‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 38 sur 79 · OPÉRATIONS DANS LES ANTILLES · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DANS LES ANTILLES

lions déjà .si irritantes, .s’agitaient sourdement. Des agens secrets de l’Espagne et de l’Angleterre les poussaient à rompre violemment leurs chaînes. Le aa août 1791, on vit avec effroi ia,ooo d’entre eux se répandre furieux dans l;t plaine du Cap , incendier les habitations, massacrer les planteurs et se livrer aux plus terribles excès.

I.,es blancs, au désespoir, demandèrent aux autorités de la Jamaïque un secours qui leur fut refusé; tous les partis, livrés à eux-mêmes, se déchirèrent sans que l’un d’eux fût assez fort pour prendre l’ascendant. Deux commissaires furent envoyés de France, mais leur voix se perdit au milieu du tumulte des plus violentes passions. Cependant les évènemens marchaient en Europe avec rapidité. L’assemblée législative confirma en faveur des hommes de couleur (28 mars 1 792), les dispositions dont les conséquences avaient fait reculer la Constituante.

L’année suivante, les blancs semblaient prêts à se jeter dans les bras de l’Angleterre, lorsque un général, qui leur était dévoué, encouragé par la p’’ésence d’une escadre ennemie, se révolta contre de nouveaux commissaires dont la mission était toute favorable aux sangs mêlés. Mais ces hommes inflexibles tenaient leur autorité de la Convention et, comme celte terrible assemblée , ils étaient déterminés à marcher sans hésitation vers leur but.

A la prise d’armes du général Galbaud, les commissaires Polverel et Santhonax ripostèrent (2 t juin 1 792) par un décret promettant la liberté aux noirs qui se déclareraient pour la république. La guerre alors devint effroyable. Les Anglais , les Espagnols intervinrent (septembre).

C’en était fait de la colonie sans l’intrépide résistance des nouveaux défenseurs qui surgirent de toutes parts. Mais ceux-ci firent bientôt sentir que l’autorité était passée entre leurs mains. La métropole essaya de la ressaisir. Les généraux Rochatnbeau et Desfourneaux débarquèrent avec 2000 hommes, des armes, des munitions. Cependant leurs mouvemens rencontrèrent tant d’obstacles, que Santhonax crut devoir appeler au commandement du nord de la colonie, un chef noir, déjà fameux, qui cachait alors l’amour le plus effréné de lu domination sous l’apparence d’un dévoûment absolu aux intérêts de la république.

C’était le célèbre Toussaint-Louverture. Il eut bientôt armé et discipliné 25,000 noirs et toute l’activité mihtaiie de la colonie fut tournée contre les Anglais. A la fin de 1 79G, on était parvenu à les renfermer dans les places du Mole Saint-Nicolas et de Port-au-Prince. Ces dernières positions leur furent enlevées par capitulation. Mais les délégués de la France reconnurent trop tard que leur pouvoir s’était évanoui devant celui dont les circonstances avaient investi le général Toussaint.

Celui-ci Toulut fr.nitcr seul avec les rommandans anglais (1797), et il leur accorda des conditions tellement avantageuses qu’on put le soupçonner de se ménager l’allianre de la Grande-Bretagne. En peu d’années tout plia sous son glaive: il écrasa les mulâtres, il fit la conquête de la partie espagnole de l’île, c<'dce à la France par le traité de Bâle. Enfin il ne craignit pas de promulguer une constitution coloniale et de se proclamer pré.sident et gouverneur à vie (i'’ juillet 1801).

L’habileté de son adniinistnilion justifia le succès de ses ambitieux desseins: la colonie en proie depuis long-temps aux plus cruelles dévastations sortit rapidement de ses l uines et reparut aux veux étonnés du monde commercial dans tout l’éiiat de sa prospérité.

Toussaint-Louverture expliquait .sa merveilleuse élévation par des circonstances mystérieuses.

« Dès les |)remicrs troubles de Saint-1 îoininguc , disait-il, je sentis O que j’étais destiné à de gramles choses. Quand je reçus cet avis divin, a j’avais cinquantc-<ptatre ans; je ne savais ni lire, ni écrire; j’avais a quelques portugaises; je les donnai .à nu sous-olïîcier du régiment du O Cap, et grâce à lui, en peu de mois, je sus signer mon nom et lire « couramment.

« I..a révolution de Sainl-Doininguc allait son train; je vis que les O blancs ne pourraient pas duixT, parce (pi'ils étaient divisés et écrasés « par le nombre, je m’applaudis d'être noir.

« Il fallait commencer ma carrièi c; je passai dans la partie espagnole, B où l’on avait donné asile et protection aux premières troupes de ma a couleur. Cet asile et cette protection u’aboulissaiit à rien, je fus ravi « de voir notre chef se faire espagnol au moment où la puissante repu- « blique française proclamait la liberté géïK'rale <bs noirs. Une voix B secrète me disait : Puisque les noirs sont libres, ils ont besoin d'un B chef, et c’est moi qui dois être ce chef. Je revins avec ce sentiment et B avec transport au service de France; la France et la voix de Dieu ne « m’ont pas trompé. »

L’attachement de cet homme extraordinaire h la France était au moins problématique. Cependant au travers de la dissimulation profonde qui faisait la base de sou caractère, on pouvait reconnaître l'admiration que lui inspirait le premier consul. Il comparait l’élévation du vainqueur de Morengo à sa propre élévation; il lui écrivait avec cette inscription : le premier des^ noirs au premier c/es /flancs; il ambitionnait, peut-être autant que les faveurs dont la fortune l’avait comblé, im mot, un setd mot d’éloges. Bonaparte eut la faiblesse de le lui i-cfuser; fatigué d’un

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rapprochement qui rofTcnsail, il rmit par s’écrier: «C’est un esclave révolté qu’il faut punir. »

Aussitôt que la paix d’Amiens lui eut ouvert l’Océan, il fil les apprêts d’une expédition destinée à faire rentrer Saint-Domingue sous le droit commun de la république.

La flotte compo.sée de 33 vaisseaux et ai frégates sous Villaret- 3oyeusc, l’armée forte d’abord de ao,ooo soldats d’élite (les renforts la portèrent jusqu’à 35,ot)o)^ commandée par le général Leclerc, cernèrent et envahirent file (janvier et février 1802).

Les noirs résistèrent , ils incendièrent les villes c|u’ils étaient forcés d’abandonner, ils dévastèrent les campagnes, ils cherchèrent dans les Mornes un refuge dont plusieurs points fortifiés défendaient l’approche, l^a guerre s’alluma avec fureur, guerre aussi sanglante qu’indécise; malgré la perte de quelques positions , les insurgés étaient loin d’être réduits lorsqu'ils tirent des ouvertures qu’on sc garda de repousser.

Un traité fut signé le 1"' mai 1802, basé sur l’abolition de l’esclavage et sur un désarmement général. Mais la soumission des chefs noirs n’était qu’une feinte. Aux premières sommations des Français, ils avaient répondu : « Cette terre vous brûlera ». Leur pnidictioii devait se réaliser. Le désarmement commençait à peine lorsque la fièvre jaune éclata avec une extrême violence, t.e général en chef ne doutant point des dispositions de scs adversaires à profiter de ses ravages, crut déjouer leurs desseins secrets en faisant enlever et conduire en France Toussaint Louverture. Mais ce coup de main ne suffit pas pour étoufl'er l'incendie qui se manifesta sur divers points. Cependant les chefs influens dissimulèrent d’abord et firent caus<‘ commune avec les Français; mais lorsque le fléau s’appesantit sur l’armée, ils levèrent le masque; Clervaux, Petion (mulâtres), Christophe et Dessalines (noirs), SC mirent à la tête des insurgé.s. On n’eut bientôt à leur ojiposer que de tristes débris; 3o,ooo hommes et le général en chef avaient suecombé. On ne put empêcher un soulèvement général et la partie française de l’îlc fut entièrement évacuée. On conserva jusqu’en i8io quelques points de la partie espagnole, mais la colonie n’en fut pas moins perdue sans retour, et cette expédition iinpolitique coûta à la France [\o,ooo soldats ou matelots aguerris.

Les îles du Vent, tourmentées comme Saint-Domingue, par les dissensions entre les blancs et les hommes de couleur furent l’objet plus immédiat de la conv'oitise du gouvernement anglais. Une première tentative ayant échoué, le général Crey à la tête de i4.ooo hommes et d’un corps d’émigrés prit terre h la AIartinique(4 février i yq^), renfermâ la faible garnison que commandait Rochainbeau dans le fort Bourbon, dont un .siège ri’gtdier le rendit maître, et, dans le mois suivant , s’em-

para successivement des autres colonies. Comme ses troupes s’y installaient la fièvre jaune les assaillit. Peu après , un commissaire de la convention dont le nom leur devint bientôt redoutable, Victor Hugues, avec la à i5oo hommes débarqua à la Guadeloupe dont il ignorait la reddition (6 juin > 794)- Il ouvrit intrépidement les hostilités, il appela aux armes les hommes de couleur et se rendit maître de la grande terre (Guadeloupe) que le général ennemi tenta vainement de reprendre.

Fort de ce point d’appui , Hugues avec l’audace et l’inflexibilitc propres à l’époque, se mit en mesure de soutenir une lutte acharnée. H leva 10,000 honiines , il dressa de nombreuses batteries et lança sur l’arcliipcl des Antilles de hardis corsaires, qui firent trembler le commerce anglais. Peu-à-peu ses émissaires agitèrent les autres îles qui furent le thé.âtre de cruelles vicissitudes. Llles rentrèrent enfin au pouvoir Je la métropole et ne lui furent définitivement enlevées, la Martinique que le 2.4 février 1809, la Guadeloupe le G février 1810.

GRiVADES-l>DES.

Les Anglais s’emparèrent, le ai août 1793, de Pondichéry dont la perte entraîna celle des établissemens de l'indoslan. L’année précédente Tippo-Saeb avait été réduit .à signer une paix désastreuse. Ainsi, dès le cominencemeiit de la guerre, les immenses possessions de la compagnie des Indes furent ;i l’ahii dis opérations continentales. Il fallut se borner à des attaques maritimes que facilitèrent les relâches des îles de France cl de Bourbon. Ces colonies échappèrent aux orages qui bouleversèrent les Antilles, et des stations navales dans leurs parages enhardirent de nombreux corsaires qui s'attaiiiièrent avec succès au commerce de la compagnie. En septembre 179G, une croisière partit de Brest dans le dessein de provoquer des évèneineiis plus sérieux. Elle ne trouva point l’occasion de jeter des troupes sur les côtes, mais :i son approche Tippo- Saeb s’émut et envoya des émissaires pour concerter avec les autorités

UPr.RATIO\S D.WS LF:> GRA.\l)FS-ï>'f»FS.

de l’île de France une nouvelle prise d’armes. Ce prince fui prévenu, le gouvernement britannique eut connaissance de ses démarches et en prit occasion (1798) de lui déclarer une dernière guerre qui se termina par sa chute et sa mort.

Une clause du traité d’Amiens devait rendre à la France Pondichéry. Elle ne fut point exécutée. L’amiral Linois, qu’on avait envoyé de Brest pour en prendre possession, trouva les Anglais dans une altitude hostile. Il revint à l’île de France au moment où de nouvelles hostilités étaient flagrantes. Il commença alors une suite de croisières qui firent éprouver à la compagnie d’immenses pertes, mais dont la dernière eut pour issue un combat malheureux ou deux de ses vaisseaux {le Marent'o et In Jiellcpoiile) furent capturés (i.^ et 14 mars 180G). A dater de cette, époque les corsaires seuls continuèrent les hostilités auxquelles mirent fin la prise de file Bourbon (8 août 1810) et celle de l’île de France décembre).

Durant cette année les Français perdirent l’accès des mei’s , et commença contre l’Inde anglaise une entreprise ignorée jusqu’à ces derniers temps, dont le récit rapporté par M. de I.aniartine, frappe l’esprit d’un profond sentiment de surprise et d’admiration.

I.es déserts qui bordent l'Euphrate, le Tigre, l’Oronte, ceux de l’Arabie centrale sont parcourus par une population errante d’environ 4 millions d’âmes. On n’ignore pas quel lolc ont joué dans l'histoire du monde les races nomades à ces époques où leurs niasses identifiées, pour de courts instans avec <le grandes inspirations, se sont précipitées sur des nationsdécrépiles dont elles ont changé la face. Le général en chef de l’armée d’Orient n’avait pu sc rapprocher de l'un de ces piiissans leviers, propres à remuer toute l’Asie, sans aspirer à le saisir. L’échec d’.Vcrc, les désastres de 1799, en le rejetant en Europe, eu le plaçant à la tète des évènemens les plus compliqués ne lui avaient point fait perdre de vue ce.s tribus divisées qu’une même passion pouvait réunir et faire mouvoir dans l’intérêt de la France. Pendant l’expédition d’Egypte, il s’était attaché, comme il savait s’attacher, un chevalier de Malte M. Lascaris de Vintimille, et il lui avait reconnu l’aptitude, l’énergie que nécessitait une mission détaillée dans les instructions suivantes :

1° Partir de Paris pour Alep; y chercher un Arabe dévoué, se l'attacher comme drogman; 3° se perfectionner dans sa langue; 4° aller à Palmyre; 5“ pénétrer parmi les Bédouins; 6° en connaître les chefs et gagner leur amitié; 7° les réunir tous dans une même cause; 8“ leur faire rompre tout pacte avec les Osmanlis; 9“ reconnaître tout le Désert, les haltes, les endroits où l’on trouve de l’eai' et des pâturages jus-

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qu’aux frontières de Ilnde; lo* revenir sain et sauf en Europe après avoir rempli cette mission.

Après plusieurs années d’études et de préparatifs, l.ascaris, au commencement de 1810, partit d'Alep avec un jeune chrétien de cette ville nommé Falalla Saycghir et s’enfbn^ dans le Dései t. Les premiers pas furent difficiles , enfin il parvint à Palinyre. JÀ il reconhtit , rtmi sans un vif chagrin , que la pins active des tribus du désert de Damas, influenréc par Nasser, l’un des fils du seheick Mehanna , était toute dévouée aux Osmanlis. Mais il apprit en même temps qn’an-delà de l’Eiiphrale entre Bagdad et Bassora une tribu plus puissante obéissait à un chef ambitieux et brave, que d’anciens exploits contre le pacha de Bagdad avaient fait surnommer le Draghy (<lcstructeur des Turcs'. Il revint stir rOronle et Sayeghirse chargea seul de pénétiTr sous les tentes du Dragliy. Celui-ci indigné de l’alliance entre les Turcs et Nasser, remont.ait le cours de l’Eiiphrale dans le dessein d’aitaqiier Mehanna. Sayegliir réussit à le rejoindre, à s’insinuer dans sa confiance, à lui inspirer la résolution de passer à la rive droite de l'Liiphrate cl de sc rappro(ther de l’Oronte.

La guerre s’alluma vivement, toutes les tribus du territoire de Damas embrassèrent l’iin ou l’autre parti. Mehanna fut défait et lejeté en- deçà de l’Orontc. Il implora le secours des Osmanlis et le Draghy, à l’instigation de Sayeghir, se bâta d’appeler auprès de sa personne Lisraris ([ui devint bientôt l'âine de toutes ses opérations.

l.orsque l'habile émissaire de l’empereur se fut assuré des taleiis du schcick victorieux, il résolut de l’élever au commandement général (b'S Bédouins, depuis Alepjus(|u’auxfronlières de l'Inde. Après l’avoir fascine à l’aide de quelques expériences ebimiques, il lui persuada (pie la brillante comète de 181 t n’était rien moins que son étoile, présage certain de sa suprême puissance.

I.e Dragliy était très disposé à sc livrer aux projets les plus ambitieux; il mil sans peine à sa grandeur future, il i-ecoiiiineiiça la guerre avec une nouvelle ardeur, intimida ou séduisit Soliman , p.iclia de Damas, écrasa Mcbanna, et soit force, soit conviction, entraîna dans son alliance tous l(^s ebefs de la Syrie. Les Wababis, tribu de la partie occi* dentale du JVsert , inirrviiireiit alors conduits par Abou-Nocta ,clu f noir d’une réputation formidable. Le Draghy courut à ce nouvel ennemi, ratleigiiit h trois journées de Palmyrr, le mit en déroute et le rejeta en Arabie. Après cet exploit il retourna dans ses caiitoniicmons habituels oîi il avait à se ménager l’amitié de s(^ voisins, Cetix-ci, excités par El)ti-SibouJ, roi des Wababis, s’étaieiit mis sous les armes. Il fallut combattre et négocier encore, mais tous finirent par prometti'c de faire cause commune avec lui.

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