‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 23 sur 79 · EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL · texte numérisé non relu

EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL

OPÉBATIO!(d DB l'aBBIJU DU MIDI.

Attaque de la Sierra-Morena (20 janvier 1810).— Priîtc de r.rcnade {2H).— IK* Sî-villc {^\). — De Malaga (5 février). — Blocus de Cadix (5). — De Badu]oi(i3). — Prise du fort de Malagorda (ta avril).— De Murcie (i3). — Deu.viéme expédition de Murcie (aoOl) —'('ombat sous Malaga (i5 QOfii). — Combat de Baza (a novembre).— Siège d’Olivenza (1 1 janvier 181 1). — Prise d’Oiiventa (aa).— Siège de Badajor (a8).— Secours espagnol (fi février). — Sortie générale {7).— Combat de San-Crislobai ou de la Gebora (19).— Pri.ve de Padajoz (i i mars).— De Campo-Mayor (ai). — Marche de la Peùa (a8 février}. — Bataille de Cbiciana (5 mar*) — Prise d’OIivetiza par les alliés (i 5 avril). — Siège de Badajoz (4 mai).— Bataille de la Albiicra (i5). — Ixvéc du siège (17 juin).— Moiivemens dans le royaume de Grenade (août). — FxpéditioD sur Tarifa (8).-— Siège de Tarifa (dccerobre) — Levée du siège (4 janvier 18 la). — Prise de Badajoz par les alliés (fi avril). — Combat de Llcrena (1 1 avril).— Mouvemeos dans la Sierra de Rooda (juin*juiile1). — Retraite de t'armée [ (a5 août).— Sa jouclion avec l’ariDèc d’Aragon.

La pais ayant été conclue avec l’Autriche, l’empereur porta, au commencement de i8io, scs forces en Espagne à 3oo,ooo hommes, qui furent ainsi répartis: i“ dans la Manche, les trois corps victorieux à Ocana, commandés en chef sous le nom de Joseph, par

Je marcclial Soult, formant avec la réserve 55,ooo Iiommcs; a® ea observation aux frontières tlii Portugal : à cheval sur le Tage, le a* corps (aa,ooo), gciKTal Reynier; en avant de Salamanque, le 6' corps (aa,ooo), sous Ney; puis, la cavalerie de Monlbriin (6,ooo). Dans le royaume de Leon, In 8' corps (aa,ooo), sous Junot; 3° dans les hautes vallées du Tage, de l’Ebre, du Duero, des corps détachés, y compris une partie de la garde (7o,oooJ, qui reçurent plus tard le nom d’armtvs du centre et du nord; 4“ s;:r la Bidassoa , le 9' corps (a3,ooo), général Drouet; 5® en Catalogne, le 7'' corps (4o,ooo^, commandé successivement par Augereau et Macdonald; en Aragon, le 3' corps (4o,ooo), sous Suchet.

On voit par cette seule indication, cinq théâtres d’opérations distincts. I>es forces du centre et du nord et le 9” corps étaient chargés spécialement d’assurer les communications avec la France : Augereau , de réduire une à une des forteresses dont l’exemple de Gironc faisait pressentir la ténacité : Suchet, de conserver l’Aragon et d’envahir Valence; missions qui , malgré leur importance, n’étaient qu’accessoircs.

Les coups décisifs devaient être portés par l’armée de la Manche ou du midi , qui faisait face à la régence de Séville, et par les corps du Portugal opposés à Wellington. On ne doutait point que le général anglais ne se tînt sur la défensive; lui qui, à la seule nouvelle de l'armistice de Znaym, s’était empressé de rentrer dans ses camps; on résolut de faire irruption en Andalousie sans craindre, de sa part, une diversion sur la ligne de retraite.

Du côté des Espagnols, il y avait en armes, outre des nuées de guérillas : 1° dans la Gallicc et les Asturies, 18,000 hommes; a’dans l’Estramadure, sous le canon de Badajoz, l’ancienne armée de La Romana

(20.000) , attirée au midi par le désastre d’Ocana; 3“ sur les confins de l’Andalousie et aux défilés de la Sierra-Morena , le corps d’Albuquerque

(12.000) et les débris d’Areizaga (a5,ooo); 4° à A'^alcnce, la à iD,ooo hommes sous Caro; 5® En Aragon, i» à i3,ooo hommes, débris de l’armée battue à Belchitc; G" et enfin en Catalogne, 40,000 hommes, commandés par Huestrosa , puis par O’Donuell.

L’armée du midi se rapprocha de la Sierra-Morena , que les ingénieurs espagnols avaient retranchée et dont les cols étaient minés. Soult forma trois colonnes. Mortier, au centre, fut chargé de franchir le défilé de Despena-Perros , où Arcizaga avait porté le fort de la défense. On l’aborda de front, on le tourna par la gauche, en pénétrant par le Puerto del-Rey, où passait autrefois la chaussée. On attaqua si vivement, que l’ennemi eut à peine le temps de faire jouer les mines, dont l’effet fut médiocre; on prit les canons, on dispersa la troupe, et dès le lendemain le quartier général s’établit à Baylen, de douloureuse mémoire. Victor

tourna la droite d’Albuqucrque, puis, parlant d’Almadcii, il traversa des cols inaccessibles à l’artillerie, et parvint à Monloro. Sébastian! suivit le chemin delaPuebla del Principe, et toujours conibaltant, toujours prenant des hommes , du canon, il poussa jusqu’à Ubeda , d'où il se mil eu communication avec les autres corps.

Rien ne s’opposait à la marche en avant. On occupa Cordoue, Jaen; Sebastiaul pointa sur Grenade; Victor, Mortier se disposèrent à prendre possession de Séville, à écraser Albuquerque qui, ayant côtoyé le premier corps, venait d’arriver sur le Guadalquivir. Ou se heurta contre ses avaul-posles près d’Ecija, le jour même où le 4* corps entrait sans obstacle à Grenade ; puis, aussitôt que l’on eut franchi leXeuil.on se déploya j>ar la grande route et par le chemin de Moron , qui mène directement à Cadix. Celte manœuvre tendait à couper Séville de la mer , elle n’échappa point au général espagnol. 11 choisit habilement outre les deux villes à défendre, et en se portant rapidement à Cadix, il s’assura d’une position où la cause de l’indépendance nationale et l’ame de l’insurrection trouvèrent un refuge inexpugnable.

Séville, abandonné à lui-même, capitula, livrant aux vainqueurs d’immenses ressources. A peine trouvait-on quelque résistance : Sébastian! h la suite d’une escarmouche, s’empara de Malaga, et Victor poussa jusqu’à Cadix. Mais il avait eu le tort de trop s’arrêter devant Séville, il arriva trop tard, et ce moment fugitif qu’il faut toujours épier et saisir, ce moment si précieux dans les affaires de la guerre, lui échappa. Albuquerque avait sur lui douze heures d’avance , dont il profita pour rompre le pont qui donne l’entrée de Cadix et se mettre à l’abri d’un coup de main.

Cet incident sauva l’Espagne : on sait que Cadix et l’ile de Léon que comprend l’ensemble de l’ile Gaditane, sont séparés de la terre ferme, par le canal de Santi-Petri , bras de mer profond que traverse le pont de Suazo. La destruction de cette unique communication, arrêta les Français et donna aux Espagnols le temps de préparer des moyens de défense qu’on ne put surmonter. Dans le premier instant, on se borna à établir des lignes de blocus. D’un autre côté, Mortier s’étant détaché à droite, entoura Badajoz; mais, après l’avoir vainement sommé de se rendre, il fut obligé de s’éloigner faute d’équipage de siège. 11 s’établit à LIerena et étendit ses cantonnemens au pied des montagnes qui séparent l’Andalousie de l’Estramadurc. Là, il batailla jusqu’à la fin de l’été contre La Romana.

On fut long-temps stationnaire en Andalousie. Cependant, Cadix était devenu le siège du gouvernement qui, malgré scs dissensions intérieures, ne perdit point de vue le salut commun. Les troupes furent portées jus«

qu'à 30,000 nationaux, outre i5,ooo auxiliaires anglais. Blake fut appelé au commandement en chef en remplacement du duc d'Albuqucrquc, que des intrigues de parti destituèrent de la reconnaissance qui lui était duc.

Le nouveau général songea d’abord à faire diversion sur les flancs de l’armée française. Sur ces entrefaites , le fort de Matagorda fut enlevé par les assiégeans; niais scs feux n’inquiétant point la place, les Espagnols supportèrent avec résignation cetic perte et ne renoncèrent point à leurs projets. Ils encouragèrent le soulèvement des cantons limitrophes du Portugal et de ceux que le voisinage de Gibraltar animait déjà. Celle petite guerre tenait constamment en haleine les envahisseurs. Des rassemblemens plus sérieux nécessitèrent un mouvement du corps. Les troupes qui s’étaient repliées devant lui dans la Sierra, à Jacn, à Grenade, s’étaieut réorganisées dans le royaume de Murcie. Elles montaient à plus de 1 5,ooo hommes sous Freire, lorsque Sébastian! eut ordre de les disperser. Il partit de Grenade avec 8ooo hommes; à son approche reuiicmi, après avoir couvert Carlhagène , replia le gros de scs forces sur Alicante. I^es Français occupèrent Murcie sans obstacle; mais peu satisfaits de n’avoir point livré bataille et de s’être aventurés si loin de leur hase, ils évacuèrent la place et revinrent sur leurs pas. On les suivit et leur retraite fut le signal d’un redoublement d’ardeur de la part des provinces insurgées. La régence, à plusieurs reprises, seconda celle de Bonda par des débarquemens qui , d’ailleurs , n’eurent point de conséquences importantes.

IjC reste de l’armée fut employé autour de Cadix en travaux de circonvallation, en construction de forts, de bâtimens, pour tenter une descente. Sur les ailes, il n’y eut que des marches , des contremarches et un nombre infini d’escarmouches. A la fin d’août, Blake s’étant mis en personne à la tête de l’armée de Murcie, le 4* corps fit dans ce royaume une seconde excursion, qui n’amena pas plus de résultat que la première. A quelque temps de là, une flottille anglaise essaya de transporter de Ceutaà Malaga a à 3ooo hommes; mais cette troupe fut surprise par Sébastian! et presque entièrement détruite. D’un autre côté, Blake cherchant à pénétrer dans le royaume de Grenade, se heurta près de Baza contre une division de cavalerie et a à 3ooo fantassins, qui le mirent dans la plus complète déroute.

L’année suivante, Soult avcca3,ooo hommes des premier et cinquième corps, secondés par 35oo hommes envoyés de Madrid, fit un mouvement sur sa droite pour appuyer l’invasion du Portugal, et mit le siège devant les places de Badajoz et d’Olivcnza. Le blocus de Cadix, commandé par Victor, continua à être couvert par le 4* corps et les réserves. Soult replia l’armée espagnole alors commandée par Mendizabal. Il assiégea et

fe8î GUERRES DE LA RÉVOLUTION,

prit, après dix jours de tranchée ouverte, la petite ville d’Olivcnza; puis au bout de quatre jours, il investit Badajoz par la rive gauche de la Guadiana. La place était défendue par une forte garnison, et en outre, par Mendizabal , qui avait pris position sur la rive droite sous le canon du fort San-Crisiobal. Lorsque les premières batteries de siège furent dressées, le général ennemi s'introduisit dans l’enceinte avec 8000 liomhies, après quoi il fonça sur les assiégeans. Mais cette sortie n’ayant produit que peu d’effet, le surlendemain il fit évacuer les embarras, les malades, ne laissa dans la place que gooo hommes bien complets pouf soutenir le siège , et reprit scs positions. Après son départ, Soult poussa les travaux et se mit en mesure de forcer son camp de manière h l’éloigner sans retour. L’attaque eut un plein succès: en quelques heures de combat, le corps espagnol fut entièrement dispersé; scs débris sc jetèrent dans les places portugaises d’EI vas et de Campo-Mayor. Dès-lors, Badajoz fut investi sur les deux rives du fleuve, et en dix-huit jours il fut réduit. Bientôt après, Campo-Mayor eut le même sort.

Pendant ces sièges, on ne cessa point de guerroyer sur les confins dit Portugal et du royaume de Murcie. De ce côté , les efforts redoublèrent pour rompre le blocus de Cadix. On jeta des troupes anglo-espagnoles à Algesiras; on réunit sous Gibraltar 1 8,000 hommes commandés ch chef par la Pefia. Ce général déboucha par le flanc gauche le long du rivage dans le dessein d’attaquer à revers le corps assiégeant. Repliant les canlonnemens français, il poussa jusqu’à Vejer, d’où il entreprit de sC metti’e en communication avec l’île de Léon. Victor, à la tôle de 10,000 hommes, sortit de ses lignes par Chiclana et manœuvra de manière à jeter cette colonne dans la mer. Ce projet fut déjoué. Les auxiliaires anglais, faisant à propos face à ses deux ailes, soutinrent un combat où ils perdirent 2000 hommes, et où ils eussent peut-être obtenu une victoire signalée si les Espagnols eussent secondé leur effort. La mésintelligence qui éclata entre les alliés permit à Victor de rentrer dans ses lignes qui ne furent point inquiétées; après quoi, il commença le bombardement de la place.

Soult prit ces évènemens pour prétexte; peu soucieux de contribuer au succès de Massena qui était alors en vue de Lisbonne , il suspendit ses opérations offensives pour revenir à Séville. Ainsi les rivalités entre les licutenans de rempereur, leur ambition démesurée qui leur faisait entrevoir comme prix d’une expédition heureuse un titre de roi , ajoutaient aux difficultés sans cesse renaissantes de cette funeste gueire.

L’armée du midi, faute d’avoir franchement envahi le Portugal , fut elle-même assaillie lorsque Wellington vainqueureut fait reculer Massena. Les alliés reprirent Olivenza; Badajoz fut assiégé, Soult en se portant à

CAMPAGNES D’ESPAGNE EN iSlO, 1811 ET 1812. S8S

son secours avec ao,ooo hommes, se heurta à Albuera contre l’aile droite de l’année anglo - portugaise, les Espagnols de I.a Romana et ceux que Blake venait d’amener de Cadix, en tout 3o,ooo hommes commandes par Beresford. Les Français, après une sanglante mêlée où il y eut de chaque côté ^ à 8000 hommes hors de combat, se replièrent au pied des montagnes. Le maréchal fut témoin du siège qui fut poussé avec vigueur; puis, lorsque avec des renforts il s’avança de nouveau, il trouva Wellington en position sur le champ de bataille d'Âlbuera. Mais le géUéral anglais fut attiré de l’autre côté du Tage par l’attitude menaçante du successeur de Massena et la place fut enfin dégagée. Soult lui-mcme revint à Séville, rappelé par les mouvemens de Ulake sur sa gauche et de Ballesteros sur sa droite. De ce côté , les insurgés de la Sierra de Ronda , encouragés par la présence d’un corps régulier, devinrent siinquiétans qu’il fallut envoyer contre eux 10,000 hommes. Selon l'habitude, l’ennemi refusa la bataille et se relira sous le canon de Gibraltar. IjCs Français , après avoir sans succès tenté de surprendre Tarifa, firent retraite faute de vivres. Les Espagnols aussitôt recommencèrent leurs excursions; on les replia encore, on assiégea Tarifa, mais on fut obligé d’en lever le siège.

A celte époque , Drouet, ayant réuni au 5' corps les débris du 9' , avait remplacé Mortier. Levai commandait Ic/j*, à la place de Sebastiani ; Victor continuait à bloquer étroitement Cadix. Pendant les premiers mois de 18 la, Soult, paisible possesseur de l’Andalousie, n’eut qu’à surveiller ces dernières opérations qui, malgré d’immenses travaux, ne produisirent rien de décisif. Mais les désastres de l’armée de Portugal mirent en question d’abord et lui firent enfin abandonner sa riche conquête qu’il gouvernait en souverain.

Le premier évènement sérieux qui éveilla toute son attention fut le siège de Badajoz où se porta Wellington , à la .tête de la droite et du centre de son armée. La place fut rapidement investie et la tranchée ouverte.

On vit alors un nouvel exemple du défaut de concert entre les maréchaux Français cl de l’avantage d’une position centrale contre des lignes divergentes. Badajoz, que devaient protéger deux années, ne le fut efficacement par aucune. Soult n’eut réuni en Estralnadurc des forces suffisantes pour imposer au général anglais, qu’au moment où la ville assiégée, après une belle résistance, venait de succomber à un terrible et sanglant assaut. Il offrit la bataille , mais Wellington avait d’autres projets, il sut l’éluder, et le maréchal rentra eu Andalousie où, comme de coutume, son absence avait ranimé l’audace des ‘corps qui ne cessaient d’escarmoucher contre ses flancs, t/arrière-garde ; attaquée vers Llerena

GUERRES DE LA RÉVOLUTIOIf.

par la cavalerie anglaise, eut un léger engagement où l’avantage lui resta. Le 5‘ corps reprit ses anciennes positions sur la frontière de l’EsIramadure , et le retour à Se'ville du surplus de l’armée, éloigna les partisans. Toutefois à deux reprises différentes , Ballesteros sortit des lignes de Saint-Roch et s’avança sur la route de Ronda. Deux fois il fut contenu et repoussé dans son camp que la proximité de Gibraltar rendait inabordable; mais à peu de temps de D , une nouvelle foudroyante changea la face des affaires. On sut que les Anglais occupaient Madrid , que le roi Joseph avec l’armée du centre se repliait sur Suchet. Il n’y avait point h hésiter; il fallait courir au Tage, il fallait abandonner le siège de Cadix et l’.Andalousie.

La retraite s’opéra sans obstacle sur le royaume de Valence. Ni Ballesteros, ni les Anglo-Espagnols de Cadix ne surent se jeter sur les pas de l'armée, qui traversa Grenade, la province de Murcie et fit sa jonction avec le 3* corps. Aussitôt qu’elle eut saisi la chaussée d’Alicante, elle rallia l’armée du centre , et se disposa à rentrer dans la Manche.

oviaATioss ns L’xanis d’ajulook.

Mârclie de Suefaet (a5 février tSio).— urivée h Manriedro (3 mars).— A Valence (5).— Sa retraite (i i). — Sa rentrée à Sarago&se (17). — Capture de Mina jeune (3i). — Occupation de Balaguer (4 avTil).~Prise de Lerida (14 mai).— >De Mequioenza (8 juin).— De MoreÜa (i3).— De Tort ose (1**^ janvier 181 1).— De Tarragone (38 juin).— Du Monl-Serrat (14 juillet).— Invasion du royaume de Valence (septembre). — Bataille de Sagonte octobre). — Reddition de Sagonte(36).

— InvGStuaement de Valence (fm de décembre). — Prise de la ville (10 janvier tSta)— De Peniscola (4 février).— Combat de Castella (10 juillet).

Les mouvemens de Suchet furent d’abord très lents. Son rôle dans l’ensemble des opérations était d’envahir Valence pour dégager la gauche

CAMPAGNES D’ESPAGNE EN 1810, 1811 ET 1812. de Soult. Mais, avant de marclicr ofTcnsi veinent, il fut obligé d’assurer ses derrières, puis ses flanrs. Il ne fallut pas moins que son effort pour reprimer les audacieuses entreprisrs du jeune Mina , pour refouler et paralyser les débris de l’a ncicmie armée d’Aragon, commandée parVillacampa. Eiifîn, après une suite de marches et de contre-marches, dans les derniers jours de février, il entra en campagne avec environ i4,ooo hommes. Cette troupe forma deux colonm s qui prirent les routes de Saragosse et de Barcelone et qui, sans avoir rencontré l’enneini, se réunirent à Murviedro. On n’était plus qu’à cinq lieues de Valence. Cette grande ville était défendue par une garnison de la à i5,ooo hommes outre les habitans. Mais le capitaine-général Cnro, homme d’une odieuse violence, avait excité, par scs actes tyranniques , des haines dont on espérait tirer parti. Suchet fut trompé dans son attente. Après une inutile sommation , après avoir manœuvré pendant six jours autour des remparts, pour provoquer un soulèvement intérieur qui ne s’effectua point, il rétrograda, rappelé par les mouveinens de Villacampa et de Mina. A Terruel , il mit l’épée à la main pour se frayer le passage. Rentré à Saragossc, il fit poursuivre a outrance Mina qu’il eut la joie de faire prisonnier.

C’était un grand pas de fait vers la pacification de l’Aragon. Pour l’assurer, il n’y avait plus qu’à s’emparer tic la ceinture de places qui séparent cette province de la Catalogue. Suchet eut ordre de les assiéger et de prendre d’abord Lerida, nœud des principales communications entre Barcelone et Saragosse. L’armée s’ébranla par Alcubière, occupa sans coup-férir Balaguer, investit, neuf jours après, Lerida, défit un secours de 6 à 7000 hommes conduit de ïaragonc par O’Uonnell, et au bout de i4 jours de tranchée ouverte, donna l’assaut qui réussit. La garnison, originairement forte de 8000 hommes, sc renferma dans la citadelle et capitula. Mequinenza fut aussitôt entouré et sc rendit sans faire de résistance. Suchet profita du moment pour enlever le château de Morella qui, avec les deux autres places, complétait une base suffisante pour opérer soit contre Valence, soit contre Tortose et Taragone.

Caro ne vit pas sans anxiété les progrès de l’armée française: à deux reprises il essaya de rentrer dans Morella; lui-même au milieu du mois d’août , se mit en campagne à la tête de 10,000 hommes, dans le dessein de s’opposer au siège de Tortose. Aucune de ces tentatives n’eut de succès. A la première apparition de Suchet , Caro se hâta de fuir. S.i mollesse ayant soulevé contre lui l’indignation publique, il fut remplacé par Bassecourt qui se tint long-temps renfermé dans Valence. Cependant les difficultés du pays, l'état des affaires eu Catalogne arrêtèrent Suchet jusqu’au mois de décembre, époque à laquelle le corps fut en mesure

m GUERRES DK LA RÉVOLUTION.

de lui prêter un secours cfïîcacc. Il mit alors le siège devant Tortose; les travaux marchèrent avec une rapidité rare; le dernier jour de décembre la brèche était faite, et le jour suivant la garnison se rendit. A peine maître de la place , Suebet fit prendre par un de scs lieutenans le fort Saii-Felippe qui ferme le col de Balaguer. Toutes les roules de Barcelone à Saragosse et Valence étaient interceptées et l’on était maître de pousser les opérations soit au nord, soit au midi. Avant tout, Sucliet manœuvra jusqu’au mois de mars pour purger l’Aragoti des bandes de l’Empccinado , de Villacampaj d’Espoz y Mina. Ces trois chefs furent rejetés : le dernier en Navarre, les deux autres dans les montagnes de Cuenca.

On avait le champ libre et l’on pouvait dès-lors marcher sur Valence; mais l’empereur, mécontent de Macdonald, réunit au commandement de Suchetla Catalogne méridionale, et lui prescrivit de réduire Taragonc; 4o,ooo homtnes tirés des deux armées investirent cette grande place qui renfermait 7 à 8000 hommes de garnison. C’était le dernier boulevard de l’ennemi qui ne négligea rien pour prévenir sa chute ; mais ni sa constance, ni sa facilité de ravitailler la place du côté de la mer, ncrcinportèrent sur l’ascendant d’un général déjà tant de fois victorieux. Après deux mois d’investissement , Taragone fut enlevé d’assaut. L’armée, ensuite, occupa Mont-Serrat, position fortifiée qui commande les approches de Barcelone.

Cette continuité de succès, dans une contrée où les généraux les plus renommés échouaient, avait élevé Suchet à la dignité de maréchal, il lui restait; pour la couronner, à s’emparer de Valence. Lorsque l’armée du nord de la Catalogne n’eut plus à craindre de diversion près de Irt frontière, il déploya 29,000 hommes: la droite à Terrent, la gauche à la mer, et il les poussa en avant en trois colonnes.

Bassecourt n’avait rien fait pour arrêter scs pas. A peine avait-il concouru aux excursions qui avaient ralenti les sièges de Tortose et de Taragone. Palacio, qui l’avait remplacé, avait cm rendre la ville imprenable en promenant à l’cntour l’image de Notre-Dame de I^os Desemparados.' Mais, à la nouvelle des apprêts de Suchet , la régence fit passer à Valence Blakc avec 9 à 10,000 hommes. Ces forces jointes à celle du royaume, à celles de Villacampa présentaient un effeclif bien supérieur à celui du maréchal. Blake commença par mettre en état de défense les châteaux d'Oropeza et de Sagonte, puis il donna à scs troupes une altitude militaire à laquelle ses prédécesseurs n’avaient point songé; toutefois, le temps lui manqua.

L’armée française parut sous Sagonte (Murviedro) que les forces espagnoles étaient loin d’être concentrées; mais ce vieux fort renfermait

liUC.IlET Xoiiis-Gabriel ) ,

Mar^rUal de FrJinre, doc «l’AIImfera. — Nêâ Lyon le o mira 1770, — Cummaiidaol du !ï* eoej" eu E»pagof, rn fBoë et i&otj. — M>irt eu i8a6.

Si^e de Sagonte.

3ooo hommes de garnison ; on ne put l’enlever d’emhlce, on ne pût songer à le négliger , il fallut s’arrêter et procéder hux opérations du siège. On comtnenea les travaux , on s’empara du château d’Oropeza, on pratiqua une large brèche et l’on donna l’assaut; mais l’on fut repoussé, et Blake, croyant le moment opportun, déploya contre les assiégeaus^ presque à leur insu, 26,000 hommes. Suchet , placé dans l’alternative de saerifier le siège, ses travaux, son matériel, ou de livrer bataille, Suchet n’hésita point. Une victoire signalée fat le prix de sa n^;olation. Dlake eut la douleur de voir sa gauche, son centre, sa réserve enfoncés tour-àtour; la droite seule fit bonne contenance et sauva l’armée d'une déroute complète. Affaibli d’une perte de plus de 5ooo hommes 4 il se retira en <lésordre au-delà du Gnadalaviar. Le lendemain la pince se rendit, a8 jours après l’investissement, 8 jours après le premier assaut.

Cependant IMina et l’Empecinado , s’étant mis à harceler les troupe^ restées en Aragon, Suchet fit halte; se couvrit de relranclieineus et demanda des renforts. Blakc, au reste, n’était pas en étal de revehir à la charge. Tous ses soins s’attachèrent à augmenter la défense de Valence. Au bout de six semaines, les Français reçurent une colonne de i/|,ood hommes. Forts de 3/j,ooo, soutenus par la cavalerie de Montbrun détachée de l’armée de Portugal sur Alicante, ils ne balancèrent plus à pousser en avant. On passa sans coup-férir le Guadulaviar, puis, tournant la gauche de l’ennemi, on lira vers le Xucar toujours en combattant. Ix but du maréchal était d’enfermer dans Valence toutes les troupes espagnoles, mais il n’y réussit point: 10,000 hommes s’échappèrent et gagnèrent Murcie. Blakc fit d’inutiles eflorls pour se frayer un passage, il fut contraint de subir les conséquences du siège.

Toutes les chances étaient tournées en faveur de Suchet, il avait un parti dans la ville , et lorsque les bombes curent incendié quelques édifices, on demanda à grands cris à capituler. Blakc avec 18,000 hommes fut fait prisonnier.

La chute de Valence eût entraîné la soumission de tout le royaume. Par malheur, Montbrun , dont le secours n’arriva qu’après la capitulation , au lieu de rebrousser chemin voulut saisir Alicante. Il échoua et un inomcnt.de succès ranima l’ardeur des généraux espagnols qui étaient tout disposés à traiter avec Suchet. Montbrun fut rappelé au centre et le maréchal fut dans la nécessité de faire de nouveaux efforts pour dégager les approches d’Alicante dont le cours des évèiiemcns l’empêcha en définitive de s’emparer. Il occupa d’abord les lieux fortifiés du littoral ; tous cédèrent à scs armes, excepté le fort de Peniscola, qu’il fallut assiéger. Mais le temps dcsdévoûmcnsélait passé Après quatre jours de tran-

chce onrerte, la place capitula , et, chose jusque alors inouïe, le gouverneur reconnut la royauté de Josepli.

Selon sa prudente coutume, avant de porter devant Alicante des forces suflisantes pour en faire le siège, Suchet affermit la ligne allongée que formait son année. Cependant les débris échappés de Valence, réunis aux troupes de Murcie, rentrèrent en campagne. Les Anglais, stationnés en Sicile, mirent à la voile et , en se montrant sur plusieurs points de la côte, ils tinrent le maréchal en échec. La moitié de l'année s’écoula de la sorte sans que de part et d’autre on pût faire de inouvemens sérieux. Enfin, dans les derniers jours de juillet, 9000 Espagnols débouchèrent sur l’avant-garde française (1 5oo); tandis qu’une autre colonne manœuvra pour la tourner par la gauche. Delort, qui la commandait , prévint cette double attaque. Il chargea brusquement près de Castalla, le corps qui l’abordait de front, il lui enleva aSoo hoinincs , scs canons , ses convois, il lui tua 1000 hommc.c, et mit le reste dans la plus complète déroute.

Ce beau fait d’armes paralysa les Anglais qui dans le même temps venaient de prendre terre à Alicante. Ou poursuivait les corps battus lorsqu’on apprit ces mêmes évènemens de Portugal qui forcèrent à l’évacuation de l’Andalousie. Suchet, lâchant prise , courut à Almatiza au devant de Joseph.

OPÉRATIOnS DE l’aUÉE DE CATÀLOGEE.

Occupation de Vich (i5 janticr 1810). ..-Rarilailleinenl |de Barcelone («o janvier). — Combat de Vich (ip’férrier). — Prùed’Hoilalricb (16 avril). — Surprùe de La Bùbal (14 teplembre). — Marcha sur Taragone (10 janvier 181 1). — Combat de Valls ( février).— Incendie de Manresa (>9 avril). — Surprise de Figucrcs (9 avril). — Combat de Figucres ( ro). — Réduction de Figuères (19 aoill). — Reprise de Mont-Serrat. — Combat de Mont-Serrat (aS juillet i8ia).

Læ corps, appuyé sur les places de Barcelone, Girone, Figuères et Roses , était destine à réduire la Catalogne. Cette tâche fut au-dessus de ses forces. Nous avons vu comment le 3* corps lui vint en aide. Ses opérations se réduisirent à assurer les communications avec la France , à approvisionner Barcelone , à faire tomber quelques points fortifiés , enfin à soutenir Suchet.

Deux routes principales sont ouvertes entre les départemens du midi et la Catalogne : l’une descend dans la Cerdagne, longe la rivière de Segre et se réunit à Lcrida , avec un des embranchemens de la seconde^ Celle-ci , à peu de distance de la mer, que longe un chemin secondaire, traverse la Fluvia, le Ter, le Llobregat, l’Ebre et les forteresses de Figuères, Girone, Hostalricli, Barcelone, Taragone, col de Balaguer et Tortose. A Barcelone, à Taragone elle jette, sur la droite, deux bras qui sc joignent à Lcrida d’où ils conduisent à Saragosse.

Lors de l’ouverture de la campagne, l’armée active était autour de Girone, et les levées espagnoles, occupant Vich, étendaient leurs ailes l’une du côté de Figuères, l’autre dans les montagnes qui encaissent le Llobregat. Elles n’avaient point une organisation redoutable; c’étaient en grande partie des Somalènes qu’il avait été impossible d’enrégimenter.

m- ... - GUERRES DE U RÉVOLUTION, '

Au premier mouvenicut sérieux des Français elles sc replièrent au-delà '

(les inonis et s’établirent sur le haut Llobregat. Augereau, après avoir pris possession de Vieil, fit ses dispositions pour enlever llostalricli I

dont la garnison le séparait de liarcclonc. Cependant il partit luimême avec 900 hommes pour ravitailler celte grande ville. Il y parvint non sans combattre à chaque pas, et fit, à Cranollcrs, sa jonction avec la garnison qui avait détaché 2000 liommes à sa rencontre.

Lorsqu’il eut introduit dans Barcelone le convoi qu’il escortait, il revint à Ifostalricli à portée de l’armée ennemie dans la prévoyance d’une attaque de flanc. En effet O’Donncl, qui la commandait alors, après s’être concentré àManresa, déboucha sur Vich; mais aux approches de cette ville il fut CQulenu par la division qui s’y était postée et, lorsqu’elle eut reçu des renforts, il fut battu et rejeté sur la Segre.

Avant de sc lancer à sa poursuite Augereau voulut réduire Ilostalrich, mais cette bicoque le retint jusqu’au milieu d’avril. Pendant le siège, scs pfforts se bornèrent à défendre les ligues de blocus des mouvemens d'O'Dounell pour dégager la garnison. Lorsqu’il l’eut réduite aux dernières extrémités il eut la douleur de la voir s’échapper. Ce fut à cette époque que l’empereur, irrité, le remplaça par Macdonald, et chargea de prendre Lcrida , Suchcl dont l’approche eut pour clTct de ramener à Taragonc toutes les forces espagnoles.

Macdonald ne fut pas plus heureux que scs prédécesseurs : durant trois mois, il fut absorbé par le soin d’approyisiouner Barcelone. Il coopéra ensuite au siège de Tortpse, en menaçant Taragone et en réussissant de la sorte à tenir en échec O’DonnclI. Alais la difficulté des vivres l’ayant forcé de s’éloigner , toute son nttenUnn fut bientôt attirée au nord de la province, où I9 général espagnol ranima )a guerre par une expér dition aussi heureuse que hardie.

1 Après avoir expédié par mer scs convois et son artillerie, O’Donnell , trompant la surveillance des postes français, circula autour do B.arcelone, arma sa troupe près du rivage, et entoura inopinément La Bisbal, où Schwartz était cantonné avec i3oo hommes. Ce général fut enlevé; on ^

prit Palamos, la Cerdagne fut envahie, et les guérillas osèrent sc montrer sur le territoire de l’empire. Ces mouvemens contraignirent Macdo- 1

nald à repoiter scs forces en arrière : il fit entrer dans Barcelone un im- I

mense convoi, il échelouua ao,ooo hommes dans celte ville, dans Giropne, ^

dans Figuères; puis, avec i5,ooo hommes, il revint seconder le siège deTortosc. Après la prise de la place , il marcha sur Taragone, où de violentes dissensions venaient d’éclater. Mais il ne put en tirer parti; le sentiment du danger commun rallia les Espagnols, ils nommèrent à la place d'O’Donneli , qu’une grave blessure éloignait de l’année , le mar<

CAMPAGNES D’ESPAGNE EN 18iû; 1811 ET 1812. 891

quis de Campo-Verde , qui se mit en état de défense. Trop faible pour entreprendre un siège, le maréchal battit en retraite jusqu’à Lerida, harcelé par l'ennemi, contre qui il soutint à Valls un rude combat. Le quartier général resta jusqu’à la fin de mars à Lerida. Alors le commandement de Maedonald ayant été réduit à la Catalogne septentrionale, il dut se rendre à Barcelone. L’armée espagnole, manoeuvrant sur Taragone et Mont-Serrat, lui barrait la route; il prit un détour en remontant le Llobrcgat. Arrivé à Manresa , il fut accueilli par une violente fusillade. C'était une division espagnole qui l’avait côtoyé le long des hauteurs et qui engageait le combat. On la déposta, l’on entra dans la ville; mais à la nuit, soit accident, soit colère des vainqueurs, elle fut incendiée. Ce désastre exalta la population entière, qui sc leva pleine de rage et ne cessa point d’escorter la colonne française en lui faisant éprouver de grandes pertes. A peine au terme de sa marche pénible, Macdonald apprit une nouvelle foudroyante. Le fort de Figuères venait d’être surpris par l’ennemi, qui avait jeté une garnison dans cette place si importante pour assurer les coimnuuicatious avec la France. Jamais succès n’eut plus de retentissement , la Catalogne entière fit entendre un cri de triomphe. Campo- Verde partit de Taragone avec io,ooo hommes, pour renforcer la garnison de Figuères et lui fournir des munitions de toute nature. Toutefois, malgré sou activité, malgré la diversion qu’essaya de produire un détachement anglais débarqué auprès de Roses , il fut prévenu : 4<>oo F'rançais lui présentèrent la pointe de leurs baïonnettes, le prirent en flanc, le rompirent , lui mirent hors de combat 3ooo hommes, lui enlevèrent scs convois et lui ôtèrent l’espoir de renouveler cette tentative. Macdonald , à son tour, investit la place et la réduisit par famine.

Mais rien ne pouvait abattre la constance des Espagnols ; ils s’emparèrent des îles qui ferment l’embouchure du Ter, ils firent irruption sur les lignes de communication au-dessus de Barcelone, et forcèrent les Français à abandonner Mont-Serrat. Enfin ils reportèrent la guerre dans laCerdagne. A ce moment, Macdonald fut remplacé par Decaeo, dont les efforts sc bornèrent d’abord à ravitailler Barcelone , opération dont les difficultés allaient toujours croissant.

01'EllVTIÜi>S DE l\rMÉE UL l‘OilTUGAI,.

Expcditioii dans Ici Astuiics (mari cl avril i8iu) — Prise d’.Aslor^ (lo aviiiy — Prise de Ciudad- Audti^u (lüjuillel). — Siège d^Âlnteida (a8 aoûl). — Halaitie de Uusaco (27 septcmUiv). — Rccoo— iiai'isaucc des ligues Je Torres-Vedras (y-i« oclohrr). — Rclraitc sur Sanlarem (la décembre).— n,etrailc sur Cuïmbrc (.* mars 1811).— ( ombal de l*ombnl ( y ). — De Rctliiiha (la). — De Fus d’Aruiiccs (i 5)- — De Sabiigal (ï a\ril). — P.ataille de Fiieulès de Onoro (5 mai).— Evactialioii d'Aloieida (ii). — L'armée luarrlie sur la (nuidiana (ta juin). — Muiivemeos de l'EsU k l'Orbigu (aoûl).— Ailatjuc de (^ludad-Rodi igo (scplemlufuclobrc),— Prise de Ciu Jad-Audrlgu par le* alliés (ao janvier iSia). — Marche de l’arnice en Purlugal (avril). — Pri*>c du pont d'Almarai ]>ar les alliés (ta mai).— Des forts de SalamaiH|ne (ao juin;. — lUiiaitc des Fram^aisau-dclà du Diieru (a jmUi'l).— lU repreiincia l’offensive (17). — l>alaüle de SaiumaiM|ue ou des Arapilcs (a4).— Occupation de Madrid par les alliés (la auiil).

Tout le succès de la guerre d’Espagne reposait sur rarniée de Portugal. Victorieuse, elle contraignait les Anglais à se rembarquer et peut-être à traiter de la pai-x; vaincue, sa retraite transversale par la route de Salamanque àBayonnc,découvraitMadrid et ramenait au nord les troupes reparties dans le midi de l’Espagne. L’iirmée d’Andalousie devait se fondre avec elle, ainsi que celles du centre et du nord qui furent constamment employées à contenir les guérillas de la Navarre , de la Biscaye, de Santander, de la Sierra d’Avila , de Guadalaxara.

Les 8°, 6' et a* corps avec la cavalerie de Moiitbriin, dont les positions ont clé precédemment indiquées, furent mis sous le commandement en chef de Slasscna, dont la mission était de détruire l’armée anglo-portugaise. Avant rarrivéc du maréchal, ses lieulenaiis inanœuvrèrcat pour assurer

CAMPAGNES D’ESPAGNE EN 1810, 1811 ET 1812. leurs flancs. I.a droite du 8' corps, division Bonnet, envahit les Asturies. Junot, avec le centre et la gauche , marche sur Asforga dont les ennemis avaient réparé la vieille enceinte et qui couvraient les débouchés de la Galice.

Les Asturies, depuis le départ de l’armée de La Roinana, n’étaient plus défendues que par ü à 7000 hommes. G;s troupes plièrent, et , après plusieurs marches et contre-marches fuites dans le but de les forcer à recevoir la bataille; après avoir deux fois pris et évacué Oviedo , Bonuctsc mit en possession de cette ville sans avoir livré de combat sérieux. Cependant Junot, après avoir masqué les défilés de la Galice, de manière à tenir en respect les levées que commandait Mahy , resserra Astorga qu’il comptait enlever d’emblée. La ténacité du gouverneur Santo-Cildès détruisit cette espérance. On fut dans la nécessité de procéder aux opérations de siège et ce ne fut qu’à la fin d’avril , cinq jours après l’ouverture d’une brèche , que la garnison se rendit.

D’un autre côté, Reynier s’étendit par sa gauche dans l’Estramadurc pour communiquer avec l’armée du midi et paralyser La Romana.

Ces provocations n’ayant point ému Wellington, le (i' corps investit Ciudad-Rodrigo. Reynier, Junot, Montbrun s’en rapprochèrent et de jour en jour, on refoula la garnison dans scs murs. Elle était forte de 5ooo hommes, et l’avant-garde anglaise, postée entre l’-Agiicda et la Coa, semblait disposée à lui prêter secours. Après six semaines d’escarmouches, qui ne purent déterminer les alliés à sortir de leurs camps , Ncy ouvrit enfin la tranchée. I..a place résista comme les villes espagnoles résistaient alors. Il fallut a5 jours de travaux poussés avec vigueur, ouvrir une brèche et livrer un assaut pour faire déposer les armes à la garnison qui se rendit à discrétion.

Maître de cette forteresse, Massena résolut d’aller chercher son adversaire jusqu’au fond du Portugal. Ce royaume était défendu par 35, 000 Anglais, 5o, 000 nationaux organisés régulièrement, commandés par des officiers anglais, les bataillons de milice, formant trois corps francs de 7 à 8000 hommes chacun sous Trant, Sylvcira et Wilson, et enfin les levées en masse ou ordenanzas, enrôlées dans chaque canton sous les ordres d’un chef nommé capiton moi\ aux ordres du(]ucl les paysans devaient, sous peine de mort , courir en armes aux lieux de rendez-vous.

Ce n’était point volontaircincnl que le Portugal s’était prêté à ces mesures énergiques; mais, dans cette conjoncture , Wellington n’était point seulement général anglais, il était encore homme de parti, représentant du torysme ébranlé que cette campagne devait renverser pour jamais ou relever triomphant. Aussi, sans s’inquiéter s’il n’allait point semer dans une colonie de l’empire britannique des haines irréconciliables , il avait déployé l’autorité la plus inflexible. Non content d’avoir plié tout un

304 GUERRES DE U RÉVOLUTION. j

peuple à sa volonté de fer, il avait dévaste la route que devaient suivre les envahisseurs : il avait donné l'ordre de détruire les moulins, de rompre les ponts , d'enlever les bateaux , de ravager les champs , de faire émigrer les hahitnns. Rigueurs (|uc justifierait à peine la conquête et qui, q l'égard d’une nation alliée, étaient le comble de la tyrannie.

Au reste, cer. moyens foitnidables réussirent, et c’est ici qu’il faut déplorer l'éloignement de l’empereur. Enivré de sa grandeur, il négligea une expédition qui lui parut sceondaire, il perdit même de vue les règles qu’il avait consacrées par tant d’immortels exemples : l'unité des aimées, de hut, de commandement. On eût dû mettre sous un même chef les corps du Portugal , ceux d’Andalousie et les faire converger rapidement sur Lisbonne, par les deux rives du Tage. On ne le fit point; on ne donna point à Soult d’ordres péremptoires, et Massena seul fut impuissant à surmonter des difficultés dont on n’avait point sondé toute l’étendue.

Le prince d’Essling avait sous son commandement 60,000 hommes des trois corps et la cavalerie de Monthruii (6000). Dans le hut de forcer Wellington à s’étendre, il prescrivit à Reynier de se montrer à Castcl- Branco, à l’entrée de ces chemins intrépidement frayés par Junot en 1808. Lui-même, avec le 6' corps, suivi de près par le 8', débouchant de Ciudad-Rodrigo, investit Almeida, après que Ncy eut vivement poussé l’avant-garde anglaise.

Bâti sur la rive droite de la Coa, au sommet de rochers escarpés dont ce cours d’eau est encaissé, à peu de distance de la chaîne ardue qui sépare les eaux du Mondego de celle du Duero, .\hncida est le boulevard du Portugal. Cette place renfermait 5ooo hommes de garnison , de riches magasins, un matériel considérable, enfin tout ce qui promet une longue résistance. On ne fut en mesure de travailler aux tranchées qu’au bout de trois semaines. 10 jours après, les batteries de la seconde parallèle coramcncèreul leur feu qui produisit un effet aussi inattendu que décisif. Dans la soirée une bombe enflamma le principal magasin à poudre qui sauta avec un fracas terrible. La ville presque entière fut détruite, les remparts s’écroulèrent, une partie de la garnison périt et le lendemain la place ouvrit scs portes.

Wellington laissa prendre Almeida avec non moins de sang-froid qu’il avait laissé prendre Astorga, puis Ciudad-Rodrigo. Il se replia sur la rive gaucho du Mondego, derrière Celorico. La difficulté des vivres , la nécessité d’attendre Reynier, que le général en chef appelait auprès de lui , suspendirent le mouvement général. Ix)rsque l’armée entière fut réunie , elle forma trois colonnes de Guarda à Piohel et poussa en avant:

Junot à droite, Reynier ù gnuclic , Nçy au centre soutenu par MontLrun. (effectif 54, 5oo liommcs).

Les 6* et a' corps pénétrèrent de vive force dans Celorico. Là, au lieu de s’engager dans la route directe cl de forcer, pour gagner Coïmbre, les aspérités de la Scrra-Esirclla, ils passèrent la rivière et pointèrent sur VisL'o, flanques par le £” corps qui les côtoyait en présentant son front aux milices des provinces septentrionales. On tournait Wellington par sa gauche; mais, loin de se déconcerter, il suivit avec son centre et sa gauche le mouvement des Eraneais, et se porta sur la Serra-d’Alcoba qui encaisse la rive droite du Mondego. La lenteur de Massena que retardaient les convois et les inouvemens de Trant, lui permit de saisir Ip premier les montagnes de Rusaco, plateau long de deux lieues appuyé par la droite au Mondego , assis sur des rochers de granit de 900 pieds d’élévation, traversé par les deux chemins de Viseu à Coïmhrc.

La possession de celte forteresse naturelle était capitale: il fallut la lui disputer. Mais, au moment de l’attaque, il fut inopinément renforcé par son aile droite, et réunit à l’avantage de la position celui du nombre. Deux colonnes montèrent à l’assaut : Ney à droite, Reynier à gauche. Junot et la cavalerie, que la circonstance rendait inutiles, se tinrent en réserve. On échoua : les Anglais culbutèrent les têtes de colonnes comme elles cherchaient à se former sur la crête du plateau. Us mirent hors de combat 4ooo hommes et décidèrent le général en chef à recourir à d’autres combinaisons.

Le lendemain, en se masquant par de fausses attaques, il se jeta par la droite dans un chemin de traverse qui rejoint la grande route d’Oporto à Coïmbre. Wellington s’en aperçut trop tard pour déboucher de son camp et lui faire obstacle , il n’avait plus qu’à se hâter de le prévenir sur U route de Lisbonne. La droite, le centre des Anglo-Portugais obliquèrent en arrière , la gauche passa par Coïmbre pour faire face à l’avantgarde française et couvrir la retraite. Malgré leur précipitation , ces colonnes eussent peut-être été disloquées si le désordre ne se fût mis ù Coïmbre dans les rangs français.

Junot entra le premier dans cette ville que les habitans avaient abandonnée. Ses soldats se livrèrent au pillage et il ne fallut pas moins de quatre jours pour se remettre en état de marcher. On n’était plus qu’à 0 ou ’j journées de Lisbonne. L’armée brûlait d’atteindre les Anglais, de venger l’échec de Rusaco ; elle sortit de Coïmbre , et , 48 heures après , elle arriva à Leyria. C’est là que l’on apprit qu’il fallait renoncer à l’espoir de livrer bataille: on sut que rennemi avait élevé à grands frais, dans les lignes de Torrès-Vedras, un vaste camp retranche; on comprit qu’il voulait traîner la guerre en longueur, qu’on allait se trouver en présence

d'une barrière insurmontable, tandis que sur les flancs et sur les derrières on serait aux prises avec une population insurgée. Dès le mêincjour, on eut le prélude de ces attaques de flanc. On avait laisse à Cohnbre, dans deux couvens fortifies, a à 3ooo blessés et 5oo hommes de garnison. On avait nommé gouverneur de 1;^ place un général portugais et l’on avait pris des otages. Malgré ces précautions, les milices de Trant, qui déjà plus d’une fois avaient inquiété le liane droit de l’année , et qui s’étaient retirées surleDuero, entrèrent dans la ville, firent capituler la garnison et unimenèrent les blessés prisonniers à Oporto,

Ce funeste incident, le désappointement de ceux qui croyaient toucher au terme d’une pénible campagne, affectèrent cruellement l’armée. On s'en prit au général en chef; de fâcheuses mésintelligences éclatèrent, et la confiance, dont tant de souvenirs avaient investi le vainqueur de Zurich, rc(;ut une atteinte profonde. Il ne fut cependant point indigne de lui-même. Loin de perdre courage , il résolut de rcconnaitrc ces lignes si redoutrés. Les a® et 8' corps poussèrent aux arrière-gardes alliées et, après deux jours de vifs combats, il les replièrent dans leurs rctrancliemens.

Le camp de Torrès-Vedras, flanqué à droite par le Tage, à gauche par la mer, présentait , en première ligne, de Villafranca à l’embouchure du Zizambre , 3o redoutes avec fossés et palissades , armées de i4o bouches à feu, en seconde ligne, derrière de profonds ravins encaissés d’une muraille de rochers, 65 ouvrages et i5o bouches à feu, enfin, en troisième ligne, au bord de la mer, pour protéger l’embarquement, en cas d’échec , 1 1 ouvrages et g6 pièces.

Wellington était rentré dans ces lignes inexpugnables, à la tête de 6a,ooo hommes. Il y appela successivement les milices de Lisbonne, celles des provinces méridionales , deux divisions espagnoles de l’armée de La Romana. Enfin il opposa à 4o,ooo Français jusqu’à roo,ooo baïonnettes. A une grande circonspection le général anglais joignait une juste appréciation de la valeur de scs adversaires. Ceux-ci osèrent se déployer sur les hauteurs d’Alenquer, devant les positions ries coalisés, et, malgré rinfériorité du nombre, ils les tinrent en échec pendant six semaines.

Massena comptait sur la prochaine arrivée du (f corps, sur la coopération de Soult, enfin sur un mouvement général des armées d'Espagne, combiné de manière à placer de forts échelons sur sa ligne dt: retraite. Ses espérances furent trompées. Drouet seul entra plus tard en ligne. Le 5' corps ne passa point Radujoz , les armées du centre et du nord fournirent à peine quelque cavalerie, celles de Catalogne et d’Aragon ne se départirent point des opérations qu’elles avaient commencées.

C'aqicndaut les miliciens portugais du nord , les Galiciens , les guc-

CAMPAGNES D’ESPAGNE EN 1810, 1811 ET 1812. rillas (les Cnstillcs et de la Navarre redoublèrent d’cfforls pour rompre les communications entre l’Espagne et Massciia. Lorsque Drouet eut p(;niblement amené à Ciudud-Rodrigo ta à i4,ooo hommes, Almcida était bloqué par Sylvcira. Le c)® corps dut se frayer à main armée le passage, dans le même temps que le général en clief, après avoir épuisé les environs d’Aleiiquer, se décidait à rétrograder.

L’armée se replia sur Saiilarem , et s’étendit à droite par Gollegao et Tbomar jusqu’à I.eyria qui fut occupé par la cavalerie. Son mouvement, habilement dérobé à Wellington, le surprit. 11 savait que son adver.saire avait fait construire un é(|uipage de pont ; il craignit qu’il ne portât la guerre de l’autre céjté du Tageet il se bâta d’y faire passer son aile droite que commandèrent tonr-à-tour llill et neresford. I.e lendemain il déboucha de son camp pour reconnaître les positions des Français.

Santarem s’élève sur une hauteur à pic flanquée par le Tagc, couverte par un cours d’eau large et marécageux. On y parvient au moyen d’iinc digue, puis d’une étroite chaussée (Teuséo entre deux éminences sur les pointes du coteau. Ce long défilé de i/joo toises était battu par l’arlillcrie du a' corps. Avant d’entreprendre de le forcer, les Anglo-Portugais .s’y arrêtèrent une journée entière , le jour .suivant ils ouvrirent le feu. Mais, après s’êti-e assuré que le gros de l’armée était là , ils se retirèrent , prirent leurs cantonnemens autour de Cartaxo où ils se retranchèrent; puis ils ajoutèrent aux travaux de Torrès-Vedras et firent couvrir d’une ligne de redoutes les approches de Lisbonne, du côté de l’Alcmtcjo.

L’obstination de Wellington à sc tenir sur la défensive, reposait sur des considérations politi(|iies autant que sur des combinaisons militaires. La situation de rAnglelerre imposait au général tory la loi d’éviter un engagement sérieux. On agitait la question de la régence : les débats du parlement avaient ranimé l’opposition, à qui un échec de l’armée de Portugal eût donné gain de cause. Les Français , de leur côté, n’avaient pas un moindre intérêt à éluder la bataille. Les maladies, les privations, les avaient affaiblis, et ils espéraient encore qu’on ne les abandonnerait point à eux-mêmes. Ils s’assurèrent de Punhèle,dcs passages du Zézère, ils continrent la garnison d’Abranlès et sc mirent en possession d’une vallée fertile où ils trouvèrent abondance de vivres. Sur ces entrefaites, Drouet, après avoir disposé d’une de ses divisions pour contenir et battre Sylveira , ïrant et Wilson , poussa 6ooo hommes jusqu’à Ijcyria.

Les deux armées restèrent ainsi en présence jusqu’au mois de mars. A celte époque, il n’y avait plus des a', G”, 8' corps que a8,ooo fantassins en état de combattre. On entendait encore le canon de Dadajoz, mais on ne conservait plus d’espoir de ce côté. L'insuflisancc des ressources que l’on pouvait attendre de l’Espagne, était démontrée par la faiblesse du ren-

fort de Drouet. Enfin , le ministère anglais était sorti victorieux de la crise qui l’avait ébranlé. On n’avait plus de motif pour rester en vue de Lisbonne ; Massena se résigna à donner l’ordre de la retraite. Il combina ses premiers mouvemens de manière à laisser Wellington dans le doute s’il passerait le Tage îi Punbète,s’il suivrait les clu^mins de Castelbranco, s’il chercherait à livrer la bataille; ou si, en portant toutes ses forces sur sa droite ]>ar un changement de front, l’aile gauche en arrière, il ne saisirait point la route de Coïmbre. Pendant que l’ennemi le cherchait avec anxiété dans ces quatre directions, il prit habilement la dernière.

Junot s’échelonna derrière le 6' corps, et, flanqués l’un et l’autre par Reynier qui s’engagea dans le chemin latéral de Thomar, ils se rapprochèi-ciit du Mondego.

Wellington , irrite de sa méprise , rassembla scs colonnes éparses et lança 3o,ooo hommes à gauche dans le dessein de déborder Ney, de le prévenir à Coïmbre. La tête de colonne atteignit en avant de Pombal le dernier bataillon français; elle le poussa vivement, le chassa de la ville et s’y établit. Ney résolu à ralentir cette ardeur, fit alors faire à sa troupe Volte-face et reprit Pombal avec une telle vigueur, que même après que la ville fut évacuée , les Anglais hésitèrent à y pénétrer de nouveau.

Deux jours après , ils abordèrent encore l’arrièrc-gardc près de Redinha.

La rencontre était périlleuse, l’armée entière, engagée dans un longdéfilé , encombré de voitui-cs, n’avait de retraite que par le pont de Redinha qui traverse un affluent de la Sourc. On était exposé à une effroyable déroutej à moins de défendre l’entrée du vallon jusqu’à ce que la file des voitures se fût écoulée. Ney s’y dévoua; il prit une de scs divisions, et , le ravin à dos, il soutint le choc des 3o,ooo ennemis jusqu’à ce que le passage fût déblayé. Alors, au pas de course , il franchit le ruisseau pour reprendre ses rangs derrière une autre division qui l’attendait sur la liait- 1

tour opposée, couverte par une batterie. Comme les assaillons s’ébran- i

laient , croyant profiter de son désordre apparent, un détachement, placé en embuscade, les chargea par le flanc, eu même temps qu’ils furent criblés de front par un feu roulant. Ils évacuèrent précipitamment le |

champ de bataille et laissèrent les Français s’éloigner paisiblement. Mais ’

la situation s’était singulièrement compliquée. Coïmbre était occupé par les miliciens du nord , le pont de Mondego était rompu , les maisons crénelées, et il eût fallu pour forcer le passage plus de temps que n’cii laissait la proximité dos Anglais. C’était encore une des funestes conséquences du partage du commandement. Drouet, qu’on n’avait point mis sous les ordl-es de Massena, se retirait pour son compte; il avait refusé de s’arrêter :i Coïmbre et l’armée était perdue si elle eût été moins aguerrie. On nhésila point , on changea de front en pivotant sur l’aile

CAMPAGNES D’ESPAGNE EN 1810, I8ll ET 1812. 89Ô

tiroile, et l’on gagna Miranda-del-Corvo, où le 6° corps prit position de manière à déconcerter les efforts de l’enueini qui tenta de déborder ses deux ailes.

Désormais la retraite était directe ; mais, de Miranda à Celorico , la route est entrecoupée de ravins et forme une suite de périlleux défilés. Ney flt face à tous ces dangers : il sut partout imposer à l’ennemi. Toutefois, au passage de la Ccira, à Fox-d’Aruncc , il ne put éluder faction, où, par un hasard peu commun, les deux partis lâchèrent pied en même temps. Le brave maréchal eut le premier rallié sa troupe, il détruisit le pont et se mit en sûreté sur l’autre rive. On parvint de la sorte , sans autre perte que quelques prisonniers, aux bords du Mondego, où l’on Ht halte. On recula ensuite jusqu’à la Guarda, point culminant des montagnes. Là, Massena donna l’ordre de rentrer sur-le-champ en opérations. Il pressentait que Wellington allait profiler de sa position centrale pour rompre tour-à-tour les colonnes morcelées qui menaçaient le Portugal, et pour prévenir un succès que tant d’exemples rendaient présumable, il voulait courir au Tagc et se lier avec le 5' corps. Mais il avait perdu ao,ooo hommes, mais l’artillerie était complètement désorganisée, mais les troupes harrassées demandaient quelque repos. Il fut contraint de renoncer à ce dessein si bien conçu, et, comme Ney s’y était vivement opposé, il crut devoir malgré ses glorieux et récens services, lui retirer son commandement dont il investit provisoirement Loison. Bésolutiou funeste : on plia jusqu’à la Coa, et les alliés ayant forcé le passage de cette rivière à Sabugal près d’Almeida , on se réfugia sous le canon de Ciudad- Rodrigo; puis, chassé par l’épuisement de la contrée, on prolongea la retraite jusqu’à Salamanque.

Cependant Wellington, selon que Massena l’avait prévu, laissa soii aile gauche sur la Coa et , avec son centre, il passa le Tago pour seconder son aile droite qui, réunie aux Espagnols, s'avancait contre l’artnée du midi. L’état des affaires lui ayant paru satisfaisant de ce côte, il revint rapidement sur ses pas et investit Âlmeida.

De son côté , Massena , brûlant de prendre sa revanche, après avoir tiré de l’année du nord quelques secours en artillerie et cavalerie , se rapprocha de la place à la tête de 3o,ooo hommes dans le dessein de la ravitailler. Il n’y réussit point. Les Anglo-Portugais (5o,ooo) se formée rcnl sur un plateau compris entre la Coa qu’ils avaient à dos, et l’un de ses aflluens. La position n’était abordable que par leur droite et , pour s’y déployer, il fallait enlever brusquement un défilé formé par le village de Fuenlès-de-Onoro. La victoire sur ce point eût acculé l’ennemi à la rivière et aux remparts d’Almeida. Mais il ne sut saisir ni le lieu, ni le moment et l’on dut alors regretter amèrement le départ de Ney. Le

<Ÿ corps tlcvait enlever le villa};e , le G’ le tourner, la cavalerie déborder l’aile droite ennemie, le 8*, le a' tenir en échec son centre et sa gauche. L’attaque fut conduite sans ensendde et mollement. Montbrun entra trop tard en ligne, et Wellington, dont Loisoii avait, dès la veille , attiré l’attention en ouvrant mal-à-propos le feu devant Fueiitès-de-Onoro, Wellington eut le temps de l)arrcr, par des masses imposantes, le défdé dont l’occupation était décisive. I.a journée s'écoula sans qu’on pût le forcer. Le lendemain, des retrancliemens, élevés pendant la nuit, le rcuduient inexpugnable. On resta quelques jours en présence. Enfin, Massena donna l’ordre à la garnison d’Almeida d’évacuer la place et de la démanteler. Ce coup de main difficile fut glorieusement exécuté. Au signal donné, tandis que Massena tenait en suspens, par scs démonstrations, l’armée coalisée , une effroyable détonation ébranla la plaine : les remparts d’Almcida sautèrent, la garnison déboucha vivement, traversa les lignes ennemies et se retira sur la frontière d’Espagne où toute l’armée la suivit.

Arrivé à Ciudad-Rodrigo , Massena apprit son remplacement par Marmont et lui céda le comniandeinent. Cependant Wellington retourna en Estramadurc pour assiéger Budajox. Mais Drouet , survenant par Almara;;, mais les autres corps, se portant vivement sur la Guadiana, le forcèrent de rentrer en Portugal. I.es pertes éprouvées par le feu , par des fièvres épidémiques , l’avaient considérablement affaibli ; il gagna lentement d’abord Castelbraneo, puis les rives de la Coa. Marmont côtoya ses mouvemens, conjecturant qu’il voulait ou assiéger Ciudad-Rodrigo ou seconder les opérations des Galiciens.

De ce côté, ao,ooo boinmes sous Abadia, ayant fait irruption dans le royaume de Léon et repris Astorga, s’étaient déployés sur l’Orbigo, flanqués parles Âsturiens de Santo-Cildès, qui n’avaient point cessé de batailler avec Bonnet. Dorsenne avait alors remplacé Bessières à l’armée du Nord; il réunit sur l’Esla, à deux divisions de la jeune garde, celle de Bonnet, et il marcha sur l'ennemi en trois colonnes, soutenues par une réserve de la vieille garde. Son but était de l’acculer à Astorga et de l’engager à accepter la bataille. Abadia n’osa point lui tenir tête; il évacua la place et se retira dans les montagnes d’Orense. L’arrière-garde, forte de 5ooo hommes , fut seule atteinte et taillée en pièces à Yillafranca.

Pendant ce temps, Wellington investit Ciudad-Rodrigo. Mais Marmont, ayant appelé l'aide deDorsennequi le rejoignitàXamamès, lui en fit lever précipitamment le siège, il le poursuivit avec succès, puis on entra en quartier de rafraîchissemens. D’une part, le quartier général s’établit à Salamanque, de l’autre à Almcida.

Au commencement de la campagne de i8ia, saisissant le moment où

Monlbrun et Dorsenne s’étaient éloignés : l’un pour contenir la Navarre, l’autre pour seconder la conquête de Valence j Wellington investit brusquement Ciudad-Rodrigo. Les travaux furent poussés avec vigueur. Au bout de neuf jours de tranchée, les assiégeans donnèrent l’assaut et s'emparèrent de la place , où ils laissèrent une forte garnison espagnole.

Après cette heureuse opération , dont le résultat paralysait l’armée française, Wellington , comme pour la défier de lui disputer sa conquête, rentra dans son camp, où il resta jusqu’au mois de mars. Ce fut alors qu’il retourna sur la rive gauche du Tage pour assiéger et prendre Uadajoz. Au lieu de renouveler sa manœuvre de l’année précédente qui, d’ailleurs, eût été contrariée par la perte de Ciudad-Rodrigo, Marmont imagina de faire diversion en envahissant le Portugal. Mais il s’y prit trop tard: ses excursions sur la Coa, sur Castcl-Branco, ne troublèrent point son adversaire qui, après la réduction de Badajoz, revint à Almeida et le refoula dans ses cantonnemens sur la Tormès.

Les remparts de Badajoz, de Ciudad-Rodrigo devaient désormais arrêter en tête les deux colonnes qui avaient tenté l'invasion du Portugal. Pour fixer le sort de la campagne, il suffisait de rompre entre elles toute communication en interceptaut le seul passage du Tage, où l’on eût conservé un pont. Hill avec l’aile droite de l’armée alliée, tandis que le général en chef imposait à Marmont, en se montrant prêt à déboucher de l’Agueda , obliqua à gauche en arrière , traversa la Guadiana près de Medcliin et parut inopinément à Almaraz, où une double tête de pont couvrait un pont de bateaux défendu par 5oo hommes. I^e retranchement delà rive gauche fut vigoureusement enlevé, l’autre aussitôt se rendit. Les vainqueurs détruisirent le pont, l’artillerie, les travaux et revinrent à leurs rangs.

Wellington, maître déporter son effort contre Soult ou co tre Marmont, n’hésita point. Animé de l’espoir de délivrer d’un seul coup l’Espagne , il franchit l’Agueda, et en quatre jours il conduisit 5o,ooo hommes sous les murs de Salamanque.

Les choses avaient bien change depuis deux ans que durait cette période de guerre. L’armée alliée s’étail aguerrie, et3o,ooo hommes, envoyés de l’Angleterre, à diverses reprises , avaient plus que comblé ses villes, tandis que le recrutement des corps français n’avait jamais été on proportion de leurs pertes. En outre, .à ce moment , les apprêts de l’expédition de Russie avaient rappelé la vieille garde, la cavalerie, un grand nombre de soldats d’élite et la plupart des généraux. Ces déficits, ces mutations dans les cadres cl le commandement, avaient énervé l’armée

m GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

fatiguée d’une lutte lointaine , dont il n’était plus donné d’entrevoir le terme.

A l’approche de son adversaire, Marmont se replia sur la rive droite de la Tonnés, et manœuvra pour soutenir trois couvens fortifiés qui défendaient le i)ont de Salamanf|ue. Mais, réduit à aa,ooo hommes, il ne fut point assez fort pour empêcher les Anglais de les assiéger et de les prendre. Alors il recula jusqu’au Ducro, où il prit position sur la rive droite entre Tordesillas et Palos, appelant à sou aide rarinée du centre et la division Bonnet, qui était rentrée depuis long-temps dans les Asturies. ivorsque ce dernier général l’eut rejoint, avec 8000 hommes, il crut pouvoir revenirà l’attaque. Après avoir huhilcment trompé les alliés p.ir se.s démonstrations à Toro, il se concentra rapidement vers Tordcsillas , et déboucha sur leur e.vtrêinc droite qu’il repoussa rudement. Aussitêit les deux années se formèrent en niasse et se mirent à marcher vivemeut : l’iiue par sa droite, l'autre jiar sa gauche, vers la Tonnés. Elles se côtoyèrent ainsi pendant trois jours et se trouvèrent durant une journée entière, à poi'lée de canon. Mais les deux généraux craignaient d’engager également la mêlée. Marmont prétendait gagner de vitesse, déborder les Anglais et s’asseoir sur leur ligne de retraite. Wellington s’efforeuit d’appuyer sa ligne de bataille sur les forts de Salamanque, la; maréchal passa le premier la Tonnés, h trois lieues au-dessus delà ville, et s’étendit par sa gauche jusqu’à la grande route de Ciudad-Rodrigo; mais Wellington, traversant Salamanque, prit position sur une chaîne Je hauteurs (|ui bordent la rivière. La bataille était inévitable, et elle pouvait avoir ])our résultat de culbuter les vaincus dans la Tormès. On devait forcément manœuvrer ; Ic.s Anglais par leur droite pour dégager la route , les Eranyais par leur gauche pour la fermer, et le pivot des deux années était un groupe de mamelons appelés Arapilcs situés près du village du même nom.

Ix; a 2 juillet, à l’aube , rurméc française s’ébranla. Bonnet saisit le plus élevé des Arapilcs. Marmont y pl.iça sur-le-champ du c.inon, et forma ses colonnes de manière à changer de front, l’aile gauche en avant, (îc début eut sans doute décidé de la victoire si les divers élémeos de l’année eussent eu entre eux cette liaison parfiite que donne une longue habitude. Il n’en était point ainsi : on manœuvra sans ensemble. Les divisions de la gauche, au lieu de mesurer leurs pas sur ceux «lu centre, s’étendirent témérairement et laissèrent vide un large intervalle dont Wellington proGla pour y pousser scs colonnes. Comme 3Iarmont s’apprêtait à parer le coup, il fut grièvement blessé et enlevé du champ de bataille. Bonnet prit sa place et fut pre.squc aussitôt mis hors de combat. Il y eut indécision parmi les giùicraiix divisionnaires. I.’aile gauche fut

CAMPAGNES D'ESPAGNE EN 1810> 1811 ET 1815. entièrement défaite et le centre profondément ébranlé. La droite seule restait intacte ; Clausel rallia sur elle les débris de la gauclie; le centre s’établit sur un plateau qui lui permit de braver les clTorts de rennemi et parvint, à la nuit, à se mettre en sûreté sur la rive droite delà Tormès. Dans cette journée les pertes furent à-peu-près compensées: de chaque côté, 5ooo tués ou blessés et, en outre, du côté des Français, aooo prisonniers. Mais les suites curent une immense portée. L’armée battue , refoulée à Alba , ne pouvait plus atteindre le Duero sans risquer d’y être prévenue, elle était donc contrainte de se retirer obliquement sur Ârrevalo pour gagner Yalladolid , par un long détour. Cette circonstance seule assurait aux Anglais riniliativc des mouvemens.

Le lendemainde la bataille, ily eut un engagement d'arrièi'e-gardc, et le même jour on rencontra les avant-postes du centre. On était serré de trop près pour opérer la jonction des deux armées; elles se séparèrent pour couvrir : l’une Madrid , l'autre la route de France. Clausel prolongea sa marche jusqu’à Burgos, et Wellington, après avoir occupé Valladolid, laissant son aile gauche en observation sur le Duero, s’avança à grands pas sur Madrid. C’est ce que les généraux français avaient prévu. Joseph céda le terrain, il évacua tour-à-tour Ségovie, Madrid , Aranjuez pour se jeter dans les rangs de Suchol. Wellington prit possession de la capitale et porta son aile droite sur le Tage. Clausel, alors, revenant sur scs pas, rentra dans Valladolid et refoula l’aile gauche sur Arrcvalo. I^c général ennemi , frappé de surprise, y courut avec son centre, replia de nouveau les Français; puis, renforcé de 1 3,000 Galliciens conduits par Santo-Cildès , il les repoussa jusqu’à la Sierra-d’Occa. Souham venait de remplacer Clausel ; il établit son quartier général à Uriviesca , tandis que les alités mirent le siège devant le château de Burgos que défendait Dubreton, à la tète de 1800 hommes.

MAECHB SI;R SH01.E^SK.

l^tpoléoD passe le Niémen (34 juin). — Coml>al ür rcseltuuo (i!*) . Frie de W ilna (ad).^Lr \iee« roi, le roi de Wcslplialie pajseut le Niémen (^9). — Conihot de Swir (3ü).— JoDClion de i'blol el de Ragratiüii (4 juillel). — Helraile de llaiLlay (lu). — }^gialionà Koreliez) (y). — Nopoléuii marche sur Glubokoc (i6). — Combat de Dnija (i5). — Reconnaissances de Disna Reschenkovitei (a4). «Combats d’Oslrowno (aS>a6).— De la Luressa (27).— Bataille de Blohi- Jc\v(i3). — Prise de Wilepsk («8). — Combat d'iukowo (9 aodt). — Les Français passent le Dnieper ((4}.'*‘Combat de Krasuoï (i 5}.— Batailles de Smolensk (17).— De Valuutiiia-Gura (ly).

T.es principes, contre lesquels la Russie avait trois fois Icvë le boudin', continuaient à s’étendre. Napoléon était maître du nord et de l’ouest de l’Allemagne. Une alliance étroite l’avait rapproché de l’Autriclie. Iæ Hollande, l’Italie, l’Illyrie étaient incorporées à l’empire. L’Espagne semblait abattue, l’oligarchie anglaise elle-même était aux abois. Quelques années encore, et l’œuvre immense de la révolution française allait recevoir du temps la sanction qui l’eût rendue indestructible. Il ne restait plus qu’une puissance continentale , dont les armes ne fussent pas tellcinent émoussées qu’elle ne pût réparai Ire sur la scène. Il ne restait pciil-cire qu’un ino^eo pour faire un dernier appel à la fortune,

CAMPAGNE DE 181î. ÛOS

L’ An gleteri’e le saisit; elle excita de nouveau le cabinet de Petersbourg, qui d’ailleurs était tout disposé à jeter le gant. Ses armées démoralisées, détruites à Austerlitz et Friedland, s’étuient reformées à l’ombre de protestations mensongères. Elle était impatiente de dépouiller toute feinte, de répudier l’alliance jurée à Tilsitt et à Erfurtb.

Napoléon de son côté ne se résignait point aux questions indécises, li’inlervention des troupes russes sur la Vistule, eu 1 809, lui avait donne la mesure de ce qu’il devait attendre de l’amitié d’Alexandre, et il se sentait tourmenté du dessein de mettre le sceitu à sou éclatante carrière, en assurant à jamais l’Europe contre les empiètemens d’une puissance qui semble avoir pris l’ancienne Home pour niodèlc.

Si ses premiers échecs, au-delà des Pyrénées, l’avaient averti que la lassitude commençait à assoupir la vieille France, il avait pu reconnaître que la foi en son génie allait en grandissant, durant sa dernière campagne , où il lui avait été facile, par la seule iniluencc de sou nom , de passionner des armées novices et hétérogènes, et de faire briller d’un égal éclat, sur le champ de bataille. Français, Bavarois, Wurtembergeois et Westphaliens.

Il se sentait la force de pousser tout le continent contre l’empire des czars et de diriger de sa main puissante les élémcns si divers dont les troupes de l’expédition seraient composées. Le simple exposé de la campagne , des circonstances fatales qui plus d’une fois ont fait échapper les généraux russes, de la sauvagerie de la défense, de la catastrophe qui l’a terminée, suffira pour faire juger s’il a trop présumé de lui-même, ou si à scs vastes desseins il n’a manqué que le succès pour forcer l’admiration des contemporains et de la postérité.

T/ancienne Russie, limitée long-temps au tenâtoire de Moscou, après s’être incorporé les peuplades de race lartarequi la séparaient de l’Asie et de la mer Glaciale, a commencé , depuis le xvii" siècle, à s’avancer, J)as à pas vers l’Occident. Les provinces qu’elle présente les premières à l'invasion, immense ceinture, longue de plus de /|oo lieues, sont le fruit de ces acquisitions dont l’origine est trop récente pour être légitimée. C’est la Crimée arrachée par Catherine à la décrépitude des Ottomans ; c’est l’Ukraine, c’est la noble Pologne, c’est le littoral de la mer Baltique, jadis soumis à la Suède et imbu des libertés du moyen âge. Alais si politiquement elle semble vulnérable, la nature a pris soin de pourvoir à sa sûreté. Le cœur de l’empire est couvert par de larges fleuves, qui s’écoulent lentement à travers des lacs, des marais, des forêts impénétrables et de vastes déserts. Dans ces contrés incultes, on ne trouve plus, comme au midi de l’Europe, des villes où les besoins d’une longue civilisation accumulent les trésors de l’industrie, la difficulté des com-

munications rend les ressources rares et précaires. Aux atteintes de la dU sette il faut ajouter celles d’un climat qui passe presque sans transition d’un été pestilentiel au plus rude hiver. Enfin le despotisme est là plus âpre , plus inflexible que la nature elle-même. Le despotisme qui , selon Montesquieu, se défend en sacrifiant une partie du pays, en ravageant les frontières, en se faisant un rempart de ruines.

Ijc front attaquable embrassait , de la mer Baltique aux confins de la Moldavie, une étendue de aoo lieues. Elle était flanquée: à droite par les armées de rempire ottoman; .à gauche par la Suède qui, gouvernée, depuis deux ans, par un général français devait saisir cette occasion défaire revivre d’anciens droits sur des provinces dont la perte remonte aux désastres de Charles XII. Mais il y eut, dès le début, un double mécompte. Bernadotte traita avec l’Angleterre et le grand-visir signa à Bucharest un armistice que le sultan ratifia dans le cours de la campagne. Ces funestes contre-temps , rétrécissant à l’égard des Russes le théâtre de la guerre , leur permirent d’opposer toutes leurs troupes à l’efEort de la grande-armée.

La partie de la frontière qui se trouvait menacée est couverte par la forêt de Bialovèse, par les marais de Pinsk et par le cours du Niémen. Celte dernière portion, comme plus accessible, devait être plus particuliè* rement considérée par la défense. Elle était d’ailleurs forcément le front d’opérations des Français qui avaient pour bases les forteresses delà Basse- Vistule et de la Pregel.

Depuis Grodno jusqu’à son embouchure, le Niémen est traversé pr les grandes communications entre rAlIcmagnc cl la Russie. Les diaussées de Kœnigsberg et Warsovie à Pétersbourg et Moscou, se croisent à Wilna près du sommet de l’angle droit que forme son cours, d’où il résulte que Wilna devait être le centre des dispositions de l’ennemi. Aux premiers mouvemens des troupes d’invasion , Barkiay de Toily commandant en chef la première armée y porta son quartier général. I.a droite, aux ordres de Wittgenslein (4o,ooo), s’établit à Rossieny et Keidany pour couvrir les avenues secondaires de Pétersbourg. La gauche sous Doclorof

(37.000) se mit, entre Grodno et Lida,à cheval sur les routes secondaires de Moscou, éclairant le fleuve par les cosaques de Platof (7000). L’avantgarde (16,000), général Baggowout, occup Kowno; enfin le centre

(70.000) prit position autour de Wilna.

Cette armée, forte de 160,000 hommes, s’appuyait à droite sur les places de Riga et de Dunabourg, où 4<>,ooo hommes de garnison étaient renfermés, et sur un vaste camp retranché, élevé à grands frais près de Drissa en avant de la Dwina. Elle était flanquée à gauche pr la seconde armée (5o,ooo), général en chef Bagration, qui prit entre Bug et Niémen,

CAMPAGNE DE 1812.' l,Ql

Je Bialystock à Wolkowistk, une attitude offensive pour déboucher sur le flanc des colonnes d’attaque. Un corps de iG,ooo hommes, sous llœrtel, poste à Alozyr, garda les défilés du marais de Pinsk, et une troisième armée dite de réserve , dont on ignorait d’abord le but et la composition, SC rassembla près de Lulsk , sur la route de Vienne à Riew. (Jn apprit bientôt que Tormasof la commandait, qu’elle comptait 5o,ooo hommes, et qu’elle était destinée, comme celle de Bagration, à opérer offensivement.

Telles furent, outre une nuée de cosaques irréguliers , les forces que le czar plaça en première ligne (36o,ooo), Il y joignit plus tard rarméc de Moldavie (4o,ooo)que les indécisions du sultan retinrent à Jassy jusqu’à la conclusion de la paix, le corps de Finlande (12 à i5,ooo), plus les milices de Moscou et Içs volontaires de Pétersbourg. Mais les apprêts de Napoléon étaient en proportion de ces formidables moyens de défense, et ce n’est pas une des moindres merveilles de son règne, d’être arrivé, .supérieur en nombre, sur ces champs de bataille lointains avec les forces d’une coalition dont le seul lien était sa volonté.

L’Autriche, la Prusse, ri:ispagnc, le Portugal , Naples, le royaume d’Italie , l’Illyrie , la Pologne , la confédération du Ubin , la Suisse , enfin l’Empire Français, qui comprenait alors Rome, la Toscane , Hambourg et la Hollande, fournirent leur contingent. Jamais tant de peuples si divers par les climats, leur langage, leur constitution politique, n’avaieiit marché sous le même drapeau.

On avait levé 5oo,ooo hommes. Déduction faite des réserves qui s’échelonnèrent sur la Vistulc , l’Oder et l’Elbe, et du déficit ordinaire 325,goo hommes (i55,/joi> Français, i'jo,5oo étrangers), traînant gS.'j boudics à feu et d’innombrables convois, parvinrent au Niémen.

La grande-armée était divistie , outre la garde, en treize corps, la plupart commandés par les rois de la famille impériale et par les maréchaux

décorés des titres de leurs victoires.

I corps : maréchal Davoul , duc d’Auerstadt , prince d’Eckmuhl, 5 divisions, 81 bataillons français, 7 espagnols,

16 escadrons français et polonais en ligne 5o,ooo

a* corps : maréchal Oudinot, duc de llcggio, 3 divisions, 33 bataillons français, 18 portugais, suisses, croates,

20 escadrons français en ligne 26,000

3 corps : maréchal Ney, duc dElchingcn, 3 divisions ,

27 bataillons français, 2J portugais, illyriens, wurtembur-

geois, 27 escadrons français et wurtemburgeois eu ligne. . 28,000

A reporter. . . iol\,ooo

Report, . . io4>ooo

4' corps : prince Eugène Beauharnais, vice-roi clTtalic; 3

divisions italiennes en ligne. * 28,700

5' corps : prince Poniatowski, 3 divisions polonaises

en ligne 25,6oo

G' corps ; général comte Saint-Cyr, 2 divisions bavaroises

l'ii lig lit' • 18,000

7' corpsrgénéral comte Reynier, a divisions saxonnes en

ligne 1 4,800

8' corps : Jérome Napoléon, roi de Westpbalie, deux divisions westphalicnnes en ligne 1 5,ooo

9* corps : maréchal Victor, duc de Bellune, une division française , une allemande, une polonaise , sur la Vistulc. . »

10' corps : maréchal Macdonald, duc de Tarentc, 3 divisions, I franco-rhénane, 2 prussiennes en ligne. . . 29,000

1 1' corps : maréchal Augcrcau, duc de Casliglione, en

formation à Berlin »

la' corps : Joachim iNIurat, roi de Naples, 7 divisions de grosse cavalerie , 4 de cavalerie légère en 4 corps sous Nansouty, Montbrun, G rouchy, Latour-Maubourg en ligne 3o,ooo

i3“ corps : prince Schwarzenberg , 4 divisions autrichiennes en ligne 3o,ooo

Enfin , la garde impériale , composée d’une division do vieille garde sous le maréchal I^efcbvre, duc de Dantzick ; de deux divisions de jeune garde, sous le maréchal Mortier, duc de Trévisc, et d’un corps de cavalerie, sous le maréchal Bessières, duc d’Istrie 3o,Çoo

Total en ligne 3a 5,900

Ces forces se répandirent dans la Prusse orientale et se mirent à portée de se joindre avee l’ensemble et l’aplomb dont elles avaient contracté une longue habitude.

Lorsque Napoléon se fut assuré des positions de l’ennemi, il en lit cinq colonnes; il donna l'ordre à Macdonald de se déployer par Tilsiit pour tenir en échec Wittgenstein; il prit avec lui Davout , Oudinot , Ncy, la garde et Murat avec les corps de cavalerie, de Montbrun et Nansouty (1 49,800) pour les concentrer autour de Pilwisky et enlever Rowno, puis Wiliia;il plaça en avant de Mariampol, sous le commandement d’Eugène, les 4,., G' corps cl la cavalerie de Grouchy (54,2ooJ prêts.! se jeterpar Pilony entre Barclay elDoctorof; il disposa, pour délxjuchcr deGrodno et pousser àBagration,leroide Wcitphalicavcc lcs5’,7',8* corpsctlacavalcriede La-

tour-Maubourg (62,900); enfin, il destina Scliwarzenberg à couvrir, par Drogiezin , le grand-duché de Varsovie et à contenir Tormasof.

Les Russes, stupéfaits à l'approche de ces masses irrésistibles, ne firent aucun mouvement et comprirent qu’il fallait renoncer au Niémen; ils formèrent le projet d’attirer l’armée sur la Dwina et d’inquiéter ensuite sa retraite et ses flancs.

Mais Napoléon n’était point dans rintention de traîner la guerre en longueur, il avait entrevu dans ces contrées inconnues l’application du système, qui avait si promptement abattu l’Autriche et la Prusse et qui réduisait une campagne à une marche habile suivie d’une action décisive,

I.Æ Dniéper et la Dwina servaient de base: l’une .à liarklay, l’autre à Bagration.Ces deux fleuves qui se jettent; le second dans la mer ll.iltiiiue, le premier dans la mer Noire, à une distance de 35o lieues, prennent leur source sur un étroit plateau, dont la crête est la ligne de partage des eaux de l’Europe et de l’Asie, et dont l’abord est couvert par les anciennes villes de Witepsk et de Smoicnsk , derniers boulevards de Pétersbourg et de Moscou. Maître de cette position centrale, il ne faut plus qu’une grande bataille pour porter les armes victorieuses jusqu’aux murs de l’une ou de l’autre des deux capitales. Napoléon avait combiné son opération pour y pénétrer d’emblée , pour disloquer, chemin faisant, les armées ennemies , pour les forcer d’accepter le combat avec tout le désavantage d’une retraite précipitée.

Pendant qu’Eugène et Jérome immobiles se tenaient l’arme an bras pour ne point trop promptement donner l’éveil à Bagration, Macdonald, déboucha de Tilsitt, et Napoléon franchit le Niémen à la tête de i5o,ooo hommes. Il choisit, avec son à-propos ordinaire, le lieu le plus propre à l’établissement des ponts. Le fleuve fait au-dessus de Kowno plusieurs détours, et, pendant plus de quatre lieues , il côtoie la route de Vilna. Du village de Ponïemon on domine cette partie de son cours, et c’est là que se porta d’abord la colonne rassemblée à Pilwisky. Le a3 juin, an soir. Napoléon reconnut la rive droite où se trouvait un rideau de cosaques; il y fit passer a à 3oo voltigeurs qui jirircnt terre sans brûler une amorce. A leur approche, les cosaques disparurent dans les bois. Les troupes du génie survinrent aussitôt et commencèrent à construire trois ponts dont les travaux ne furent pas troublés. Le lendemain, au jour, Davout ouvrit la marche et dès le soir toute la troupe avait défilé.

Wittgenstein et Barkiay, pliant sous le faix, furent rompus et contraints à battre en retraite. A peine au-delà des ponts, le premier corps, obliquant à gauche, poussa jusqu’à la Wilia. Baggowout, coupé du corps de bataille, évacua Kowno, par la rive droite, pour rejoindre Barkiay, en suivant le cours sinueux de la rivière. La ville fut immédiatement occupée.

i}0 GUERRES DE U REVOLUTION,

puis Oudinot en sortit pour tomber brusquement, par Keydany, sur le flanc de Wittgenstein dont Macdonald avait déjà débordé la droite et qui se repliait sur sa gauche. Cependant Napoléon courut à Wilna. Il trouva les Russes en bataille sur les hauteurs deRykonty; mais, à ses premières manœuvres, ils évacuèrenijla position et la ville; pour rallier 13aggowout à Swenzsîjany. Leurs démonstrations n’avaient eu d’autre but que de gagner le temps de détruire d’immenses magasins. On prit, sans coup férir, possession de l’ancienne capitale de la Lithuanie , oh Napoléon fut accueilli en libérateur.

Le même jour, Oudinot atteignit à Leweltowo Wittgenstein qui précipitait ses pas; il le culbuta, le poussa en désordre jusqu’à Wilkomirz oh il entra pêle-mêle avec lui, et le poursuivit encore sur la route de Malianty, après lui avoir enlevé des magasins et plusieurs milliers de prisonniers. De son côté Macdonald pointa droit sur Riga.

Par l’effet de ces mouvemens, la roule de Smolensk était dégagée et la retraite de la première armée russe était forcément indiquée sur le camp de Orissa. Pour l’empêcher de faire contre-marche. Napoléon lui opposa sous le commandement du roi de Naples , Oudinot, Ney, deux corps de cavalerie et trois divisions du premier corps (100,000). Après quoi, il porta son attention sur Doctorof , Bagration et Tormasof. Contre le dernier il disposa de Schwarzenberg qui déboucha sur Slonim;il lança contre le second par Grodno la colonne du roi de Westphalie, il donna l’ordre à Davout de se déployer avec ses deux «livisious et sa cavalerie par Osziniana, Minsk et Borissof de manière à occuper le nœud des routes transversales qui pouvaient ramener soit Bagration, soit Doetorof sur la Wilia;' enfin il appela de Pilony la colonne d’Eugène pour l’établir au sud de Wilna et couvrir cette ville oh il resta avec la garde.

Tout était en émoi dans les camps russes. Tormasof n’était pas encore en mesure; Platof, Doctorof, Bagration , au bruit du passage du Niémen par la colonne de Napoléon , se hâtèrent de faire un à droite pour se rapprocher de Barkiay.

Arrivéà Soleszniki, Doctorof se heurta contre les troupes françaises; il comprit que Wilna devait être occupé et, se jetant à travers champs, il gagna Oszmiana au moment même oh la cavalerie de Davout s’y présentait. Il eut à peine le temps de fuir jusqu’à Smorgoni , d’où, sans reprendre haleine, il courut à la Wilia qu’il traversa sur-le-champ. Son activité le sauva: Nansouty s’était élancé de Wilna pour lui barrer le passage de la rivière; il ne fut atteint qu’à Swir et il échappa à une entière destruction au prix de son arrière-garde et de ses convois.

Platof, le suivant à deux journées de distance fut prévenu partout. A Traby, à Wolosziii, il trouva les chemius coupés par Davout et il n’eut

CAMPAGNE DE 1813. tll

d’autre ressource que de se jeter dans les rangs de Bagration qu’il rcu« contra à Nikolacw en pleine marche pour Wilna. Lorsque le prince russe apprit que les troupes françaises occupaient les dcbouche's de la valide de la Wiliaet peut>ètre Minsk, il fit aussitôt volte-face pour gagner, à pas redoublés, d’abord Nesvicb puis Moiiilew. Mais il marchait entre deux périls, et c’est alors qu’il était au moment de subir les conséquences des combinaisons de Napoléon.

Sa ligne de retraite se croisait à KorcUezi avec la route par laquelle le roi de Wesipbalie avait ordre de s’avancer virement. Si Jérome se fût bien pénétré des vastes combinaisons de son frère, s’il eût été animé comme lui de cette ardeur qui se joue des obstacles , il eût devancé les Russes A Koreliczi, il les eût acculés au Niémen ou aux défilés de la forêt de Minsk et peut-être le sort de la campagne eût-il été fixé. Mais les Russes étaient déjà protégés par leur sol et leur climat Le jour même, où Eugène et le roi de Westphalie passèrent le Niémen, un orage violent changea subitement la température , inonda de pluie ce pays où les eaux n’ont point d’écoulemcns, défonça les chemins, arrêta la marche des convois, qui transportaient une quantité prodigieuse d’approvisionne* mens et de munitions.

La disette se fil sentir , 3o,ooo traînards se répandirent sur les routes, nombre de chevaux périt, et l’on fut obligé de laisser en arrière loo pièces de canon. Là où s’étendait le commandement de l’empereur, le désordre fut à l’instant réparé; les vivres arrivèrent en remontant le Niémen, puis la Wilia; Wilna reçut d’immenses magasins, enfin la troupe reprit scs rangs. Mais hors de la portée de son coup-d’oeil , le contre-coup de ces incidens funestes se fit sentir et fut irréparable. Jérome n’avança point , et Bagration eut la joie de trouver libre ce passage, où il était exposé 3 déposer les armes ; il s’éloigna rapidement par la route de Glusk.

Napoléon irrité donna à Davout le commandement général des forces qui opéraient dans le palatiuat de Minsk, et remplaça par Junot le roi de Westphalie qui refusa de se subordonner au maréchal. En même temps, il prescrivit à l’armée saxonne de changer de postes avec les auxiliaires autrichiens dont les divisions attendaient le choc de Tormasof dans les lignes du Muchawetz , de la Pina et de la lasolda.

Cependant, Barkiay, débordé par Murat, céda le terrain. Après avoir rallié Wittgenstein à Widzy, puis, lo lieues plus loin Doctorof, il passa la Dwina à Dunabourg et Druja. Après quoi, laissant Wittgenstein à Duuahourg, il se renferma dans le camp de Drissa avec environ 80,000 hommes. A l’extrême gauche , Macdonald , ayant refoule dans scs murs

la garnison de Riga, investit Ja place avec son centre et sa gauche, et posta sa droite à Jacobstadt pour observer Dunabourg.

En résultat, la roule de Sinolciiskct de Witepsk était entièrement découverte et l’on pouvait s’avancer, sans inquiétude pour ses flancs, par la large trouée que les deux grandes armées ennemies avaient permis d’ouvrir entre elles.

Napoléon sy dé|)loya à la tête de 70 à 80,000 hommes. 11 détacha à droite Grouchy pour gagner Orscha et ouvrir la communication avec llavout, qnijdc son côtc,marchait aussi au Dniéj)er, puis il porta le reste eu trois colonnes à Glubokoe. J.à il menaçait à-la- fois l’olotsk et Witepsk et ce seul mouvement faisait tomber les relranchcmcns de Drissa. En eflet, par l’oeeupatiou de Pulotsk , ou débordait la gauche de Barclay, par celle de Witepsk, on le séparait dénnitivement de Bagration. 11 ne lui était donc plus permis de rester dans sa position défensive. Dans l’incertitude du parti qu’il pourrait prendre. Napoléon lit halte à Glubokoe, prêt à soutenir Murat si les Russes, ayant reçu des renforts, repassaient offensivement la Dwina, prêt à côtoyer leur mouvement s’ils remontaient le cours du fleuve pour protéger Witepsk. Ou apprit d’abord qu’ils débordaient par Druja , qu’ils avaient surpris la cavalerie de Sebastiani, enlevé du canon, mis quelques centaines d’hommes hors de combat. Etait-ce l’avant-scènc d’une attaque générale ? n’élait-cc qu’une démonstration ? On s’eu assura en poussant à Drissa une reconnaissance qui les fit voir eu pleine marche sur Witepsk.

L’empereur alors, appuyant à droite, courut à Bcschenkovvitzi eu donnant à Murat l’ordre de se diriger sur le même lieu. Les deux têtes de colonne l’atteignirent en même temps et le trouvèrent occupe par les ennemis. Ix;s attaquer, les culbuter, les rejeter sur l’autre rive, ce fut l’affaire de quelques instans.Mais ils détruisirent le pont qu’il fallut rétablir. Cependant Napoléon survint plein d’impatience ; aussitôt que le passage fut praticable , il prit un régiment de cavalerie légère et sc lança au galop à lu suite des Russes. 11 les vit disparaître à l’est, tandis que du côté do Pololsk , il ne put remarquer aucun indice de colonnes en marche. C’était donc l’extrême arrière-garde de Barclay qui se repliait devant lui; Le général russe avait habilement dérobé scs pas, il s’était hâté de dépasser Bccslienkowilzi, position périlleuse, puisque toule.s les routes de Witepsk s’y croisent avec la Dwina ; et , dans le but de retarder désormais les progrès de la grande-armée, il venait de jeter i5,ooo hommes sur sa route pour lui disputer pied à pied le terrain montueux, boisé, entrecoupé de ravins qui la séparait encore de Witepsk.

On perdait ainsi l'e.spoir de le devancer, de le surprendre , restait Celui de le combattre. Napoléon échelonna sur sa gauche pour les opposer

à Wittgenstcin , Oiulinot à qui il prescrivit de débouclier de Polotsk et Saint-Cyr qui eut ordre de se tenir en observation à Oulsliach. Ces deux corps devaient se lier avec Macdonald dont la droite était entrée dans le mouvement général en s’étendant jusqu’à Dunabourg. Ces forces suffisaient pour masquer la route de Pétersbourg. Le surplus de l’armée (i3o,ooo) poussa contre Barklay. Murat se mit à la tête de l’avant-garde qui fut presque constamment engagée.

Le premier jour, on s’aborda près d’Ostrowno;Ies Russes, flanqués par la Dwina et par des bois épais , barraient la route. Aux premiers coups de feu , leurs ailes s’avancèrent , menaçant d’envelopper la tête de colonne française; mais Murat, chargeant des deux côtés de la chaussée, et une division du vice-roi les tournant par leur droite, ils reculèrent en bon ordre après avoir perdu des canons et 1 1 à 1 200 morts ou prisonniers. Le lendemain ils avaient reçu des renforts. Murat se heurta contre 28,000 hommes retranchés derrière un ravin adossé à la forêt. Il fallut plus d’un assaut pour les rompre, et lorsqu’on eut enfin emporté la position, l’empereur donna l’ordre de les poursuivre, de ne point leur laisser prendre haleine et de fouiller à fond ces bois qui dérobaient à scs regards les lignes de Barklay. L’action se prolongea , mais on gagna pied à pied un terrain découvert d’où l’on aperçut , aux dernières lueurs du jour, dans le lointain, les édifices de Witepsk; plus près, derrière la Luressa , le camp des Russes; enfin dans la plaine, au pied des collines dont on venait de s’emparer, une forte arrière-garde couverte par un ravin, flanquée comme les jours précédons, par la Dwina et l’interminable forêt.

Le lendemain , à l’aube , le vice-roi s’ébranla pour renverser les obsçjes qui séparaient les deux armées : il chassa les ennemis à coups de canon, rétablit le pont du ravin qu’ils avaient détruit, se forma au-delà du défilé, et déblaya toute la rive gauche de la Luressa où l’armée entière se mit en bataille. Il y eut au passage du ravin un de ces faits d'armes qui sont particuliers aux troupes françaises. Deux compagnies de voltigeurs, eufans de Paris, avaient gravi la berge et s’étaient postées à la tête du pont pour en proléger la reconstruction. Les travaux achevés et la cavalerie commençant à déboucher, ils s’avançaient dans la plaine, quand une nuée de cavaliers russes, chargeant la tôle de colonne, les entoure et les isole. Un cri s’élève de tous les rangs, on les croit perdus, sabrés , anéantis. Cependant la cavalerie du vice-roi charge à son tour, ramène les Russes, dégage le terrain qu’ils avaient envahi, et l’on voit avec admiration sortir d’un nuage de poussière et de fumée les deux compagnies formées intrépidement en carré, entourées d'un rempart de morts. L'armée battit des mains et l’empereur fit remettre à tha-

ftlà GUERRÈS DE LA REVOLUTION.

cun de ces braves soldats du 9* léger , la décoration de la Légion-d’hôo*

ne

Ce long combat de trois joumees semblait le prélude d’une action dé* cisive : on s’y prépara de part et d’autre. Les Russes couvrirent de re* tranchemens, de batteries, la rive escarpée de la Luressa et l’empereur disposa ses colonnes d’attaque. Mais, à l’enlrée de la nuit, Barkiaj reçut des dépêches de l’armée du sud qui le detenninèrent à ordonner sur-lechamp la retraite.

Bagration , arrivé sain et sauf à Nesvije, pouvait encore être envelt^pé sur la Bérésina ou sur le Dniéper. Mais le brusque départ de Jérome avait encore retardé les troupes qui l’avaient déjh trop niollcment poursuivi; clics se trouvèrent à son égard hors de compte. Davout lui-même , arrêté è Minsk par la difliculté des lieux, comptant d’ailleurs sur l’armée westpbalienne, au lieu de se rabattre au 9ud, tira vers l’est jusqu’à Mohilevr où il prit position avec cinq régimens d’infanterie et six de cavalerie (ia,ooo). Le général russe franchit donc , sans être inquiété, la Bérésina et parvint à Staroi-Bikhow sur le Dniéper. Là , il £1 passer à gué les cosaques en leur prescrivant d’occuper Smolensk , il jeta un pont pour mettre en sdreté tes convois et , de peur de perdre à l’attendre des inslans précieux, il SC dirigea sur Mohilcw, à la tête de /|0,ooo hommes, résolu à pénétrer jusqu’à Witepsk. Mais il se heurta contre Davout et , après avoir consumé une journée entière en cfTorts inutiles pour lui passer sur le corps , après s’être fait tuer 4ooo hommes , il se replia sur Slaroi- Bikhow, passa le Beuve, détruisit le pont, gagna au pas de course Smo- Icnsk et donna à Barklay avis de son arrivée.

A ces nouvelles le général en chef n’hésita pas à se rapprocher de son lieutenant pour opposer à la grande-armée la masse de leurs forces réunies. Il prolita du reste de la nuit |M>ur lever le camp de Luiessa et se rendre à Suradi, d’où il s’étendit, par Porieezié, jusqu’à Smolensk.

Napoléon ne vit pas, sans un vif regret, l’armée russe lui échapper encore; il prit possession de Witepsk, puis il lança dans toutes les directions ses coureurs pour reconnaître ses advmaires,qui avaient eu l’art de lui dérober leurs traces. On ne peut nier l’habileté des ennemis à éluder une action générale. Toutefois, en résultat, quelle victoire eât produit plus qu’on avait obtenu? Cent lieues d’espace, à partir de Kowno; les forteresses de Dunabourg , de Drissa éludées , d’immenses magasins détroits et ce plateau atteint, où les Russes ne pouvaient refuser la bataille sans abandonner aux Français l’initiative pour le reste de la campagne. Tels furent les avantages remportés dans cette courte mais brillante période de la campagne.

Assure (l(5sormaîs que Smolensk serait le prix d’un seul combat, Napoléon mit l’armée en quartiers de rafraîcliisscmcns. Elle s’était avancée tout d’une haleine, de la Yistule au Borysthèiic. Elle avait parcouru, presque sans halle, un trajet de i5o lieues, tourmentée par le climat, les maladies, la disette et le manque de fourrages. Hommes et chevaux étaient épuisés, et c’était encore un succès de pouvoir, sans rien compromettre, accorder quelque relâche à ses colonnes exténuées. L’empereur profita de ce moment de repos pour préparer une nouvelle base d’opérations, établir des ponts, les couvrir par des rctranchemens, former des magasins. Minsk devint, comme Wilna, un centre d'immenses dépôts. Pour couvrir ces deux villes, Victor eut ordre d’amener de la Vistule le g® corps fort de 3o,ooo hommes. Warsovic reçut une garnison nombreuse; enfin ta division polonaise Domhrowski, noyau des levées lithuaniennes, fut placée sur la Bérésina vers Swislocz et Bobruisk, pour leuir en échec le corps d’observation de llœrtel.

Cependant l’armée occupait les positions suivantes: Napoléon, avec la garde à Witepsk; Eugène, par échelons, la haute Dwina jusqu’à Wclij. Ney puis Murat, la route de Smolensk par Lusina, Rudnia et Inkowo. Davout avait remonté le Dniéper jusqu’à Dubrowna, relevé à Orcha par Junot, à Mohilew par Poniatowski.

Barkiay et Bagration, concentrés autour de Smolensk, au sommet de l’angle que formaient les deux colonnes françaises, conçurent le dessein hardi de les surprendre et de tomber brusquement au milieu des cantonnemens de Napoléon. Le terrain se prêtait à leurs combinaisons. A la gauche des quartiers de Murat se trouve le lac de Kusplia qui pouvait masquer l’armée entière de Barkiay, il l’y conduisit , et de son côté Bagration, après avoir placé à Krasnoi, sur la rive gauche du Dnieper, g à 10,000 hommes sous Neverofskoi, pour observer Davout, descendit par l’autre rive jusqu’à Kalan, dans le but de tourner la droite de Murat et de percer sur sa ligne de retraite dans le moment où Barkiay l’attaquerait on masse par le flanc gauche.

Ces plans étaient bien conçus; toutefois, pour les exécuter, il fallait une promptitude, un aplomb dont l’empereur seul était doué. L’avantgarde de Barkiay surprit à lukowo les postes de Sebastiani, leur enleva du canon , mais elle ne tarda pas à s’apercevoir qu’elle n’était point soutenue. Au moment décisif le général en chef, hésita. Il crut mieux faire en tournant le lac, en débordant par la pointe septentrionale, puis, se ravisant , il revint sur scs pas. Cependant Bagration parvenu à Nadwa voyant l’avant-garde de son collègue en retraite , rentra dans Sinolensk, enfin sur l’avis de la conlrc-inarchc du corps de bataille, il s’avança de nouveau jusqu’à Kalan.

Pendant que les Russes perdaient leur temps en vaincs inanœuvrcs, Napoléon, averti par l'escarmouclic dTnkowo, fit battre le rappel sur toute la ligne. La fermeté, l’à-propos de scs ordres, l’empressement de la troupe à se mettre sous les armes, contrastent singulièrement avec l’irrésolution de l’ennemi. Eugène sc place derrière N cy qui, luimèinc est derrière Murat; les trois corps se serrent en masse et appuient à droite pour s’aligner sur la route de Janowieezi à Lusiua. La garde, le quartier général, l’infanterie du premier corps, se forment sur la rliaussée de Witep.sk à lîabinowiczi. Les deux colonnes s’ébranlent àla-fois. Masquées par le fort de Dabinosvitebi elles convergent sur le Dniéper et ari'ivent en même temps a Rassasna où des ponts sont préparés. la; ficuve est à l’instant franchi. De leur côté Davout et Junot ont gagne Liady. Po jiatowski s’est rendu de Mobilew à Romanowa. I.a grande-armée entière est groupée près de Rrasnoi ; pendant que Barklay , prenant enfin on parti, sc déploie et la cbcrcbc encore à la gauche du lac de Kusplia.

On n’avait plus qu’un pas à faire pour saisir Smoicnsk que l’on espérait surprendre et dont l’occupation immédiate eût coupé Barklay (le Moscou et l’eût rejeté sur les routes du nord. Ney ouvrit la marche; son avant-garde trouva Neverofskoi on avant de Krasnoi, elle le refoula , le chassa de la ville et l’empêcha de se remettre en bataille à l’autre issue; de c(“ côté la route traverse une forêt de bouleaux. I^e général russe, entassé dans un long défilé ne pouvait échapper à la plus complète destruction que par une défense désespérée, il s’y résolut bravement. Formant sa troupe en colonne serrée, il se replia lentement en contenant l’infanterie de Ney. Au bruit du combat, Murat accourut impatient de sc frayer la roule. Mais scs cliarges impétueuses ne purent rompre les rangs de l’ennemi qui continua à disputer le terrain pied à pied. Neverofskoi soutint glorieusement le choc jusqu’à la nuit; alors il fit balte à moitié chemin de Smoicnsk et la cavalerie cessa de le poursuivre. II avait perdu outre son artillerie plus de aooo hommes; mais pendant une journée entière l’armée française n’avait pas gagné quatre lieues; mais Bagration avait eu le temps de faire volte-face, et d’envoyer à son lieutenant un |»ui.>!sant renfort à l’aide duquel, le lendemain, celui-ci rétrograda en bon ordre jiiscpi’aux faubourgs de Sinolensk où toutes les forces du général étaient dejà rentrées. I.a ténacité de Neverofskoi, l’activité de Bagration sauvèrent, d’un coup de main, celle grande ville, dernier ajipui de l'arima; riissi;. Cependant Barklay était en demeure de rabandonner ou de livrer enfin lu liataille tant désirée.

Smolcubk est bâti , sur la rive gauche du Dnieper, au sommet et sur

les pentes d’un vaste plateau au travers duquel le fleuve creuse son lit. Des murailles, d’un contour du plus d’une lieue, hautes de a5 pieds, flanquées de 39 grosses tours, un large fossé, quatre faubourgs crénelés, rempli de troupes, couverts par deux ravins; enfin, une citadelle en terre, à l’ouest vers la route de Krasnoi, lui donnaient l’aspect d’une forteresse trop imposante pour que l’on pût l’enlever d’un coup de main. On remarquait d’ailleurs, sur les hauteurs opposées et dans le faubourg de Pétersbourg, qui communique avec la place par un pont sur pilotis, un grand mouvement de l’une à l’autre rive.

Napoléon en conclut que les généraux russes allaient déboucher sur le plateau pour commencer l’attaque. Il laissa en réserve sur la ligne de retraite , Eugène avec les 4’ et 8‘ corps’, puis il se mit en bataille autour de la ville hors de la portée du canon.

I^a journée du 16 se passa dans l’attente. Arrivé vers le soir Barclay perdit courage à l’aspect de l’armée française qui présentait un déploiement de 140,000 hommes. Son admirable tenue, la manœuvre habile qu’elle, venait d’exécuter avec une rare précision, le souvenir de ses exploits, frappèrent les officiers russes de cette stupeur, présage ordinaire des grands désastres. Ils apercevaient à droite, l’impétueux Murat à la tète de 30,000 cavaliers, dont la masse étincelante semblait suffire à la conquête de l’empire; puis les Polonais animés de toute l’ardeur d’une guerre nationale, au centre, Davout,le plus méthodique des lieutenans de Napoléon, avec scs cinq divisions, restes glorieux de l’ancienne grande-armée, parées encore des trophées d’Auerstædt, d’Eylau, d’Eckmuhl, de Wagram; derrière cette troupe d’élite, la garde et le bivouac de Napoléon; enfin, à gauche, Ney,le brave des braves. Quel général en Europe eût envisage de sang-froid ces redoutables adversaires, ces hommes de bronze, endurcis par tant de fatigues, par tant de combats, livrés en tant de climats divers! Ils étaient là brillans de gloire et de jeunesse , menaçant d’enchaîner le monde. Hélas! tous marchaient à la mort ou à la captivité.

Barklay, agité de mille craintes, ne put se résoudre à l’attaque. Durant la nuit du i G au 1 7 , il releva dans Smoleusk Bagration et l’envoya sur-lechamp avec 4^,000 hommes à Dorogobouje , pour garder la route d» Moscou. Puis, avec 80,000 hommes il se mit sur la défensive; deux divisions occupèrent la ville et les faubourgs de la rive gauche; les autres corps s’établirent sur les hauteurs de la rive droite et plusieurs ponts furent jetés.

I-Æ 17 la canonnade tonna du côte de la citadelle qui n’avait été élevée que pour masquer une large brèche. Mais la matinée s'écoula sans monvemens sérieux, et l’empereur résolut enfin de faire enlever la

ville. Il commença par meltrc en batterie, sur sa droite, soixante pièces dont le feu plongeait sur un des ponts construits par l’ennemi. Barclay riposta, non sans avantage ; peu-à-peu l’action s’engagea sur tous les points, les faubourgs furent emportés d’élan, on nettoya les abords de l’enceinte, on établit les batteries, on cribla les remparts et l’intérieur de la place d’une grêle de boulets et d’obus. La place ne semblait plus tenable pour ses défenseurs. Ou refoula les Russes dans le chemin couvert qui était mal flanqué.

Cependant Barclay ne cessait d'y faire passer des troupes fraîches; aux approches de la nuit, il yeut autourdes muraillcsjusqu'à six divisions. Mais alors les Russes avaient déjà aooo prisonniers et i a,ooo hommes hors de combat; mais l’ardeur des assaillans était irrésistible et l’on pouvait prévoir, qu’au point du jour, ils pénétreraient dans Smolensk. Barclay renonça à le défendre; vers minuit il relira ses troupes, fit mettre le feu à tous les quartiers, détruisit les ponts et prit position dans la ville basse et Sur les hauteurs du nord.

Bientôt rinccndic dévora Smolensk. Dès l’aube on s’aperçut que les relnparts étaient abandonnés, on enfonça les portes et l’on s’empressa de disputer aux flammc-s cette triste conquête achetée au prix de 6 à 7000 tués ou blessés. On ne put se rendre maître du feu que le jour suivant. Rendant qu’on luttait contre ses ravages, on cherchait d’autre part à rétablir les ponts ; on en préparait de nouveaux ; on se disposait à déposter l’année russe. Elle batailla encore jusqu’au soir; mais enfin une division de Davout ayant réussi à se loger sur la rive droite , Barclay incciulia les maisons de la ville basse et s’enfonça dans les ravins qui remontent au nord.

On le vil gagner 1.1 crête du pl.ileau. Etait-ce pour prendre la foute dé Pétershourg ? Etâit-ce pour éviter de prêter le flanc aux Français, en suivant celle de Moscou qui, depuis Smolensk jusqu’à Valoutina- GOra , longé le Dniépcr ? Polir résoudre cette question capitale on se mit en mesure d’éclairer les deux directions. Le 19, au point jour, Ncy en pivmière ligne, DavoUt Ch seconde ligne, gravirent les hauteurs entre les deux routes soutenus à droite Jiar Mural, à gauche par Gronchy. De plus, Junot qui venait d’entrer en ligné, fut envoyé à Prudiezi pour y jeter un pont et déborder la route de Moscou.

Malhcui eiisemenl , l’empereur ne prit point la direction de ces niouvemens, qu’on était loin de supposer , de nature à forcer les Russes à recevoir la bataille qu’ils refusaient si obstinément. Son absence les sauva. Ses lieutenans', ignorant eux-mêmes qu’ils tenaient l’armée opposée, opérèrent sans ensemble ^et refusèrent la faveur la plus signalée de la fortune.

L’arant'garde de Ncy se heurta contre l’ennemi à Gorbounowo, vil* lage situe à trois lieues au nord-est de Smolensk , à la naissance du ravin de Stragan qui coupe la chaussée de Moscou , un peu au-delà de Valou* tiiia-Gora. Attaquer, enlever le village , ce fut l’airaire d’un moment. Mais à la grande surprise du maréchal , les Russes cherchèrent à le re prendre, il les culbuta; des renforts leur furent envoyés et le combat se prolongea vivement pendant deux heures au bout desquelles, ils s’engagèrent dans le chemin creux qui longe le ravin, paraissant fort empressés de gagner la grande route. Ney crut alors comprendre le but de leur résistance, il crut avoir eu affaire à une extrême anièro-garde qui s’était dévouée pour donner au corps de bataille le temps de sortir de ce long défilé , et il se hâta de côtoyer sa marche par la rive droite de Stragan , dans le dessein de déboudier par Yaloutina-Gora, de forcer le passage du ruisseau et de eouper par le flanc la colonne russe. 11 cou* rut ainsi chercher à deux lieues une chance de succès qu’il tenait à son insu. Ces troupes qu’il venait de replier, formaient la queue du premier corps de Barclay; le second corps, fort de deux divisions, était encore, entre Gorbounowo et la route de Pétersbourg, entassé dans des chemins étroits et difficiles. En restant dans la position qu'il avait vaillamment conqnise et conservée , Ncy lui faisait déposer les armes.

Mais on n’était pas au dernier des mécomptes qui devaient signaler «îette journée. Le maréchal éprouva sur les Imuteurs de Valoutina-Gora une opiniâtre résistance, et , lorsqu’il l’eut surmontée, lorsqu’il eut r^td au-delà du Stragan tout ce qui lui tenait tête, lorsqu’il crut pouvoir se préparer à enlever le défilé , il reconnut sur les collines opposées une armée entière, occupant de bonnes positions hérissées d’artillerie, couvertes par un vallon fangeux, où il lui était difficile de se déployer.

Il aveilit aussitôt l’empereur et demanda des renforts. Napoléon ne voyant là qu’une chaude affaire d’arrière-garde , fit avancer l’un à droite, l’autre à gauche, Gudin et Morand du premier corps. Il prescrivit à Murat de charger et à Junot de tourner l’ennemi. Gudin seul remplit sa mission. Morand fut arrête par un contre-ordre qui n’est point expliqué. Les marais paralysèrent la cavalerie de réserve, et Junot, qui depuis le matin se laissait imposer par un rideau de cosaques ^ Junot, qui n’avait que deux lieues à faire pour se porter en obliquant à droite, en SC masquant d’un bois épais sur les derrières de l’ennemi et le forcer à se rendre, Junot refusa de marcher.

Cependant , Gudin, soutenu par le feu de toute la ligne, forma sa division en colonne et sc lança sur les escarpemens au-delà du pont. Une grêle de boulets et de mitraille accueillit cette troupe si éprouvée qui, sans être émue, continua à s'avancer l’armo au bras. Sou brave général

km GUEhhES DE LA EÉVOLÜTION.

fut raortellemânt atteint, mais Gérard prit aussitôt le commandeitieOt et après quelques alternatives il couronna victorieusement les hauteurs que les Russes commencèrent à évacuer.

L'ennemi laissa sur le champ de bataille 8000 morts ou blessés et 8000 prisonniers; mais les Français éprouvèrent aussi d'énormes pertes (6 à ^000) d’autant plus déplorables qu’elles furent inutiles et que leurs adversaires échappèrent à une destruction complète.

On sut alors que Barclay avait disposé les troupes qui avaient com* battu à Smolensk en deux autres colonnes , fortes de chacune deux corps d'armée ou d’environ 4<>,ooo hommes; que l'une, escortant le grand parc et les embarras, s'était dirigée, dès 7 heures du soir, le 18, au nord-est pour obliquera droite, gagner Bredikino et rallier Bagration; que la seconde , sous le général en chef en personne , avait d'abord suivi la route de Pétersbourg ; que masquée par les cosaques de Platof , dont la marche se prolongeait au nord, elle l’avait quittée à Bredikino , pour se rabattre d'abord à travers pays jusqu'à Gorbounowo , puis eu longeant la rive gauebe du Stragan jusqu’aux collines où il avait failli être prévenu et anéanti.

Étrange fatalité ! Le corps westphalien , commandé tour-à-tour par le frère, par le plus ancien ami de Napoléon , eut deux fois entre les mains le sort de la Russie , et deux fois son inaction laissa la querelle indécise.

Les généraux ennemis prirent position autour du Dorogobouje. Avant de s’y porter, l’empereur fil une nouvelle halte pour jeter un regard sur la situation de ses deux ailes.

campagne de ISII.

kÜ

OrÉ&ATIÜIfS SUR LÀ DWIRà.

Occupaiiuo dt Xluoabourg (i*' auùi).^(^mÎMis d« Jacubuwo (3i juiilel i*a aoù^).«»Ka(âiU« do

PbloUk (i3 auüi).

La gauche et le ceutre de Macdonald bloquaient Riga ; sa droite, se portant sur Dunabourg, pour eu faire le siège, trouva la place évacuée et en prit possession sans coup-ferir. Oudinot, après avoir rasé le camp de Drissa et passé la Dwina à Polotsk , s’avant^a sur la route de Pétersbourg. A Jacubowo , deux de scs divisions rencontrèrent l’ennemi : c’était Wittgenstein que Barclay avait d’abord envoyé à Osweja pour couvrir les avenues du nord , et qui , s’étant renforcé de la garnison de Dunabourg, prenait résolument l’attaque. A son approche, on se mit sous les armes, ou lui tint bravement tête. Cependant il fallut céder au nombre et reçu* 1er jusqu’à la Drissa, où était le maréchal avec sa troisième division. Le lendemain, Wittgenstein, voulant suivre son succès, passa la rivière, mais il reconnut bientôt la présence des renforts , et, après avoir fait écbarper son arrière-garde, il se replia sur Kniastitzi. Le jour suivant , Oudinot, à son tour, l’eût poursuivi à fond si, dès le début, la première division engagée ne se fût point fait trop maltraiter pour que l’on pût songer à livrer bataille.

I.ÆS pertes de ces trois journées réduisirent les deux adversaires à l’i« naction. Les Russes retournèrent à Osweja, le a* corps revint à la rive gauche de la Dwina , rallia Saint-Cyr qui eut ordre de le rejoindre

m GUERRES DE LA REVOLUTION.

et dcbouclia encore de Polotsk pour asseoir son camp en avant de la

ville.

Les deux corps réunis ne restèrent pas long-temps supérieurs en nombre. Witlgcnstein reçut dans scs rangs les corps de Finlande et les volontaires de Pétersbourg; après quoi, il revint à la charge. Les cinq divisions franco -bavaroises reeurent autour de Polotsk le choc qui fut sanglant, et à la fin de la journée, la fortune semblait .se déclarer pour eux, lorsque Oudinot tomba grièvement blessé. On l’enleva du champ de bataille et l’action fut suspendue. Le lendemain , Saint-Cyr, investi du commandement, feignit de battre en retraite. Ses convois défilèrent sur la rive gauche de la Dwina et Wittgenstein , encore ému des rudes atteintes qu’il avait reçu la veille , saisit avec joie l’espoir d’entrer dans Polotsk sans en venir aux mains. Gomme il attendait, l’arme au bras, le moment d’y pénétrer en sécurité, Saint-Cyr déboucha sur tous les points, l’aborda inopinément, le mit en déroute, lui fit essuyer d’énormes pertes et le refoula au-delà de la Drissa. Cette victoire lui valut le bâton de maréchal.

orèB.vTioas sua le ico.

CoalxHtle Ktibrin (s6 juiltei).— BtlliHe de Gorodrznt (la lodl).

Tormasof fut en mesure plus promptement qu’on ne l’avait conjecturé. Il démasqua sa marche offensive, en débordant entre le Bug et les marais de Pinsk. Des masses arrivèrent sur le Pripet et la Muchawess , au

moment où l’on opérait un mouvement toujours dangereux en présence de l’ennemi. Les Autrichiens cédaient leurs postes à l’armcc saxonne, dont les avant-gardes seules étaient en ligne. Tormasof établit sans peine sa droite et sa gauche à Pinsk et Brzesc-Litowski. Son centre trouva dans Kobrin une brigade saxonne qui résista glorieusement, mais qui fut enfin enlevée. Reynier était alors à Chomsk; il accourut, mais, parvenu à Antopol, il apprit qu’il était trop lard, et il battit en retraite jusqu’à Slonim où il rejoignit Schwarzenberg.

Napoléon réunit les deux corps d'armée sous le cominandcincnt du prince autrichien à qui il prescrivit de tomber sur le général russe et de le poursuivre sans relâche jusqu’au Dniéper.

Schwarzenberg répondit d’abord à son attente. Il conduisit les Autrichiens à Chomsk , tandis que Reynier, h la tête des Saxons , tournaieut les sources de la Jasolda. L’effet de ce mouvement fut de replier Tormasof sur la ligne de la Aluchawess. Pour l’eu déposter, l’armée entière se concentra dans Prushani, à l’effet de pénétrer en masse à Kobrin. L’ennemi, forcé d'accepter la bataille, choisit sa position, il s’établit à Gorodezna sur des hauteurs boisées qui ne laissaient point de développement à l’attaque. Les Autrichiens commencèrent le feu que les Russes soutinrent avec vigueur. Reynier tourna leur camp parla gauche, mais ils le continrent et le combat dura jusqu’à la nuit. Enfin Tormasof, voyant les Saxons menacer sa ligne de retraite, vida le terrain, le désordre se mit dans ses rangs , on l’atteignit à Kobrin de manière à ne point lui laisser le temps de rompre le pont, et il s’enfuit tout d’une traite jusqu’au Styr, sans pouvoir se reformer.

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