‹ Tacite et la littérature françaiseChapitre 26 sur 57 · III. — Bossnet · texte numérisé non relu

III. — Bossnet

Les deux grandes œuvres historiques de Bossuet, sont : le Discours sur V histoire universelle, et Y Histoire des Variations des Églises protestantes. Ce dernier ouvrage est peut-être celui qui porte le mieux la marque du génie de Bossuet.

Nous avons déjà rapproché Bossuet de Tacite. Si les orateurs ont des points de contact, les historiens n'en ont pas moins. Ils ont l'un et l'autre :

1° L'art de ramasser les faits dans de vigoureux et rapides résumés. Et chez Bossuet commie chez Tacite, en pleine mêlée de faits et de dates, brille souvent un de ces mots qui éclairent tout à coup une situation, découvrent le fond des âmes, et signalent le caractère d'une société. Ainsi, lorsqu'après le meurtre de Virginie, Bossuet dit avec tant de force : « Le sang de cette seconde Lucrèce a éveillé les Romains », qui ne s'attend à une révolution? Ailleurs on croirait lire Tacite, quand on rencontre telle ou telle expression analogue à celle-ci : « L'empire mis à l'encan par les meurtriers de Pertinax trouve un acheteur : un Didius Julianus hasarde ce hardi marché. »

i'' L'art de composer des tableaux d'un trait sobre et cependant coloré qui fait apparaître tout un siècle en quelques lignes. (Comparer le tableau du début

des Histoires, (H. i, 2) au tableau de la fin de la République à Rome. {Discours sur Vhistoire universelle, I" partie, les Époques, IX.)

3» L'art de tracer des portraits. Le procédé de Bossuetest le même que celui de Tacite. (Voir plus haut, chapitre I, de la troisième partie.) Les plus beaux portraits qu'ait tracés Bossuet se trouvent dans V Histoire des Variations ; ceux de Mélancthon, de Luther et de Calvin en particulier, sont de purs chefs-d'œuvre.

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