NAPOL
Wellinglon et Blucher étaient liés entre eux par plusieurs communications dont la plus directe est la route de Nivelles à Namur. Cette route se croise aux Quatre-Bras et Soinbref avec celles qui conduisent de Cliarleroi à Namur par Fleurus et Geiubloux ; à Bruxelles par Mont-.Saint- Jean; à I.iège par Gembloux et Vavi-es. Il résulte de là que Napoléon, en se formant des (^uatrc-Br.as à Sombref, se fût jeté tout entier entre ses deux adversaires , prêt h faire tomber sur l’un ou sur l’autre, selon l’occurrence, le poids de son épée.
Tel était sou plan, et l’ordre de marclie était combiné de telle sorte que la Sambre pût être franchie à midi. On espérait, dès le même jour, s’étendre jusqu’aux deux positions. Mais sur la rive droite de la rivière on fut contrarié par le mauvais élut des chemins. rupture du pont de Charleroi fit un nouvel obstacle. Il y eut encore sur l’autre rive des retards occasionés autant par de fatales indécisions que par la résistance de l’ennemi.
La droite de Zietlien (10,000) se retira par la route de Bruxelles : luimême avec le centre et la gauche (aa,ooo) par celle de Gembloux. Ncy, qui venait de recevoir le commandement de l'aile gauche, prit le a‘ corps et poursuivit la première colonne. Yandamme et Grouchy s’attachèrent aux pas de la seconde. Ces derniers, à 3 heures, se heurtèrent contre Zietheu dont le front était couvert par un ravin adossé à des bois. Ils crurent avoir affaire à toute l’arniée prussienne , et ils perdirent deux heures à délibérer. Enfin l’empereur, survenant, reconnut le terrain et ordonna la charge ; les Prussiens ne soutinrent pas le choc, les escadrons de service rompirent les carrés qui masquaient la retraite et déterminèrent le général ennemià la prolonger jusqu’à Fleurus. Au bruitdu combat, Ney , incertain , siispcnditsa marche et ne la reprit qu’après que la canonnade eut cessé. Alors il aborda Gosselirs où l'attendait la division prussienne; il la culbuta, la fit sortir par le chemin de Flcurus, lança contre elle en avant-garde la division Girard et poussa une autre avant-garde à Frnsncs que les postes anglo-hollandais évacuèrent.
La journée finissait et l’on n’avait pas atteint les positions qu’il eût été si important de saisir. Le lendemain , il fallut combattre sur les deux points. A l’aube, l’ordre fut expédié à Ney de consacrer l’effort de toute l’aile gauche à s’emparer des Quatre-Bras. Maître de ces hauteurs où les routes se croisent, et qui sont resserrées d’un côté par des bois, de l’autre par les ravins d’où s’échappe la Dyle, le maréchal devait contenir tout ce qui se présenterait de l’armée anglaise devant cette position. Cependant l’empereur, avec le centre, la droite et la division Girard, espérait surprendre Blucher , en échelons allongés sur la route de Namur et le frapper d’un coup mortel.
Nos tirailleurs repoussèrent de Fleurus ceux de l’ennemi. Au sortir de ce bourg , ils aperçurent une armée entière en bataille au-delà du ravin de Ligny, presque parallèlement à la chaussée à laquelle elle se rattacliait parsa gauche. L’cmpcieur accourant, reconnut une masse de8o,ooo hommes. C’étaient les trois premiers corps de Blucher ; la droite tenait le village de Saint-Aniaiid, leccuire Ligny, la gauche Sombref. Le feld-maréchal, après avoir averti Wellington, s’était rangé en i" ligne de l’année anglaise, qu’il attendait par la route des Quatre-Bras, ne doutant pas de tenir assez pour lui donner le temps d’intervenir, rallier Bulow et opposer aux iao,oou Français près de aoo,ooo hommes.
Le terrain depuis le ruisseau jusqu’à la crête des collines qui encaissent la Sambre, monte en amphithéâtre, et l’on pénétrait à fond dans les dispositions de l’ennemi. L’empereur y puisa l’une de ces combinaisons d’où naissent les succès décisifs. 11 fit balle à cheval sur la chaussée, perpendiculairement à la ligne de bataille de son adversaire , dont son extrême gauche (division Girard) menaçait le flanc droit ; et il prescrivit à Ney d’enlever rapidement les Qualre-Bras; puis, lorsqu’il en aurait pris possession, de lancer a la hâte, par la chaussée de Sombref, 8000 hommes, aooo chevaux, a8 pièces, de manière à tomber, au fort du combat, sur les derrières de Blucher. 11 était lo heures, il y a des Quatres-Bras à Ligny trois lieues; on pouvait donc accorder au maréchal 4 à 5 heures pour opérer son mouvement. On suspendit pendant ce temps l’attaque et eu se masquant des plis du sol , on déroba au général ennemi les apprêts offensifs.
A deux heures , l’empereur donna le signal : l’armée, sauf la division Girard, changea de front l’aile droite en avant et se rangea à a portées de canon des Prussiens : le 3» corps pour marcher sur Saint-Amand; le 4^ sur Ligny, la cavalerie sur Sombref; la garde se mit en réserve entre la gauche et le centre ; le 6' corps eut ordre d’avancer pour servir de réserve générale.
La conversion opérée, ou s’ébranla au pas de charge, ou replia l’ennemi au-delà du ravin , on enleva la portion des villages qui se trouvent sur la rive droite.
1.KV division Girard étant restée en potence sur sou aile droite , Bluchcr conjectura qu’on voulait surtout peser de ce côté pour le forcer de se retirer sur Namur. Il avait conféré dans la matinée avec Wellington dont il avait reçu la promesse d’un secours immédiat de 40,000 hommes. Décidé à ne point reculer, il fit reprendre Saint-.\mand qui lui parut la clef du champ de bataille. L’empereur, désirant entretenir son erreur, ébranla à la-fois (Ürard et V'^andamnie pour pénétrer dans ce village, par le ravin. Il y eut là un rude choc, Girard reçut une blessure
mortelle, mais la position fut enlevée et les Prussiens plièrent au milieu d’un effroyable carnage.
A ce moment, l’empereur, impatient des lenteurs de Ncy, entrevit sur le terrain même, l’occasion de désorganiser l’armée ennemie sans attendre de diversion lointaine. Pour arriver à ce grand résultat, il lui suffisait de rompre le centre assez vigonrenscinent pour envelopper et anéanlirladroilealorsabsorbée parles progrès de VandammeetdeGirard.
Il forma en colonnes d’attaque, derrière le corps, la garde et les cuirassiers; il leur montre déjà Ligny qu’ils doivent emporter brusquement , lorsque une étrange rumeur se manifeste à l’e.vtrême gauche. Les soldats de Girard ont vu au sommet du plateau , sur l’ancienne chaussée romaine, une forêt de baïonnettes; ils craignent pourFleurus; ils abandonnent leur position pour couvrir la ligne de retraite. L’empereur hésite : est-ce en effet une colonne anglaise victorieuse de Ney ? Est-ce un détachement du maréchal? .Avant que ce doute soit éclairci, pendant qu’un de ses aides-de-camp s’élance au-delà de Fleurus , il arrête sa garde et suspend le combat. Bluchcr, non moins ému , détache à droite une partie de sa cavalerie.
Au bout d’une heure on rapporta que c’était le premier corps. Comme il débouchait de Frasnes, marcliant sur les Quatre-Bras il est rencontré par l’oflicier d’état-major qui portait à Ney les instructions de l’empereur; cet officier crut saisir le moment : il fit changer de direction à la tète de colonne, et il persuada facilement à Drouet qu’il s’agissait de mettre Bluchcr hors de combat.
Ces heureuses nouvelles ranimèrent toutes les espérances. On reprit aussitôt le mouvement sur Ligny , pendant que la division Girard rentrait dans Saint-Amand. 11 était alors 7 heures : l’infanterie du corps franchit le ravin, appuyée par la garde et les cuirassiers; et l’on engagea dans les rues du village un combat long et furieu.\. Le centre ennemi , scs réserves, furent tour-à-tour écrasés. Blueher, renversé de c’ncval, n’échappa tout meurtri qu'à la faveur de l’obscurité. Il était nuit close, on ne pouvait plus manœuvrer et, à la grande surprise de l’armée, l’intervention de Drouet, qui ne semblait pas douteuse, se fil à peine sentir à cet instant crititpie. Les Prussiens vidèrent le champ de bataille, où ils eussent dû être détruits. Ixinrs pertes toutefois furent énormes: elles s’élevèrent à a5,ooo hommes, 8 drapeaux canons. Les Français eurent 7000 tués ou blessés. Dès le soir iis occupèrent les sommets des hauteurs et la ville de Sombref.
Cependant le défaut decoopération de Ney, le peu de vigueur du coup porté par le C corps, les moniciis précicicx (pfon avait perdus à les attendre, mêlèrent à la joie du triomphe de cuisans regrets. Pour
expliquer ces contre-temps qui ont eu sur les destinées de la France une
inlluence si funeste, il faut se reporter aux opérations de l’aile gauche.
Elle avait passe la nuit : le ■i<’ corps à Gosselies, le premier en avant de Cliarlcroi. Au jour l'avant-garde se mil en marche; à 8 heures le a* corps était déployé à Frasnes en présence de l’eunemi; la matinée s’écoula en reconnaissances. Noy réduit par le départ de Girard, à i8 ou ao,ooo hommes ne se souciait point d’ouvrir le feu avant la réunion de toute son armée. Enfin , vers deux heures, il sc décida à l’attaque. C’était trop lard; les alliés qui d’abord ne lui opposaient que 8000 hommes en curent une demi-heure après 18,000. Néanmoins il gagna sur eux , sa cavalerie pénétra jusqu'au nœud des deux routes; mais d’instant en instant leur nombre s’accroissait et à 5 heures, il dut tenir tête à [\!i,ooo combattans. Forcé de reculer à son tour, il eut besoin de toute sa fermeté pour n’êtrc ni débordé, ni rompu. A ce moment pénible, il apprit h-la-fois les desseins de l’empereur et la direction qu’on avait imprimée au 1'' corps. L’urgence de sa propre position l’emporta sur la situation générale : il donna à Drouet l’ordre impératif de revenir à Frasnes. Drouet obéit, sa division de droite seule continua à marcher sur le champ de bataille de Ligny où elle fut paralysée par la cavalerie de Blucher. Le reste n’arriva au secours du a' corps que lorsque le combat et le jour finissaient. Ainsi le i'^'' corps iic fut utile nulle part, et le résultat de celle double action fut loin de satisfaire aux exigences du moment. L’armée prussienne ne fut point désorganisée, et l’armée anglaise, affaiblie d’une perte à-pcu-près égale à celle de Ney (4 à 5ooo), tint encore ces défilés des Qualre-Bras qu’il eût fallu lui enlever a4 heures plus tôt. Enfin la séparation entre les deux généraux ennemis fut loin d’être décidée.
Bluchcr marcha à travers pays une partie de la nuit en remontant au nord. Les règles lui prescrivaient sans doute de ne point quitter la chaussée et de sc retirer sur Namur. Mais d.ins l’état des choses il devait suivre une règle plus impérieuse; celle «le ne point s’éloigner de Wellington. En conséquence, il indiqua Vavres comme lieu de ralliement à scs colonnes.
Gepeudant les troupes anglo hollandaises continuèrent à arriver aux Quatre-liras, et le 17 presqu»! toute rarmée y eût été réunie si, h la nouvelle du désastre des Prussiens, le général eu chef n’eût fait battre en retraite sur Genappe. Pendant sa marche, il reçut deux dépêches de Blucher «(ui lui promit de le rejoindre le lendemain avec 70,000. Cet avis le délermina à faire ijalte sur le célèbre i)lalcau de Mont- .Saint-Jean.
Dès le malin du même jour, Ney était sous les armes en avant de
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Frasnes, attenJant de nouveaux ordres. On est surpris de voir ce general si impétueux, si intrépide, prendre si peu sur lui. A midi l’empereur, après avoir disjiosé de l’aile droite sous Grouchy (3*, 4°<^orps, l'dn cavalerie) pour poursuivre Dltichcr , vint le rejoindre avec le centre (G" coips, garde, a' corps de cavalerie) et lui prescrivit de pousser enfin en avant. On s’avança par un temps affreux en échangeant déposition en position quelques boulets avec l’arrière-garde anglaise. A six heures du soir, lorsqu’on eut dépassé Planchcnoit, l’ennemi, qu'une brume épaisse enveloppait, démasqua d’abord i5, puis 6o, pièces à mesure qu’on se déploya devant lui. On comprit que toute l’armée était là; mais il ne restait que 3 heures de jour et l’empereur remit l’attaque au lendemain.
Grouchy passa cette journée entière à chercher la direction des Prussiens. Le soir il venait d’établir son camp à Geinbloux, lorsqu’il aj>prit de la manière la plus précise qu’ils étaient à Vavres. Au lieu de s’y porter aussitôt, il jugea qu’il serait encore temps de partir aux premières lueurs du matin.
On bivouaqua dans les positions suivantes ; Wellington à droite et à gauche de Mont-Saint-Jean , quartier général à Waterloo ; Blucher autour de Vavres : Napoléon en avant de Planchcnoit; le quartier général à la ferme du Caillou; Grouchy à six lieues de là. L’intervalle entre les deux généraux coalisés était de deux lieues moindre qu’entre les deux colonnes françaises; mais cette différence était plus que compensée par le désordre où se trouvaient encore les Prussiens.
La pluie durant toute la nuit tomba par torrens. Au jour le ciel s’éclaircit, mais le terrain était trop détrempé pour se prêter aux mouvemens des chevaux et des canons. Vers dix heures, les officiers d’artillerie annoncèrent qu’il commençait à s’étancher. Sur-le-champ l’empereur, montant à cheval, reconnut les lignes ennemies et fit passer à Grouchy l’avis qu’il allait engager la bataille, lui prescrivant de pousser Blucher et de ne rien négliger pour lier ses communications avec; la droite de l’armée.
Wellington était rangé avec 80,000 hommes sur une colline longue de a5oo toises qui coupe obliquement de gauche à droite, la chaussée de Bruxelles à 5oo toises en avant de Mont-Saint-Jean et à une petite lieue de la ferme du Caillou. Son front était couvert par un ravin dont la pente aboutit au cours de la Lasnc. Sa droite s’appuyait au château d’Hougomont, le centre à la ferme de la Haye-Sainte qu’on avait crénelée, la gauche au groupe de bàtimens que composent les fermes de Papelottc, de la Haye et le hameau de Smohain.
L’empereur forma ses colonnes d’attaque pour les déployer en trois
lignes : 1° à gaudic Reille (a' corps) appuyant par sa cavalerie à la cliaussëe de Nivelles et de l’autre côté à la ferme de la Belle-Alliance; au centre Ney, faisant face à la LTine de la Haye-Sainte, avec 6a pièces soutenues par a divisions du i" corps; à droite Drouet, avec ses deux autres divisions et sa cavalerie, s’étendant jusqu’à la hauteur de la ferme de la Haye.
a° Eli seconde ligne à gauche les cuirassiers de Kellermann entre les deux chaussées : au centre le 6' corps savoir ; l’infanterie en colonne serrée par divisions à gauche ; la cavalerie en colonne serrée par escadrons, à droite de la chaussée de Charleroi; à droite derrière Drouet les cuirassiers de Milhaud.
3“ En réserve au centre;, à cheval sur la chaussée, les 24 bataillons d’infanterie de la vieille , moyenne et jeune garde ; ayant à droite la cavalerie légère et à gauche la grosse cavalerie de la garde.
Le nœud de la bataille était le bourg de Mont-Saint-Jean où se croisent les deux roules et qui masque le défilé de la forêt de Soigne. Le point d’attaque était la ferme de la Haye, lieu de jonction des années Anglaise et Prussienne. L’empereur s’était prépai'é à foi-cer la gauche de Wellington, puis à pousser jus(|u’à Mout-.Saiut-Jcan la formidable masse que formaient les trois lignes du centre. ÎMais la disposition oblique du terrain , l'appui que Wellington tirait des deux bâtiincns d’Hougoroont et de la Haye-Sainte , iinposaieiit la loi de faire tomber d’al)Ord ces deux postespar où, au moyen d’un simple changement de direction à gauche , on pouvait prendre en liane les colonnes en marche.
Vers midi la fusillade s’ouvrit à gauche : l'extrême division du 2® corps aborda le parc d’Hougomont, L’ennemi déploya (\o pièces et les gardes anglaises. On prit, on perdit plusieurs fois la position, enfin on fit avancer une seconde division qui donna l’ascendant à l’attaque.
Cependant dès les premiers coups de feu, l’empereur, dont les regards cherchaient avidement Grouchy, aperçut, près de Saint- Lambert, à deux lieues à droite, 5 à 6000 baïonnettes. Etait-ce l’avant garde du maréchal ou celle des Prussiens ? Il y allait du sort de la France, sans délibérer, on détacha à droite la cavalerie du 6' corps (3ooo) qui se rangea en potence à 3ooo toises sur tout le flanc de l’armée. On sut bientôt que CCS troupes appartenaient au corps de Bulow qui était parti le matin de Vavres à la tête de 3o,ouo hommes. L’empereur prit aussitôt le G' corps et l'envoya au-devant des Prussiens avec ordre de leur tenir têtes et de les attaquer s’il venait à entendre sur leurs derrières le canon de Grouchy. En même temps, il fit passer au maréchal un dernier ordre qu’il reçut trop tard et t|ui le sommait d’accounr pour écraser Bulow eu le mettant entre doux feux.
GÉR.UID (Étienoe-Haurice),
Msrri'lial (le Fran<* — Né • DsniTillier» (Mciuc) 1« * férnM 177*- Comb*t àm ^ )'
CAMPAGNE DE 1815. 6bS
Ces précautions prises , l’empereur , animé du désir d’en finir avec les Anglais, abandonna son attaque méthodique et, se tenant prêt à parer aux mouvemens de liane qui pouvaient partir d’Hoiigomont ou delà Haye- Sainte il ébranla toute la première ligne. Comme il l’avait prévu, Wellington fit cliarger la gauche du i" corps par ses dragons qui rompirentunedivision , désorganisèrent une batterie et pénétrèrent jusqu’à la seconde ligne. Là pendant que Drouet rafTermissait sa troupe , ils se brisèrent contre les cuirassiers de Milhaud qui les sabrèrent et les anéantirent. Ce choc épisodique n’eut qu’une médiocre influence sur l’issue de la journée. Drouet occupa la Haye, Papelotte, Smohain; Ney, après de sanglans elTorts, enleva la Haye-Sainte; enfin Reille, n’ayant pu se rendre maître des bâtiincns d’Hougomont, les fit incendier et réduisit à la défensive la droite des alliés.
La droite eût été inimédiatement gagnée contre les Anglais, si la plus forte partie du centre n’eu eût été distraite par la funeste diversion de Bulow. Celui-ci était alors aux prises : il s’avançait parallèlement à la chaussée, manœuvrant pour tourner la droite du 6' corps et couper la retraite de l’année. I.obau se replia pas à pas, et les boulets prussiens sillonnèrent la position que tenait la réserve. Il fallut arrêter des progrès qui compromettaient tout. Huit bataillons de la jeune garde, 24 pièces, 4hataillons de la vieille garde s’élancèrent repoussèrent Bulow débordérentsa droite, et le décidèrent à battre en retraite. Mais son canon avait ranimé l’espoir de Wellington et, au , moment où il prit l’attitude la plus menaçante, une charge de cavalerie culbuta les chevaux de Drouet qui commençaient à couronner le plateau de la Haye. A cette vue les cuirassiers de Milhaud, tirant le sabre, gravirent le coteau, suivis des lanciers et des chasseurs de la garde. Les Anglais plièrent et tout l’espace qu’avait occupé leur aile gauche fut abandonné. On voulut s’y maintenir: les cuirassiers de Kellermann passèrent au grand trot de la gauche à la droite, et la grosse cavalerie de la garde, d’elle-mèine, sans qu’on songeât d’abord à l’atTeter, s’ébranla pour les soutenir.
Ce fut un étonnant spectacle que celui de cette troupe éprouvée marchant en avantaux cris de vive l’empereur ! dans l’instant ou Bulow allait couper la ligne de retraite. Ainsi tonte la cavalerie de l’armée arriva sur le plateau. C’est là que la valeur française brilla d’un nouveau lustre. Pourquoi faut-il que le souvenir de tant de hauts faits soit perdu dans un immense souvenir de deuil.
Déjà les réserves de cavalerie anglaise et hollandaise avaient épuisé leurs efforts en faisant reculer de quelques pas Milhaud, lorsque Kellermann et la garde survinrent. Leur choc fut 'décisif, après avoir fait
tourner bride à leurs adversaires, ils abordèrent l’infanterie dans sa nouvelle position où des troupes tirées de la droite l'avaient renforcée. JjCS régimens anglais se. formèrent en carrés qu’on 'assaillit tour*à-tour et clans tous les sens. Presque tous furent entamés, quelques-uns furent ouverts, sabrés, dispersés. Celte mêlée terrible coûta aux alliés i5,ooo liommes. Au bout de deux heures, à peine en restait-il 4o,ooo à leurs rangs. Les convois prirent la fuite, l'alarme se répandit jusqu’à Bruxelles, et Wellington, au désespoir invoqua la nuit ou les Prussiens.
11 était 7 heures, Bulow s’avouait vaincu, l’armée anglo-hollandaise réduite de moitié, était aux abois et n’attendait plus qu'un dernier coup pour se jeter en désordre dans la forêt de Soigne. L’empereur se souvint de Wagram, il fit passer à la tête du centre les quatre bataillons de moyenne garde; puis, derrière ceux-ci, les huit bataillons de vieille garde qui lui restaient; il prescrivit à Rcille, à Drouet, d’appuyer le premier à droite, le second à gauche. Il disposa ainsi toute l’armée à foncer sur le centre ennemi pour saisir Mont-saint-Jean.
Comme la colonne se fonnait, on vit le corps de Ziellien délroucher par le chemin de Vavres et dépasser le bois d’Ahaiii. Crise cruelle! la cavalerie, jusque-là victorieuse, fut émue, l’Anglais reprit courage et renforça son centre. Lufin, Napoléon, comprenant qu'il fallait tout perdre ou brusquer l’attaque, donna le signal avant que l’échelon de la vieille garde fût à portée de celui de la moyenne garde.
Le pas de charge se fait entendre pour la dernière fois, la tête de colonne aborde , force la première ligne anglaise, deux fois des troupes fraîches se jettent sur son passage, deux fois elle les culbute et continue à avancer. Eufin Wellington lui oppose i4 bataillons ses dernières réserves; si ce nouvel obstacle est surmonté, c’en est fait de l’armée anglaise, et Blucher, survenant au milieu d’une affreuse déroute, doit luimême être entraîné. Ney se précipite, mais le nombre l’emporte ; jusqu’à 8 heures le maréchal retourne impétueusement à la charge ; vains efforts! la mitraille dévore ses rangs ; les vieux généraux de la garde suocoinbent, Michel est tué. Friant, Cambronne sont blessés, il faut pour fixer la victoire, le secours delà vieille garde. Mais la vieille garde n’est plus disponible et la victoire n’est plus indécise.
Ziethen, Pi rch , Blucher, 4o,ooo hommes, se sont ouvert le champ de bataille. Entre 8 et 9 heures, à la suite d’un combat faiblement soutenu, ils ont déposté de la Haye, la division de droite, et pour la rallier Napoléon a été forcé de prendre les 8 bataillons de réserve qui devaient achever la défaite de Wellington. Celui-ci reçut alors le renfort de deux brigades de cavalerie qui flanquaient sa gauche ; il en profita sur-le-champ pour empêcher la droite de se raffermir. Les escadrons de
CAMPAGNE DE 1813. .5/i5
service coururent au-devant d’elles et furent ramenés. Dès ce moment Wellington, Blucher, Bulow à la tête de i5o,ooo liomiucs inondèrent la plaine dans tous les sens. Les quatre bataillons de Ney périrent, le corps se débanda, la vieille garde elle-même, rompue par la masse des fuyards, perdit ses rangs, et la nuit mit le comble au désordre. Tous les corps se désorganisèrent et s’enfuirent d’une seule traite jusqu’à la Sanibre. Après d’inutiles efforts pour former une arrière-garde , Napoléon courut aux Quatre-Rras où il espérait trouver la division Girard; elle avait disparu. Ses officiers d’ordonnance portèrent à Groueby l’affreuse nouvelle avec l’ordre de gagner Namur; lui-même partit pour Pliilippeville, puis pour Laon qu’il indiqua comme point de ralliement aux débris de l’armée. De là il revint à Paris.
Groueby n’avait quittéGembloux qu’à lobeurcs du matin., A moitié cbemin de Vavres, il entendit distinctement l’effroyable canonnade de Waterloo. Gérard, Kxcelmans, le conjurèrent de inarcber sur le feu: il objecta ses ordres. Cependant il allait se rendre à des raisons dont lui-même était pénétré, lorsqu’on lui annonça que ses troupes légères étaient engagées devant Vavres. Ses hésitations cessèrent ; il s’y transporta, ,se mit en bataille à 4 heures , pour forcer le passage de la Dyle et à 6 heures ouvrit un combat bien stérile. Thielmann, que Blucher avait laissé là pourmnsquer son mouvement, Thielmann seul était devant lui. Il le culbuta, s’ouvrit la route de Bruxelles où il sc disposait à marcher lorsqu’il apprit que tout était perdu. Il repassa la Dyle en contenant l’ennemi , gagna Namur où il soutint un dernier choc , puis traversa îMézières , Reims et ne fît halte qu’à Laon. Six jours après la bataille 70,000 hommes étaient ralliés entre cette ville et Paris. Mais de graves evènemens s’étaient passés dans le sein de l’assemblée qui suhordouuèrent encore les combinaisons militaires à des intrigues politiques.
A la nouvelle des désastres de Waterloo, les représentans sc soulevèrent , ils revendiquèrent la dictature, ils arrachèrent à l’empereur sou abdication , ils remirent à un gouvernemeut provisoire le soin de négocier avec l’étranger ou de soutenir une guerre nationale.
Les plénipotentiaires de ce nouveau pouvoir, armés de l’abdication de Napoléon et des déclarations des souverains en biveur de l’indépendance de la France, crurent obtenir la suspension immédiate des hostilités. A côté de leurs démarches oflicielles, d’autres négociations s’ouvrirent en secret entre Wellington et des membres du gouvernement, du ministère ou de l’état-inajor, dans le dessein de sauver Paris tl'nne seconde occupation en sc soumettant aux Bourbons.
Les coalisés ne respectèrent pas plus les Bourbons que la France. lueurs armées débordèrent sur tous les points. Frimont, dont l’aile gauche
S’iG GUERRES DE LA REVOLUTION,
avait bataille en Savoie, était entre dans Genève et avait signé iin armis* lice. Il ne lui convint point de l’observer : il répandit 62,000 Au.slro-Piéinontais surlesdeux rives du Rhône, lit contre Grenoble i’essai iiifriic* ttieu* d’un coup de main; puis à la suite de quelques escartnouclies, il conclut avec Suebet une convention, en vertu de laquelle il prit possession de Lyon.
Colloredo, aile gauche de Schwarzenberg passa le pont de
Hile, manœuvra pen<lant 1^ jours contre Lccourbe, ([u’il renferma enfin dans un camp retranché sous Belfort où h; corps français sc iiiainliilt jusqu'à la fin delà guerre.
Schwarzenberg avec Go,ooo Antricliiens , Bavarois et Rusîcs ahurila par Gernieisheim , les anciennes lignes île Weisscinbonrg; il .s'élenilit par sa droite au-delà des Vosges et de la Sarre et replia pied à pied la faible armée du Rhin dans Strasbourg, dont il chercha vainement à sc faire livrer les portes.
Gcpendant Wi llington et Bhichcr partirent du cham|i de bataille de Walciloo , traversèrent, l’un Charleroi, l’autre N ivelles, pénétrèrent dans le déparlement du Nord par Avesncs et Vah'ncicnnes,el s’avancèl’ent, 1rs Prussiens, par la route de Guise, les Anglais parcelle de Pél’onne. l's passèrent l’Oise sans obstacle à Gompiègne et Pont-Saintc-.^Iaxcrice , enfin ils déployèi ent 100,000 hommes devant le camp retranché de Paris.
Le gouvernement provisoire sc montra plus soucieux d’éloigiler Napoléon que de les arrêter. Retiré à la rilalmaison, rempereur mesurait en frémissant les pas des colonnes ennemies et ceux de rannéc qui les côtoie lentement et ne les (irécède cpie d’un jour dans les lignes de Paris. 80,000 Français soutenus par riininensc population de la capitale, devaient tirer de leur revers une éclatante vengeance : c’était le seul moyen d’appuyer des négociations que l’.abus de la force rendait illusoires. 11 demanda aux hommes qui le tenaient prisonnier le droit de consacrer |)ar la victoire une vaine it stérile puissance. Ils le refusèrent, il partit. Wellington resserra Icsretranchcmcns dont on avait couvert renceinli' du nord, Bhichcr passa la Seine àSaint-Germain et compléta par l’autre rive, l’investissement de la ville. T/armée capitula, les vainqueurs envahirent Paris , pillèrent les musées, braquèrent leurs canons sur le palais où ils avaient ramené le roi et imposèrent à ce malheurcuSî p.'inre les traités qui ouvrirent, de cinq larges brèches, la frontière de Louis XIV.