‹ Tableu des guerres de le Révolution, de 1792-1815Chapitre 8 sur 79 · OPÉRATIONS EN VENDÉE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS EN VENDÉE

Kxpi’Jilion Jawi W MwraU (a janvier) OcoéroUt de Turreau (5). — Colonnes lufemaYos (i?).—

Mon de I^rucliejanjiicliii (4 mars). — Prise de Cliollct (lo). — Mort deHaso (ly). — Ucmphncciiient de Turreau (i3 maij.^Klatdc la Vendée {mai cl juin).

Au (lébul delà caïupaguc, linit armées nerveuses, à cadres aguerris, se. doployèrcnl conlro reimeini extérieur ; de la mer à la Sainbre, l’armée du nord ( 1 5o,ooo) sous Piebegru, que la victoire du Geisberg et la disgrâce de Hoehe et de Jourdan plaoniont en tête des illusiralions nouvelle.s; entre Satnhre et Meuse, l’armée des Ardennes (3o,ooo) commandée par Gliarbonuier, vieux soldat devenu tout-à-coup général; de la Moselle à la Sarre, l’armée de la Moselle (4o,ooo) sous Moreaux, deuxième du nom, se liait par un corps intermédiaire placé sur le revers occidental des A'^osges (io,ooo) à l’armée du Rbin (60,000) qui bordait la rive gauche du fleuve, sous Miebaud, l’un des plus braves et des plus modestes généraux qu’elle eût produits; au pied du Moul-Ccnis et du petit Saint-Bernard, l’année des Alpes (10,000), commandée par Alexandre Dumas; dans le comté de Nice, l’armée d’Italie (3o,ooo) dont le chef,

Dutnerbion, était inspiré par son général d’artillerie. Napoléon; enfin, à la frontière d’Espagne, l’armée des Pyrénées orientales (35,ooo), sous Du* gommier, vainqueur de Toulon; et l’armée des Pyrénées occidentales (a5,ooo) commandée par Muller.

De plus, trois autres corps d’un cfTcctif d’au moins Go,ooo hommes, occupaient la Vendée et le théâtre delà chouannerie. La république avait donc sur pied, outre les garnisons des places et les dépôts qu’on peut évaluer à 3oo,ooo hommes, un cfTcctif de 460,000 coinbattans.

Les coalisés n’étaient pas en moindre nombre : Cobourg opposait h Pi* chegru 160,000 hommes; Beaulieu en avait ao,ooo à Namur; Bluiiken* stein (i 5,000) dans l’électorat de Trêves, se liait à l’armée prussienne (6a,ooo) qui couvrait Mayence flanquée de l’autre côté du Rhin par l’armée impériale (65, 000); Brunswick et Wurinscr avaient l’un et l’autre quitté le commandement; ils étaient remplacés, le premier par le feldmaréchal Mocllendorf, l’autre par le prince de Saxe-Teschen. Aux Alpes, 53,000 Austro-Sardes et, aux Pyrénées, 60,000 Espagnols tenaient tête à nos armées du midi. Enfin 10,000 Anglais étaient rassemblés à l’ilc de Jersey, prêts à se jeter sur les côtes de la Bretagne; total 44^>o<)OCom* battans.

L’hiver ne suspendit point la guerre de la Vendée; pendant l’excursion outre Loire, l’intérieur du pays était tenu en respect par la garnison de Nantes et une chaîne de postes répartis le long du fleuve; Charette seul tenait la campagne. Haxo l’attaqua dans le Marais: renforcé par la garnison des Sables, il le rejeta sur la Vendée centrale, et après avoir inutilement tenté de reprendre file de Noirinouticr, il le repoussa pied à pied jusque dans la haute Vendée. Sur ces entrefaites , les désastres du Mans et de Savenay firent rentrer dans le Bocage Stofdet, Larochejaoquelin et quelques autres chefs ; mais ils purent à peine renforcer Cba* rette, et leurs bandes réunies ne dépassèrent pas 6,000 hommes. La population la plus belliqueuse avait péri. Ceux qu’on rencontrait encore les armes à la main , aspiraient au moment de les déposer. A mesure que les détachemens de Haxo pénétraient dans leurs cantons , ils accouraient à lui, implorant son appui contre des chefs qui ne se recrutaient plus qu’à l’aide de violences.

Cependant Marceau rentra dans Nantes, et deux belles divisions tirées du Nord et des Pyrénées portèrent scs forces à 40,000 hommes. Il voulut s’emparer de Noirraoutier , occuper militairement le Bocage, désarmer le petit nombre d’insurgés qui le parcouraient encore et surveiller la côte pour intercepter les sccoui’s préparés par les Anglais. De telles dispositions, exécutées par des hommes comme Marceau, comme Kleber, eussent dès-lors mis fin aux plus terribles scènes de la révolution; mais à

cette époque, la Montagne, qui avait cru nécessaire au salut delà France i

l’emploi temporaire de mesures énergiques, était cllc-inêmc dominée par un parti extrême, né de la longue alternative de nos succès et de nos revers. Cette secte, d’accord avec les fanatiques de tous les temps, n’admettait plus d’autre procédé que l’extermination en masse de scs adversaires. Elle avait fait décréter la destruction de Lyon : elle rcn> contra un général qui ne recula point devant le projet de dépeupler !

toute une province. |

On éloigna les vainqueurs deSavenay, et Tnrreau vint prendre le com- \

mandement de l’armée, qu’il conduisit à Sauinur pendant que Haxo reprenait Noirmoutier. Là , il ne craignit pas de dévoiler son système aux représentans assemblés ( i ). Un cri d’iiorreur s’éleva ; tons, un seul excepté, quittèrent le quartier-général ; le comité n’osait avouer son terrible mandataire; mais, sans doute, encouragé par des instructions secrètes, celuici n’hésita pas à entrer en campagne.

Douze colonnes débouchèrent de Saumur par toutes les roules, seportiul au devant de Haxo, divisé lui-même en huit colonnes. Voici ce que le général en chef leur prescrivait : « On emploiera tous les moyens dedé- « couvrir les rebelles ; tous seront passés nu fd de la baïonnette, les vil- « lages, métairies, bois, landes, genêts, et généralement tout ce qui « peut être brûlé, sera livre aux flammes. »

Au bout de dix jours , ces mesures implacables avaient ranimé la guerre prête à s’éteindre, et des combats continuels arrêtèrent ou détruisirent les colonnes républicaines. Lnrochcjacquelin ayant péri dans une de ces rencontres, Stofïlct prit le commandement et s’empara de Chollet qu’il fit incendier. D’un autre côté, Haxo fut tué au moment d’atteindre Charette à la Roche-sur-Yon. Sur tous les points, l’exaspération redoubla; mais, cette fois, les insurgés au désespoir ne combattaient plus que pour défendre leur vie , et la modération devait les désarmer. Turreau fut enfin rappelé par l’animadversion publique. Vimeux, qui le remplaça, prit des dispositions plus humaines , dont le cours des évènemens hâta le succès.

Il divisa son armée (5o,ooo) en 4 colonnes qu’il rangea depuis Nantes jus<ju’à l’embouchure du Layon en ligne prcscjuc circulaire, comprenant la Mottc-Achard, Chantonnay, la Châtaigneraye et Thouars. Elles reçurent l’ordre de s’avancer simultanément en observant la plus sévère discipline, désarmant les communes et en respectant les personnes et les propriéiés; mais elles ne purent d’abord sortir des rctranchcmcns où elles s’étalent

( i) Quelques liisloriens prélendoit que le syslime des colonnes fui ordonné par les representaui ea iQÎvsioQ. Le rrpréseDUiit Turreau rliorçea Sun frire, quittait grmTaI,de rcxcculionde ce sysIcOK*.

70 CrttïliKS DK IA HKVOLU'I lo.v.

reiifcniJLTS, »ît sc liiirunt surlu dcfnisivc. Ilfulhit qilcfqtip temps avant que les Vctulwiis les distinguassent des coluiiiies infernales de Tuncaii. Mais bientôt la guerre civile fut nsluite aux coups de inaiil individuels, tlanclaiix, si connu pour sa modération, succédai Vinieux, que son grand âge appelait à la retraite , et quelque tem|)s après Un décirt de la Convention promit le pardon aux insurgés (pii déposeraient les armes.

Ol'ÉBATIOXS sén LA FllOATlillE DU SORD.

Sic^filel.anJrcfît’s (i 7 .htü) Pi'emÜTranru)Ucdr& lignes (Jl' rircom allai ion (»o). — Deuxieme allequc

(aO).— Cajiilulaliüu (3oJ. — Cumbah de lioU»- u (a6).— Autour de Lille (a6). — De Mocscroco (a8).— Iiivcali«empnld’Tpre$C5o). — CondmldcCoiirlrayCi » moi). — &fouTcmentde5 0<MiiHÔ»(i7). — Palaille de Tureoiiig (i ^). — Combal do l’oiil-à-Ciiiii -Ilalaillc d’Iluoglcde (i 3 juiu).*->PrÎM d'Ypri«

^:3) I*a.<i<;ige de la Sambre (to mai). — ('.oinl>al de Grandteiigl (i3J. — Deu.vicoie paesage (au).

— Deuxiértu* condiat do r.randreng (ai). — (’ombot de Meilirs (a4)*— Troisième pasuige (i juiu).

— (ajinbal sous Clurlritty '5).— Pi ise; d’Arlon (iG avril) Ikaulieu à Rouillou (39),— Marche de

Jüurdsin (19 à 39 mai] vYoïi ariivèe sur lu Sauibre (3 juiu), — Qnalrième pa»age (la) ...JUeuaic-

Pie combat 5.0ns Charleroy {i0),~ Oint^iiièuic et dei nier passage de la .Sambre (i 8).— Prise do

Qiarlcruy (a5].-^fVaUiUe de Plotinis (aG).~0>m!iat et prise de juillel). Comlwl de

Deyme (aa jiiin).~CoDil>.it de monl Sainl-Jcan (7 juiHet).— Omipation de JIru.xelles (gau ïo). — ComiMt de Ijjuvuiu (i3J. — De Malines(i7). — Prise de Naimir (17).— D'Huy (ly).— -De Liège (^7).— Des places du nord et de la plamlre maritime (juillcl et aoûl).

Au nord, malgré l’activité du coiui le, Cobourg conservait l’initiative. Il reprit ses opérations dans la première quinzaine d’avril, et il s’avanra sur Landrccics.

Le centre de Pichegru s’étendait de Bouebain et Cambrai à Guise , llanqué par fOisc et l’Escant; la droite occupait le camp de Maubcugc et la gaucl.o ceux do Lille et de Dunkcrqc.

Pour coiitiniir les ailes de son adversaire, le généralissime ennemi détacb i, à droite Clerfa^ t avec jj.ooo bouiiius poêlés de 'rournai è la T )Sf

CAMPAGxNE DE 1976. 71

et à gauche, le prince de Kaunitz qui jeta , au-delà de la Sambre, à Merbes, a5,ooo hommes, pour prendre position entre Beaumont et Doussu, et séparer Pichegru de l'année des Ardennes. Cependant Cobourg, le prince d’Orange et le duc d’York, divisés en trois corps d’égale force, rangèrent près de 100,000 hommes autour de I.audrecies.

Celte petite place est située sur la rive droite de la Samhrc; pour l’investir, il fallait couper les routes d’Avesues, de Guise et de Cambrais Sur les deux premiers points, on était couvert par la petite Helpe et la forêt de Nouvion; mais, du côlé de Cambrai, on ne pouvait suppléer au defaut d’obstacles naturels, que par un grand déploiement de forces. York remplit l’intervalle (35,ooo) en se retranchant aux bords de lu Selle, au C«ateau-Cainbrcsis, à Troisville et à Catillon; Cobourg, s’étendant par Nouvion, Fonlencllc et la Cupelle, compléta les lignes do blocus. IjO prince d’Orange resserra la villcet en couiinent^a le siège. 4 à 5, 000 hommes formaient la garnison qui ne montra pas moins de constance que celles do Valenciennes et de Condé.

Pirhegnj tenta de la dégager; mais il ne mit point en pratique les grandes leçons de l’année précédente, et ses mouvemens décousus n’eurent point de succès général. Au lieu de se concentrer et d’offrir la bataille, il manœuvra d’abord pour renouer 1rs communications interceptées entre sa droite et son centre.

8 à 10,000 hommes débouchèrent du camp de César dans le but de faire diversion et de contenir le duc d’York. A peine à deux lieues de Bouchain, ils se heurtèrent, sur les rives de la Selle, contre les redoutes ennemies. Après un engagement long et douteux, ils se replièrent et, saisis, au moment de rentrer à Bouchain , d’une terreur panique, ils so débandèrent et essuyèrent quelques pertes.

Cependant deux divisions se portèrent de l'Oise à Nouvion, et un fort détachement déboucha d’ Avesnes pour se rendre maître du cours de la Ileipc. Cette opération, conduite mollement, eut pour seul effet de rétablir, par la Capello, la liaison entre le centre et la droite. L’attaque contre la forêt de Nouvion échoua. Après avoir pris une redoute, on fut battu et ramené dans le camp de Guise.

Après cet échec, Pichegru commença à se livrer à de grandes manœuvres; il résolut de frapj>cr le centre de Cobourg et en même temps de déborder ses cxtrémité.s. Lancer à-la- fois sur Kaunitz l’armée des Ardennes et les troupes de Maubeuge; faire (lier dans la Flandre maritime 5o,ooo hommes, sous Souliam et Moreau , et retourner à l’attaque des lignes de blocus par Bouchain, Guise et Avesnes, tel fut son plan, qui no sauva point I.audrccies, mais qui changea les dispositions des coalisés.

Ce résultat ne l’a point préservé de justes critiques. Ou l’a blâme d’a-

72 GUERBtS DE LA «ÉVOLUTION,

voir cômproiAis les 5o,ooo hommes de sa gauche, que Cobourg, |)ar un mouvement décidé sursa droite, eût jetés dans la mer. On lui a reprochéd’avoir *

tiré une fausse conséquence des succès de Hoiidschootcet de Waltignies; il eût dû en conclure qu’il fallait opérer, non sur les ailes de l’cnnenii, mais sur Tune des deux seulement. Si les 1 5o,ooo hommes qu'il lit mouvoir sur six points éloignés s’étaient concentrés aux bords de la Sambre, pour la passer à Charleroy, le sort de la campagne eût été immédiatement fixé.

Quoi qu’il en soit, la colonne de Maubeuge fut contenue par le géncL ralissime et ne put dépasser Avesnes; celles de Guise et de Bouchain se brisèrent à Troisvillc et à Catillon contre le duc d’York ; et Landrecics, perdant tout espoir d’être secouru , a demi ruiné par six jours de bombardement, capitula. Mais les généraux ennemis n’en furent pas moins contraints d’abandonner leurs projets d’invasion. I.es diversions sur '

leurs extrémités avaient réussi , et dès-lors la base d’opérations qui avait paru sufBsantc , l’année précédente, n’était plus réputée assez solide; d’ailleurs elle n’était pas complète, puisque Maubeuge n’avait pu être assiégé. '

Cobourg ne pouvait pas s’aventurer dans l’intérieur, en laissant enar- |

rière deux armées assez fortes pour envahir la Belgique et lui fermer la i

retraite; il n’avait plus d’auti'e parti à prendre que de se porter où les j

Français étaient le plus menaçans et où il espérait les aborder avec plus |

de chances de succès. ^

Le prince de Kaunitz, assailli sur les hauteurs de Boussu , avait clé “

rejeté au-delà de la Sambre. Cobourg le renforça du corps hollandais et []

le chargea de contenir sur la rive droite les divisions républicaines; luimême courut avec York au secours de Clerfayt. Celui-ci était aux prises i

avec Souham et Moreau : on l’avait d’abord attiré surl’lüscaut, au moyen d’une démonstration à Dcnain; {miidant ce temps, trois colonnes s’élancèrent de Dunkerque et de Lille : ou prit E'urnes, on resserra Ypres , on investit Menin, on s’empara, l’épée à la main, des hauteurs de Mocscroen et l’on entra dans Courtrai. Clerfayt, mieux informé du vrai point d’attaque, sc hâta de retourner dans scs positions; arrivé à Mocscrocn, il s’arrêta et se mit sous les armes, espérant inquiéter les Français sur leur retraite et les engager à rétrograder par la rive gauche de la Lys; mais j

Souham sortit de Courtrai , revint droit à lui , l’aborda à la baïonneltc et le rejeta sur Tournai. Sa défaite fit perdre aux troupes renfermées par Moreaudans Menin (3ooo) l’c.spéranced’être dégagées; elles sc frayèrent un passage à travers la division républicaine et se retirèrent à Bruges. La'place qu’elles abandonnaient fut occupée et l’on commença le siège d’Y'prcs.

Pendant que Cobourg sc portait sur sa droite, eu arrière, Pichegru

CAMPAGNE DE I79ù.

faisait suivre son mouvement par Bonneau et les a5,ooo hommes du camp de Ce'sar. Deux divisions du camp de Guise furent envoyées à Mau> beuge, et il ne resta sur l'Oise qu’un corps d’observation d’environ 1 6,000 hommes.

York arriva le premier sous Tournai; Clerfayt , que Souham tenait en respect depuis le combat de Moescroen , une fois masqué par le corps anglais, partit et se montra tout-à-coup à Courtrai, sur le flanc de Moreau, qui couvrait l’investissement d’y près. 11 commença le feu vivement et obtint d'abord du succès ; mais, de son côté, Souham avait été relevé par Bonnaud. Tandis que son collègue occupait York par une suite d'attaques entre Lille et Tournai , il mareha sur la Lys et survint à temps pour rétablir le combat; les impériaux furent repousses à Deynse et Thielt.

Quatre jours après , toutes les forces de Cobourg étaient rassemblées à Tournai , Cysoing, Lamain et Marquain. L’empereur d’Autriche parut au quartier-général, et l’on résolut de signaler son arrivée par une action éclatante. Le chef d’état-inajor, Mack, arrêta les dispositions d’attaque; on les accueillit avec transport en leur donnant le nom de plan de destruction. Il ne s’agissait, en effet, de rien moins que d’anéantir tour-àtour les diverses parties de l’armée française. Elle formait une colonne allongée de Lille à Courtrai , et composée de trois masses principales : Bonnaud au camp de la Madeleine , Moreau à Menin et Souham à Courtrai. On voulait la rompre par le flanc, en jetant 100,000 hommes entre Lille et Menin ; on voulait pousser Souham et Moreau jusqu’à la mer, leur faire déposer les armes et se rabattre ensuite sur Bonneau. Mais la difGculté était de dérober les apprêts d’une aussi vaste manœuvre aux généraux républicains qui se trouvaient tout portés pour se concentrer eux-mêmes.

Moreau reconnut le premier un mouvement extraordinaire sur la rive gauche de la Lys. C’était Clerfayt qui gagnait par Rousselaere les ponts de Wcrwick. Il le suivit latéralement et donna l’éveil à Souham qui se rendit sur-le-champ à Menin. On apprit bientôt que huit colonnes sorties du camp de Tournai se déployaient dans la plaine, sur trois lieues de front, depuis Moescroen jusqu’à Sainghin.

Elles occupèrent sans obstacles sérieux Gruson, Turcoing , Lannoy, Hems, Watreloos, Roubaix, et elles replièrent Bonneau sous les murs de Lille. Ce grand développement, coïncidant avec celui que surveillait Moreau , dévoilait assez les projets des coalisés. Ou marchait au-devant de Clerfayt pour le rallier sur la route de Menin à Lille; on s’étendait à gauche pour attirer Bonneau du côté de Fiers, et à droite pour retenir les autres divisions autour de Menin.

Pichpgrii présidait alors à l’organisation de sa droite; en son absence, scs lieutenans prirent, avec autant de hardiesse que d’intelligenc»!, les mesures les plus propres à déjouer renneini. Moreau saisit 8,000 hommes et les posta atix ponts de Werwiek |)our disputer à Clerfayt lu terrain pied à pied; il ne s’agissait avec lui que de gagner quelques heures, pendant lestpiclh» on se proposait de frapper au cœur la ligne étendue qu’il espérait rejoindre. Souliam et Bonneau se destinèrent tout entiers à ce coup décisif, et l’on détacha, en avant de Fiers, un corps qui reçut l’ordre de manœuvrer sans relâche, de manière ù faire croire à la gauche des impériaux qu’elle avait donné le change aux divisions de Lille.

Cette combinaison improvisée, que l’on attribue surtout k Moreau, réussit de point en point. Clerfayt, vigoureusement contenu, perdit beaucoup de temps au passage de la Lys et tous ses efforts ne purent lui faire dépasser Linsclles. Cependant Bonneau et Souhaiu, débouchant, l’un de Lille, l’autre de Menin , sc ruèrent avec 60,000 hommes sur Roubaix et Turcoing.

Cette dernière ville servait d’appui aux impériaux du général Otto, mais ils étaient disséminés dans les environs, et le choc imprévu de Souham les jeta dans un désordre dont ils ne purent sc remettre. Les Anglais firent meilleure contenance en l'ésistant à Bonneau; toutefois, la gauche, trompée par le détachement de Fiers, ne faisant aucun effort pour les soutenir, on les déborda par les doux lianes; déjà une brigade menaçait de pénétrer à Lannoy et de leur couper la retraite lorsqu’ils vidèrent précipitamment le champ du bataille. I^r défaite entraîna celle de l’armée entière : elle essaya vainement de se reformer à Leers , Templeuve et Ijannoy , elle no put sc 1 aflermir que dans ses retrtnebemens. Clerfayt eut à peine le temps de repasser la Lys et de se retirera Tliiclt. L’ennemi perdit dans cette journée 3ooo hommes et 60 pièces de canon.

Picliegni, arrivé au quartier-général le lendemain de la victoire, se mit lentement en devoir d'en retin;r le fruit; au bout de trois jours d’inaction, il ordonna l'assaut des lignes de Tournai; mais après avoir couvert un moment l’Escaut, vers le pont du Château-de-Chin, il finit par être repoussé avec une perte de 4ooo hommes. Il chercha inutilement , à la suite de cet échec , à attirer sur Orchies les forces de son adversaire.

Cependant Cobourg, tenu en suspens par les opérations sur la Samhre, se borna à envoyer une division à Clerfayt qui tenta vainement de rompre le blocus d’Ypres ; il porta 3o,ooo hommes à Buussclaere et Hooglède contre l’extrême droite du corps d'investissement, formée do deux divisions; celle de lloussciacre, attaquée à l’improyiste, plia; mais Macdonald,

CAMPAGNE DE 17‘JÙ. 75

à la tête do la seconde, prit, à Uooglède, une bonne position qu’il défendit assez long-temps pour donner aux troupes battues le temps de se rallier et de revenir à la cbnrge. LViinemi fut h son tour contraint à vider le ebamp de bataille et à rentrer clans le camp de Tbielt. Yprus n’aynnt plus à altciKlre de secours ellicace, so rendit à discrétion.

L’armée des Ardennes, les troupes du camp de Maubouge, renforcées par deux divisions de Guise, formant un total de plus de 60,000 combattaiis, fraiicbireut la Sambre à Merbesel Tbuiu dans le but d’occuper Mous et Cbarlcroy. On culbuta l’ennemi à Diuch et Fontainc-Lcvêque et l’on renferma le gros de ses forces dans les redoutes de Grandreng; il fallait les eidcver pour suivre ces premiers succès; on s’y porta, maison fut battu; on perdit 4<>oo hommes et l’on revint en désordre sur la rive droite.

Cet engagement fut néanmoins assez vif pour déterminer Gobourg à envoyer à scs lieutciians un renfort de ito,ooo hommes. Il fit en même temps passer ù Clerfayt une division et lui prescrivit de troubler le siège d'Ypres, taudis que lui-même se tenait en observotion à Tournai.

Pendant que les renforts étaient en marche, l’a rniéo des Ardennes, pressée par le représentant Saiut-Just, passa de nouveau la Sambre et recommeuça l'attaque de Grandreug où clic échoua encore. Cependant elle resta sur la rive gauche et entra eu opérotion : deux divisions furent placées à la garde des ponts , tandis que le général en chef s’étendit dans la valUic du Piéton pour menacer Cbarlcroy cl forceV Kaunitz à sortir de scs rctrauchemens. Niais les impériaux, loin de songer à la retraite , marebèreut résolument aux pu tes de la Sambre. Un combat sanglant s’engagea dans 1 Yone et lùillit être funeste aux républicains. Déjà le désordre SC menait dans leurs rangs et les ponts étaient obstrués par la foule des fuyards, quand Charbonnier, attiré par le bruit du canon, accourut sur le fiauc gauche de Kaunitz. Ou parvint à regagner l’autre rive, mais ou avait encore perdu 4ooo hommes et de l’artillerie.

lies troupes avaient besoin de repos, Saiut-Just n’accorda pas un instant. Dès le 26, l’armée se porta par Valeourt à Marchicuuc-au-Pout et commença l’attaque ; au bout de trois jours de combats acharnés, le passage fut forcé ctCliarleroy investi. Mais le renfort de ao,ouo hommes survenant, les générau.x ennemis tombèrent sur les lignes de blocus, et pour la troisième fuis on repassa sur 1a rive droite affaibli de 2000 hommes.

A ce même moment , Jourdan déboucha à la tête de 4o,ooo hommes. L’armée de la Moselle, cantonnée à I.ongwy, à Kiùscrslautcrn , observait ' à-la-fuis Dcaulicu, ISlankcustcin et Mœlleudorf. Mais du côté des Vosges, les coalisés ne firent aucune disposition offensive. Ixts Prussiens, dont

GUERRES DE LA RÉVOLUTION, on a pu remarquer, depuis leur retraite de la Champagne, la prudence extrême, se bornèrent à couvrir Mayence. La Pologne, insurgée sous Kosciuzko, retenait à l’est de l’Europe une partie de leurs forces, et ils étaient résolus à ne point compromettre l’armée qu’ils avaient engagée contre la France. Les impériaux ne pouvaient rien sans eux. Hoheniohe avec l’avant-garde du prince de Saxe, resta campé à Mandacii en avant du pont de Manheim , et son générai en chef ne passa pas le Rhin.

Cette inaction permit à Jourdan de se porter sur sa gauche avec quatre divisions. Ses opérations s’étaient limitées , depuis l’ouverture de la campagne, à profiter d’un mouvement de Beaulieu sur le Luxembourg, pour enlever A rlon et favoriser les manœuvres de l’armée des Ardennes; mais Beaulieu l’avait ramené sous Longwy; et de peur d’être encore une fois coupé de Namur, il s’était posté à Bouillon.

Dès-lors, le général Jourdan demandait avec instance à marcher sur la Sambre ; on y consentit enfin , et sa droite restant à Kaiscrslautern sous les ordres de Moreau, il mit en avant trois colonnes par les routes de Bouillon, de Ncuf-Chàteauctdc Marchc-cn-Famiiie. Beaulieu, à force d’activité, échappa au danger d’être tourné à Marche, et seretiraàDinant d’où I^rfebvre le replia sur Namur. Là , il passa la Sambre et alla prendre à FIcurus la gauche des coalisés , tandis que les Français poursuivant leur mouvement, firent leur jonction avec les corps qui venaient d’être battus sous Charleroy.

La Sambre devint le théâtre des évènemens décisifs ; cette petite rivière, d’un cours sinueux et paisible , séparait, depuis six semaines , deux armées fortes chacune de 5o à Go,ooo hommes, qui, tour-à-tour, avaient fait d’inutilcsefforts pour s’affermir sur la riveopposée. Cinq combatsacharnés laissaient en suspens la fortune , quand Jourdan vint jeter dans la balance le poids desonépéc. Un grand conseil de guerre se réunit; représentans etgénéraux s’accordèrent à considérer la prise de Charleroy comme une opération préliminaire indispensable. On résolut le siège de cette place; on réunit aux divisions de la Moselle, celles des Ardennes et deux divisions de l’armée du Nord; et, tandis que 1 5, ooo hommes restaient à lagardc du camp de Mauheuge, on lança sur l’autre rive cette masse imposantequi reçut plus tard le nom d’année de Sambrc-ct-Meuse. Elle prit position autour de Charleroy en couvrant toutes les routes qui y conduisent. La gauche occupa Trazegnies et Forchies , la droite Fleurus et Lambusart, le centre Gosselics et Ileppignies ; une division fut chargée de réduire la place.

Jourdan était général en chef; il avait amené , de la Moselle, Hatry, Lefebvre et Chainpionncl , généraux divisionnaires dont la réputation était faite. Les mutations de la Vendée avaient placé .à l’armée des Ar-

JOUHDAN (Jean-Baptiste),

^p a Limoges, Je 99 avril i^Ca — tièn^ral ré|>ubliraiD. — Marecbal de Fraare. — Mort i Pif», le novembre i833.

S«Uûlle de Fleuriu.

dennes, K.leber et Marceau. Malgré tant d’clémcns de succès, on essuya encore un échec.

Ijc prince d’Orangc , Kauiiitz et Beaulieu tombèrent sur les positions où les républicains ii’étaicnt pas encore affermis. Un combat opiniâtre s’engagea au milieu d'un brouillard épais qui déroba aux généraux français la force et les mouvemcns de leurs advcisaircs; néanmoins , sur le Piéton et vers Gossclies, les impériaux furent culbutes ou contenus. Jourdan se croyait vainqueur, lorsqu’il apprit queson aile droite avait repassé la Sambre. Ignorant ce qui se passait sur les autres points, et voyant deux redoutables colonnes menacer Lambusart, elle avait craint de perdre ses communications avec la rive droite , et elle s’y reportait en bon ordre. Le reste de l’arince fut obligé de suivre son mouvement. Mais les coalisés, désorganisés par ce rude choc, où ils perdirent plus de 3ooo hommes, s’éloignèrent aussi du champ de bataille, et se retirèrent à Nivelles, où ils appelèrent instamment le secours du généralissime. Jourdan put ainsi, deux jours après, rentrer dans ses lignes d’investissement et pousser avec vigueur le siège de Charleroy.

Cobourg, lais.sant York à Tournai et Clerfayt à Thielt et Deynse, accourut avec 3o,ooo hommes lenforcer ses lieutenans : tous s’ébranlèrent pour dégager la place, mais elle venait de capituler au moment où leurs masses se déployèrent devant les postes républicains.

Le lendemain au point du jour on prit les armes et la célèbre bataille deFleurus s’engagea, plus remarquable par ses grands résultats, par les masses imposantes qui se heurtèrent, que par les combinaisons des généraux opposés.

Jourdan, à la tête de 80,000 hommes, la reçut dans ses lignesde blocus, comme s’il eût voulu couvrir encore la division de siège; et Cobourg, avec 100,000 hommes, attaqua symétriquement toutes les positions françaises sans songer â y pénétrer par quelque manœuvre hardie.

Le prince d’Orange marcha contre Kleber qui se couvrait du cours du Piéton; Kaunitz se chargea de déblayer la route de Bruxelles, et d’enlever les redoutes de Gosselies et d’Heppignies, défendues par Championnet ; Beaulieu attaqua l’aile droite où se trouvaient Lefebvre et Marceau, rangés de Fleurus à la Sambre : partout , les succès furent d’abord variés.

Les avant-postes républicains se déployaient par Fontaine-Lcvcquc, Forchies, Trazeguies, Frasncs et Mellet : ils furent tous repliés.

Kaunilz et son lieutenant Quasdanowich abordèrent Gossclies et Heppignies ; le dernier fut battu, tandis que les Français, chassés des rctrauclicmens d’Heppignies, commencèrent à se répandre en fuyant dans la plaine. Jourdan détacha pour les rallier une partie de sa réserve; elle

*ufHt à rétablir le combat qui se soutint victoriousenient jusqu’à la fin de la journée.

Le prince d'Orange , en s’appuyant à la Sambrc , perça par sa droite jusqu’à Marcbieane>au-Pont, dont il fut sur le point de s’emparer; mais sa gauche , après s’ être épuisée eu efforts infructueux , pour dépasser Forcbics, se mit en retraite, et Kleher manoeuvrant pour jeter dans la Sambre le reste de sa colonne, tout plia pour rentrer dans les positions primitives.

 l’aile droite, l’action fut plus long-temps indécise et plus acharnée. Pendant que Lefebvre défendait, contre l'archiduc Charles, Fleurus et Wanfersee, Beaulieu se glissant dans les bois qui longent la l'ivière, tomba en masse sur l’extrême droite de la division Marceau et l’entassa en dé^ sordre dans I.ambusart; elle s’y défendit long-temps, mais enfin elle se débanda et s’enfuit en partie sur l’auli’c rive.

Marceau sentait les conséquences de cct échec. Lambusart, bâti sur une hauteur au boinl de la Sambre, donne la clef du vaste plateau de Fleurus; l’ennemi , débouchant de ce village , prenait à revers toute la ligne française et pouvait la mettre en déroule.

Le jeune général, que des combats de géans, en Vendée, avaient doué d’un rare coup-d’œil, sans se soucier de rallier la masse des fuyards, saisit quelques bataillons dont les rangs n’avaient pas été ébranlés, et se jeta avec eux entre les baies et les jardins en arrière du village, résolu à s’opposer, à tout prix, au déploiement des impériaux; son fou les arrête et , cependant, Lefebvre dispose en sa faveur d’une partie de sa division. Jourdan lui-même accourt avec ses réserves ; de l’autre côté Cobourg, en personne, amène des renforts. Tout se mêle , les moissons dont la plaine est couverte sont incendiées; on se bat au milieu des flammes avec toute la fureur d’un engagement décisif; enfin , l’ennemi cède, et Lambusart retombe au pouvoir des républicains.

Les deux ailes de l’armée ennemie en s’approchant deCimrleroy virent le drapeau tricolore flotter sur tous les édifices de la ville; on ignorait qu’elle se fût rendue , et cette nouvelle, se répandant à l’iiuprovistc panai les assaillans, amortit leur ardeur : les positions des Français n’étaient point d’ailleurs sérieusement entamées; Beaulieu, très maltraité, s’éloigna du champ de bataille; Cobourg, renonçant à revenir à la charge, donna le signal de la retraite.

Elle s’opéra parallèlement à l’ordre d’attaque. f.a gauche .sc replia à Sombref, le centre aux Quati-o-Bras et Nivelles, et la «Iroite à lloculx et Mons par où elle se mit en communication avec les Anglais.

On avait perdu du côté des vainqueurs 6000 hommes , et du côté des alliés 10,000 tués ou blesses et 3ooo prisonniers.

J^s manoeuvres de Jourdan, pour profitei’ de sa victoire, sont dignes d’ôlrc remarquées. Do Soinbrcf à Nivollos, il fit suivre pas à pas les coloU’ nés battues, et lui-mûmc, avec le gros doses forces, marcha vivement contre le prince d’Orange, pour le rompre, déborder York et tendre la main à Piclicgru. Ce mouvcmenl fut h la veille d’obtenir un succès complet.

On enleva Mons à la droite dos coalisés, on les ballit à Koeulx,OQ replia les Hollandais sur Halle. Mais tinc fausse marche de l’armée du Nord sauva le corps anglais, Piehogru , après avoir chassé Clcrfayt de Deynsc, avait occupé Oudeiiarde, sur les derrières d’York , dans le but de le rejeter sur Jourdan, lorsque les représcnians, sans tenir compte desopéralions sur la Sambre, lui enjoignirent de repasser la Lys ot,dans un instant aussi décisif, de perdre sou temps à assiéger les places de U Flandre maritime. Peu soucieux de les défendre, Clcrfayt profita do celte cireonslancc pour gagner Alost ; York le suivit et s’arrêta à Ninove.

L’armée combinée était sur le poiut de sc former en dcmi-ecrclc autour de Bruxelles. Jourdan ne lui laissa pas le temps de s’affermir , il marché .sur Nivelles contre Cobourg et donna l’ordre à Klobcr de chasser de Halle le prince d'ürangc. A leur approche, ces deux généraux ennemis se relirèrcutct se concentrèrent .à Monl-Saint-Jcan,

C’était un succès de les avoir repliés dans cctlc position, depuis s> oélèhrc. On sait qu'elle est adossée au long défilé de la forêt de Soignics , cl Cokourg n’était pas eu mesure de l'ccevoir la bataille avec si peu d’espace pour la retraite. 11 se rendit donc directement à Louvain, laissant k Mont-Saint-Jean les Hollandais pour masquer son mouvement rétrograde.

Jourdan et Lefebvre, dcboucliant, l’un de Nivelles, l’autre de G emmappc, tombèrent à-la-fois sur le prince d’Orange, le culbutèrent dans la forêt d’où il gagna péniblement Bruxelles. Là, il fut rejoint par le duc d’York, et tous deux se retirèrent à Malincs, Clcrfayt, se croisant avec eux, alla reprciulrc à Louvain la droite de Cobouig ; d’un autre côté, Beaulieu, repoussé par Hatry, d’aliord de Sombref, puis de Gembloux, ne put s’arrê’ler qu’à Tirlcmbnt.

Cependant Jourdan fit son entrée à Bruxelles, où Picliegm s’était rendu, dès la veille, par la route de Gand. Les deux armées républicaines opérèrent ainsi leur jonction au centre des Pays-Bas. Fortes de 1 5o,ooo hommes et de l’ascendant de leurs victoires , elles eussent dèslors fait irruption en Allemagne; mais le temps n’était pas venu d’auimer d’une seule impulsion de telles masses d’hommes. On se borna d'abord à enjpêcber les coalisés de renouer leurs communications.

Ijc duc d’York essaya de .s’étendre le long du canal de Louvain, où il

GUERRES DE U RÉVOLUTION, croyait trouver la droite de Cobourg; mais Klebcr avait déjà poussé les ^ impériaux jusqu’à Tirlemoot, et Pichcgru , faisant vivement occuper Malines, coupa, du corps de bataille, la gauche de l’armée anglaise qui se retira, par Herenthals et Turnhout, à Breda, où York courut la rallier. L’armée de Sambre*et*Meuse s’élança tout entière à la poursuite des im> périaux, Kleber par la chaussée de Saint-Trun, Jourdan par Jodoigne , Hatry et Marceau par Namur.

On prit cette dernière ville, on s’empara de IIny,on arriva de tous les points surlaMcuse;Kleber devant Maëstricht, Jourdan et Lefebvre devant Liège, dont ils se rendirent maîtres. Cobourg repassa les ponts de Maës* tricht, dix'Sept mois après les avoir franchis, victorieux et marchant à la conquête de la France. Il rangea son armée , forte encore dé 6o à Sojooo hommes, sur la Meuse, de Ruremondc à I.<iège, et sur l’Ourthe et l’Ayvaille, de Liège à Durbuy et Spriinont, après quoi il remit le comman* dement à CIcrfayt.

Jourdan, avant de pousser en avant, voulut assurer ses derrières; il suspendit ses opérations pendant que les places fortes du nord et de la Flandre maritima étaient assiégées.

On avait laissé Charbonnier en observation devant Valenciennes, Condë , le Quesnoy et Landrecies ; Scherer prit ses troupes et signiGa aux garnisons autrichiennes le décret de la Convention nationale, qui prescrivait de les passer par les armes, si elles ne se rendaient pas dans les vingt>quatre heures de la sommation; Landrecies obéit ( 19 juillet); mais les autres villes résistèrent et il fallut les assiéger. Elles ouvrirent successivement leurs portes (du 12 au 29 août). Cependant Moreau, avec l’aile gauche de Pichcgru, enleva Ostende, Nieuport, l’île de Cadzand et le fort de l’Écluse ( du 1*' au ao juillet).

SI

OPÉB.VTIOÜS D.U<j LES VOSGES.

Prise de Kaisenltulern pir les allie’ s (a 3 oui). — Comlial de Scliiffnsladt (s3 mai). — Comliat de Scliweigeiilieiiii(a juillet). — Conikal dc'rri|ipsladl (3). — Bataille d'I'JuukoLcn{i4). — Conquête de VÉleclorat de Trêves (4 au 8 août). — Deiaiéœe prise de Kaiserslautcra (i7,ïo septembre).

Le départ de Jourdan mit en mouvement toutes les armées de l’est. Mccllcndorf parut à Casse), menaçant Ilombourg et Sarrelouis, au moyen de quoi il obligea l’armcc de la Moselle à s’étendre, pendant que le gros de ses forces, passant par Casse! et Frankenstein, enveloppa Kaiserslautem.

Son attaque fut secondée par Holienlohe qui sortit du camp de Mau* dach pour retenir l’armée du Rhin sur le Speyerbaeh. Ce dernier général SC fit battre à Schifferstadl; mais Mœlletidorf accabla dans Kaiserslautern la droite de Moreaux, dont les débris se dispersèrent sur les routes de Ncustadt et de Pirmasens. A la suite de ce succès, il pénétra jusqu’à Landstuhl; et Micliaud, débordé par la gauche, évacua le Speyerbaeh pour rentrer dans les lignes deWeissembourg.IIohenlohe s’avança sur ses ■pas cl s’étendit à Ncustadt et Edenkoben, relevé au pont de Manlieim par une partie des forces du prince de Saxe. Après quoi les généraux coali> sés, satisfaits de s’emparer des défilés des Vosges, retranchèrent ces fortes positions et se mirent sur la défensive. Les généraux français reprirent l’attaque; Michaud sortit de ses lignes, en s’appuyant au Rhin, dans le but d’en détacher les impériaux et de les forcer à rétrograder en débordant leur gauche. Mais son avant-garde, après avoir enlevé bravement le plateau de Schweigenheim, fut saisie d’une terreur panique et se jeta, en désordre, sur le corps de bataille qu’elle entraîna dans sa fuite; on revint prendre ses positions sur la rive droite delaQueich. Deson côté , l’armée de la Moselle passa la Sarre et gravit les sommets des Vosges; la gauche

s5 GUERRES DE LA REVOLUTION.

n'ussil :i sVlahlii' à Landslliuhl :les autres divisions se heurtèrent contre * Icspositions de Trippstadt et furent raincnccs. L’année entière rentra dans son camp.

Cet échec inspira l’heureuse résolution de faire marcher les deux armées concentriquement sur Kaiscrslautcrn, quartier-général de Mœllendorf: Moreaux par le revers occidental, Michaud par le versant oriental des Vosges. La division Desaix resta seule en observation sur le Rhin.

La ville que l’on prenait pour but est couverte par une chaîne d’escarpemens où s’élèventTrippstadt, Ldenkobeiiet Neustadl; ces positions, occupées depuis deux mois par l’ennetni, étaient fortifiées par des abattis, des rctranchemens et une nombreuse artillerie. Elles ne tinrent pas contre l’effort réuni des deux armées. Neustadt, Edenkoban, Trippstadt furent enlevés, et l’armée du Rhin perça jusqu’à Muschbach. Mœllcndorf, tourné par sa gauche, ne crut point pouvoir se maintenir à Kaiserslauteru; il se relira par Gecllheim à Eraukenlhal : les impériaux rentrèrent dans le camp de Maudach, et les républicains reprirent les positions qu’ils occupaient à rouverture de .la campagne.

Sur ces entrefaites , le système de modération que Vimeux avait commencé à appliquer à la Vendée ayant |)roduit scs fruits, le comité put tirer, des armées de l’ouest, i5,ooo hommes qu’on envoya sur la Muselle. Moreaux reçut l’ordre <lc lier ses ojicrations à celles de l’armée de Sambrc-et-Mcusc.

Alors ce général lais.sant sa droite à Raiscr.slauterii en face des Prussiens, se disposa à envahir l’électorat de Trêves avec la gauclmet le centre. Il fit observer Luxembourg et s’avança, en trois colonnes, par les deux l'ives de la Sarre et la rive gauche de la Moselle. Remich , Greveu-Machercu et Ronz furent rapidement occupés. Rlankenstein évacua l’Electorat et battit en ivtraitc jusqu’à Kaiserich.

Gerfayt, inquiet de ce mouvemeut qui menaçait sa droite et qui pouvait avoir pour effet de l'obliger à reculer jusqu’au Rhin , .se Ivâta de renforcer de deux divisions le corps fugitif, dont il donua le cominaadcmcnt à Mêlas. Ce général se porta eu avant, s’établit à Witllich elTrarbacli et tint Moreaux eu échec autour de Trêves.

Cepeudaul Mielleudorf avait mis à profit, comme précédemment , l'affaihlissemeul de l’armée de la Moselle. Tandis que Holumlobe se transportait à Gecllheim pour retenir Michaud, les Prussiens touruèreat Kaiserslautcrn par GassiJ, y rentrèrent de vive force et occupèrent Landslhul, mais les nouvelles victoires de Jourdan rendirent ces succès ioulilcs.

Digiti- xl i

OrÉR\TIO>‘S SUR I.V FRO^TIKRf; «’lTALIE.

Priw Jo fPtit 8«im-l)«fnord «I du Monl-OoiJ (l'"' avril an t4 maJ). — F.ljiwKIhWi siir (twIHv (j avril). — Cooiliat de Poiilc-di-Kave (17). — Pi Uc J'Oroica^i^). — DeSaorsio (59)..— Du Col-J<*- Teode (8 mai). — Combat de Cairo(i» septembre).

L’armée (les Alpes enleva dans le mois d’avril le petit Saint-Bernard et le i/| mai le Mont-Cenis. L’armtic d'Italie acheva de s’emparer des avenues du Piémont en faisant l’entière coii([uête du comté de Nice. Depuis le commencement de la guerre, les ennemis retranchés dans les hautes vallées de laKoya,de la Tinea, de la Vesubia, (latujués par le fort de Saorgio, avaient défendu victorieusemont les avenues du Piémont. Dtibermion lit enfin tomber ces positions signah'cs par de sanglans et inutiles combats.

Son plan consistait à tourner la gauche de l’armée austro-sarde, en passant la Roya et la Taggia , à se porter eu ma.ssc sur les sources du Tauaro et à intercepter la chaussée do Saorgio à Tende, ligne de retraite de l’ennemi.

Une seule objection s’éleva d’abord; il fallait emprunter le terrain des Génois et violer la neutralité ; mais W Anglais, en prebmit à l’abordage, dans le port de Gênes, la frégate française, /rtiUci(/eJic; mais les Piémontais, en faisant embarquer ii Oneillc un détachement destiné à la garnison de Toulon, l’avaient eux-mêmes foulée aux pieds : on se de’cida facÜefiTenfl à suivre fcure.tcmple.

1 4,000 hommes divisés en cinq brigades, franchirent la Roya. Masseiia dirigea, le long de la côte, une colonne de trois brigades qui rejilia un corps ennemi , entra de vive force dans Oueille, gagna la vallée de ïanaro, chassa les impériaux de Pontc-di-Nave, fit caj)iluter Onneaet prit possession de Garessio.

?h GUERRES DE LA RÉVOLUTION.

Pendant ce temps les deux autres brigades, conduites par Masseiia, remontèrent les deux rives de la Taggia et s’établirent sur le mont Tanardo. Ces mouvemens eurent l’efTet prévu. L'ennemi se hâta de repasser les monts; Saorgio entouré se rendit; le Col-dc-Tcnde, attaqué de front et à revers, fut enlevé; la gauche déblaya les vallées de la Vesubia; l’on se trouva maître du revers méridional des Alpes maritimes, on s'étendit par la gauche jusqu’à l’Argcntière , où étaient les premiers postes de Dumas, et par la droite jusqu'à Yado. L’ennemi perdit deux places fortes, 3 à 4ooo, prisonniers, 70 canons, et la communication avec Gênes, si importante à l’approvisionnement de l’armée, fut rétablie.

On resta long-temps inactif; mais à la fin de l’été les impériaux réunirent une division àDégo dans le but de se mettre en communication par Yado, avec les flottes anglaises. Massena, dans cette circonstance, indiqua le point vulnérable de la ceinture de monts qui ferme l’entrée de l’Italie. i8,ooO hommes se rassemblèrent et marchèrent aux ennemis par la vallée de la Bormidajon les atteignit à Cairo, on les replia dans la plaine du Piémont; toutefois on n’avait point fait de dispositions pour pousser plus loin : on revint à Snvonc et l’on fortifia les sommités des mont.s.

oriasTioits sca la fboktiêbe des rn£ifits.

Prise du Câmp du Boulou (•" nui). — De Collioure (18).— De Bellegarde (18 sept.). — Bataille de la Mootagne-rtoirc (i;, 18 et ao novenib.). — Oceupation de la vallce de Baslan(a6 juillet au i août).

Dugomniier débuta aux pieds des Pyrénées par une victoire éclatante. Bicardosétait mort et I.a Union, Son successeur, n’avait point hérité de son activité. On réussit h l’attirer par une démonstration au pont de

Céret; puis passant le Tech au-dessous de Boulou on tomba entre Bellegarde et le Boulou sur son flanc droit. I>es Espagnols surpris se débandèrent. Dugommier leur enleva la redoute escarpée de Montesquiou, força leurs derniers postes, leur prit 4o canons et les iininciiscs bagages qu’ils traînaient à leur suite. Ils repassèrent les Pyrénées en désordre; on les suivit en masse sur Colliourc; cette place tire sa force des positions qui l’entourent et de la mer qui lui permet de sc ravitailler sans cesse.

On s’appliqua à l’isoler, on réussit à lui enlever scs appuis, scs communications; elle ouvrit ses portes. On reprit aussi Port-Vendres et l’on sc porta sur Bcllcgarde.

Les Espagnols, qui n’avaient point essayé de troubler le siège de Collioure, entreprirent de dégager Bcllcgarde : ils attaquèrent d’abord avec . succès ; mais le combat ne tarda pas h cbangcrdcfa(,-c; ils furent battus, laissèrent a5oo hommes sur le champ de bataille, et curent la douleur de voir la place se rendre à discrétion. Ils s’éloignèrent et prirent position au-dessus de Figuères; Dugommier les suivit.

Leur ligne de défense, préparée de longue main, couvrait à-l.vfois Roses, Figuères et la Cerdagne; elle s’étendait sur un front de 839 lieues, depuis Saint-I.aurent jusqu’à la mer. 77 redoutes, élevées sur des collines d’un abord diflicile , la fermaient, et 5o, 000 hommes s’y étaient rangés.

Dugommier reconnut ces positions formidables et résolut de les attaquer par la gauche ; Âugcrcau fut chargé de l’opération principale qu’il conduisit avec l’audace dont il avait déjà donné des preuves. Soutenu par une démonstration contre le centre et par un détachement lancé de la Cerdagne , il réussit à la fin de la première journée à couronner les hauteurs formant l’extrême gauche du camp espagnol.

Le second jour à l’aube , Augereau engagea de nouveau l’aclion avec le même succès et la bataille commençait à devenir générale quand un éclat d’obus atteignit Dugommier qui succomba au bout de quelques inslans. Pérignon prit sa place et s'en montra digne. La gauche des ennemis entièrement défaite abandonna ses redoutes et sc retira jusqu'à E’iguères.

Après un jour de repos accordé à l’armée, la bataille recommença, mais l’ouverture était faite; Augcrcau s’y précipita, et en peu d’heures toutes les positions furent emportées. Dans cettedernière rencontre, le général en chef espagnol, La Union, fut tué; les ennemis perdirent 10,000 hommes et ne purent se rallier sous le canon de Figuères. Pérignon assiégea cette place et la contraignit à capituler.

L’armée des Pyrénées occidentales envahit aussi le territoire espgnol. Mouccy en avait été nommé général en i liofct des renforts l’avaient

f>C GUKIÏIIES UE LA RÉVOLUilüN.

portée à Go, ooo honimc8. On passa la Hidassoa, on se rendit maître de la vallée de Jiastan, on enleva Fontarabie et les troupes s'étendirent sur les routes de la Biscave et de la Navarre ; elles s’emparèrent de Saint- Sébastien ; eiilin I hiver seul suspendit leurs progrès.

l’aHMÙE du !H0BD EaVAillT LS SBABAST HOLLiünAIS.

Combal delloticl (14 septembre). — De l’Aa (lï). — Inveslisiement de Bois-te-Dae (i3).— Prise de la place (9 octobre), — Investissement de Venloo (8).

Après laréducliou des places de la Flandre maritime, Picliegru, h qui l’on a reproebé trop de lenteur, se porta d’abord h Turnhoiit, et cette première marche eut pour effet de séparer les deux généraux ennemis. Le prince d’Orange, ne songeant qu’à couvrir la Hollande, prête h lui échapper, établit son quartier-général à fiorcum , cl le duc d’York, afin du rentrer dans le système de défense do la Meuse, prit position à Bois-le- Duc et s’étendit entre U Dominel et l’Aa, rherchant à se lier parBuremondc avec Clcrfayt. 1a3s Hollandais se résignant à la défensive, une division suffit à les contenir, le reste de l’armée marcha contre lus Anglai.s. Battu à Boxtcl et sur les bords de l’Aa, coupé deRuremondo, \ork fut forcé de prendre la route de Grave et ne se trouva en sûreté qu’à MooL, au-delà de la Meuse, à i5 lieues de l’extrême gauche des impériaux.

Pour compléter la séparation entre le prince d’Orange et le prince anglais, il n’y avait plus qu’à enlever Bois-le-Duc. Pichegru l’investit et, pour empêcher les Hollandais de dchouchcr de l'iledeBommcl, il débuta par l'attaque des forts de Crèvecœur et de Saint-André. Celui-ci à demi ruiné, ne pouvait pas tenir; l’autre, aux premiers coups de canou se rendit cl livra des pièxcsde gros calibre dont lesassiégeans manquaient. On fit obser*

ver Heusden , puis les divisions Bonneau et Moreaux sc déployèrent sur k Meuse dans le but de paralyser l’armée anglaise; les généraux ennemis ne firent aucun cfTort pour dégager la place, cl le gouverneur capitula dès qu’il aperçut les équipages de siège. La veille, Moreaux profita de la retraite des impériaux pour entourer brusquement Veiiloo.

OPBKATIOXS DE l’aDUKE DE SAMBRE-ET-SEUSB.

Alfaqiie lie M.irttncbt ( ry üopre mhre). — lîafaific tfe Sprimonl(iS).— Balailîr! ü'AIJculioven (a octobra), — Retraite ikr inipêriaax «u-iMè da Rhin (5 «t 6). — OMnbal d^Audejuarb (s3). — Retnutr de MtcUeudurf (a3). — Prise de Maesiriebt (■» iM>%'enbre}.

Les places du Nord étaient reprises. Seberer avait rejoint l’armée de .Sambrc ct-Mctfse , forte de 16,000 hommes. Flanquée sur ses ailes p.ar l’aimé-e de k Moselle A Trêves, parPichegru dans le Brabant Hollandais, elle pouvait attaquer avec toutes les chances de .succès. Jourdan s’y disposa; il s’agissait de faire reculer les impériaux et de les détacher de la Meu.se . Ijç moyen le plus promjït était de les tourner et de menacer leurs communications. Schcrer prit /(O,ooo hommes pour forcer le passage de l’Onrtlre et de l’Aivaille, rulbuter Latonr,qui défendait les deux rivières, et pénétrer jus<{u’à la route d’Aix-la-Chapelle; pendant ce temps, de fortes démonstrations à Maëstricht et à Liège devaient retenir le centre et la droita de l’armée ennemie.

Le feu s’ouvrit devant Maëstricht. Meber resserra les impériaux dans la place avec une vigireur qui donna le change àClerfayt. Le lendemain, tandis que toute Son attention se portait sur la Metrse, Schcrer mit en mouvement sestrois divisions; Marceau, débouchant de Comblain-Pont, 8« jeta dan» fAivaillert parvint i se former sur le boni cqpposc. Cet exem

pic gagna, cl Lalour plia jusqu’aux collines de Sprimont; mais il tenait encore par sa gauclie à la rivière, et les Français engagèrent la bataille, partie sur l’une, partie sur l’autre rive. Les impériaux furent trop vi- I

vement presses par Marceau pour profiter de l’avantage de cette posi- I

tion; déjà ils perdaient leur appui sur l’Aivaille, lorsqu’une brigade ré- jj

publicainc força le pont d’Esneux et se déploya sur leur flanc droit.

Ce fut le moment d’un assaut général : tout s’ébranla , on se forma en co- j

lonnes, on gravit les bautcurs; Latour se retira au-delà de la Vesder où il passa la nuit.

Au jour , une colonne de aooo hommes déboucha de Liège contre Clerfayt, pendant que Scherer manœuvrait pour tourner la droite de 1^- !

tour et pour le séparer du généralissime ; les impériaux échappèrent aux ‘.j

conséquences de cette combinaison en se retirant précipitamment à Hervé. De là, ils gagnèrent Aix-la-Chapelle , puis les rives de la Roër j

où Clerfayt prit position : la droite à Linnirh et Ralhcim; la gauche, sous Latour à Ducren , et le centre à Aldcnhovcn. Ainsi rangé, il attendit le choc, résolu de disputer encore les approches du Rhin.

Après quelques jours de préparatifs, i’arméc française se déploya pour la dernière grande bataille qui dût de long-temps se livrer cn-deçà de ce fleuve.

On avait laissé un faible détachement en observation devant Maëstricht et près de 100,000 hommes s’avançaient contre les impériaux réduits à 77,000; mais à l’infériorité du nombre, ceux-ci suppléaient par l’avantage du terrain. Les rives escarpées de la Roër, couvertes ‘

d’artillerie , et des l’etranchcmcns élevés sur le plateau d’Aldenhovcii semblaient rétablir l’équilibre.

Jourdan , en personne, conduisit le centre, Lefebvre l’avant-garde, Kléber la gauche, et Scherer la droite divisée en trois colonnes disposées de manière à envelopper Latour.

Lefebvre enleva d’emblée Linnich; mais l’incendie du pont le retint h la rive gauche; Rleber força le passage et sc déploya à Rathcim. Enfin Jourdan emporta les redoutes d’Aldcnhoven et rejeta Clerfayt dans Julicrs. Cependant rien n’était décidé: Rleber, seul sur la rive droite, courait risque d’être anéanti. Scherer n’avait point donné; sa division de droite, pour se développer sur le flanc gauche de l'ennemi, avait dû remonter la Roër jusqu’au gué de Niedegen; retardée par le mauvais état des chemins, elle ne prononçait pas le mouvement qui lui était prescrit; toute l’économie de l’attaque était dérangée. I..atour, concentré sur le |

plateau de Dueren, accablait d’un feu violent les deux autres divisions j

qui, d’abord, le reçurent immobiles; l’impaticncc les prit, elles s’élaii- I

cèrent dans la rivière, clics enfoncèrent les portes de Ducren et sc for- |

Digitizod by Go|)gIe

mèrcnt dans la plaine; mais les batteries opposées Continuaient à les fou~ droycr, et leur artillerie n’ayant pu les suivre, elles se trouvaient hors d’état d’y répondre ; on pensait à battre en retraite, quand la colonne si long-temps attendue parut et décida de la victoire. La nuit approchait, Latour en profita pour s’éloigner.

Dans la situation singulière où se trouvait l’armée française, Clerfayt pouvait ramener la fortune, mais au lieu de tirer parti de la séparation des divisions de Jourdan qui se trouvaient les unes en-deçà, les autres au-delà de la Roër, il imita la réserve de son aile gauebe, et abandonna Juliers, affaibli de 4ooo tués ou blessés et d’un millier de prisonniers. Les républicains perdirent environ 2000 hommes.

Le lendemain, Juliers fut investi et capitula. Kleber fit une marche en arrière pour assiéger Maëstricht, et Jourdan s’élança sur les pas de Clerfayt. Les impériaux n’essayèrent pas de s’arrêter sur l’ErlR, il passèrent le Rhin à Cologne et Bonn; leur retraite entraîna Mêlas qui se replia, par les routes de Cobleutz et d’Ândernach, poursuivi par l’armée de la Moselle.

Ce dernier général arriva dans Aadernach en même temps que Marceau, formant l’extrême droite de l'armée de Sambre-et-Meuse; refoulé dans Coblentz, il l’évacua, après une courte résistance, et les Français entrèrent pleins d’enthousiasme dans l’ancien quartier-général de l’émigration.

L’élan était partout donné, Moreaux porta sa droite sur la Nahe et Michaud déboucha par la route de Frankenthalet des lignes du Speyerbach. Mœllendorf, à qui l’on avait déjà enlevé Kaiserslautern, pressé sur scs deux extrémités, se hâta de passer le Rhin à Bingen. Enfin Hohenlohc, qui était resté à Gellheim , s’ouvrit difficilement une retraite par le pont de Manheim.

Les trois années républicaines firent leur jonction sur la rive gauche du Rhin et se déployèrent de Spire à Dusseldorf, aux acclamations de la France.

Kleber, avait fait une marche en arrière pour assiéger Maëstricht; cette place, après une belle résistance, ouvrit ses portes le 4 novembre.

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