‹ Tacite et la littérature françaiseChapitre 30 sur 57 · I. — Le sujet · texte numérisé non relu

I. — Le sujet

« Je n'ai encore mis aucune histoire sur le théâtre à qui j'aie gardé plus d'une fidélité », dit Corneille. Il ne se pique donc que d'une fidélité relative. Le sujet, dans son ensemble, — le choix d'un successeur à Galba, —. est bien emprunté aux Histoires de Tacite, mais le poète y a joint maints détails de son invention.

Il a d'abord ajouté à l'intrigue politique une intrigue d'amour. Tacite raconte que les favoris de Galba, Titus, Vinius, Laco et Marcian n'étaient point d'accord sur le choix du successeur que l'empereur voulait se donner. « Hi discordes et rébus minoribussibi quisquetendentes, circa consilium eligendi successoris in duas factiones scindebantur : Vinius pro M. Othone, Laco atque Icelus consensu non tam unum aliquem fovebant quam alium. » (H., I, i3.)

Corneille a jugé que cetle intrigue de palais n'était pas assez intéressante et il l'a doublée d'une intrigue d'amour. Dans ce but, il a créé de toutes pièces le personnage de Camille et imaginé que Galba voulait laisser le trône, à défaut de fils (Suétone dit en effet

qu'il en avait perdu deux, De Vita Cœsaram, lib. VII, 3) à sa nièce Camille.

Mais il faut à Corneille des intrigues compliquées. Camille aime donc Othon, alors qu^on veut la donner à Pison ; et Plauline, de son côté, (|ui, d'après Tacite, était destinée à Othon, est d'abord promise puis refusée à celui-ci, pour être ensuite recherchée par Marcian et offerte à Pison. « Avouons, dit Voltaire, que cette tragédie n'est qu'un arrangement de famille ; on ne s'y intéresse pour personne, il est beaucoup parlé d'amour et cet amour même refroidit le lecteur. »

Quant à Pison auquel Galba destine tantôt Camille et tantôt Plautine, Corneille ne semble pas se douter qu'il était marié. Tacite en effet termine le récit de la mort de Pison par ces mots : a Pisonem Verania uxor ac frater Scribonianus.., seposuere. » (H.,

11 dit au même endroit que la fille de T. Vinius,

s'appelait Crispina. On ne voit pas trop pourquoi

Corneille en a fait Plautine .

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