‹ Tacite et la littérature françaiseChapitre 20 sur 57 · CHAPITRE II Les Moralicitcs · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Les Moralicitcs

Les moralistes français ont largement puisé dans Tacite. Les uns lui ont emprunté des idées, les autres des mois. Ceux-ci prennent une pensée de Tacite comme point de départ et en font le commentaire ; ceux-là se contentent, après avoir exposé leurs propres opinions, d'apporter un texte de l'historien, qui sert de preuve ou de conclusion.

11 nous est impossible de passer en revue tous les moralistes français, et plus impossible encore de discuter chaque texte, pour voir si l'application qui en est faite, est juste ou non. Gela nous entraînerait trop loin. Nous nous bornerons donc à citer quelques auteurs, et nous signalerons les emprunts qu'ils ont faits à Tacite, sans y ajouter de commentaire. De cet aperçu, quelque incomplet qu'il soit, ressortira la conclusion, que selon le mot de Juste Lipse déjà cité, « chaque ligne de Tacite contient des conseils, des préceptes et des dogmes ».

§ I. — Montaigne (i533-i592)

Au cours des Essais, Montaigne cite très fréquemment Tacite et ne prend même pas toujours la peine de le traduire (Cf. v. g. Liv. III, eh. 3 ; Liv. III,

ch. 8). D'autres fois, ce sont des exemples qu'il emprunte à Thistorien : la trahison de Rhescupis et Cotys (.l«Ai., II, 65) (Montaigne, Liv. III, i), la mort de la fille de Séjan {Ann., V, 9) (Montaigne, Liv. III, i), l'histoire d'Octavius Sagitta {Ann., XIII, 44) (Mont. Liv. III, ch. 5).

La plupart du temps, les emprunts consistent en pensées exprimées sous une forme fine et saisissante. En voici quelques exemples :

Essais, II, 3. — « Nous pouvons avoir fauUe de terre pour y vivre, mais de terre pour mourir, nous n'en pouvons avoir faulte, comme répondit Boiocalus aux Romains. Déesse nobis terram in qua vivam, in qua moriamurnon potest. » {Ann., I, mi, 56).

Essais, II, 26. — « Tacite dit que parmy certains roys barbares pour faire une obligation asseurée, leur manière estoit de joindre estroictement leurs mains droictes l'une à l'autre, et s'entrelacer les poulces, et quand, à force de les presser, le sang en estoit monté au bout, ils les bleceoient de quelque légière poincte et puis les entresuceoient. »

Essais, II, 37. — « Je ne cherche aulcunement qu'on m'aime et estime mieulr, mort que vivant : l'humeur de Tibère est ridicule et commune pourtant, qui avoit plus de soing d'estendre sa renommée à l'advenir, qu'il n'avoit de se rendre estimable et agréable aux hommes de son temps. Quippe illi non perinde curae gratia praesentium, quam in posteros ambitio. )){Ann., IV, 46).

Essais, III, I — « Tibère fait response que le peuple romain avoit accoutumé de se venger de ses ennemis par voye ouverte, les armes en main, non par faute et en cachette. Non fraude.

- 9<^ neque occullis, si-d i^lam et armalum, populum romanum hosles suos nicisci. » (.!//"., H, 88).

Essais, m. 1- — <' l'^n ""f" rencontre de la guerre civile conlre tliniia. un soKlal de Pompeius ayant tué, sans y songer, son iriMC (jui estoil au parti contraire, se tua sur le champ de bataille. Prœlio, quo apud laniculum adversus Cinnam pugnaliun est, Pompeianus miles fratrem suuin dein cognito facinore se ipsum interlecit {H., III, 5i) et quelques années après, en une aiillrc guerre civile du même peuple, un soldat, pour avoir lue son frère, demanda récompense à ses capitaines. Celeberrinios auctores habeo, tantam victoribus adversus fas nelasque inverentiam fuisse, ut gregarius eques occisum a se proximaacie fratrem professus prcBmium a ducibus petierit. » {IhlL).

Essais, III, 3. — « J'aimois la façon de l'empereur Tibère qui se prenoit en ses amours autant par la modestie et la noblesse que par aultre qualité. In his modestam pueritiam, in aliis imagines maiorum, incitamentum libidinis habebat. » {Ann., M, i).

Essais. III, 'i. — « Quand on le mena au champ où l'exéculion debvoit estre faicte, voyant le trou que Niger avoit fait caver pour le mettre inégal et mal formé : « N'y cela mesme, dict-il, se tournant aux soldats qui y assistoient, n'est selon la discipline militaire et k Niger qui l'exhortoit à tenir la teste ferme : « Frappasses lu seulement aussi ferme ». Quam (scrobem) visam Flavius ut humilem et angustam, increpans, circumstantibus militibus : « Ne hoc quidem, inquit, ex disciplina » ; admonitusque fortiter protendere cervicem : « Utinam, ait, lu tam fortiter ferias. » {Ann., XV, 67).

Essais, III, 4. — « Sillanus dit » qu'il estoil bien préparé à mourir, mais non pas de mains scélérées. « Animum quidem

morli dcsliiKilmii. sctl non periiiillore perculor gloriain niinislerii. » Ann.. \^ !, 9).

Essais, 111. i3. — u rihciv di>uil que quiconf|ue avoilvcscu \ingl ans se debvoil rospondre des choses qui luy esloieril nuisibles ou salulaircs, cl se scavoir conduire sans médecine « Solilusque cludere medicorum ailes, alque eos qui Iricesimum cous annuni. » {Ann.. M, 46).

§2. — La Boétie (i35o-i563)

Dans rénergriqae invective qu'il écrivit contre la tyrannie, vers l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, sous le titre de Discours sur la Servitude volontaire ou le Contre-Un^ Etienne de La Boétie passe naturellement en revue les tyrarfs classiques à savoir Néron, Domitien et Tibère.

Dans le passage suivant, il appuie ses idées sur un exemple emprunté à Tacite :

Les roummains tirans s'advisèrenl encore d'un autre point ; de festoier souvent les dizaines publiques, abusant cette canaille comme il falloit, qui se laisse aller plus qu'à toute autre chose au plaisir de la bouche : le plus avisé et entendu d'entr'eus n'eusl pas quitté son eiculée de soupe pour recouvreT la liberté delà République de Platon. Les tirans faisoient largesses de blé d'un setier de vin et d'un sesterce ; et lors c'estoit pitié d'ouïr crier : Vive le Roi ! Les lourdaus ne s'avisoient point qu'ils ne faisoient que recouvrer une partie du leur, et que cela mesme qu'ils recouvroient, le tiran ne le leur eust donné, si devant il ne l'avoit osté à eus mesmes. Tel eust amassé aujourd'hui le sesterce et se fut gorgé au festin public, bénissant Tibère et Néron et leur belle libéralité qui, le lendemain estant contraint d'abandonner ses biens à son avarice, ses enfants à la luxure,

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son sang mcsmo à la rruaulc de ces magnifiques empereurs, nedisoit mot, non plus qu'une pierre, ne se remuoit non plus qu'une souche. Toujours le populaire a eu cela : il est au plaisir qu'il ne peut honnestcment recevoir, tout ouvert et dissolu, et au tort et à la douleur qu'il ne peut honnestement soufiFrir, insensible. Je ne vois pas maintenant personne qui, oiant parlerde N.'ron, ne tremble mesme au surnom de ce vilain monstre, de cette orde, de cette peste du monde, et toutefois de celuilà, de ce boutefeu, de ce bourreau, de celle beste sauvage, on peut bien dire qu'après sa mort, aussi vilaine que sa vie, le noble peuple romain en receut tel déplaisir se souvenant de ses yeux et de ses festins, qu'il fut sur le point de porter le deuil ; ainsi l'a escrit Corneille Tacite, auteur bon et grave, et des plus certains. « ,

La Boétie fait allusion au texte suivant de Tacite : « Plebs sordida et circo ac theatris sueta, simul deterrimi servorum aut qui adesis bonis par Neronem alibantur, mœsti et rumorum avidi. ))f//., I, A).

§3. — Pierre Charron (i54i-i6o3)

Le livre De la Sagesse, écrit dans l'esprit de Montaigne, contient un très grand nombre de citations de Tacite. C'est, avec Sénèque, l'auteur qui est le plus mis à contribution parmi les anciens, car les modernes, Montaigne et Guillaume du Vair, ont fourni des pages entières que fauteur ne s'est pas même donné la peine de signaler. Pour ce qui est des anciens, il cite toujours sans indiquer l'endroit d'où le passage a été tiré.

Nous ne pouvons songer à relever tous les em-

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prunts faits par Charron à Tacite ; nous ne signalerons que les principaux.

I.A'i- — " Les esclaves volontaires sont de plusieurs sortes, comme ceux qui jouent à trois dez, ou vendent leur liberlr comme jadis en Allemnj,'ne. » {De moribus Germanorum.)

I, ^5. — « Les mœurs ordinaires des grands sont orgueil indomptable... soupçon, jalousie. Voire jusques à leurs enfants : suspecti semper que invisus dominanlibus quisque proximus destinalur, adeo ut displiceant etiamcivilia filiorum ingénia. »

I. !iS. — « (Le peuple est) sans jugement, raison, discrétion, son jugement et sa sagesse, trois dez et l'adventure ; il juge brusquement et à l'estourdie de toutes choses, et tout par opinion ou par coustume, ou par plus grand nombre, allant à la file comme les moutons qui courent après ceux qui vont devant, et non par raison et vérité: plebi non judicium, non veritas, ex veritate pauca indicat. »

Ibid. — « Ostez-lui les chefs, le voilà abattu, effarouché, et demeure tout planté d'effroi : sine redore prœceps, pavidus, socors, nil ausura. plebs principibus amotis. »

Ibid. — « (Le peuple) ne se soucie du public, ny de l'honncste, mais seulement du particulier, et se picque sordidement pour le profit : privata cuique simulatio, vile decus publicum ».

II. 5. — « Il n'y a rien qui fasse plus belle mine et prenne plus de peine à ressembler la vraye piété et la religion, mais qui luy soit plus contraire et ennemie que la superstition. Gens superstitioni obnoxia, religionibus adversa. »

III. 2. — (( Esvitanl la multiplicité des loix et ordonnances, tesmoignage de république malade : corruplissimœ reipublicœ, plurimae leges. »

Ibid. — (( Il y a donc de l'art et de la prudence à bien donner

Delamarre 6

ctcxccrccr libéralllé: fallunlur quibus luxuria specie liberalitatis iinponit : pcrdcre multi sciunt, donare nesciunt. »

Ibid.—ii S'en fascher (des injures d autrui) c'est s'en confes^ sercoulpable : n'en tenant compte, cela s'esvanouyt : convitia, si irascarc, agnila videnlur, spreta cxolescunt. Que s'il y a lieu et se faut courroucer, que ce soit ouvertement et sans dissimuler, sans donner occasion de soupçonner que Ton couve un maltalent : ce qui est à faire à gens de néant, de mauvais naturel et incurable : Obscuri et irrevocabiles reponunt odia : saîvae cogita lionis indicium secreto suo satiari. »

jbid. — « Beaucoup se montrer et se communiquer ravalle la majesté : maiestatis maior exlonginquo reverentia, quia omne ignotum pro magnifico est. »

Iblii — „ 11 est quasi impossible qu'une seule tête puisse fournir à tant de choses : neque princeps sua scientia cuncta complecti, nec unius mens tantœ molis est capax. »

Ibid. — « Le prince a donc besoin d'amis fidèles et serviteurs qui soyent ses aydes.quos assumât in partem curarum. »

Ibid. — (( Qu'ils parlent sans flatterie ou ambiguïté et desguisement, n'accomodant poinct leur langage à la fortune présente du prince. Ne cum fortuna polius principis loquantur quam ou m ipso. »

Ibid. — « Et ne suffit d'estre secret, mais ne faut furetter ny crochetter les secrets du prince : c'est chose mauvaise et dangereuse : exquirere abditos principis sensus illicitum et anceps. »

Ibid. — « Toute passion de cholère, envie, despit, hayne, avarice, cupidité et toute affection particulière, le poison mortel du jugement et tout bon sentiment : privatae res semper offecere officientquc publicis consiliis, pessimum veri affectus et iudicii venenum sua cuique utilitas. »

Ibid. — Misérable est le prince chez qui l'on cache ou l'on

desguise la vérité : cuius aures lia formataî sunt ut aspera qu<T utilia, et niliil nisi iucundiiin et la-suruni accipiant. »

III, 3. — « La bienveillance et l'authorilé regardent les subjects et les eslrangers : mais il me semble que plus proj)rement la bienveillance regarde les subjects, et l'authorité les eslrangers : amorem a[)ud populares, metum apud hostes qua'rat. »

Ibid. — Les hommes sont impatients et de servir du tout et se mainteniren une liberté entière, nec totam servitutem pati, nec totam libertatem. »

Ihid. — Il ne faut pas toujours une douceur trop lasche, molle et abandonnée, afm^que l'on ne vienne en mespris, qui est encore pire que la crainte, sed incorrupto ducis amore. »

Ibid. — " Les moyen? de bienveillance ont esté sagement practiquez par Auguste, qui militem donis, populum annona, cunctos dulcedine otii pellexit.

Ibid. — (( Il faut penser aux calomnies et malédictions et reproches, que l'on jette et verse sur les autheurs de la guerre, à cause des maux qui en arrivent ; car il n'y a rien plus subject aux langues et jugemens que la guerre. Mais tout tombe sur le chef. Iniquissima bellorum conditio haecest, prospéra omnes sibi vindicant, adversa uni imputantur. »

Ibid. — « Ceux des villes, nourris à l'ombre, aux délices, au gain, sont plus lasches, insolents, efféminés. Vernacula multitudo, lasciviis sueta, laborum intolerans. »

§ 4- — ^^s Maximes de La Rochefoucauld

La Rochefoucauld (i6i3-i68o), qui était tout imprégné de Tacite, comme on le verra plus loin au chapitre de l'histoire, ne semble pas avoir beaucoup puisé dans les Annales et les Histoires, pour son

livre des Maximes. C'était pourtant une source tout indiquée, car les épigrammes et les sentences y abondent, surtout dans les Histoires, où presque chaque chapitre se termine par des phrases à effet.

S'il en faut croire M. Edmond Dreyfus-Brissac, dont le livre ingénieux, La Clef des Maximes de La Rochefoucauld, fait autorité en la matière, les emprunts de l'auteur des Maximes à Tacite se réduiraient aux suivants :

« Il est plus facile de paraître digne des emplois qu'on n'a pas que de ceux qu'on exerce. Digaus imperio si numquam imperasset. »

u II n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien. Bénéficia usque lala sunt dum videntur exsolvi posse, ubi multum antevenere pro gralia odi\im redditur. » {Ann., IV, ).

(( Tous ces courages de différentes espèces conviennent en ce que la nuit augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions donne la liberté de se ménager. Nox aliis in audaciam, aliis ad formidinem opportuna, »

« Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée. Pluraque capta initus valida, spatio languescunt. »

« De sorte qu'il est visible que la crainte de la mort ote quelque chose à la valeur. Maior Yita3 quam gloria) cupido. »)

§5. — La Bruyère (1645-1696)

Il pourra sembler téméraire de rapprocher La Bruyère de Tacite, et c'est la première fois, croyons-

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nous, qu'on le tente. Aussi aurons-nous soin de ne rien forcer, nous contentant de signaler une resseml)lauce toute ji^énérale entre les deux écrivains, et cela encore, dans deux chapitres seulement des Caractères. La Bruyère est peut-être Tauteur le l)lus jaloux de son originalité. 11 ne cite jamais aucune autorité, et quoiqu'il soit tout rempli de Montaigne, de Pascal et de La Rochefoucauld, on chercherait en vain le nom de ces auteurs au bas des pages, à titre de référence. Il est vrai que la plus grande partie des Caractères, est une œuvre toute d'observation, dans laquelle il peint, d'après nature, les types de son siècle. Mais il faut faire aussi la part de Férudilion « livresque », comme dirait Montaigne. En attendant qu'un patient érudit ait le courage d'entreprendre, sur La Bruyère, le travail que M. Dreyfus-Brissac vient de faire sur La Rochefoucauld, et signale les emprunts ouïes imitatations, voici quelques indications sommaires sur ce sujet :

Dans le chapitre « De la Cour », La Bruyère montre que la llatterie et la dissimulation sont à l'ordre du jour dans le palais des rois. Dans Tacite, aucun mol ne revient plus fréquent que simulatio, si ce n'est peut-être adalatio.

La Bruyère, « De la Cour » : « Un homme qui sait la cour est maître de ses gestes, de ses yeux et de son visage ; il esj profond, impénétrable ; il dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis, conlraitil son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle, agit contre ses sentiments. Tout ce grand raffinement n'est qu'un vice que l'on appelle fausseté ;

— loG — quelquefois aussi inutile au cotirlisan, pour sa fortune, que la franchise, la sincérité et la vertu, n

Tacite : « Senex, fa^dissima; adulationis, tantum infamla usurus, » {Ann.j III, 07.) « Senatus pavore et silentio. » {Ann. V, 3.) Ncque senatu in eo cura, an imperii extrema dehoneslarentur : pavor inlernus occupaverat animos, cui reniedium adulalione quaîrebantur. » (Ann., IV, 74.) « 0 honnines ad servilutoni parâtes. » (Ann.. III, 65.) « Octavia. quamvis rudibus annis, dolorem, caritatem, onines affectus abscondere dicicerat. n {Ann.,Xl\l, 16.)

La Bruyère, ibidem : « 11 n'y a rien qui enlaidisse certains courtisans comme la présence du prince : à peine les puis-je reconnaître à leurs visages ; leurs traits sont altérés, et leur contenance est avilie. Les gens fiers et superbes sont les plusdéfaits, car ils perdent plus du leur : celui qui est honnête et modeste s'y soutient mieux ; il n'a rien à réformer. »

Tacite : « At Ronia3 ruere in servitutem consules, patres, eques, quanto quis illustrior, tanto magis falsi ac festinantes ; vulluque composito, ne lœti excessu principis neu tristiores priniordio, lacrimas, gaudium, questus, adulationem misccr haut. I) {Ann., I, 7.)

La Bruyère, ibidem : « 11 y a dans la cour des apparitions des gens aventuriers et hardis, d'un caractère libre et familier qui se produisent eux-mêmes. Ils profitent de l'erreur publique et du goût qu'ont les hommes pour la nouveauté. Ils ont cela de commode pour les grands qu'ils sont sans conséquence, et congédiés de même : alors ils disparaissent tout à la fois riches et discrédités ; et le monde qu'ils viennent de tromper est encore près d'être trompé par d'autres. »

Toute citation est ici superflue. Dans Tacite, ces hommes, se nomment Pallas, Narcisse, Proculus, Tigellinus, etc., toute la foule les affranchis.

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La Bruyère. Du. Souverain ou de la République : « Quand on parcourt sans la prévention de son pays toutes les formes de gouvernement. Ion ne sait à laquelle se tenir; il y a dans tcMitos le moins bon et le moins mauvais. Ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus sûr c'est d'estimer celle où l'on est né la meilleure de toutes, et de s'y soumettre. »

A la fin du Dialogue des Orateurs, Tacite enseigne la même résignation : <( Crédite, optimi et in quantum opus est dissertissimi viri. si ant vos prioribus ant illi quos miramur his nati essent, ac deus aliquis vilas nostras ac tempora repente niutasset, nec vobis summa illa gloria in eloquentia neque illis modus et temperamentum defuisset : nunc, quoniam nemo eodem tempore adsequi potest magnam famam et magnam quietem, bono seculi sui quisque citra obtrectationem altcriusutatur. »

La Bruyère, ibidem : « C'est une politique sûre et ancienne dans les républiques que d'y laisser le peuple s'endormir dans les fêtes, dans les spectacles, dans le luxe, dans le faste, dans la vanité et la mollesse : le laisser se remplir du vide, et savourer la bagatelle ; quelles grandes démarcbes ne fait-on pas au despotique par cette indulgence. »

Comparer ce passage à celui de La Boétie, cité plus haut.

§ 6. — ,/.-/. Houssean (i; 12-1778)

L'auteur du Contrat Social ne pouvait manquer d'invoquer l'autorité de Tacite, l'écrivain qui a le plus violemment dénoncé la tyrannie.

Discours sur l'Inégalité : « Ce n'est donc pas par l'avilissement des peuples asservis qu'il faut juger des dispositions naturelles de l'homme pour ou contre la servitude, mais par

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les prodiges qu'ont faits tous les peuples libres pour se garantir dû l'oppression. Je sais que les premiers ne font que vanter sans cesse la [)aix et le repos dont ils jouissent dans leurs fers et que miserrimani servitutem pacem appellant. » (Tacite, H.,

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