IV
MAACBE 9UH MOSCOU.
Dê|Nirt deSaioleusk (ti aoûl).~Arnvée « Cijat (i6 août)..— lUtaiUt! de la Moskuwa (7 aepteinkrr)* — OocupalioD (14).— Incendie de Mojco«(i6).
Les deux ailes étaient victorieuses. On ne pouvait guère douter que Schwarzenberg ne poussât Torniasof jusqu’à Kiew, et si Wittgenstein recevait des i-enforts, Saint-Cyr pouvait êu-e secondé par Victor, par les garnisons de Wilna, par les levées polonaises. Napoléon donna l’ordre de marcher sur Moscou. Il mit à l’avaut-gardc Murat et Davout, depuis long-temps rivaux de taiens et de caractères opposés; il modérait ainsi l’ardeur chevaleresque du premier par la prudente valeur du second. Il mit à droite Poniatowski , à gauche Eugène, et il forma le centre de Ney, Junot et la garde.
Pendant son séjour à Sinolcusk , celte ville avait reçu de riches magasins; on l’avait réparée et mise en état respectable de défense. On y laissai une forte garnison et 160,000 comhatlans en sortii-ent impatiens d’atteindre les généraux ennemis.
Platof était à Dukhowszina , Parclay et Bagration occupaient en avant de Dorogoboiije un camp couvert par un petit aflluent du Borysthène. A l’approche d’Eugène, Platof se relira sur Bicloi. Cependant l’année principale resta d’abord immobile. Murat voulut brusquer l’alluque et tourner le camp avec sa cavalerie, mais Davout refusa d’engager son infanterie avant l’arrivée de l’empereur. Pendant qu’il accourait, Barclay, malgré Bagration et les olllciers russes , ordonna la retraite.
Pendant cinq jours, l’armée ennemie rétrograda : brûlant les habita-
El GENE (BEAT:HAKNAIS)
Né à rarii, le 3 décembre 1781. duc de Leucbteml»erg, nce-nn d’Italie, mort le ai rérricr i8a'|.
Bataille de la Moskowa.
campagne de 1813. A35
lions , poussant devant elle , comme un troupeau, la population entière. Enfin elle (il de nouveau volte-face à trois lieues en avant de Gjat.
Militairement, rexpéclition était maintenant bien simplifiée. Il ne s'agissait plus que de pousser eu avant. Mais les diflicultcs des services administratifs allèrent toujours croissant. Déjà, depuis le passage du Niémen , sur des routes non encore parcourues, il avait été impossible d’organiser des convois réguliers. À partir de Smolensk, dans une contrée incendiée , déserte , dévastée, les distributions cessèrent presque entièrement. On fut obligé, pour se procurer des vivres, de faire de grands détachemens à droite et à gauche de cette lande que rennemi créait, avec une incroyable sauvagerie, sur les pas de l’armée. Ce fut alors que Napoléon desira plus ardemment que jamais la rencontre décisive qui tant de fois lui avait échappé. Avec quelle joie n’apprit-il point que près de Gjat l’ennemi avait fait halte. Il y courut , mais sou espoir fut encore déçu, il vit les Russes en retraite et Gjat incendié. Cependant, un Français, établi dans cette ville , sortit de ses ruines et donna des nouvelles qui calmèrent toutes les inquiétudes. On sut que le cri public avait demandé le rappel de Barclay; que le vieux Kutusof, populaire à cause de son origine et de sa dévotion , avait été désigné pour le remplacer, pour préserver Moscou la ville sainte; que des renforts portaient ses forces à 100,000 hommes, qu’il avait 600 bouches à feu et construisait des redoutes, des batteries, autour de Borodino, à 10 lieues au-delà de Gjat.
Encore deux journées de marche, et la question allait enfin se vider. L’empereur fit prendre à l’armée un moment de repos; il l’inspecta, il ordonna les apprêts de la grande bataille et le 4 septembre, au jour, il porta en avant 100,000 hommes.
A ay lieues de Moscou, la grande route rencontre, au-dessus de Borodino, la Koloeza , petite rivière aux bords escarpés qui, après l’avoir côtoyée à droite, la coupe obliquement, parcourt encore mille toises et se jette dans laMoskowa. Au-delà du ruisseau, le terrain s’élève en amphithéâtre; il est sillonné de ravins, couvert de bois qui lui donnent un aspect sauvage et en rendent l’abord difEcile. C’est là que les Russes se retranchaient.
Dès le 4 au soir, Murat se heurta contre leur arrière-garde qu’il replia sans peine. Mais le lendemain , vers le milieu du jour, comme elle disparaissait du côté de Borodino , il reconnut l’ennemi sous les armes à la ou i5oo toises à droite, entre la Koloeza et des bois que traverse l’ancienne route de Smolensk. Au-delà de cette ligne de baïonnettes, à peu de distance du village de Schwardino, il aperçut une grande redoute élevée sur un mamelon d’où dépend un ravin. Il passa sur-le-champ la Koloeza
pour se mettre en bataille devant l’ennemi avec sa cavalerie et une division du premier corps. Bientôt le vice-roi le releva sur la grande route; Poniatowski s’avança par le vieux chemin de Sinolensk , et l’empereur survint empressé d’enil>rasser de son oeil d'aigle le champ de bataille que son adversaire avait choisi.
Napoléon ne fut pas long-temps à concevoir l’ensemble du plan de Kulusof. Au nombre des troupes groupées autour de la redoute, dont les assaillans menaçaient sa ligne de marche, aux mouvemens qu’on apercevait dans le lointain, il comprit que Murat était en présence de l’extrême gauche des Russes, que leur droite devait s’étendre jusqu’à la Moskowa, que le centre s’appuyait aux collines qui commandent Borodino et que Kutusof avait dessein de manœuvrer de manière à contraindre l’armée française à défiler devant un front héri.ssé de batteries.
11 ordonna à l'avant-garde de foncer sur la redoute de Schwardino et de l’enlever. Le combat s’engagea avec une rare ardeur. On parvint promptement au pied du mamelon. Là, les cavaliers russes continrent d’abord le roi de Naples, mais ils n’eurent point de prise contre l’infanterie, qui, après de sanglaus efforts, entra dans les retraiichcmens , sabra , anéantit tout ce qui s’y était renfermé, prit les canons dont ils étaient armés et les tourna du côté opposé. Des renforts arrivèrent de part et d’autre, et le feu se prolongea jusqu’à lo heures du soir, sans que les Russes pussent rien regagner du terrain perdu.
C’était un succès important : l’empereur pouvait pénétrer à fond dans le détail des dispositions dont il avait entrevu l’idée générale. Il pouvait baser à coup sûr les conibinaisons de l’attaque. Le jour suivant, dès l’aube, il reconnut le cours de la Rolocza et les httuteurs où s’étaient repliées les troupes battues la veille.
Placé sur les parapets de la redoute conquise , on voyait à droite, jusqu’à l’horizon, la forêt de Schwardino , percée par une clairière ou passe le vieux chemin de Smoicnsk ; devant soi , à une distance de 5 à 6oo toises, deux redans surmontés d’une flèche, élevés derrière le ravin de l’Agnitza , pour lier les bois aux bords escarpés de la Semenowskoa ; sur la rive droite de ce dernier cours d’eau , d’abord dans l’alignement des redans , et 4 à 5oo toises plus loin au-dessous, des ruines fumantes du village de Semenowskoi qu’on avait rasé et brûlé pour démasquer les pièces, une batterie découverte; puis, à gauche, au sommet d’un mamelon qui'marquc le confluent de la Semenowskoa et de la Koloeza, une grande batterie bastionnéc. En se transportant sur la Voina , près de Borodino, on distinguait sur la chaussée en avant du hameau de Gorka, deux coupures armées de canons, et enfin , entre la route et la Moskowa, quelques redoutes informes.
Digitizeo b.
Bagration était déployé de Semenowskoi à Usliza fgauche). Barclay avait groupé le centre, de la grande redoute aux retranclicincns de Gorka et étendu la droite jusqu’à la Moskowa. Les réservés étaient échelonnées à 1000 toises en arrière de la Semonowskoa. Les avant-postes étaient répandus dans les bois et sur 1rs ravins de rAgnitza,de la Senicnowskoa , de la Voina.
Napoléon trouva les positions de l’ennemi très belles, occupées avec inteHigenco , mais il en saisit aussitôt le côte vulnérable. I.a gauche et le centre étaient compris entre les deux routes dcSinolcnsk qui sc croisent à deux lieues au-delà de Borodino. Si la grande-armée perçait tout entière dans cet intervalle, en pivotant sur l'aile gauche; si elle culbutait d’emblée Bagration, on pouvait espérer de prévenir Barclay au point de jonction des deux routes, de l’accidcr en désordre à la Moskowa et de terminer enfin la campagne. Tel fut le plan de Napoléon dont il remit l’exécution au lendemain.
Le reste de la journée fut employé à jeter des ponts sur la Kolocza , à tracer des contre-batteries, à rciranchcr l’extrême gauche. Mais on attendit l’obscurité pour prendre l’ordre de bataille que l’on voulait dérober à Kutusof. Celui-ci cependant faisait passer dans ses rangs une procession solennelle terminée par une statuette de la Vierge, sorte de relique miraculeusement sauvée, disait-on, du désastre de Smolcnsk. Puis adressait à cliaquc corps des paroles mystiques où il invoquait la vengeance du ciel et des hommes contre Napoléon, archi-rebellc, profanateur du sanctuaire et des autels.
A la nuit les lignes se formèrent; aux deux ailes : Poniatowski près du vieux chemin de Smolcnsk; Eugène, renforcé par deux divisions du premier corps et la cavalerie de Grouchy , à cheval sur la Koloeza derrière la Voina, à 6oo toises de Borodino. Au centre : en première ligne Davout (a divisions) et Ney couverts chacun par une contre-batterie de a4 pièces opposée aux redans; en seconde ligne, Murat et Junot; en troisième ligne à gauche de la redoute, la jeune garde et la division Friant du i" corps; enfin, en réserve, derrière la redoute, la vieille garde. Malgré la brume qui rendait l’obscurité profonde , les mouvemens s’exécutèrent avec la précision habituelle et l’empereur vit avec joie, aux feux de l’ennemi, que Kutusof ne changeait rien à ses dispositions.
Les premières lueurs du jour dissipèrent le brouillard, le soleil se leva resplendissant et Napoléon s’écria : Voilà le soleil d’Austerlitz! A ce moment les troupes ayant pris les armes on lut la proclamation suivante, noble pendant des homélies de Kutusof.
« Soldats, voilà la bataille que vous avez tant dcsii^ée! désormais la
biS GUJüHKES D£ LA RÉVOLUTION,
victoire dépend de vous ; elle nous est nécessaire , elle nous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la pa* trie. Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, à Witepsk, à Smolensk, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans celte journée ; que l’ou dise de vous : a 11 était à cette « grande bataille sous les murs de Moscou, a
Ausitôt le canon de la batterie de droite donna le signal et la première ligne s’ébranla aux cris mille fois répétés de vive l’empereur! Poniatowski était chargé d’ouvrir le défilé de la forêt; le centre, de déblayer d'abord l’intervalle entre les bois et Scmeuowskoi eu emportant les deux redans et la llèche; la gauche, de se porter dans Borodino, puis de passer la Koloeza assez vivement pour donner le cbauge à Kutusof, pour lui faire croire que l’armée portait son effort sur la grande roule de Moscou.
On con^;oit avec quel désavantage les Français engageaient l’action, exposés, sur un terrain entrecoupé, au feu de batteries bien épaulées. Davout fut le premier aux prises et, dès l’abord, la vivacité des coups fit prcAsenlir une lutte cruelle. Ses colonnes longeaient la lisière des bois, précédés de 3o bouches à feu destinées à écraser le fianc du premier j'cdaii. Elles marchèrent lentement retardées par la difficulté de transporter l’arlilleric, cependant elles débordèrent la tête de la position ennemie. Compans franchit vivement l’espace entre le bois et le retranchement dont il se rendit maître; mais il tomba grièvement blessé et ses troupes furent ramenées. Duplain, Dessaix, Rapp qui prirent tourà-tour ce commandement périlleux eurent le même sort. Le maréchal lui -même venait d’être renversé de cheval, lorsque les progrès de Ney changèrent la face de ce combat acharné. Soutenu par toute la seconde ligne, il força le passage de l’Âguitza, couronna les hauteurs, fit bravement reculer Bagration et isola la batterie qui vomissait un feu si meurtrier. Les troupes du premier et troisième corps y pénétrèrent en même temps des deux côtés. Les Russes prétendirent la reprendre; on les culbuta et l'on enleva le second redan. Us s’avancèrent de nouveau pour disputer cette double conquête; mais Murat, débouchant entre les redoutes dont le feu le secondait, fournit de brillantes charges et déblaya leurs flancs jusqu’à la Semenowskoa. L’élan était donné, la cavalerie de Latour-Maubourg, franchit le ravin, sabra les canonniers de la batterie de Semenowskoa et resta maîtresse de la position.
Cependant quatre heures s’étaient écoulées et le champ de bataille n’était pas encore ouvert. L’ennemi cédait le terrain, mais sans désordre et l’on voyait son centre, ses réserves, se porter sur sa gauche relevés, dans leurs postes primitifs, par sa droite. Le plau de l’empereur était
NEY (Michel),
S.r«loui., le lo j.n.ier i,69—IT,nc. de 1. Mo.kowe. M.récUl de Fr.oce -Co.deumo . mari par la Cliambre dea Paire, et foHlIé le 7 dccemlire i8i5.
Bataille de la Motluma.
Digilized by C'iobgle
démasqué, 1rs deux années allaient se faire face et la chance des grandes manœuvres étant perdue, la victoire appartenait aux plus intrépides. A l’aile droite Poniatowski avait pris et s’etait laissé reprendre le mamelon d'Ustiza. A gauche le vire-roi, après avoir enlevé Borodino, que les Russes incendièrent en l’évacuant; après avoir passé la Koloeza ou il n’avait pu d’abord se maintenir, était entré, à la suite d’un rude a.ssaut, dans la grande redoute. Mais l’effort désespéré de deux divisions adverses l’en avait repoussé. Ainsi, sur toute la ligne, le succès était indécis et Kutusof se disposait à ressaisir partout l’attaque.
Son but était de rentrer dans les retrancheraens et positions enlevés par Ney, Murat et Davout; il s’appuyait à gauche sur Ustiza , sur la flèche qui dominait les deux redans, sur les ruines de Semenowskoi, au centre sur la grande redoute, sur les batteries de Gorka. Le but de l’empereur était de forcer ces derniers retrauchemens et de brusquer l’assaut avant l’entier déploiement de la droite ennemie.
Junot eut ordre de renforcer Poniatowski , Davout et Ney de se glisser entre la flèche et les bois pour déborder la gauche de Ragration, Friant d’emporter la flèche, Murat de lier Ney et Friant au moyen du corps de Nansouty et de faire passer à la gauche de Latour-Maubourg, Montbrun pour escalader la grande batterie que le vice-roi devait aborder de front.
Le pas de charge retentit depuis Ustiza jusqu’à Borodino. L’aile droite prit l’ascendant; Davout, Ney, Nansouty, firent plier Bagration, Friant enleva bravement la flèche, puis, sans s’arrêter, il passa le ravin et se rendit maître de Semenowskoi. Mais on échoua encore devant la fatale batterie du centre. Comme Montbrun s'élançait au galop un boulet l’atteignit mortellement, sa troupe s’arrêta et le vice-roi se borna à soutenir contre les Russes un feu violent.
Dans cet instant critique, Napoléon songeait à faire avancer la garde lorsqu’on apprit qu’une nombreuse cavalerie débouchait de la Koloeza sur le flanc gauche de l'armée d’Italie , les premiers rangs pliaient devant elle, et toute l’aile gauche était en alarme. A cette nouvelle Napoléon suspendit le mouvement général et fit passer au vice-roi une division de renfort. Mais on comprit bientôt que ce n’était qu’une alerte dont Kutusof avait profité pour mettre en première ligne des troupes fraîches et préparer un dernier effort.
On le prévint en se portant contre la grande redoute. Les cuirassiers de Montbrun, commandés par Caulaincourt , s’y précipitent; soutenus par le feu d’une batterie de 8o pièces, qui les lient avec Friant, ils percent les lignes du centre , renversent tout sous leurs pas , entrent dans les retrauchemens par la gorge, sabrent les canonniers et s’emparent des
630 GUERRES DE LA RÉVOLUTIOrC.
pièces. Les balterics de Gorki se tournent contre eux, ils sont criblés de boulets, leur général succombe, ils vont abandonner leur fatale conquête, lorsque Eugène , après s’être établi sur le mamelon, escalade les parapets du côté opposé et pénètre enlîti dans la redoute pour ne plus en sortir.
Il était temps , les masses ennemies se ruaient sitr Scmenowskoi. Friant Forme un de ses régimens en carré, les autres restent en réserve parmi les débris du village, la batterie de 8o pièces commence un feu roulant. Latour-Maubourg est derrière elle. Nansouty à droite, la division Roguet de la jeune garde en arrière, s’avancent pour le soutenir au besoin. Le choc est effroyable, on se mêle, l’infanterie russe reçoit la mitraille à bout portant, la cavalerie fond sur le carré de Friand qui reste inébranlable. Cependant les colonnes de Davout et Ney continuent leurs progrès sous le feu redoublé des canons de Bagration. Depuis le bois jusqu’à la grande redoute on croise la baïonnette et sept cents pièces ouvrent, dans ces rangs confondus, d’horribles sillons. Enfin les Français triomphent. Ney qui doit être salué du titre de prince de la Moscowa, Ney frappe au cœur la gauche , y fait une large trouée et les Russes sanglans, mutilés s’éloignent pour se reformer derrière le ravin qui se jette près de Gorki dans la Stronizza.
L’empereur fut alors vivement sollicité de faire donner la garde qui, jusque-là, n’avait pas brûle une amorce. Il s’y refusa, ne sachant si le lendemain il ne faudrait pas livrer une seconde bataille. Il renonça , non sans regret, à attaquer Gorki, et satisfait d’avoir condamné les ennemis à s’entasser, sous le feu de son artillerie, dans une position où il leur «?tait impossible de se déployer, il borna là sa victoire et il les fit canonncr jusqu’à là nuit.
Ce fut alors que Rutusof, informé de l’énormité dè ses pertes, fit battre la retraite. Il avait 5o,ooo hommes hors de combat, les Français ao,ooo.
Les vaincus abattiJs, consternés, ne purent se raffermir en avant dé Moscou, On les suivait de près. Jonot était resté à la garde des blessés. Le vice-roi en longeant la rive gaüche de la Moskowa , Poniatowski par Vercia et la roule du sud, les autres corps par celle de Smolensk arrivèrent sous les murs de l’ancienne capitale de la Moscovie, sans aûire engagement qu’une courte affaire d’avant-garde à Mojaîsk.
Kutusof ne l’avait pas entièrement évacuée lorsque Murat et Eugène se présentèrent aux portes de l’ouest et du nord. Pour éviter de grands désastres, ils suspendirent Urt moment les hostilités: puis, lorsque ICs dernières colonnes ennemies eurent disparu à l’est, dans la direction de Rolomna, ils prirent possession de cette immense ville. A la vue de ses
CAMPAGNE Dfe 1SÎ2. Uiï
tours, de ses palais, de scs dômes dores, privations , fatigues, combats, tout fut oublie. On se livra à la joie du triomphe, à l’espoir d’une prompte et glorieuse paix, et l’on déüla en chantant la Marseillaise, inspirée, il y avait vingt ans, par les dangers de la frontière.
Pendant deux jours on fut maître de toutes les richesses que renfermait Moscou. Peu d’habitans en étaient sortis. Dans les palais de la noblesse on trouvait des lettres de recoininandation pour les officiers qui les occuperaient. Les nombreux domestiques, le mobilier n’avaient point été évacués. Mais ces apparences pacifiques cachaient les apprêts d’un de ces sacrifices énergiques qu’on ne peut trop admirer lorsqu’ils sont volontaires de la part de ceux qui en souffrent, mais que le succès même ne justifie pas, lorsqu’ils puisent leur source dans le mépris d’un pouvoir impitoyable, pour la fortune ou la vie des masses.
Dès le lendemain de l’entrée des Français le feu éclata dans plusieurs quartiers; on crut à quelques accidens suite du désordre de la conquête. Le jour suivant l’incendie devint général; animé par une tempête il s’étendit rapidement dans une ville construite en bois, renfermant une quantité de matières combustibles. On courut aux pompes, elles étaient enlevées. Les habitans au désespoir s’enfuirent dans les bois, plus de 100,000 âmes, ne trouvant point d’asile, périrent de misère. Il ne resta que la dernière populace pour se livrer au pillage. Pendant cinq jours Moscou ne fut qu’un océan de feu, qu’un séjour de désolation et de crimes. Enfin une pluie abondante ralentit les flammes dont, six jourâ après on se rendit tout-à-fait maître.
A la faveur du trouble que cette catastrophe avait jeté parmi l’armée française , Kutusof exécuta une habile manœuvre. Il tourna autour de la ville embrasée, et se porta de bronnitzi à Taroutino où il établit son camp à cheval sur la route du sud, menaçant celle de l’ouest.
Ainsi Moscou cessa tout à-Ia-fois d’être une position militaire et politique. Cependant les églises, le Kremlin et le dixième environ des maisons étaient intacts. On avait sauvé d’immenses ressources. L’armée si long-temps privée de vivres et d’abris avait besoin de repos. 11 fallait faire halte. Un simulacre de négociations cacha les vrais motifs de son inaction ; et au Heu de marcher à Kutusof elle se mit sur la défensive autour des ruines de Moscou. Eugène observa les routes du nord où se montrait un nouveau corps commandé par Winzingerode. Ncy prit position sur la route de l’est , Murat sur celle du sud en présence du camp de Taroutino.
GUERRES DE LA RÉTOLÜTIONi
op£ratiows sur le buo.
L'arnce de Molda»ie entre en ligne (n leplembre). — Occupe Bulkotr ( octobre). — Combit de
Biala(i9}.
On restait maître du cours de la Dwina, mais au sud les dvènemens priretit un aspect sinistre. I^oin de pou.sscr jusqu’au Boryslhène, Scliwarzenbcrg, après la bataille de Gorodeczna , ne poursuivit point Formasof au-delà du Styr. Il apprit à Lutsk que l’armée de Moldavie était en mouvement et aussitôt il ordonna la retraite. Jetant à gauche sur le Pripet à l’entrée des marais, la division Siegenthal, il s’échelonna de Lutsk à Wladimir.
L’armée de Moldavie entra en effet en ligne, en se déployant sur le haut Styr. L’amiral Tchitebagof avait remplacé Kutusof dans son commandement , il avait rallié les débris de Tormasof et il s’avançait à la tête de 60,000 hommes. Il prit l’attaque en débouchant de Lutsk. Les dispositions des Austro-Saxons, comme corps défensif, étaient vicieuses. Leur mission, à défaut des succès qu’on pouvait attendre d’eux était au moins de flanquer la droite de la grande-armée et de couvrir Minsk. Du moment où Scbwarzenberg avait cessé d’opérer contre Tormasof il devait se disposer à défendre les lignes de la Mucbawess et de la Pina ; au contraire scs forces tendaient à se concentrer sur le Bug à Wladimir. Siegenthal seul détaché, à gauche en arrière, à trois journées de marche, occupait les postes qu’il eût dû sc réserver. L’amiral profita de l’ouverture pour pénétrer en masse, entre le Bug et le Pripet de manière à déborder
les deux corps opposés. Pour éviter d’étre eoupé du général en chef, Siegenthal remonta, au nord, de poste en poste jusqu’à Proujani, dans le même temps que Schwarzeuberg descendit le Bug, par la rive gauche et s’établit à Brzesc*Litowski. Toutefois ils se laissèrent prévenir. L’ennemi , après avoir côtoyé la marche du corps principal , appuyant brusquement à droite, enleva Bulkowa, se mit à cheval sur le Muchawess et continua à pousser Siegenthal qu’il ne laissa respirer qu’à Bialistock.
Arrivé à Brzesc, le prince autrichien pouvait encore réparer sa première faute en se portant tout entier sur sa gauche; mais il parut plus préoccupé des dangers de Varsovie que de ceux de Minsk , et, s’alignant sur son lieutenant , il se forma de Wengrow à Bialistock. Cet inconcevable mouvement, dont le secret est sans doute enseveli dans les archives du cabinet aulique, défendait imparfaitement le grand-duché et découvrait les routes du Borysthène. L’amiral, en attendant les évènemens cantonna son armée de Brzesc à Proujani. U se borna à tâter la ligne Austro-Saxonne, mais ses partis ayant reçu à Biala un rude échec il se tint dans l’inaction.
RETB.UTS UB UOSCOU.
Départ deMoicoo (19 octobre). — ttalaittede Malo* Jaroalawetz (04).— Combat de Vtaxma(S novembre).— Arrivée i Dorojobouje (6).' — Smolemk (g), — Bataille de Krainoi (16, 17,18, 19),
Cependant l’empereur préparait l’armée à de nouvelles épreuves. On avait fait le relevé <i^ la température des vingt deruières années; on sa-
hik GUERRES DE LA REVOLUTION.
vait que, terme moyen, les grands froids n’arrivent pas avant la fin de décembre. Rien ne semblait donc imposer la nécessité do rentrer en opérations avant d'avoir pourvu au salut des blessés, des malades, avant d’avoir vigouraisenicnt réorganisé les coinbattans.
Enfin, un mois et cinq jours après l’occupation de iVIoscou, commença la mémorable retraite dont les dé.snstrcs ont amené la coalition dans Paris.
l^a première difficulté il vaincre était de déijorder Rutusof qui tournait le dos au Niémen et de placer le front des deux armées en sens invci-se. Elles étaient à-peu-près égales en nombre (8o à 1 00,000). Mais la grandearmée, d’ordinaire si mobile, avait été obligée d’appesantir sa marche pour escorter une innombrable file de voilures transportant des vivres, des munitions, des blessés, des malades et les familles françaises qu’on avait trouvées à Moscou. I^a cavalcrieavait souffert et les attelages étaient dans un déplorable affaiblissement. IjCS Russes , au contraire, avaient mis le temps à profil pour réparer leurs pertes. Déjà , ils s’étaient crus assez forts pour déboucher du camp de Taroutin et attaquer, au mépris d’une suspension d’arincs, les cnntonnemens de Murat à qui celte écbauffourée avait coûté 2000 liomnies cl 1 2 pièces de canon.
Napoléon sc servit de cette circonstance pour tenter de masquer son mouvomenl sur Smolctisk. 11 laissa dans le Kremlin , Mortier avec la jeune garde qui rejoignit le .surlendemain , et, tandis qu’Eugène sortait de Moscou par le cbcniin de liorowsk pour loiiriicr par la gauche le camp de Taroutin , il porta rarmée entière sur le front de Rutusof , comme s’il eût voulu le punir de son agression et lui offrir la bataille.
Parvenu à Krasnoi , il donna l’ordre au roi do Naples de se déployer devant l’ennemi , puis, appuyant à droite, il gagna le chemin que frayait l’armée d’Italie. Tout semblait aller à souhait: l’avant-garde du vicc-roi avait déjà saisi Malo-Jaroslawctz , ville située sur les escarpemens de la 1 rive droite de la Protiva , 8 lieues plus au sud que Taroutin. Encore deux journées de marche et l’on atteignait K.alouga,d'où l’on espérait gagner Smolcnsk en remontant la vallée de l’Ougra que les armées n’avaient encore ni parcourue , ni épuisée.
Mais les partisans de l’ennemi étaient répandus sur toutes les routes.
Ils avaient éclairé la manœuvre du vice-roi, et Doctorof s’était mis à le côtoyer en suivant le chemiu de Taroutin à Kalouga. Quoique prévenu sur la Protiva, le général russe se rabattit sur iUalo-Jaroslawetz , et s’y présenta assez nombreux pour enlever les deux bataillons qui l’occupaient.
Eugène accounit avec le 4’ corps , et après un combat sanglant, du* raat lequel, d’un côté, les 80,000 hommes de Kutusof, et , de l’autre,
Digife
Davout et la garde intervinrent successivement , il resta maître des débris de la ville qui fut incendiée, et où les Russes perdirent 8000 hommes.
Les Russes se i*etirèrcntau sud , mais la grande-armée avait remporté une victoire stérile. Kutusof était toujours à cheval sur la ligne de retraite où on avait cherché à le devancer. Il avait sans doute dans cette contrée inconnue des positions où il faudrait lutter encore. Une défaite compromettrait tout, et de nouveaux combats même heureux, ne feraient <|u’entraver une longue marche en augmentant le nombre des blessés. L’empereur avait un meilleur parti à tirer de cette rencontre fatale. C’était de renoncer au plan qu’elle avait dévoilé et de donner le change à son adversaire en reprenant la route de Mojaïsk. Il s’y décida, non sans anxiété. L’armée remontant au nord , traversa Vereïa et rejoignit les chemins dévastés qu’elle avait naguère parcourus , par le champ de bataille de la Moskowa encore sillonné des empreintes de celte grande lutte. Il lui restait l’espoir d’arriver avant Kutusof à Smolensk. Le vieux feldinaréchal perdit ses traces. Après trois jours d’hésitation , durant lesquels il manœuvra de manière à couvrir Kalouga , il sut enfin que les Français lui échappaient. Il ordonna à Platofde s’élancer sur leurs pas, à Milora> dowich, de prendre a 5, 000 hommes , de courir à Gjat , de les rompre par le liane, tandis qu’il s’ébranlait par la route de Medyn à Suleîki pour les déborder et saisir avant eux cette ville de Smolensk dont l’occupation semblait devoir être décisive. Cependant on gagna pays. Miloradowich , malgré son activité, fut devancé à Gjat, et lorsqu’à Viazma , il atteignit l’arrière-garde, elle fit volte-face; des renforts survinrent, on livra un combat furieux où la victoire fut encore fidèle aux troupes françaises. Elles atteignirent trois jours après Dorogoboujc où elles repoussèrent encore un houra de cosaques.
On respirait , on touchait à Smolensk , à Witepsk , à cette ligne de Cantonnemens que gardait Victor et où la prévoyance de l’empereur avait accumulé des approvisionnemens de toute nature. On avait souffert , mais on entrevoyait le terme de ses maux et l'on avait eu du moins la joie de tenir en respect, de culbuter l’ennemi.
Ce fut à ce moment d’espoir que l’armée reçut le coup mortel. Depuis plusieurs jours , le froid avait commencé à l’assaillir. Déjà nombre de traîneurs, exténués par la marche et les privations, avaient jeté leurs armes ; déjà, le passage des malheureux Français était marqué par une longue file de voitures, de canons abandonnés, de blessés, de malades expirans, de corps sans sépulture, lorsque dans la nuit du 6 au 7 novembre, la température descendit subitement au degré des plus rigoureux hivers. Nuit funeste où des milliers d’hommes périrent, qui tua
presque tous les chevaux, désorganisa les convois et acheva de rompre les rangs.
Ijc surlendemain, l’avant-gardc entra dans Smolensk. Ëtaiuil permis de s’y arrêter ? Etait-ce là que commençaient les quartiers d’hiver? Eugène s’était détaché à droite pour pénétrer jusqu’à Witepsk, à gauche, on allait rallier Victor dont une division (Baraguey-d’llilliers) devait se trouver à Jelnia. Pourraient-ils flanquer assez fortement l’armée pour lui donner un instant de relâche ? mais à chaque pas on apprenait de nouveaux désastres. Victor avait été appelé au secours de Saint-Cyr que Wittgenstein pressait trop vivement, et l’on ne pouvait non plus compter ni sur Eugène, nisurBaraguey-d’IIilliers. Celui-ci, dans le même temps que son appui était si nécessaire, se laissa surprendre par Kutusof qui , depuis Suleïki, suivait latéralement la grande-armée, il perdit une des ses brigades et fut ramené en désordre sur les troupes qu’il avait mission de raffermir. Le même jour, Eugène engagé dans des chemins affreux, fut arrêté par le cours du Wop, ruisseau lorsqu'il l’avait franchi, il y avait trois mois, maintenant torrent impétueux. Il essaya vainement de jeter un pont ; cependant les cosaques accoururent. Pour les combattre en sûreté, il fallut passer sur l’autre rive , il fallut s’y glisser à l’aide de glaçons; il fallut sacrifler convois , canons, blessés, malades et traîneurs. A Dukhowszina, le vice-roi, informé que Witepsk était depuis deux jours au pouvoir de Wittgenstein, se rabattit sur Napoléon, toujours harcelé par les cosaques, et non sans éprouver des pertes continuelles.
Ces coups étaient accablans. On était déborde par Rutusof et par Wittgenstein ; Smolensk n’était plus tenable. Toutefois, on se compta et l’on comprit que tout n’était point perdu. Il restait 4o,ooo hommes sous les armes. Quelques jours de halte facilitèrent l’écoulement des bandes désorganisées et suflirent à reformer les colonnes de marche. Enfin , le i4> les troupes commencèrent à défiler de la ville bien différentes d’ellesmêmes, alors qu’elles en étaient sorties naguère si brillantes et si nombreuses. Mais dans leur détresse , elles inspiraient encore une crainte respectueuse au vieux Kutusof qui ne put se résoudre à les aborder.
L’empereur avait prévu la circonspection de son adversaire et il avait osé se diviser en quatre corps destinés à cheminer à une journée de distance. Venait d’abord la garde, forte encore de 1 6,000 hommes , qui trouva Krasnoi occupée par une division russe ; mais à la vue de ces hommes énergiques, marchant musique en tète, drapeau déployé , l’ennemi de lui-même ouvrit le passage et sc hasarda à peine à les canonner de loin. Ils s’établirent dans la ville où l’empereur s’arrêta.
Le lendemain parut Eugène (7 à R,ooo), devant qui la route s’était refermée. Müoradpwich lui faisant face avec ao,ooo hommes cnit prendre
une revanche de Yiazma : il le soimna de déposer les armes. Cette insolence eiiilamma tous les courages; on se battit en désespérés jusqu’au soir. On réussit alors à tourner la droite de l’ennemi et à rallier la garde.
Le troisième jour, ce fut îc tour de Davout ( 1 0,000) : Kulusof , honteux de sa faiblesse, se déploya en6n tout entier, résolu d’enlever au moins un corps d’armée. Mais, au bruit du canon , l’empereur sortit de Krasnoi avec la garde et le vice-roi. Ces vaillantes troupes, rivalisant d’audace , portèrent aux Russes de si profondes atteintes qu’ils reculèrent frappés de stupeur , et laissèrent échapper le maréchal.
Tfey seul était encore en arrière (6000). On ne pouvait l’attendre qu’au risque d’une affaire générale qu’on ne pouvait livrer avant de saisir les ponts du Borysthène. Napoléon, plein de confiance dans la résolution du prince de la Moskowa, donna l’ordre de marcher sur Orcha.
L’avant-garde de Ney se présenta le 1 9 , au soir, à 3 heures près do Krasnoi. Elle trouva la route barrée par des forces décuples , et elle fut accueillie par le feu de 5o pièces, en batterie derrière un ravin. Elle se replia sur le maréchal qui accourut , fit battre la charge et se précipita furieux sur la première ligne. Les Russes furent rompus , mais ils furent à l’instant remplacés par des troupes fraîches et la terrible batterie continua son feu. Jusqu’à la fin du jour, Ney renouvela scs audacieuses attaques. Enfin, désespérant de percer à travers ces masses épaisses qui réparaient si facilement leurs brèches , il ordonna la retraite et, à la grande surprise des siens et de l’ennemi, il reprit la route de Smolensk. Bientôt, il la quitta pour se jeter par sa droite , le long des bois qui s’étendent en avant de Krasnoi. Les Russes, certains de lui faire rendre le lendemain son épée , ne le poursuivirent point, et sa troupe , rassurée par sa fière contenance, chemina silencieusement sans se rendre bien compte de scs desseins. Ils ne tardèrent pas à se dévoiler :au bout de deux lieues démarché, par une nuit obscure et brumeuse qui annonçait le dégel, ou atteignit les bords d’un fleuve encore glacé. C’était le Dniéper ! Un élan de joie ranima les cœurs et l’on se mit à la recherche d’un passage pour les bagages et l’artillerie. Mais, ô douleur! la glace commençait à fondre , elle ne put supporter le poids des voitures qu’il fallut abandonner. Les hommes abordèrent l’autre rive en se plongeant dans l’eau jusqu’à mi-corps. Avant le jour, on était hors de péril. On fut encore harcelé par les cosaques de Platof qui , depuis Smolensk , suivaient la rive droite ; mais le maréchal les tint sans peine en respect, et il rejoignit à Orcha ses frères d’armes qui le comblèrent de témoignages d’amitié et d’éloges bien justement mérités.
On avait devancé les Russes sur la rive droite du Borysthène. La tem-
638 GUERRES DE LA REVOLUTIOiN.
p^ralure était devenue plus douce. Orcha avait fourni un parc d’artillerie, des vivres, enfin on approchait des grands approvisionneinens de Minsk. Kutiisof épuisé lâchait prise; si AViUgenstein , si Tchichagof avaient été contenus comme lui , la retraite était glorieusement terminée. On allait SC concentrer sur la Bérésina , rendre des armes à 60,000 traîneurs et réorganiser aoo,ooo hommes au sein de l’abondance et du repos. Mais de quel douloureux effroi l’armée est frappée ! Minsk est au pouvoir de l’ennemi. L’amiral occupe Rorisof et intercepte le passage de la Bérésina. lia fortune a trahi partout l’espoir de l’empereur.