‹ Tacite et la littérature françaiseChapitre 44 sur 57 · XII · texte numérisé non relu

XII

Le Sénat fut séduit ; une loi moins sévère

Mil Claude dans mon lit et Rome à mes genoux.

Tacite raconte tout au long les délibérations du sénat à cette occasion. {Ann.,X\l, 5, 6, 7.)

C'était beaucoup pour moi, ce n'était rien pour vous.

Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille.

Je vous nommai son gendre et vous donnai sa fille.

Silanus qui l'aimait, s'en vit abandonné,

Et marqua de son sang ce jour infortuné.

« Ubi sui malrimonii certa (Agrippina) fuit, struere maiora nuptiasque Domitii,quem ex Cn. ^Enobarbo genuerat, et OctaviœCœsarisfilise. moliri;quod sinescelere perpetrari non poterat, quiaL. Silano desponderatoctaviam Caesar. » (Ann., XII, 3.) « Die nupliarum Silanus mortem sibi conscivit. » (XI, 8).

Ce n'était rien encore. Eussiez -vous prétendre

Qu'un jour Claude à son fils pût préférer son gendre ?

De ce môme Pallas j'implorai le secours.

Claude vous adopta, vaincu par ses discours,

Vous appela Néron, et du pouvoir suprême

Voulut, avant le temps, vous faire part lui-même.

C'est alors que chacun rappelant le passé.

Découvrit mon dessein déjà trop avancé ;

Que de Britannicus la disgrâce future

Des amis de son père excita le murmure.

(( A.doptio in Domitium, auctoritate Pallantis festinatur qui slimulabatClaudium consuleret reipublicœ. His evictus, bienno maiorem natu Domitium filio anteponit. {Ann., XII, 26.) —

« Virili loga Ncinni rnaturala qiio capcsscnda; rel publicoj hahilus videretur. » {Ann.. MI. /ji.) <, Celorum actn' prlncipi grates. quii'siere in Doniilium adtilalionc, rogalaqiic lex qua in familiain Claudiam el nomeii Neronis transiret... Quibuspalratis, nemoadeo expers miscricordia; fuit, quom non UriJannicus forluna maîrore afficerel. » (Ann., XII, 26.)

Mes promesses aux uns cblouirenl les yeux, L'exil me délivra dos plus ambitieux.

« Simul qui centurionum tribunorumque sorlem Brilannici miserabantur, remoti fictis causis et alii per speciem honoris. » (XII. 4i )

Claude même lassé de ma plainte éternelle, Eloigna de son fils tous ceux de qui le zèle Engagé dès longtemps à suivre son destin, Pouvait du trône encor lui montrer le chemin. Je fis plus : je choisis moi-même dans ma suite Ceux à qui je voulais qu'on livrât sa conduite.

« Quod, ut discordiae initium, Agrippina multo queslu ad maritum defert. Commotus bis, quasi crimiuibus, optinum quemque educatorem filii exilio aut morte efTecit, datosque a noverca custodiae eius imponit. d (XII, lu.)

J'eus soin de vous nommer par un contraire choix,

Des gouverneurs que Rome honorait de sa voix.

Je fus sourde à la brigue el crus la renommée.

J'appelai de l'exil, je tirai de l'armée

Et ce même Sénèque et ce même Burrhus,

Qui depuis...

« At Agrippina, ne mails Umlum facinoribus notcscorel, \e- Delamarre 'O

niamcxilii pro AnncX-o Sencca, simul pra-luram impelrat, laclum In puhlicum rata, ob clariludincm sludioiuni eius, utque Domitii pucrilia lali magisiro adolesceret. » {Ami., XII, 8.) (t Transfertur rcgimen cohorlium ad Burrum Afranum, egregiaî militarisfamai. » (XII, 42.)

De Claude en même temps épuisant les richesses, Ma main, sous votre nom, répandait ses largesses, Les spectacles, les dons, invincibles appâts, Vous attiraient les cœurs du peuple et des soldats.

Voir dans Tacite, Annales XII, 56 et 67, le récit des fêtes magnifiques ordonnées par Agrippine.

Cependant Claudius penchant sur son déclin, Ses yeux longtemps fermés s'ouvrirent à la fin ; Il connut son erreur. Occupé de sa crainte. Il laissa pour son fils échapper quelques plaintes, Et voulut, mais trop tard, assembler ses amis.

« Ne admotus supremis Claudius ad amoren filii rediret. » {Ann., \ll 66.)

Il mourut. Mille bruits en courent à ma honte.

Sous celte forme rapide. Racine résume les deux chapitres dans lesquels Tacite raconte l'empoisonnement de Claude par Agrippine. {Ann., XII, 66, 67.)

J'arrêtai de sa mort la nouvelle trop prompte,

Et tandis que Burrhus allait secrètement

De l'armée en vos mains exiger le serment,

Que vous marchiez au camp, conduit sous mes auspices.

Dans Rome les autels fumaient de sacrifices :

Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité

Du prince déjà mort demandait la santé.

Enfin dos léj^'ions l'onli^ro obéissance \)'ant (le votre empire affcimi la puissance, On vil Claude ; et le peuple étonné de son sort, Apprit en même temps votre règne et sa mort.

« Vocabatur intérim senatus, volaque pm incolumilate prin cipis consules et sacerdotes uiuncupabanl, cuni iam oxaniniis vestibus et fomcntis oblegerelur. dum rcs lirmando Neronis imperio componunlur. » (XIII, 68). — « Tune mediodiei. tertium ante Idus Octobris, foribus palalii repente deductis, comitanle Burro, Nero egredilur ad coliortem. Illalusquecaslris Ncro et congruenlia Icmporis prœfatus promisse donativo ad exemplum paternuilargitionis, imperatorconsalutatur. » {Ann., XII, 69.)

Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire.

J 'ai vu Burrhus, Sénèque aigrissant vos soupçons,

De rinfidélilé vous tracer des leçons.

« Certamen utrique,.. unum erat contra fcrociam Agrippinae. » (XIII. 2.)

J'ai vu favoriser de votre confiance,

Othon, Senecion, jeunes voluptueux,

El de tous vos plaisirs flatteurs respectueux.

(( Simul assumptis in conscientiam Othone et Claudio Seneclone, adulescenlulis decoris, quorum Otho familia consulari, Senecio liberto CîEsaris pâtre genitus, ignara matre. dein frustra obnitens, penilus irrepserat per luxum et ambigua sécréta. » (XIII, 12.)

Je vois de votre cœur Octavie effacée, Prête à sortir du lit où je l'avais placée.

a Ab Octavia, nobili quidein et probitatis spectatœ, abhorrebat. » (Néro) (XIII, 12.)

Je vois Pallas banni.

« El Nero, infensus ils quibus siiperbia muliebris innitebatur, demovet Pallanlem cura rerum qui a Claudio impositus velut arbitrium regni agebat. » (XUI, i/j.)

On pourrait montrer aussi comment Racine lutte avec Tacite dans le récit de la mort de Britannicus (ActeV, se. Y. Annales XIII, i6), mais il semble inutile de prolonu:erce rapprochement. Suivant l'expression même de Racine, c'est toute la pièce qu'il faudrait citer. Ajoutons toutefois que Racine ne copie pas ou ne traduit pas servilement. R choisit avec art, éliminant les détails inutiles à son but, et ne prenant que les mots ou les faits qui portent coup. En imitant, il transforme ou il transpose, et par là se montre le plus consommé des artistes.

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