‹ Tacite et la littérature françaiseChapitre 48 sur 57 · VII · texte numérisé non relu

VII

« At Agrippina, quaii.piam defessa iuclu cl corporc «gro, omnium tamen quaî ultioneni morarenlur intolersns tscendil classem cum cineribus Germanici el lil>eri5. miserantibus cuncli», quod femina nobililalc princeps, pulcberrimo modo malrimonio inter vénérantes gratantesque adspici solila, lune fcralea reliquias sinu ferrel. » (Ann., II. -jb.)

Cette analyse détaillée nous a montré rommont le poète a su mettre à protit les données de 1 histoire. Notons toutefois que Tacite n'est pas aussi explicite que V. Arnaull sur la question de la complicité de Tibère dans l'empoisonnement de Germanicus. 11 se borne à dire : « Crediderc quidam data et a Tihcrio occulta mandata. » {Ann.,U, 43)et il insinue l'accusation dans les paroles de Germanicus mourant. Le poète accepte le fait comme certain. En second lieu, il ne paraît pas que Séjau ait été mêlé en rien à l'affaire, car Tacite n'aurait pas manque de le signaler. L'intervention du favori dans le drame est assez malencontreuse.

Quant aux caractères, ils sont en général conformes à l'histoire. La longanimité de Germanicus à l'égard de ce lieutenant rebelle nous est attestée par Tacite en plusieurs endroits « Quîc Germanico, nunquam acerba, lolerabanlur tamen.» (Ann.,U, ôj.)d Et erat, utretuli, cleraentior. » (IL 5^.)

Plancine est l'àme du complot, dans l'histoire comme dans la pièce. C'est elle qui ameute les soldats

et le peuple. « Nec Plancina se intra décora feminis tenebat : sedexercitio equiliim, decursibus chortium intéresse^ in Agrappinam, in Germanicum iacere. » (Ann., II, 5^.)

Le portrait le moins fidèle est celui de Pison. Le poète le représente ambitieux, mais il le suppose accessible à la crainte et à la pitié. La confiance de Germanicusle désarme, et si Plancine ne ranimait sa colère, il ferait des excuses à Germanicus et ferait sa soumission. Tacite parle au contraire de son orgueil indomptable. Dans l'entrevue que les deux ennemis eurent à Cyrrhe, au camp de la dixième légion, Pison ne répondit que par d'insolentes excuses. {Ann-, II, 57.) Au festin donné en l'honneur de Germanicus par le roi des Nabatéens, Pison ne perdit par l'occasion d'insulter publiquement son chef. {Ann., 11,67.) On ne voit pas bien après cela comment le poète peut prêter à Pison, des sentiments pleins de conciliation et presque de soumission. Gela est contraire à l'histoire.

§ 6. — Ze Tibère, de Joseph Chénier (1824)

Cette œuvre posthume de Joseph Chénier est certainement son chef-d'œuvre dramatique. Dans aucune autre de ses pièces, les caractères ne sont tracés avec autant d'art et de vérité.

Elle a pour sujet le procès de Pison, accusé d'avoir empoisonné Germanicus. Joseph Chénier a repris les choses au point où les avait laissées, Antoine- Vincent Arnault, dans son Germanicus. Il a suivi

pas à pas Tacite, se bornanl à mettre le rt^cil en drame, et à développer le riMc de Cn. Pisoii que riiistorien ne nous fait qu'entrevoir.

Afin de mieux faire ressortir Timilation, nous suivrons la pièce scène par scène. Comme les caractères sont rigoureusement historiques, nous n'aurons rien de plus à en dire. La politique cauteleuse et la dissimulation de Tibère ressortiront assez, sans qu'il soit besoin d'insister.

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