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CHAPITRE VII

Le Style et la Langue de Tacite

La nettclé, la précision, l'éclat, la concision, la gravité, la force et la puissance sug-gestive sont des qualités si évidemment particulières au style de Tacite, que nul ne songe à les contester. Toute citation serait donc ici superflue. Il en est de même de la perfection des tableaux et des portraits ; nous ne passerons en revue que les points en litige.

I — Les Narrations

Montaigne les trouve « naifves et droicles », mais ajoute-t-il, «il se pourroit à l'adventure argumenter de cecy mesrae, qu'elles ne s'appliquent pas toujours exactement aux conclusions de ses jugements, lesquels il suit selon la pente qu'il a prinse, souvent oultre la matière qu'il nous montre, laquelle il n'a daigné incliner d'un seul air».

Saint-Fvremond reproche à l'historien de mettre trop d'art dans ses narrations et de le laisser voir, ce

qui nuit à la fois au naliirci et à l'eflct final. « L'empoisonnement de BriUiimicus ne fait pas autant d*h«^rreur qu'il devrait faire;, par rattachement que Tacite donne à observer la contenance des spectateurs. Tandis que le lecteur s'occui)e à considérer leurs divers mouvements^ l'imprudence effrayée des uns, les profondes réflexions des autres, la froideur dissimulée de Néron, les craintes secrètes d'Agrippine, l'esprit détourné de la noirceur de l'action et de la funeste image de cette mort, laisse échapper le parricide à sa haine et le pauvre mourant à sa pitié. La cruauté du même Néron dans la mort de sa mère a une conduite trop délicate. Quand Agrippine aurait péri véritablement par mie petite intrigue de cour si bien menée, il eût fallu supprimer la moitié de l'art ; car le crime trouve moins d'aversion dans les esprits et si j'ose le dire, il se concilie le jugement des lecteurs, lorsqu'on met tant d'adresse et de dextérité à le conduire... Presque en toutes choses, Tacite a des tableaux trop finis, où il ne laisse rien désirer de l'art, mais où il donne trop peu au naturel. Quelquefois il passe au delà des affaires par trop de pénétration et de profondeur ; quelquefois des spéculations trop fines nous dérobent les vrais objets, pour mettre en leur place de belles idées. Ce que l'on peut dire en sa faveur, c'est que peut-être il nous oblige davantage qu'il n'aurait fait en nous donnant des choses grossières dont la vérité n'importe pas. » {Loc. cit.)

Marmontel estime au contraire que la simplicité jointe au mouvement et à la chaleur, est le trait dominant de Tacite. € Le même événement, retracé

par deux écrivains également instruits, mais inégalement (loués de sensibilité, de chaleur, d'éloquence, sera stérile et froid sous la plume de Tun, fécond et pathétique sous la plume de l'autre... J'aime mieux la manière simple et ingénue de Tacite... » {Loc. cit.) I

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