garda des positions défensives contre les forces que réunissait la cour de Vienne.

Une courte description est nécessaire à rinlclligeucc des cvèncniens qui vont suivre. Mantoue était le but des aruules eniieinies; Trente, le centre coniiniin de leurs arméniens; l’espace entre les deux villes Iccliainp de bataille (i).

IVIautoue est bâti au milieu d'une nappe d'eau formée par le Miiicio qui, après avoir été resserré, au sortir du lac de Garda, par les dernières sommités des Alpes Tyroliennes, ralentit son cours en arrivant dans la plaine et s’étend eu lacs et marécages. On pénètre d.tns la place par deu.x ponts, et trois digues, prolongeiiicns des routes de Legnago, Vérone, Brescia, Grenione et Borgoforte. I.a plaine au nord n’a pas, dans sa plus grande largeur, plus de 8 à lo lieues, elle se termine aux Alpes dont la pente de plus en pins ardue s'élève jusqu’aux sources des fleuves. On descend de Trente dans la plaine par trois cliaussécs voiturabli'S. Ui plus directe dcboucliant sur Vérone longe la rive gauebe de l’Adige par llovcrcdo et Dolce; elle a plusieurs einbrancliemeiissiir la rive droite, plus divergente suit l'étroite vallée de. luBrciila et sc confond à Vicence avec lu eliaussée de lu Gariutliic, lu troisième cotoic la rive gauche de lu Cliiesa pour aboutir à Brescia.

Les deux premières n’ont de coinniunicalion que par un mauvais chemin de traverse, tout le reste est impraticable; elles sont, l’une et l’autre, coupées par l’Adige, courant rapide et profond, large d’euvirou 120 mètres, dont les ponts sont couverts par les remparts de Vérone, I^îgnago et Ghiusa.

On passe, de la première à la troisième an moyen des embranchemens de la chaussée du Tyrol, sur la rive droite de l’Adige. Celui qui traverse Riva, SC réunissant à la route de Brescia, est intercepté comme elle par la Rocca-d’Aiifo. Les autres , la Stradu Postale et la Strada Impériale rencontrent entre le lac et l’Adige des obstacles non moins sérieux ; d’abord les escarpcnicns de la Corona que llanquentà droite Moiitemaguonc, à gauche Moutebaldo et qui forment, dans toute la largeur du massif, une vaste redoute carrée : puis uu ainpliitéâtre d’où descendent le Tasso et plusieurs torrens dout celle petite rivière absorbe les

(i) Vnirl» dcttxitac ctrUk

eaux : puis enfin, le plateau de Rivoli s’élevant comme un bastion d’une demi-lieue de diamètre dans les contours du Tasso qui l’enveloppe avant de tomber dans l'Adigc.

Les deux chaussées se croisent auprès de Rivoli : elles longent l’une l’Adige, l’aulre la crête de Moiiteniagnonc, enlicremeut séparées par le revers à pic de cette colline. Avant leur jonction elles sont impraticables pour l’arlillerie et la cavalerie; mais à partir du plateau, la première n’ayaiit plus d’issue aux bords du fleuve, moule par une rampe très raide; elles préstuitent , réunies, une communicatioii voiturable.

11 résulte de cette disposition des localités, que les impériaux étaient dans la nécessité, soit d’engager leurs colonnes dans trois routes divergentes où elles ne pouvaieut pas se flanquer mutuellement ; soit de .s’avancer en masse, sur un sol entrecoupé où l’on ne peut se déplo)'cr, où l’on marche séparé par des murailles naturelles aussi complètement que par de grandes distances.

Les divisions françaises, au contraire, postées à Legnago , Vérone , la Corona, Rivoli et Salo, avec leurs réserves sur le Mincio , étaient à portée de se prêter rapidement secours et de se concentrer. Il y a en effet de Legnago à Vérone 8 lieues; même distance de Vérone à la Corona ; six lieues de la Corona au Mincio : même distance du Mincio à la Chicsa. Les communications nombreuses qui traversent la plaine en tous sens donnaient la facilité de transporter partout le matériel et les approvisionneinens.

La garnison de Manloue, commandée par Canto d’Irlès , essaya d’abord de tenir la campagne et de fortifier les têtes des digues qui conduisent dans la place; mais ce dessein échoua. Sernrier enleva d’assaut le faubourg de Saint-Georges, Augereau chassa les Autrichiens du moulin de Cérèse et acheva de fermer les entrées par les murais ; il ne resta plus aux assiégés de lien avec Ip terre ferme que du côté de la citadelle qui fut étroitement bloquée.

OPÉRATIO?<S DE l’aBMÉE DE SAMBRE-ET-MEUSE.

Pa^saçc du Rhin.— Comhal de $iej»h«rî* juin).— D’AU^nkirrhen (4).— De Welziar (5).— DTke-

ralli (19).— De Fnedlx'rg(r3 juilfel).— Oenipation de Francfort (16).— Frise de Wurt!»ours (4 août).— Cumliatde Forcheim (7).— De Sulzliach, AihIkt^ el Wolffering /'i7 à a i). — De Neumarkt D’Aml»erg(î4).— De llurg-Fljerach (19). — l'*a»aille de WiirUliourg (3 seplemhnO — Rc- Iraile de Jourdan (4 à 9).— Combats de Gies&io el I.imbourg (16) — D’Allenkirchen (19). — Fin de U catnpaguej armistice.

CopendanI Jourdan et Moreau, dont riiiaclion excitait les j)lus vives rcclanialions de la part de Bonaparte , commein.èrent à se mettre en mouvement. I/> gros des forces impériales était resté entre la Nahe et le Speverhach. Kienmayer et le prince de W urf emberg, avec la droite de l’archiduc Charles, observaient les débouchés de Dusseldorf et de Coblentz, la gauche de Wurmser sous Sztarray, Fi-œlich et le prince de Coudé bordaient le Rhin, depuis Mannheim jusqu’à la Suisse.

Ix’s deux armées républicaines avaient reçu une organisation puissante : elles étaient divisées en corps d’armée et réserve.

Kleher, avec la gauche de l’armée de Snmhre-ct-Meuse, formée des <livisions Colau et Lefebvre, occupait Dusseldorf. Jourdan, commandant en personne le centre (divisions Championnet, Grenier, Bcrnadoltc) s’étendait de la Nalie à Nenwied; Marceau à droite couvrait la Nalic avec sa division et celle de Poucet; Bonneau commandait la réserve.

Desaix (divisions lleaupuy et Delmas) formait la gauche de l’armée de Rliin-ct-Moscilc, et Saint-Cyr (Dulicsme, 'J'aponnicr) le centre cantonné sur le Speycihach;Ferino(Tarreau et Iji\horde) la droite au-dessus de Strasbourg , et Bourcier la réserve de la cavalerie.

C«‘s deux belles armées, qu’à défaut de succès décisif, ont illustrées leur bravoure, leur sévère disci])linc et les vertus do leurs généraux,

avaient jusque-là soutenu l’effort de la guerre; la première en sauvant la Flandre, puis en faisant la conquête de la Belgique et des provinces Rhénanes; l’autre , en défendant pied à pied les défilés des Vosges, les ligues de la Sarre et de Weissembourg.

Jourdan seul avait l’accès de la rive droite du Rhin, il entra le premier en campagne. Kleber se déploya hors des rctranchemcns de Dusseldorf, battit Kienmayer à Siegbrug et le rejeta sur le prince de Wurtemberg qui occupait les hauteurs d’Altenkircheii avec i5,ooo hommes; il les attaqua réunis, leur prit 2000 hommes, 12 canons, et les poursuivit jusqu’à la I..alin, qu’ils passèrent à Nassau pour prendre position à Jamhourg; les vainqueurs se rangèrent sur la rive droite et de part et d’autre on attendit des renforts.

L’archiduc , avec toute son armée, accourut au secours de ses licutcnans; Jourdan porta son centre au-delà du pont de Neuwied, et Marceau poussa par la rive gauche jusqu’aux portes de Mayence.

premier soin de Jourdan fut de chercher à se rendre maître de la haute Lahn afin d’appuyer sa gauche à la ligne de neutralité prussienne. 11 dirigea Ix;febvre sur Wetzlar. Celui-ci, trouvant la ville occupée et l’ennemi en position derrière la Lahn, entreprit de forcer le cours de cette rivière ; mais l’archiduc exécutait la manœuvre que son adversaire avait voulu prévenir : il appuyait à droite pour déborder l’armée française et il se trouvait en personne sur le champ de bataille. Lefebvre perdit plusieurs canons et fut replié. Les impériaux s’étendirent de Wetzlar à Dillenbourg. Jourdan, menacé par les mêmes combinaisons que l’année précédente , se détermina par les mêmes motifs à se replier. Il gagna le Saynbach, et couvert par ce ruisseau il rentra dans Neuwied en contenant rcuiiemi. Kleber retourna à Dusseldorf où il parvint, après avoir victorieusement soutenu un rude combat , à Ukerath , en avant de la Sieg.

Quelques jours après, l’archiduc, rappelé sur le Haut-Rhin par les succès de Moreau, ne laissa en présence de l’armée de Sambre-et-Meuse que Wartcusieben à la tête de /|0,ooo hommes. Elle déboucha de nouveau, chassa de position les impériaux, les battit à Fricdberg, occupa Francfort, détacha a5,ooo hommes sous Marceau pour masquer Ehrenbreitstein et Mayence et, réduite à 46,000 hommes, s’attacha aux pas du général ennemi qui se retirait par la vallée du Mein.

Ses ordres lui prescrivant de le déborder par la droite, il fut obligé de suivre les sinuosités de la rivière, et après avoir pris Wurtzbourg, d’occuper successivement Gemund et Schweinfurth. L’ennemi s’arrêta un moment à Bamberg, fit rentrer ses convois, sous escorte, en Bohême, puis s’étendit sur la Wissent. Jourdan lui enleva Bamberg, et l’ayant

attaqué et battu à Forclieitn, il le força de se retirer sur Âmberg, par la traverse de Ncukirclicn; ille poursuivit l'épée dans les reins, et après de légers cngagemens à Suizbach, à Ainbcrg à Wolffering, il le rejeta definitivement au-delà de in Nuab. Là il fit halte et dclacba sur sa droite, n Neumarkt, Bcrnadotte pour observer rarchiduc et tendre la main à l’armée de Rhin-ct- Moselle.

Ce fut alors que le viee des di.spositions qui avaient engagé les deux armées républicaines sur deux ligties se fit cruellement sentir. Bernadotte fut inopinément attaqué à Neumarkt par des forces supérieul'es; il resta maître du champ de bataille; mais apprenant qu’une seconde colonne survenait par la droite sur ses derrières, il se retira à Altorf. Jourdan, informé de ce mouvement, se bâta d’envojer Bonneau au secours de Bernadolle et lui même se rapprocha du théâtre des évèiiemcns. Déjà sa tête de colonne atteignait Suizbach lorsqu’il apprit que Bcrnadotte était poussé, par une forte colonne d’impériaux sous les ordres dellolze, jusqu’àla l’cgnitz, et que l’archiduc en personne ramenait Bonneau sur Amberg. La nécessité de rallier ce dernier suspendit sa retraite. Son inquiétude était grande : qu’était donc devenu Moreau ? comment avait-il lâché prise et permis à l’archiduc de déborder sur son flanc droit? Pris entre les colonnes de ce prince et Warleiisleben, il réussit dans cette situation critique à éviter un engagement général ; mais l’arrière-garde soutint à Amberg un rude combat où deux bataillons continrent long-temps les forces ennemies et succombèrent jusqu’au dernier homme.

D’un autre côté, après avoir contraint Bcrnadotte à se retirer à Forcheim, il occupa Lauf et Nuremberg ; de telle sorte qu’au moment où Jourdan pliait sous le poids de ses deux adversaires, par la chaussée qui longe la Pcgiiitz, cette route était déjà coupée, et l’armée entière s’enfonça par un à-droite dans la traverse difficile de Ncukirclicn; les bagages couverts par Kleber gagnèrent Pcgnilz au moyen d’un long détour. Ce mouvement n’était point sans péril; la longue file des voitures obstruait l’étroit défilé et ne laissait point d’espace aux colonnes de marche. Il y eut un instant d’embarras général , un désordre qui eût été désastreux, si l’on eût étéattaqué. Heureusement l’ennemi ne parut pas; on eut le temps (lèse déblayer et l’on arriva enfin sur la Wissciit où l’on prit position : mais llolzc ayant passé la Rednitz poussait des partis jusqu’au Mcin. Jourdan le fit attaquer par Bcrnadotte qui , après un combat de peu d’importance livré à Burg-Eberach, balaya la route de Bamberg à Schwcinfurlh. L’armée gagna celte dernière ville par les deux rives du Mcin.

Là Jourdan reçut des dépêches qui lui annoncèrent que Moreau ve-

iiaitdc battre Latour sur la Lccli; on savait qu’un mouvement de troupes avait lieu du Mein au Danube ; on pensa que rurcbiduc, satisfait d’avoir rendu l’attaque à Wartensleben, retournait à sa ligne d’opération. Dès-lors la retraite était sans motifs. On lit balte pour reprendre l’offensive.

Le plan du général en chef était de s’appuyer sur la place de Wurtzbourg pour atleiidre l’eniicini dans le pli que forme le Mein , livrer bataille et, si la fortune le secondait, déboucher par Dettelback et Kintzingeu pour ressaisir Nurnberg; ou si elle trompait ses ellorts , gagner Francfort et Mayence et rallier les ü5,ooo hommes de Marceau. Mais, tout en cherchant à s’ouvrir la routede Francfort, il ne voulut point s’exposer à perdre celle d’IIainmelbourg, et, de peur d’être tourné par la gauche, il laissa Lefebvre à Scbweinfurlh avec i i,ooo hommes; puis il se mit en marche pour Wutzbourg à la tête de 3o,ooo Immmes.Ces mesures, inspirées par l’idée que l’on allait combattre à forces égales, étaient insuffisantes contre les masses de rarchiduc. Au sortir de Schweinfurth , on apprit que Hotzc était maître du pont de Kintzingen, et l'on commença à concevoir des inquiétudes pour Würzbourg dont les approches étaient en effet couvertes par l’ennemi.

Le 3 septembre, au milieu d’un brouillaril épais, on fit les dispositions de la bataille où le sort de l’Allemagne allait être décidé. Jourdan, ne croyant rencontrer d’autre obstacle qu’une avant-garde, s’apprêtait à lui passer sur le corps; mais sa tête de colonne se heurta contre deux divisions que l’archiduc avait fait filer en avant de Wurtzbourg. En même temps sa gauche fut débordée et séparée de Lefebvre par divers corps <[ui franchirent le Mein sur tous les points. A onze heures, le brouillard s’étant dissipé, Jourdan reconnut que les impériaux étaient en forces doubles, que sa droite était vigoureusement contenue, que son centre allait être vivement assailli, et que sa gauche, menacée par une nombreuse cavalerie était compromise. Il était trop tard pour appeler Lefebvre sur le champ de bataille, il fallait donc renoncer à rentrer dans Wurtzbourg. On ne combattit plus que pour assurer la retraite qui s’opéra heureusement sur Arnsteiu sans que l’ennemi eût pu rompre ou entamer l’armée. Lefebvre la rejoignit par Arnbach et l’on continua à rétrograder en deux colonnes jusqu’à la Lahn où Marceau se rendit par Nassau, Dietz et Limbourg.

On espérait encore défendre la Lihn; mais l’archiduc était déterminé à ne point laisser de relâche à l’armée française, à la rejeter audelà du Rhin , et à se rabattre ensuite sur Moreau. Comme au début de la campagne, il menaça Vetzla ctGicsscn, puis, lorsqu’ilcutattiréJourdan, il se renforça d’un détachement de la garnison de Mayence et tomba en

masse à Dietz et Limbourg sur Marceau qui fut rompu. La ligne de la Lalin était perdue et la situation devenait délicate; la retraite sur Neuwied était interceptée, il fallait gagner la Sieg au risque d’y être prévenu. Marceau se dévoua au salut de l’armée, dont il assura la marche, eu couvrant sou ilauc droit et en disputant le terrain pied à pied à un ennemi supérieur en nombre et victorieux. Lu avant d'Altenkirclicn ce jeune général , dont la courte carrière a jeté tant d’éclat, soutint un dernier choc durant lequel Jourdan se mit enfin hors <l(! péril, mais qui lui coûta la vie. Atteint mortelirmcnt il tomba mourant entre les mains des impériaux.

Le lendemain l’armée rentra dans les retrancliemens de Dusseldorf et repassa leRbin. A peu de jours de là, les restes delMarceau furent remis aux avant-postes français, et les impériaux, de concert avec scs anciens compagnons d’armes, lui rendirent les derniers devoirs. 11 fut inbumé à Cobleutz au bruit des salves d’artillerie tirées en même temps des deux côtés du fleuve.

Jourdan, mécontent du Directoire qui avait refusé de lui porter secours par un mouvement de l’armée du Nord, donua sa démission et fut remplacé par Deurnonville.

UPÉILCTIOSS DE l’aBMÉE DE Hilin-ET-MOSELLE.

Comkal du pont de Mannheim (14 juin).— Passage du Rhin, prise du fort de Kcht Comtraf

de nenchen (S9).>— De Fmtdcmtadl (3 juillet). De Rastadl (6). — Ratailie d’E&aUoçcn (9). - C'.omlKil de Canstadt (99).— ralaille de N(.‘re»hciiii (1 1 siüùl) — >Mou\rment de Moreau (16 à 19) ~De Tarchidiic (f6).->]iivasion dr la l^viêre («4).— Mamruvres de Moreau (i" au loseptembre), — Sa retraite. — bataille de Bibcracli (a octobre).— Occupation du val d'Eufer (1 1}.— Bataille d'Emnedingeo (19). — Canderu etScLlieogen (93*a6).

I^orsquc aux premiers mouvemens de l’armée de Sambre-ct-Meusc , l’archiduc courut à laLahn, les victoires de l’armcc d’Iiulic produisirent

une diversion plus importnntc; Wurmscr reçut l’ordre de se rendre dans IcTyrol avec 3o,ooo liotntnrs d’élite : le reste de ses troupes, dont Latour prit le coinmandcinciit se rapprocha du pont de Mannheim; Moreau les ayant fait attaquer les contraignit à se renfermer dans la place.

La rive gauche du Rhin était encore une fois libre d’ennemis, et le Directoire croyant Jourdan renferme tout entier au-delà du fleuve, il enjoignit à Moreau de tenter le passage de vive force. Celui-ci continua ses démonstrations devant la tète du pont de jUannheim et, pondant ce temps, ses divisions filèrent à marches forcées jusqu’à Strasbourg. Là, dans la nuit du a3 au 24 juin, Desaix se mit à la tète de a5oo hommes qui s’eml)arquèrent et surprirent, avant le jour, le fort de Kehl; On le mit sur-le-champ eu état de défense et l’on commença à Construire un pont qui fut achevé le a5 à midi. Dès le soir 4o,ooo hommes étaient déployés sur le territoire allemand. Cette force lit fléchir en demi-cercle le cordon des imjiériaux; Condé et Fra'hlicli remoulèrent les vallées du Rhin et delà Kintzig; les contingens de Souabe prirent position sur la crête des montagnes à Freudenstadt, et les Saxons se replièrent surSztarray qui rangea derrière la Reneh environ ] 0,000 hommes. Desaix courut à ce général, l’attaqua de front en débordant la gauche par Oberkirch, lui enleva 1 200 hommes et le poursuivit jusqu’à Ihàhl.

Cependant l’armée continuait h défiler. Saint-Cyr accourant du pont de Mannheim avait repris son rang de bataille. I.e matériel , les bagages, la cavalerie et 5o,ooo hommes avaient franchi le Rhin; il ne restait plus à l’autre rive que deux divisions postées : l’une au pont de Alannheim, l’autre à Iluninguc. Moreau , en groupant ses forces avec l’art dont le général en chef de l’armée d’Italie venait de donner de si hfillans exemples, pouvait écraser tour-à-tour scs adversaires, mais Moreau était méthodique , et il se borna à la stricte exécution des ordres du Directoire.

Le premier but était d’éloigner du Rhin le théâtre de la guerre afin de dégager Jourdan. Il fallait donc attirer l’archiduc dans la vallée du Neckar au-delà des Alpes de Souabe. Tandis queFerino occupe Bibcrach et Freibourg et assure les derrières de l’armée en contenant Frœhlich et Condé, Saint-Cyr, après avoir déposté de Freudenstadt les troupes allemandes, se rend maître de la chaîne des Alpes, pousse un détachement jusqu’à Horb, sur le Neckar, et s’avance sur le sommet des hauteurs, parallèlement à Desaix, qui marche aux impériaux par la chaussée d’Heidelberg.

Latour, s’étant porté au secours de Szlarray, a5,ooo hommes se préparaient à disputer le passage de la Murg. Desaix fit contre eux les mêmes dispositions qu’aux bords de la Rencli; il engagea l’action à Rastadt

l;iO GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

et Kuppcnhoini, pendant que sa droite tournait l’ennemi par Oernsbacli. Latourperdit loooliommcs, et vida le cliamp de balaille pour rétrograder jusqu’à l’Alb où l’arcliiduc venait d'arriver.

Ce prince, ayant laissé entre le Mein et la Lalin le gros de .son armée sous les ordres du général d’artillerie VVarleiisleben , amenait à Latour un renfort de 20,000 hommes.

L’Alb, comme la Murg, comme la Rencb, tombe presque à angle droit dans le Rhin , puisse repliant bniscpiemcnt sur lui-même, .i hauteur d’Oppena*!, coule dans sa partie supérieure pnrnlIMemeut nu neuve; c’est donc une mauvaise ligne de défen.se puiscpic le progrès de la di'oite des assaillans a pour effet tie la déborder. L’archiduc, ayant pris le rommandement en chef, se résolut à l’offensive; il fit occuper fortement le plateau qui domine les sources de l’Alb et, pivotant stir ce point d'appui, il déploya sa droite en avant pour éloigner les Français du (leuve et les .acculer aux inonUignes.

Cette combinaison eut d’abord du succès. D’Eltlingen an Rhin, l’ennemi, débouchant dans la plaine, soutenu par une nombreuse cavalerie, réussit après de longs efforts à Elire reculer Desaix jusrpi’à Radsladt; mais Saint-Cyr partant de Wildbad emporta l’épée à la main le plateau qui flanquait la gauche des impériaux et menaça de le jeter dans le Rhin.

J.’archiducétait plus compromis que l’armée républicaine; il n’avait point comme elle de réserves, et il pouvait, avec rai.son, craindre d’être rt'sserré entre le Rhin et le IVeckar de manière .à perdre sa retraite .sur Stuttgart; il évacua le champ de bataille pour prendre position à l’forlzheim sur l'Eiiz, affluent du Neckar. Ce mouvement découvrant la route de Heidelberg, Moreau appela .'1 lui son extrême gauche qui passa le Rhin à Spire et le rejoignit à Rruchsal. En même temps Ferino, poussa rennemi au-delà de Frciboiirg, et d’IIornberg; la division de Ijiborilc, déhouchant d’Iluningue, poursuivit dans la direclion do Sluhlingen, Wolf qui jusqu’alors l’avait contenu. Ij6 prince (iharles donna rendezvous sur le Danube à ses divisions du Haut-Rhin. Le demi-cei'clc qui s’étnil formé devant les Français au sortir de Rehl, se déployant parallèlemeutau Rhin pour pivoter ensuite sur l'aile gauche, l’occasion d’un succès décisif se présentait encore. Moreau ne la saisit point; il s’étendit dans la même direction en appuyant au Danube.

.Sur ces entrefaites, les princes de Souaheet de flavière traitèrent avec In répiihliipie. L’archiduc, affaibli de leurs contingens, se porta de Pfurtzheim à .Stuttgart. Moreau le suivit pas à pas. Saint-Cyr cuira dans Stuttgart et j)oi/ssa jiis(|u’aii Neckar. Son avant-garde trouva de lu résistance nnx ponts (le Canstadt et d'Esslingcn ; mais, lorscpi’il ,se fut concentré pour une attaque plus sérieuse, les impcw-iaux avaient abandonne la position,

CAMPAGNK DK 17%,

el s'claient engages, pour traterser le Raulic-Albe, dan.s les défiles C|ue parcourent la Rems, la Fils et l’Erms. En même temps Frœlilicli descendit la rive du Danulie, Wolfsemil àcôloyrr le lae detionslaîtce, et Condé prit une direction intermédiaire par Miiideilieiin cl Lands!)erg.

Sur 8o lieues de front, rAllcmagnc était couverte de colonnes en nuirclie; le prince nulrieliien , afin de surveiller les moiivemens sur sa droite, mnrcliait avec le gros de ses forces par la route de Cansiadt à Gemfmd. INLiis ÎMoreau, pour se lier avec Ferino, s'était distrilmé en sens inverse de son adversaire qui se trouvait poursuivi par la moindre des colonnes françaises. Il en profila pour la ralentir, et la contint d’aliord à Ciemüiid, puissur les sommités de l’Alfie, après quoi il prit position en avant du Danube de Nœrdiingen à Ulin, occupant Aalen et Ileidenlieim.

Moreau, déboucliant à sa suite de Rauhc-Alhe, avait déployé 45,000 hommes au pa-d de ces monts sur un front de 8 li<!ues, la droite au-dclA d'Heidenlieim; le centre en avant de Nereslieim , et la gauche entie Nere»heim et Noerdlingeii. Les impériaux en pareil nombre étaient rangés le dos au Danube. Il y avait presque analogie entre les deii.v positions; les Fiançais avaient derrière eux les défilés qu'ils venaient de franchir, et les ennemis, le fleuve dont il s’agis.sait de défendre le passage. L’archiduc prit la téméraire résolution de livrer liataille dans le but de rc* larder la jonction entre Moreau et Jourdan , alors très rnpproehés. Il y avait départ et d’autre péril égal à tenter une de ces manoeuvres hardies qui entraînent de grands résultats, et ectte circonstance devait donner nu comi)nt uii caractère indécis; néanmoins il s’engagea vivement sur toute la ligne. Les impériaux parvinrent à séparer le centre et la gauche des Français en perçant jusqu’à Ileidenheim . mais là se bornèrent leur succès, partout ailleurs ils trouvèrent une ferme ré.sislance et, à la nuit, leur général, convaincu de l’inutilité d’un nouvel effort, passa les ponts de Dillingen et do Donauwcrlh, les fit sauter et se lelira derrière le Lccli où ayant rallié Frcclilich , Condé et .ses renforts , il se trouva à la tête de Go,ooo hommes.

(ielle journée n’eul point de conséquences. Moreau était à même de la rendre décisive. La rive gauche du Danube une fois déblayée, il pouvait *e porter rapidement sur Jourdan maître alors de Nurenberg, et les deux armées réunies eussent été dès lors en position do dicter la paix au cabinet de Vienne. Mais les fatales instruetions du Directoire lui prescrivaient d’opérer sur la rive dioite; il n’osa pis prendie sur lui de les enfreindre, et dans le but de se porter sur le Ijoeli ,il se mit à réparer les ponts détruits par rcimeini. An même moment Jourdan s'approchait do la Naab; l'intervalle entre les deux armées répiib'icain''S n’avait point cessé de s’agrandir, et colle de .Samlire-ct-Meuse prêtait le flanc aux

forces de l’archiduc. Ou en a vu , dans le chapitre précédent, les funestes 1

conséquences. Le prince saisit l’occasion avec une rare habileté. Pour I

masquer son mouvement et contenir Moreau , il laissa sur le Lech La* tour avec 35,ooo hommes, et prenant a5,ooo hommes d’élite, il passa le Danube en deux colonnes à Ncubourg et Ingolstadt. Là, il apprit que Wartensleben avait reculé jusqu’à la Naab; il manœuvra alors par l’Altmühl et marcha sur le front de Bernadotte par Riedenboura;, tandis que Hotzc le tournait par Dictfurt cl Beilengrics.

Moreau crut produire une diversion puissante en pénétranten Bavière.

Il manqua encore d’inspiration. Ce n’était point Latour qu’il fallait m(!nacer; c’était l'archiduc; il fallait le suivre sur le Pegnitz, le refouler sur j

l’armée de Sambre-et-Meuse , cl le prendre entre deux feux. i

Le passage du Lceh fut vaillamment forcé sur trois points. I.atour fut I

battu à Friedberg et poursuivi par les roules de Munich et de Bâtis- j

bonne; mais ces succès n’eurent point de suites. Le prince loin d’en être j

ému se contenta d’envoyer d’Ambcrg le corps de Nauendorf pour raffermir I^atour, et il n’hésita pas à se porter rapidement au Mcin. Cependant .

Moreau continua à s’avancer eu Bavière. Sa droite et son centre flan- j

qué*s par Desaix en position à Geisenfeld menaçaient Munich et Freising, i

quand Nauendorf entrant en ligne, attaqua Desaix et sc fit battre coin- >

plètemcnt. Cet incident détermina le g<-néral en chef à revenir sur ses pas, cl à pousser une forte reconnaissance de l’autre côté du Danube. Il sc mita cheval sur le fleuve, le centre à Ingolstadt, la gauche à Lichstadt, et la droite à Geisenfeld. C’est là qu’il apprit enfin la situation de Jourdan et de l’archiduc, c’est là qu’il prit le parti de rétrograder sur la rive droite du Danube.

Il battait en retraite avec Go,ooo hommes. Latour en avait environ 36,000 , rien n’était donc compromis si l’on arrivait au Rhin avant que l’archiduc pût disposer de forces assez considérables pour barrer le pas- '

sage. Cette seule considération suffisait à indiquer la route à suivre: c’était évidemment celle qui s’éloigne le plus de la Lahn ; Moreau rappela Desaix qui s’était avancé dans la direction de Nurnberg,et pour ne point perdre à l’attendre des momens précieux, il lui prescrivit de se rendre à Ncubourg où lui-même conduisit le centre. Cependant I..alour conçut le dessein de rompre cette dernière colonne et de s’opposer par un coup hardi à la jonction des ailes, mais il aborda avec un trop petit nombre son adversaire, et se fit culbuter.

L’armée sc mit sans obstacle en ligue sur la rive droite du Lech, et cette rivière franchie, clic prit en trois colonnes la route qui longe le Danube, celle d’Augsbourg et celle de I.aiidsbei'g. Latour suivit pas à pas sa marche.

MOREAU (Jean-Victor),

A Morlaix en 1763. — Général en chef de Tannée du Iford en 17941 — derarméedcRhin«eUMoaeUe CO 179A. — derarméedn Rhin en 1800. Tué eo i8t3,le a6juillett devant Dresde daoilet rang» enneom.

0« retrnile (1700).

Ulm n'était pas occupé. Desaix y jeta quelques troupes, et s’en servit un moment pour contenir la droite de l’ennemi. Aussitôt qu’il l’eut évacué, Latour détacha sur Tubingen le corps de Nauetulorf pour ouvrir la communication avec la gauche du prince Ciiarlcs commandée par Pctrasch et pour occuper Rotlnvcil; en inême temps il étendit sa gauche du coté de Schussenried dans le but de tourner l'crino cL de le prévenir sur le lac de Constance.

Il était nécessaire d’arrêter ces entreprises et de livrer bataille. Moreau concentra Desaix et Saint-Cvr autour du lac de l’edcr. L.à il attend que son adversaire ait passé le lli.ss; lorsqu’il le voit déployé au-delà de la rivière, il court à lui, perce sa ligne, et entre dans r>ibcrach, son unique débouché , et ne lui permet de se frayer passage qu’au prix de 4ooo prisonniers, 4ooo morts et blessés, et 1 8 canons.

Ap rès cette brillante victoire, Moreau était maître de rentrer à Strasbourg par la vallée do la Rint/.ig en écrasant Nancudorf et Petraseb ou de continuer à suivre sa ligne de retraite : ce dernier parti lui parut moins hasardeux. Il dirigea ses convois et scs prisonniers le long du Rhin sur lluninguc , après quoi il laissa l'crino, en arrière-garde à Tuttlingen, et chargea Saint-Cyr d’ouvrir par Ncustadt, la gorge du val d’Enfcr, pendant que Desaix prit position àllotbwcil pour attirer et retenir les corps impériaux. Saint-Cyr parvint à Freibourg sans rencontrer d’obstacle sé'rieux. Ferino d’abord, puis Desaix le suivirent, et l’armce entière se déploya dans la vallée du Rhin. De son côté l’archiduc accourait; déjà sa gauche après avoir replié les faibles postes laissés par Moreau en observation devant Mannheim, avait tenté d’enlever Kebl par un coup de main; repoussée avec vigueur par la garde nationale de Strasbourg, l’archiduc sc mit lui-même en marche pour couper la retraite de Moreau.

Toutes les forces opposées étaient donc en présence; elles se rapprochèrent encore, Moreau pour dégager Rehl, l’archiduc pour couvrir les opérations du siège.

Les deux armées se heurtèrent à Emmendingcn et sur l’EIz,et ce rude choc ne produisit rien de décisif; cependant les Français désespérant de rompre les impériaux , se replièrent à Freibourg, d’où Desaix se rendit à "Neiif-Brisach; les deux autres corps reculèrent justju’à Iluuingue et passèrent le pont après avoir soutenu à Candern et .Sehlicngen de hrillans combats.

Telle fut cette retraite qu’on a si divcrsc.ment jugée. Si la critique ne s'adresse qu’aux combinaisons stratégi([ucs, il est indubitable que Moreau a commis une grande faute en ne liant point, dès le départ de l’archiduc, scs opérations à celles de l’armée de Samhre-et-Mcuse. Mais à la prendre isolément, une marche rétrograde de 8o lieues, sans magasins.

ir.b GUi UJilvS DE J.A «ÉVOLUTION,

sans ressources, au iiiilieii de populations cnnriiiies, fait lo plus gr.and Iiomieur au.v généraux et à r«rince (pii l’ont exécutée sans perdre un cnii(>n (1 en reniportunt une victoire signalcie.

Jycs deu.K armées d’Alieniagne n’jolées nu-del.^ du l\liin , le prince Cliarles se Lonia à suivn: lessir'gi's de K.elil, et de In tôte de pont d’ifiiiiingue. Tout l’intirét de celte guerre ([ui avait t inbrnssé un espace de deux cents lieues Tut conreiilrc aux bords de l’Adige; c’est delà qu’on attendit les coup.; di'eisifs, c’est sur Honaparte seul que se portèrent les regards de la l'T'auee et de l’Europe.

SUITE UES OFEllATIOSS DE l.'.\RMÉK u'iTALIE.

CuiiihaU Ji? In Cùntuj (59 jiiillul).— lîc Solo (aÿ-So).— ‘De Saîo cl Luiinto (3«)« — PriAcde PrcAcia (i*’' aoiU}.— Conilinls sur le Mîoeio (1).— «De Salo et Oavardo (-a).— Déblofus de Mantuuc (^)-— BalaJIle de ]x}iialo(3), — bâladle de C^tigliuoe (5).— «Batnilie do Rovmdu (4 i<*p(cmbre). — Coin- Uti de Primul.'iaû (7}. — BnUdle de Bauaiio (^).—Pri»e du Lcgtiâgo par >Viirnuer(9X— CombaU de Ccrca (u). — De ‘Villinipcula (a).— Deuxième déhlucu^ de Mantoiie (t3). — (kmibat de Duc (^slülli [i4]. — lîauillc do Sainl-Ciuorgeii (19). IValaîUe de FontHiiva (G novembre). — l-rise du Trenic |>ar les Autrichiens (G).— Italaillo de (^Idiero (ia).~~l'alaille d'Arcole (i5, 16 cl 17 iio« A erobre) .

Dona parle répara les désastres des arnuTS d’Allemagne. Il avait lire des places du Milanais, qui toutes avaient capitulé, un ininiense matériel, et il foudroyait les remparts de Mantoiie, dont la réduction semblait prochaine, quand Wiirmser descendit des montagnes du Tyrol, à la tête de 60 à 70,000 hommes.

Scrurier conimaiidait la division de siège (3 brigades, 8 à to,ooo hommes)-, il était couvert, i° par Saurct (a brigades, /jSoo lioiiiincs), (pli occupait Salo, Gavardo , Termiiii et Ga/.zano; -a“ par Massciia (5 brigades j 1 5(000 hommes )> dont les forces étaient ainsi échelonnées : à

CAMPAGNE DE 179li. 153

l'avant-garde, sous Joiibcrt, 3 bataillons barraient, au pied de Montc- Mayone, la Houle de poste {la Slrada postale], le reste de la brigade jur les hauteurs de la Corona; lu seconde ligne, une brigade en position sur le plat(^au de Rivoli; en troisième ligne, une brigade à l’einboucliurc du 'J’asso et à lîussolengo, le surplus dans Vérone; 3“ par Augereau, revenu de l’Italie ceni raie a vee une partie dosa division, postée à Ronco et Legnago (booo hommes, a biâgades); 4° nt P®*" it-’* réserves d’infanterio et de cavalerie sous Despiuois (4700) et Kilmaiuc (iGoo), occupant Pestbiera et Valeggio.

Total général, environ {^l\,ooo boulines. C'était raucienuu armée d’Italie renforcée par l’armée dis Alpes, dont les faibles divisions, sous Saliuguet, IMenard, Macquart cl Vuubois, tenaient garnison dans les villts du Piémont et de la rive droite du Pù.

Les Français, déduction faite du corps de siège, n’avaient que 34, 000 combatlans à opposer nu ]>remier choc de l’armée impériale; l’Italie entière en attendait l’effet avec anxiété; on osait à peine se livrer à l’espérance. Comment une poignée d'hommes pourrait-elle tenir contre les forces immenses i|ui s'avaiieaienl et ([lie l'on exagérait à dessein? La liberté qu’on avait cru saisir allait donc échapper sans retour! I.«s souverains ne dissimulaient ni leur joie, ni leurs projets, et leurs émissaires réveillaient le souvenir des désastres passés qui avaient mérité à l'Italie le nom de tombeau des Vrançais.

An bruit de la marche de Wurmser, Bonaparte quitte Milan pour porter son quartier général à Castcl-Novo, où il arrive le ag juillet.

Dans celte journée, 1e feu s’ouvrit sur tous les points d’attaque; vers trois heures du matin, 8ooo hommes débouchant par kl Route de poste [la Strada postale) et la Route impériale {la Strada impériale), tombèrent sur l’avant-garde de Masséna; Joubert s’était couvert de quelques redoutes, mais imparfaitement. l.u dilTlculté des reconnaissances, dans un pays coupé, parmi des babitans affectionnés à l’Autriche, ne lui avait point permis de mesurer les forces adverses; il fut donc surpris: cependant la résistance fut héro'i(|UC. Un seul bataillon défendit, pendant cincj heures, l’entrée de la Route de poste [la Strada postale) , et les postes de la Corona étaient encore intacts quand un corps nombreux ayant tourné le revers extérieur du Montebaldo, se montra du côté de I.innini , menaçant de passer le Tasso sur les derrières de la brigade française et de la prévenir à Rivoli ; dès-lors Joubert commença à battre en retraite. Au uu'ine instant un troisième corps, débordant sur la rive gauche de l’Adige, les débris de la colonne engagée dans le défilé de la Roule de poste [ta Strada postale) , se mit à la canonner à revers; elle chercha à sc retirer, mais elle fut enveloppée et enlevée. Ce désastre, dé-

me, GUERRES UE LA RÉVOLUTION.

couvrant la rampe de Rivoli, fil craindre à Massenade ne pouvoirsc maintenir sur le plateau; il ordonna un mouvement général en arrière, en se dirigeant vers les sources du Tartaro. Del’aulre côté du Inc, Sauret avait négligé la Rocca d’Anfo, trois divisions se déployèrent sans obstacle audelà du défilé; celle de droite, ti’a versant le mont Saint-Osetto, pointa sur Brescia, où elle entra sans brûler une amorce; le centre suivit la chaussée jusqu’à Gavardo; la gauche s’avança dans le val de Toscolaiio, en repliant les postes français. Sauret , vivement pressé, évacua Salo pour se retirer à Dezenzano, abandonnant Guycti et une «Icmi-brigade dans le bâtiment où elle était casernée; enfin , à la gauche de l’.Adigc, l’avaiit-gardc impériale s’avança par les hauteurs jusqu’aux glacis de Vérone.

Ces faits, dont les rapports arrivaient d'heure on heure au quartier général de (iistcl-Novo, dévoilèrent les projets de Wurmser; rien n’avait été signalé à la droite de Vérone, l’attaque se déployait donc de Vérone à Brescia; elle prenait à revers les positions de l’armée française et tendait à la concentrer sur Mantoiie.

Tel était, en cfiTet, le plan du feld-maréchal; il poussait son armée eu trois corps, la gauche sous Davidowieh ( i divisions, la à i5,ooo) par la chaussée du Tyrol, la droite sous Quasdanowich (3 divisions, ao,ooo) parcelle de Brescia, et le centre, qu’il conduisait en personne (4 divisions, 3a,ooo), entre le lac et l’.Adige. Il espérait rcj)!ier les corps d’observation sur les divisions de siège, et décider du sort de l’Italie en imc seule journée, sous les murs de Mantouc.

Bonaparte prit aussitôt quelques mesures; il rappela Augereau de Lcgnago à Rovcrhella, et le renforça d’une brigade et de deux bataillons du corps de Serurier sous Dallemagnc; ces troupes passèrent sur-lc-diamp à la rive droite du Mincio.

Ix! 3o juillet l’action continua : la droite de Qunsdanowicli acheva de s’établir dans Brescia, le centre poussa jusqu’à Ponte San-Marco, la gauche combattit toute la journée sans succès à Salo, po\ir enlever Guyeu qui, dénué de vivres, à peine pourvu de munitions, défendit, avec une constance admirable, un bâtiment ouvert, hlassena, continuant son mouvement rétrograde, évacua Vérone, et disputa le terrain pied à pied du Tartaro au Mincio.

La marche de Wurmser s’opérait donc victorieusement; on ne pouvait plus s’y opposer par une défensive directe, il fallait manœuvrer poiir l’arrêter.

Mais Bonaparte avait déjà saisi le vice capital des combinaisons de son adversaire; il les déjoua par un de ces traits de génie qui étonnent autant par leur simplicité que par leurs grands résultats.

Le feld-maréchal porte scs trois colonnes concentriquement sur Man-

loue, mais la droile, séparée des deux autres par le lac de Garda, n’a point de secours à en attendre. Attaquée par la niasse de l’année fraiiraise, elle doit plier sous le faix ; et si, après l’avoir mise hors de coinliat , oïl se retourne contre le centre des impériaux, on a la chance de le prendre au dépourvu cherchant à la rallier, et de les aborder toujours à nombre égal; ce fut ce qui arriva, mais au prix de prodiges inouïs de valeur et d’activité.

On sacrifia le siège de Mantoue, scs grands travaux, son riche matériel; on laissa au fcid-maréchal la joie du premier succès, celle de délivrer et de ravitailler la place; et l’armée entière , se portant sur la gauche, courut à Quasdanowich , résolue à ne point lui laisser dépasser la pointe du lac de Garda.

Toute la journée du 3i et la nuit suivante furent consacrées à transporter les divisions françaises du Mincio àla Chiese. Pendant qu’elles débouchaient, Sauret et Dallcmagnc, devenus avant-garde, marchèrent, le premier sur Salo, le second sur Lonato, qu’il trouva occupé. Sauret chargea en flanc l’ennemi, toujours aux prises avec Guyeu, et lui enleva Salo. Dallcmagne éprouva plus de difficultés; mais les renforts arrivant, il mit enfin en déroute la division autrichienne, qui se retira fort affaiblie sur Gavardo, où elle rejoignit les troupes chassées de Salo.

Pendant la nuit, Scrurier enleva scs canons, détruisit les affûts, et conduisit sa division à Bozzolo pour garder, à tout évènement, la route de Crémone, et donner le change au feld-maréclial. Augereau, par la route de Castiglione, Massena , par celle de Ixmato , continuèrent à marcher sur Brescia.

Le août, dans la matinée, Augereau parut aux portes de celte ville; la division ennemie ne la défendit pas, elle se hâta de gagner les positions de Saint -Osetto. Cependant Quasdanowich ayant appris que Sauret s'était retiré dès la veille à Dezenzano, rentra dans Salo; mais sou corps d’armée, déjà presque désorganisé, n’inspirait plus à Bonaparte d’inquiétude sérieuse. Il fit poursuivre la droite par Despinois, à la tête de quelques bataillons; puis, chargeant Dallcmagnc et Guyeu d’eu finir avec le reste, il tint le surplus de ses forces prêt à se jiorter contre d’autres ennemis.

De l’autre côté Davidowich, la cavalerie et le matériel de Wurmser défilèrent par les ponts de Vérone, où l’armée impériale se forma en trois colonnes, chacune d’environ i5,ooo hommes, qui se mirent en marche pour le Mincio : Bayalitsch par Peschicra, Lyplai sur Borghetto, et le feld-maréchal en personne sur Mantoue.

I-c lendemain , les deux premiers commencèrent à manœuvrer pour ouvrir la communication avec Quasdanowich. Bavaliisch, ayant mas-

que Pcsihicra passa la rivière. Lyptai rétablit le pont qu’on avait fait sauter et entra dans Uorglielto ; l’un et l’autre poussèrent les arrière-garfles que Mussena et Ângereau avaient laissées sur le Mincio.

Wunnser fil à Mantoiie une entrée triomphante à la vue des travaux abandonnés, du matéiiel détruit. A la nouvelle delà retraite de Seruricr, il crut avoir jeté l’année frati(;aise au-delà do l’Oglio.

Pendant cette même journée, Guyeu, Dallemagnc et Despinois furent constamment engagés contre Quasdanowieli. Après une suite de combats partiels livrés à Salo et à Gavardo et dans le val de Siibbia, où il éprouva de grandes pertes , le général ennemi replia le gros de ses divisions à Termini. ISonuparte tout-à-fait rassuré sur sa gauche, ordonna à Masseua et à Angereau de faire volte-face et de marcher au secours de leurs arrière-gardes toujours poussées par les doux colonnes opposées. Lune arriva en bon ordre à Lonato, Valette à la tête de l’autre se laissa rompre et abandonna aux impériaux la position de Castiglione qui lui était indiquée comme point de ralliemrnl. Les deux divisions françaises passèrent la nuit à Pontc-Sau-Marco et Monte Chiaro.

Ainsi se vérifiaient les prévisions de Bonaparte, Quasdauowicli réduit à la défensive ne songeait plus qu’à s'affriinir en attendant le secours du feld-mnréehal ; Bayalitsch et Lyptai nu pouvaient le dégager qu’eu écrasant les ao,ooo hommes d’Augerean et Massena. On avait le temps de les écraser eux-memes avant que Wunnser, tout entier à la joie d’occuper Mantoue et de poursuivre Scruricr, pût être détrompé.

Le 3 août, tandis que les détacbemens de la gauche harcelaient le camp de Termini, le général en chef donna l'ordre à Augereaude déposter I.yptai, et lui-même conduisit Massena contre rmyalitscb. Celui-ci avait pris l’initiative, tlès l’aube, il avait culbuté l’avant-garde, fait prisonnier Pijon qui la comntandait et enlevé Lonato. Il s’étendait déjà sur sa droite attiré par le canon de Qiiasdanowich qui se faisait entendre dans le val de Sabbia, quand Bonaparte, formant en colonne serrée, flanqui-n par un régiment de dragons, les i8“ et 3ic demi-brigades, se jette sur son centre et le rompt en deux tronçons; l’un fuit vers le Mincio, l’autre débordé par la colonne d’attaque cherche à gagner le lac et la route de Salo. Bonaparte lance à toute bride son aide-de-cainp Junot cl un régiment de cavalerie pour le charger en tête, et lui interdire le retour sur Dezenzano; en même temps, il le fait poursuivre par un corps d’infanterie. Junot tue de sa main six hulanset tombe grièvement blessé; mais son mouvement réussit, la colonne ennemie {/fooo hommes environ) est rejetée sur Salo, puis apprenant que cette ville est occupée par Guyeu, elle s’enfonce à l’aventure dans les montagnes.

Cependant Bonaparte sc portait au secours d’Augcrcau; du côté de

Ciistiglionc, l’actiot) ctail itulccisc , un premier effort avait replie Lyptai au-delà du ruisseau , mais il s’y inaiiilunait avec fermeté et les renforts arrivant de part et d’autre prulougcuieut le combat; néanmoins quand Donaparle parut, Lyplai s’élait déj.'i mis en retraite pour gagner le Mincio.

Dans cette journée Quasdanowich perrlit le camp de Termiiii, son dernier aj)pui sur la Cbicse.

On était ans prises depuis six jours et sans qu'on eût livre de bataille rangée, l'armée impériale était alTaiblic de moitié, en effet la droite ne comptait plus. Après avoii' perdu 8 à io,ooo liommes, chassée de Termini, menacée à revers par le Saint-Osetto , elle repassa ( le 4 ) le défilé de la Rocca d'Anfo; laissant disponibles les fortes (jui l’avaient désorganisée.

Wurinser était donc réduit à son ceutre et à sa gauclie. Mais le centre avait laissé à Castiglionc et Lonato 8ooo morts, blessés ou prisonniers, mais la gauche était en partie engagée sur la route de Crémone. De plus, en perdant la position de Castiglionc qui domine la plaine et couvre les avenues de Mantoue, on s’était mis dans la nécessité de sc rallier au Mincio. Cette circonstance décisive, comme on le verra toutà-l’hcure, laissait la division Serurier libre de scs mouvemens.

On fit de part et d’autre les apprêts d’un engagement général, on était à nombre égal, mais il n’y avait plus de comparaison entre le moral des deux armées. Bonaparte mit en outre de son côté la supériorité des manœuvres.

Le 4 aodt tout s’ébranle pour prendre poste sur le champ de bataille. Bonaparte lui-même courut à sa gauche presser la marche de scs colonnes. Sur le soir, comme il entrait à Lonato où sc trouvaient laoo hommes, un parlementaire se présente lui annonçant l’approche de 4ooo iin> périaiix et le somme de dépo.ser les armes.

C’étaient les débris de B.iyalitsch et deQuadanowischqui, n’ayant point trouvé d’issue à Salo et Gavardoi, avaient suivi le cours de la Chiesc jusqu’à Ponte- Sa n-SIarco, et tentaient un dernier effort pour s’ouvrir la route du Mincio. Bonaparte sans s’émouvoir fait monter à cheval son état-major, puis appelant l’officier ennemi. « Vous êtes, lui dit-il, eu « présence de l’armée française et du général en chef, vous avez 8 ini- « iiiUes pour vous retidre, passé ce délai, votre général n’a plus rien à c espérer.» Quelques instans après, les impériaux étaient prisonniers. A la suite de cet indicent périlleux, Bonaparte compléta les dispositions qui devaient achever la défaite de son adversaire.

Le but de Wurmser en livrant bataille était de culbuter l’année française pour donner la main par sa droite à Quasdanowich qu’il supposait t.’ncore près du lac de Garda} c’était doue par In droite qu’il devait niaa

l'iO GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

iiœuvrcr. Bonaparte était résolu à favoriser cette tendance pour accabler

la gaiiclic.

Le 5 août, à la pointe du jour on prit les armes ; Wurmser forma deux ligues d’un total de 3o à 35,ooo liomincs ; la gauche flaïupiée par la redoute de Mcilolano, le centre à Solferino, la droite dirigée vers Castel- Venzago; il voyait devant lui les Français rangés aussi sur deux lignes d’environ a5,ooo hommes : au centre, Augerean couronnant les hauteurs eu avant de Castiglione; Massena à gauche au-delà du ruisseau; à droite, Kilmaine s’étendant avec la réserve jusqu’à Mcdolc, mais ce n’était pas tout; la division Scruricr que rien ne contenait plus à Marcaria (4 à 5ooo hommes), s’était mise en roule à l’entrée de la nuit, pour déboucher par Gurdizzolo. Sou arrivée devait être le signal de l’attaque. Ainsi celte armée qui semblait disposée à la défense était réellement destinée à opérer offensivement, à déborder par sa droite les derrières des ennemis, cl à les détacher du Mineio. En attendant, Scruricr, Augereau et Massena, mirent en avant un rideau de tirailleurs que les premiers coups de feu suffirent à replier. Alors Massena tout entier commença a rélrogadcr et Wurmser cédant aux apparences n’hésita pas à engager sa «Iroitc. A peine était-elle aux prises que le canon retentit du côté do Ca vriana : tout prit l’alarme à l’extrême gauche du feld-marécbal, et des cavaliers, lancés à toute bride, pénétrèrent jusqu’au quartier général que son escorte réussit difïicilement à dégager. C’était la division Serurier qui se déployait en prenant à revers les positions de l’ennemi, Wurmser n’a pas un moment à perdre pour l’arrêter, il se hâte de lui opposer sa seconde ligne, c’est ce que Bonaparte a prevu : il fuit aussitôt battre la charge, tout s’élance à-la-fois, on enlève la redoute de Medolano , on croise la baïonnette, on est prêt de s’aborder. Les impériaux ne soutiennent pas le eboe, ils fuient au-delà de la rivière, et ne sont préservés d’une entière destruction que par l’extrême fatigue des soldats républicains. Wurmser n'avait point perdu plus de 3ooo hommes, il pouvait cnrore se maintenir sur le .Mineio, et tenir la campagne; mais Bonaparte ne savait pas seulement remporter des victoires , il savait les rendre décisives eu ne laissant pas reposer les armées battues.

Dès le lendemain de la bataille, Massena débouche de Pcsehicra : pour ne point perdre de temps à déblayer les portes qu’ou avait murées, scs troupes se jettent du haut des remparts sur le détachement qui masque la place; ce corps n’avait pas encore donné, il se défend vaillamment, mais enfin il est rompu. Dans le même temps, Augereau ouvre un feu violent au pont de Borghelto. Wurmser, déconcerté par tant de promptitude, renonce au Mineio, espérant se raffermir à Vérone et sur le plateau de Bivoli. 11 envoie à Quasdanowich l’ordre de conserverie défilé de la

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Rocca d’Ânfo. Mais l’clan est donné d'une manière iiTésistiblc, Massena se portant de Castel-Novo à Rivoli enlève l’arrière-garde de Bajalitsch(7); Augereau passe à sa suite par Peseliiera; et Bonaparte en personne à la tète de la division Scrurler paraît sous Vérone ( 7 au soir ), fait enfoncer à coups de canon les portes de la place, et prend quantité de bagages et de eombatlans.

Quelques jours après (1 1), Massena s’établit à la Corona , l’épée à la main. Saint-IIilairc (lajforea la Rocca d’Anfo, aj)rès ([uoi il traversa victorieux l'espace entre la Chiese et le lac, et prit possession de Riva. Enfin Augereau longeant la rive gauche de l’Adige couronna les hauteurs jusqu’à Ala.

Ces divers mouvemens replièrent Wunnser jusqu’à Trente et achevèrent de le désorganiser. 11 avait perdu i5,ooo prisonniers, Gooo tués ou blessés et 70 canons. L’armée française elle-même avait Ijcsoin de repos et les mêmes motifs qui avaient empêché Bonaparte de poursuivre Beaulieu le retinrent encore. Son premier soin fut de reforiiuT le blocus de Mantouc. La garnison s’était empressée de détruire les travaux de siège et de faire rentrer dans la place les débris d’un matériel qu’il était impossible de l’emplaccr. Pendant la retraite de l’armée de secours, elle s’élait fortifiée dans le Seraglio ; elle occupait encore Governolo et Borgoforte lorsque les Français reparurent. Sahuguet enleva Governolo, Dalleniagnc Borgoforte, puis, poussant les assiégés pied à pied, ils les renfermèrent dans les remparts, et la division de siège reprit ses positions à l’entrée des digues et autour de la citadelle.

La présence de Bonaparte à l’entrée des défilés du T)'rol, faisant craindre sa jonction avec Moreau, le conseil aulique prescrivit à Wurinscr de reprendre l’attaque pour reporter la guerre sur le Bas-Adige ou dans la plaine de Mantoue. Ses divisions réorganisées avaient reçu quelques renforts, il se trouvait à la tête de 5o à Go, 000 hommes. I>es Français , affaiblis par le feu, par les maladies , de quelques milliers d’hommes , n’avaient pu, malgré les vives instances de leur général , réparer leurs pertes , et la proportion entre les deux armées était encore àpeu-près la même.

Le feld-maréchal laissa autour de Roveredo Davidovvich et deux divisions (prince de Rcuss et Wukasscwich) fortes de 30 à a5,ooo hommes. Puis avec les trois divisions Meszaros, Seboltendoi'f, Quasdanowich et la réserve de la cavalerie (3o,ooo) il s’enfonça par sa gauche dans les gorges de la Brenta pour gagner Viccnce et attaquer de front Vérone et Legnago.

De sou côté, Bonaparte, ayant pressenti ce mouvement, s’était résolu à marcher en avant. Tl plaça sur le Bas-Adige de Vérone à I-egnago 3 a

/(ooo liommcs tic la réserve sous Kilmainc , et donna l’ordre à MnssenA et à Augcrcîiu d’avanrer par la chaussée du Tyrol, à Vaubois (division Sauret réorganisée) par celle do la Chiese (en tout environ 3o,Ooo hommes).

I>a division Reii.ss, campée h Mori, occupait, par une avaiil-gardc, te pont de la .Sarca, Wukasseivich était posté au défilé de San-Marco et à Rovereilo : les réserves gardaient le défilé de Caliano.

Le 4 septembre , ces positions furent abordées simultanément , l’avant* garde de Vaubois avait déjà forcé le passage de la Sarca, la division en* tière pénétra dans les retrancbeme.ns du prince de Reuss et poussa jus- (ju’à l’Adige en face de Rovedero.

Sur l’aulrc rive, Masseiia se jeta tête baissée dans le diTilé de .San- Marco. Bonaparte avait promptement conçu la larlif|ue applicable à la na- j

turc du teixain. Pour vaincre ecs masses d'infnnteric , cavalerie et artil- I

lerie qu’on entasse dans d’étroits passages, il suffit de les ébranler. Dèslors tout s’embarrasse et le désordre est .sans remèiie.

A San-Marco, les montagnes sont très rapprochées du lleuve, et l’in- .

tervalle était entièrement ri'injili jiar les impériaux. Bonaparte n'pand I

sur les hauteurs d’intrépides tirailleurs (|ui les harcèlent de leurs feux plongeans, puis, saisissant le moment, il lance sur la chaussée la 1 8' en colonne serrée par bataillons et le combat s’engage corps à corps. Au fort de la lutte, la cavalerie fournit une charge heureuse sur le flanc del’cimemiqui SC débandent ne s’arrête qu’4à Roveredo. Ou li; poursuit la baïonnette i

dans les reins. Victor avec lu i8* entix'au pas de course dans la rue prin- !

cipale et la balaie; en même temps, Rauipon avec la 3a' circulant entre l’Adigc et la ville, au moment où Vaubois paraît à la rive droite, précipite la retraite des vaincus. |

Roveredo est évacué , il ne reste plus à Davidowich que le défilé de Culinno. Ici la route est plus resserrée encore qu’à San-Maixo et l’eu* tree du défilé est fermée par le chàteiu de la Pietra. Mais ces obstacle» ne sont rien pour de» soldats exercés à la guerre de montagne; le» un» se glissent sous la berge de l’Adigc, tournent le chtltcau ; d’autres hissent sur les rochers une batterie qui le canonne à revers, il est enlevé.

Aussitôt les vainqueurs débouchent sur la chaussée en colonnes serrées et culbutent les Autrichiens frappés d’efi’roi. '

5o hussards, conduit» par liemarroi», aide-de-camp du général en chef, Iravci'senl à toute bride la masse des fuyards, et , faisant face en tête, s’efforcent de l’arrêter; ils ne peuvent y réussir, mais cette tentative audacieuse est renouvelée par les guides et le 5' de dragons qui rompent les impériaux, leur enlèvent leur artillerie, leurs bagages et 4ooo prisonniers.

Cette journée, à lacpiclle on a donné le nom de bataille de Roveredo,

CAMPAGNE DE I79fi. l/i3

livra aux Français l’entrée du Tyrol , elle routait à l’ennemi tout son ma» tcricl et 8 à 10,000 hommes hors decombat. Davidowicli se hâta d’évacuer Trente et de se retirer sur l’Avisio.

Le lendemain, l’armée prit possession de Trente. I^e rideau qui voilait la marche de Wurmser avait disparu, Depuis doux jours, le feld-marrchal descendait , formant une longue colonne , la chaussée de In Drcnta. Déjà sa division d’avant-garde (Meszaros) avait débouche sur Viccnce et menaçait Vérone , tandis que le corps de bataille n’avait point dépassé Dassano. Il fallait, sans peidre de temps, courir à lui; deux partis se pi-ésentaient : rétrograder sur le Bas-Adige pour recevoir une attaque de front sans aucune des chances qui résultent d’une combinaison im|)révue, nu se jeter à sa suite et le surprendre par-dei rièrc dans sa marche allongée. S’il faisait volte-face , Meszaros était di*jù trop loin pour prendre part à l’action, on l'ahordnit à nombre égal et il n’était plus permis d’élever de doute sur le succès; .s’il suivait son uvaiit-gnrde, on l’acculait aux murs de Vérone ; s’il se rangeait sur a rive gauche de la Brcnta, on le poursuivait jusqu’aux Alpes et la guerre s’éloignait de Mantonc.

JjU résolution de Bonaparte ne se fit pas alteiulre, innître de Trente, il conduisit Vaiibois jusqu’à l’Avisio, fit enlever sous s(?s yeux l’arrièregarde de Davidowich, et chargea son lieutenant de tenir en rc.spect les débris de ce général.

Ix; jour suivant , il emmena par Levico les divisions Augcrcau et Massena. I.C 7, vers midi, on atteint une forte arrière-garde caiiipéo au défilé de l’rimoinno (3 à /|OOo hommes). Il y a l;i. comme à Gdiann, un château qui ferme la vallée; mais comme à Cliliano, on s’en euqiaro d’élan , on met en désordre la colonne qui s’en appuie, on la devance par la tète, on la force de déposer les armes. Le soir on s’arrête à Cismonc.

L’armée n’était plus qu’à six lieues de Oassanooù Wurmser l’atleiidait, croyant n’avoir point do meilleur parti à prendre que de se maintenir sur la Brenta.

Meszaros est rappelé, Quasdanowicli se place en avant de la ville, la gauche appuyée à la rivière. Sebottendorf s’aligna à lui sur l’autre rive et six bataillons occupent un long défilé à l’entrée du champ de bataille.

Ces dispositions n’arrêtent pas un instant l’acmée française, le défile est forcé avec la rapidité ordinaire. Aiigereau et Massena se déploient des deux côtés de la Brcnta , le premier à gnuelie , le second à droite. Massena culbute Sebottendorf, enlève le pont et pénètre dans Bassatio en même temps qn’ Augcrcau , qui du premier clioc a rompu Quasdanowich. Les deux licutenaus du fehl- maréchal ne peuvent plus se rejoindre; l’un , affaibli de /4000 hommes, se relire dans Je Frioul, l’autre se

l'.ft GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

porte en toute liâtc au>devant de Meszaros avec le quartier général et

Wurmser en personne.

Les opérations étaient ouvertes depuis 5 à 6 jours, e,t le général ennemi, qui naguère commandait vers Roveredo une armée de 5o à 60,000 hommes, se trouvait maintenant resserré entre la Brouta et l’Adigc avec environ 16,000 coinbatlans. reste avait péri, s’était rendu ou fuyait sur les routes du Tyrol et de la Carintliie. Dans cette situation critique, Wurmser ne perdit point courage et sa résolution est digne de remarque. Il gagna rapidement l’Adige par Villanova et Arcole, cherchant à percer jusqu’à Mantoue. La fortune lui ménageait cette courte faveur. Par un hasard résultant d’un mouvement de garnisons, I.iegnago se trouvait sans défenseurs quand il s’y présenta. S’y établir, passer en sûreté r.Adige, à l’ahri d’une aussi bonne tête de pont et donner quelques momens do repos à scs troupes harassées, étaient un succès auquel il était loin de s’attendre. Cependant l’armée entière s’ébranlait pour l’envelopper et lui interdire l’entrée de Mantoue. Augereau, par la route de Padouc; Jlasscna par Villanova, Arcole et Ronco, s’étaient élancés sur ses pas, tandis que Sahuguet avec la réserve du corps de siège et Kilmaine, à la tête de la garnison de Vérone, se portaient à Castcllaro derrière la Molinella à cheval sur la chaussée.

Le vieux feld-maréchal fut encore assez heureux pour prévenir l’effet de ces combinaisons. Comme il sortait en colonne serrée de Legnago , Masscua partait de Ronco pour Sanguinetto, mais l’avant-garde, au lieu de suivre tout entière la route directe, se divisa ; la cavalerie prit par Anghiari , l’infanterie par Porcarizza.

Arrivée à Cerea, la cavalerie rencontra l’etincmi et commença le feu. Pijon y courut débouchant de Sanguinetto; mais les impériaux avaient eu le temps de se déployer, les Français furent cernés et rompus; ils perdirent, outre les morts et blessés, 5oo prisonniers.

La chaussée était déblayée, Wurmser se porta rapidement au Tartaro; apprenant là que Castellaro était occupé, il appuya à gauche et gagna Villimpenta où il passa la Molinella. Ln débouchant son avant-garde, il rencontra 5oo hommes que le général Chnrton amenait en toute hâte de Mantoue pour rompre et défendre le pont et qui se firent hacher.

Une fois la Molinella franchie, il n’y avait plus d’obstacle à l’entrée de Mantoue. La division de siège commandée par Sahuguet , en l’absence de Serurior, se replia sur la chaussée de Roverbella. Dans le même temps, Massena arriva à Castellaro; son premier soin fut de s’étendre par sa droite pour communiquer avec Sahuguet et empêcher les impériaux de tenir la campagne; mais sa tête de colonne, au sortir de Due- Castelli , essuya un échec qui le contint sur la rive droite de la Moli-

CAMPAGNE DE 1796. lHi

nella. Ce succès encouragea Wurniser à déployer scs forces (ao à a5,ooo) entre le faubourg Saint-Georges et la citatlelle. Bonaparte attendit pour l’attaquer la réunion de toutes scs divisions. Augcrcau était reste en arrière pour investir Legnago dont la garnison (1600) capitula le même jour où Mantouc était débloquée. Aussitôt qu’il fut dispouible, il se mit en marche pour le Mincio et prit position (le 1 G) à Governolo.

Troisjours après, tout était prêt pour la bataille. Bonaparte mit d’abord en mouvement ses deux ailes, Sahugucl à droite par Rovcrbclla; Bon, renaplaeant provisoirement Augereau, à gauche par Governolo, appuyant au Mincio. Wurmser, indécis entre ces deux démonstrations, se persuada enfin que Bon était suivi de toute l’armée, que Sahuguet faisait une fausse attaque, il manœuvra en conséquence; ses réserves s’avancèrent contre la division Augereau qui perdit du terrain. Cependant Massena, restant immobile au centre à Due-Castelli , envoya son avant-garde à Sahuguet, qui se mit à peser fortement sur la gauche du feld-inaréchal. Celui-ci, croyant toute la ligne française aux prises, ne cessa de dégarnir son centre au profit de ses ailes. Lorsque Bonaparte le jugea partout engagé, il lança Massena, en colonne serrée, droit sur Saint-Georges; c’était le moment décisif. Les impériaux, pliant sur tous les points, se réfugièrent dans Mantoue avec une perte de 3ooo prisonniers, 1 1 canons, et aooo tués ou blessés.

Après cette journée, Wunnscr ne passa plus la rive droite du Mincio, mais il se répandit dans le Seraglio, que Kilmainc lui enleva pied à pied au commencement d’octobre. Cas dernier général demeura chargé du blocus. Massena campa à Bassano, observant la Piave; Augereau s’établit à Vérone, Vaubois était encore sur l’Avisio.

La cour de Vienne ne perdit point courage, elle mit sur pied de nouvelles armées.

Alvinzy rassembla, dans la Carinthic, 4<>,ooo hommes; Davidowicq se réorganisa, arma les milices tyroliennes, et porta son corps à 18,000 hommes. Ces deux généraux reçurent l’ordre d’opérer offensivement ‘ l’un par la chaussée de Viccncc, l’autre en longeant l’Adigc.

Dans les premiers jours de novembre, Alvinzy commença le mouvement dans le but d’ouvrir la communication par Bassano avec le Tyrol. U passa la Piave en deux colonnes qui se portèrent, celle de droite sous Quasdanowich à Bassano, celle de gauche sous Provera à Citadella. A leur approche Massena recula jusqu’à Viccnce, où Bonaparte courut le rejoindre avec Augereau et les réserves.

L’ennemi avait déjà passé la Brenta, scs avant-gardes se montraient à Ospital et Carmignano. Massena marcha contre Provera, l'enfonça et le i-cjeta sur Fonlonina. Oiiasdanowicli, sortant de Bassano, se <Iéploya,

tu

Ift1 GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

pensant atteindre par le flanc la ditision française; mais il sè heilrtrt ednü-e Augereau qui, après avoir enlevé, perdu et repris Le Nove, le fit enfin reculer jusqu'à Bassano.

Cette journée fut meurtrière. Bonaparte attendait le lehdeinaih pour suivre ce premier succès , forcer l’erttrt'C de Bassano, iile.ltre Alviniy hor^ de combat , et remonter par la Brelltd sur les derrières de DavidovVicIl , mais des nouvelles inattendues le rappelèrent sur l’Ailigé.

Vaubois; averti des projets de son adver.saire, avait pris rutifiâtivc; pendant deu* jours (i et a décembre) il aVail attatpié Saint-Michel et avait éiiî fin échoué. Davidowicb, à son tour, l’avait assailli et battu Sur l’Avisio. Il était à ce moment concentré alix défilés dé t^aliano; mais Ti-cnte élaiit tbmbé au pouvoir de l’ennemi, les milices Ivrolienncs, coitunandéos paé Laudon, s’étaient portées sui- la rive droite de l’Adigc à Tnrbole^ d’oh elles menaçaient la Corona alors enlièrelnenl dégarnie; \éroi>e allitit Sé trouver compromis, et il était nécessaire de pourvoir à sa sûreté.

De toutes parts on s’ébranla pour prendre des positions noUvCllés: Bonaparte abandonna le champ de bataille où il vénnit dtNvaincre. Alvinay, qui avait déjà fait scs piéparatifs pour repasser la PiiKyc, revint sur ses pas; Joubert, avec quelques bataillons tirés de Manlouc'\^ourut à la Corona; enfin Vaubois, qui depuis quarante-huit heures détotdail victorieusement Caliano et la Pieira, les évacua soudainement pourV'éculer jusqu’à Bivoli. A peine y était-il établi, que Bonaparte alla passer én revue sa division, lui lit de vifs reprodics, et lui fil jurer de Vengeiy sa défaite. De ce côté la défense était assurée, restait à contenir Alviimy au-delà de l’Adige.

Le cbamp d’opérations, sur ce fleuve, est limité entre Vérone et Lfii gnago t au-dessus et au-dessous on rencontre des inoutagiies sans routes tracées, ou des marais impraticables. Dansrintervalle entre lei deuk villes, l’Adige fait une légère courbure; dont la convexité est marquée }«r l’Oinbouchure de l’Al|)oii, petite livière qui descend des Aljres et qui cmqié, à trois licnes de Vérorte, la dmusséede A icence. En s’étendant jusqu’à l’Alpoii , 011 réduisait à l’espace entre Albare et Legnago la partie ae* cessible du fleuve, ou plutôt on en interdisait le passage;

Màis Alvinxy avait déjà rangé Bon armée sur les haaiciirS en artnètU tle Caldiert),il fallait avant tout le déposter. Bonaparte sorlitde Vét'owele i * Aovembre au soir, et Sé porta à l'entrée de (.înldicro ; là-, il fit lerottnattre léi impériaux; ils occupaient la montagne à partir d’un marais quite sép*s^ de l’Adigc ju.squ’au village de Cologi-ola ; leur ligne, ronVerte dcndmites et de batteries, ne pomt abordable que par la droite, où un mamdoà la domrnaîtj le lendemain, au jour, Mussena s'ébranla par ÏjQvagno poUr a toni-ner. J-^cs tirailleurs s’étant trop avancés furent cnlevéts avant qn’on

CAMPAGNE DE 17!) i.

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put Ips secourir et dotinèrcnt I éveil à l’ennemi; Alvinzy fit oeeiiper le iiiainoloii et rendil sa droite inexpugnable. Toutefois, Aiigerenu enleva Caldiero, et le leu s’ouvrit sur toute la ligne , mais sans efll’et. f .es Français ne gagnèrent rien sur les impériaux, ceux-ci essayèrent do clinrger. On bivouaqua chacun dans ses positions; la pluie avait contrarié les iiiouvemons dr» Français, elle ne cessa pas de tomber pendant la nuit; au jour, bouapartc ne croyant pas pouvoir, avec succès, renouveler l’atlnque, rentra dans Vérone. Alvinzy poussa ses avant-postes justpi'à Saint- Michel.

Tout semblait perdu : Vaubois, réduit à 8ooo bomuies, allait avoir à soutenir une attaque formidable, et au f’eld-niaréelial victorieux, on n’opjiosait plus que i 5 à iG,oo() hommes. Enlin le corps de siège, comptant 8 à yooo conibattuns, avait peine à contenii' la garnison de Mantouc. Dans ce moment solennel, ni l’armée ni son général ne perdirent courage.

lionapartc saisit, par un nouvel effort de génie, le coté vulnérable du feld-maréchal ; pendant que celui-ci réunissait ses colonnes <;t se préparait ù l’assaut de Vérone, les Français restèrent immobiles, ils passèrent dans l’attente les journées des 1 3 et i4. Ec i/j au soir, on prit les armes et l’on sortit en trois colonnes par la porte de Milan ; l’émotion était grande. Ihittait-on en retraite ? abandonnait-on l'Adige et Mnntone? où allait-on s’arrêter? quelle ligne de défense trouverait-on en arrière, propre à eoiitcnir les deux généraux autrichiens une fois réunis? était-ce le Mincio tourné |>ar Maiitoue? était-ce i’tiglio ou l’Adda an cours Iroj) étendu ? quitter r.-Vdige, c'était livrer fltalie, c’clait jn-rdro le fruit de tant de victoires! Telles étaient les réflexions qui agitaient rartncc;inaiscc moment d’anxiété fut de rourtc durée. A peine liort de Vérone, la tête rie colonne tourne à gaiiclic, et l’on rieseend en silence les bords du fleuve jiisrju’à IloneOjOÙ un [Kuit de Iraleaux vient d’être jeté: dès-lors le pian de Hoiia|)artc sc dévoile, et la confiance renaît dans tous les coeurs.

On n’a pu cnievci’ de front ni tourner par la droite (es liatifciirs de Caldiero, on les tourne par la gauche. Iæs impériaux s’appuient de ce ctilé aux vastes marais qui s’étendent entre l’Alpon, l’Adige cl les inontagiics; mais ces marais sont accessibles; trois digues, parlant de Ronco, les traversent : ccdle de droite conduit à rcmboiichnrc de l’Alpon, celle du centre à Arcole et Villanova, celle de gauche à (’.aidicro. Or, Alvinzy est cil position sur 1a hauteur, ses réserves à Villanova , scs nvant-posfcs aux glacis de Vérone : on menace donc à-Ia-fois son flanc gauche et scs derrières. S’il tnarclic sur la place, où Kilmaine est l’este avcc’aooo hommes, on s’avance par Porcil et Goinhion, on le prend en queue, on l’accule aux l'cmparts; s’il revient sur Villanova, il trouve sa réserve

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