IV. — r Obscurité de Tacite
Tous les adversaires de Tacite n'ont pas manqué de lui reprocher son obscurité. Ses amis même sont obligés d'en convenir, tout en lui trouvant des excuses. « li n'y a dans Tacite, dit la Motte le F^j-é?/- ( 1 588- 16:2), que l'obscurité dont on puisse se plaindre, et peut-être ne lui doit-elle pas être imputée comme'un défaut, puisqu'il s'est proposé Thucydide comme modèle.), (Jagement sur les anciens et principaux historiens grecs et latins, 1646.)
Les admirateurs fanatiques vont plus loin et rejettent la faute sur le lecteur. « S'il paraît transcendant et obscur, dit Juste-Lipse, est-ce sa faute ou celle des lecteurs ? J'avoue bien que son style est serré et qu'il est difficile d'en pénétrer tout le sens : aussi n'eslil bon que pour ceux qui ont l'esprit subtil et profond comme lui .»
Delamarre ^
A c.laines époques, celait comme une manie a-amcher ses préférences pour Tacite ; c était une façon discrète de faire entendre que Ton avait soimême un esprit suret fort. « Les gens profonds, dit \c r. Jloubigant, en font leur auteur favori et ceux qui ne le sont pas, se font honneur de le goûter, persuadés que l'estime qu'ils en font paraître, ne peut tourner qu'à la louange de leur esprit. » C'est ainsi (pie nous avons aussi de nos jours, toutes proporlions gardées, des partisans enthousiastes d'Ibsen, de Nietzche et de Shopenhauer, dont ils ont lu quelques lignes, sans les comprendre.