‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 37 sur 79 · OPERATIONS SUR L’OCÉAN ATLANTIQUE · texte numérisé non relu

OPERATIONS SUR L’OCÉAN ATLANTIQUE

rentrer à Brest, rencontra une seconde flotte ennemie comme elle cherchait à rallier la première. Sa présence la fît fuir à toutes voiles et cette circonstance sauva le convoi qui, deux jours apres, mouilla dans le port de Brest.

Les Français prenaient leur revanche dans les expéditions confiée aux escadres légères. Au mois de septembre 7 voiles se portèrent contre les établissemens anglais de la côte de Guinée , les surprirent, les ruinèrent et coulèrent bas plus de aoo navires. Mais les flottes ennemies conservèrent toujours rascendant. L’armée navale de Villaret-Joyeuse, après avoir fait sur les côtes de la Bretagne, pendant le rude hiver de 1794? une croisière pénible où les tempêtes lui enlevèrent quatre vaisseaux, se heurta à la fin du printemps suivant contre les flottes qui escortaient le débarquement dcQuiberon. L’amiral mana-uvra pour éviter le combat mais les vents le rejetèrent sur Bellc-lsle, au moment où les vaisseaux anglais s’y trouvaient réunis. Ceux-ci commencèrent l’attaque ( juin 1795), prirent trois voiles et poussèrent les Français dans le port de Lorient. Trois mois après, des divisions détachées sur les côtes d’Espagne et dans le golfe de Gascogne, capturèrent 9a bâtimens richement chargés, provenant des échelles du Levant et de la Jamaïque. Mais c’étaient de faibles compensations à de grands désastres.

L’année suivante, on dévasta les pêcheries anglaises de Terre-Neuve, et dans le mois de décembre, l’amiral Morard de Galles, sortit de Brest avec 4^ voiles, transportant 16,000 hommes, commandés par Hoche, destinés à soulever l’Irlande où les esprits étaient préparés à un} révolution (page 109). Dès le départ, par une suite de malheureux iucidens , la flotte fut dispersée. Elle se rallia à l’exception de quatre bâ'imens y compris la frégate que montaient l'amiral et le général en clrjf. Malgré leur absence, on fit voile pour la baie de Bantry où l’on devait débarquer. Les vents ne permirent point de prendre terre et rejetèrent au large l’armée dont Hoche apprit réloignement en arrivant au rendez-vous. Il se décida à rentrer à Brest et l’on perdit au retour deux vaisseaux ; quatre antres voiles échouèrent ou sombrèrent en pleine mer.

A cette époque, l’Espagne et la Hollande étaient alliées à la république et lui avaient prêté le secours de leurs flottes. Elles furent toutes deux tléfaites, celle des Espagnols au cap Saint-Vincent le 17 février 1797; celle du gouvernement Batave, en vue de Cainperdun, sur les côtes de la HdMndc le 1 1 octobre suivant.

L’expédition d’Egypte attira dans la Méditerranée les forces républicaines, et l’Océan, jusqu’à rétablissement de la première flottille de Boulogne, ne fut le théâtre d’aucune grande tuanœnvrc; mais il s’y

livra une miiltituclo tir conibafs où le rotirage iiulividiicl cul plus <!c I

chances que dans les rencontres générales cl (]iii fiirciil presque tous glorieux pour la marine française. i

Dans l’intervalle entre les traités de Lunéville et d’Amiens une flaltillc et quelques bataillons furent réunis à Boulogne. I.e cal)iuct de Londres prit l’alarme et donna l’ordre à TSelsoii d’anéantir cet anneinrnt. la: célèbre amiral éclioiia deux fois C i*' et i5 août 1801) et ce mauvais succès ne fut pas sans influcnee sur la prompte conclusion de la paix.

A la reprise des hostilités, le premier consul fit d’immenses efforts pour triompher des vieux ennemis de la France. Pendant que ses armées (page 3GG) se rassemblaient autour de Boulogne, tous les ports, tous le? chantiers de l’Ouest se mirent à l'œuvre et préparèrent Une innombrable flottille destinée à transporter les troupes sur les côtes de l’Angleterre. Au printemps de i8o4, environ aooo bâliincns de diverses grandeurs, sortirent de plusieurs points du littoral pour se concentrer dans les ports h portée des camps, sons le commandement de l’amiral Brulx. Les croisières anglaises ne surent point s'opposer à leur réunion qui ne se fit cependant pas sans coup férir. Deux divisions déboncliaiit l’une de I>oricnt, l’autre do l’Escaut, furent abordées près de l’iled’Houat (5 mai) et en vue de Flessingue (iG); toutes deux repoussèrent avec succès les assaillans et la première eut la gloire de les désemparer, de les forcer à amener leur pavillon. Peu de temps après et à quatre reprises (du i5 juillet au a août) les Anglais bombardèrent le port du Havre où s’étaient arrêtées les einbarcations construites sur la Basse- Seine. La ville souffrit, mais la flottille ne fut point endommagée; son feu contraignit l’ennemi à la retraite et au milieu de l'été le ralliement était complètement opéré. Bruix se couvrit d’une bonne liene d'cml)OSsage et, pendant six semaines, il déjoua toutes les tentatives dont la flottille fut l’objet. Cependant l’amiral .anglais fKeitli) préparait contre le port de Boulogne une attaque foniiidable. Ix: 1"' octobre 011 signala 5a bàtimens, dont moitié environ furent reconnus pour des brûlots. On se mit aussitôt en mesure, on brava l’explosion des inacliines infernales qui ne produisit qu’un médiocre effet, et le lendemain on se disposait à canoiiner vigourouseincnt l’escadre quand le vent la rejeta au large.

La flottille était victorieuse, mais les mouvemens combinés des flottes pour lui prêter secours échouèrent, et la marclie des Autrichiens en Bavière fit abandonner les projets contre la Grande-Bretagne.

Près de cent bôlimens de guerre devaient faire voile à-la-fois et coordonner leur marche <lc manière à produire de grandes diversions loin-

OPEUATlUiNS SLR 1, OCÉAN ATLANTIQUE. bSi

laines et à revenir les premiers dans les parages tie Fraiite. l’aitagés en trois escadres, ils devaient partir de T'ouion j Villenetive), de Hoclicfort (Missies.sy), de lîrest (Magon). Ils devaient rallier la division de Cadix (Dumanoirÿ , dehloquer relie tlu Ferrol , intercepter la route des Graudes-lndes, menacer les .Antilles, puisse rabattre rapidement en Europe et balayer le canal de la Manche.

Missiessy entra le premier en operation. 11 mouilla à la Martinique (uo février i8o5) après quarante jours de traversée, et en attendant Villeneuve qui devait le rejoindre, il envahit les îles anglaises du Vent; puis , sur l’avis que l’escadre de Toulon n’avait pu tenir la mer, il revint à Rochefort (inar.s). Allicneuve, en effet, arrêté par de violentes tempêtes relâcha pendant si.v semaines à Toidon. A son arrivée au rendezvous (i3 mai), il n’y trouva pins son collègue et il se disposait à continuer l’attaque des Antilles anglaises, lorsqu’il apprit l’apparition de Nelson. C’était le signal de son retour. 11 lit voile pour l’Europe (8 juin), mais son habile adversaire le poursuivit, le prévint dans les positions qu’il eût dû prendre, et se plaça de manière à lui barrer la route de Boulogne. Villeneuve cependant parvint sur les côtes d’Espagne, il attaqua, en vue du cap Finistère, la Hotte qui bloquait les ports de la Gallice; mais à la suite d'un combat indécis (aa juillet) il fut obligé, par le vent, de relâcher dans les ports du Ferrol et de la Gorogne où sc trouvaient i5 bâtimens espagnols et français.

Dans le même temps, lord Cornwallis tenait en respect l’escadre de Brest. Missiessy était observe à Rochefort et Dnmanoir bloqué à Cadix. Les voiles françaises avaient donc à peine fait un pas vers leur réunion. Vour remonter au nord, A^illencuvc devait écraser Nelson auquel avait pu se joindre la Hotte du Ferrol. Avant d’attaquer le vainqueur d’Abouqir, l’amiral crut n’avoir point de meilleur parti à prendre que de rallier Dnmanoir. Il rentra donc à Cadix (aa août) .à la tête de 33 vaisseaux de ligne; mais au lieu de surprendre et d’envelopper l’escadre ennemie, qui bloquait ce port, il lui permit de s’échapper. A celte faute, il ajouta celle de rester durant deux mois dans une inconcevable inaction. Cependant le gouvernement anglais sc hâta de diriger sur Cadix tout ce qu’il avait de bâtimens disponibles cl pour les commander en chef l’invincible Nelson.

I.orsque enfin Villeneuve sortit du port pour offtir la fatale bataille de Trafalgar, les forces étaient .à-peu-près égaies de chaque coté. I.a Hotte combinée déployait !\o voiles et les .Anglais 33. On sc heurta le al octobre i8o5, quatre jours après la capitulation d'CIm.

I.a victoire de Nelson fut complète; il y trouva la mort, mais les alliés perdirent i8 vaisseaux, leurs débris furent dispersés et l’Angleterre

GUERRES DE LA RÉVOLUTION, dégagée déjà des artnemens de Houlogne, élendit désormais sur les mers un empire <{ui ne lui fut plus disputé. i

Il suffit de rappeler l’époque de son triomphe pour en apprécier l’immense portée. Ce fut au moment où les merveilles de la campagne d’Austerlitz arrachaient encore les armes aux puissances continentales, qu’elle puisa dans un succès non moins merveilleux, l’énergie dont elle avait besoin pour se déterminer à prolonger la lutte.

AXTILLES.

La guerre déclarée par l’égalité au privilège, si vive en France, où il ne s’agissait cependant que de faire passer dans la loi un fait accompli parles mœurs, éclata bien autrement passionnée aux colonies où elle s’en prit à des prijiigés, à des intérêts que l’on croyait inattaquables. Si les blancs enivrés de l’espoir de se dégager des liens administratifs de la métropole, accueillirent avec transport les idées de droit naturel, ils ressentirent une inexprimable fureur lorsque, armés du même principe, les liommcs libres de couleur, voués jusque alors à leur haine, à leur mépris, osèrent réclamer le titre de citoyens.

Au soulèvement excité par leurs prétentions, les mulâtres de Saint- Domingue comprirent qu’il fallait en appeler à la force. Leurs premières tentatives furent réprimées et les vainqueurs les punirent cruellement. Les chefs de l’insurrection furent roués vifs, d’autres périrent ou furent jetés aux galères. Mais au fort de l’exaspération produite par ces affreux supplices, on apprit que l’Assemblée nationale avait décrété (l5 mai 1791) l’admission dans les assemblées coloniales des sangs mêlés, nés de parens libres. On protesta vivement contre cette décision suprême, qui plus tard fut rapportée ''septcnibie) et il y eut hostilité entre les autorités de la colonie et les blancs; hostilité entre les blancs et les hommes libres de couleur.

Cependant les esclaves noirs que l’on croyait en dehors de ces ques-

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