Acte I
Scène I. — Pison est venu à Rome pour se justifier des accusations portées contre lui. S'étant rendu de grand malin au palais de Tibère, il rencontre son fils Cnéius et lui demande avec anxiété si Agrippine n'est point encore arrivée à Rome, portant les cendres de Germanicus.
Agrippine au Sénat s'e?t-elle fait entendre ? Et déjà les Romains, par la haine animés, Sèment-ils contre moi des bruits envenimés? Que disent l'empereur et sa mère Livie?
Pison craint en effet qu'Agrippine n'ait exécuté les dernières volontés de Germanicus : « Erit vobis locus querendi apud senatum, invocandi leges... Referalis patri... Ostcntile populo romano divi Augusti neptem. » (Ann., II, 71.)
Cnéius dit que Tibère et Livie :
Heureui secrètement dans leur commun malheur, Cachent leur allégresse et non pas leur douleur. « Gnaris omnibus lœtam Tiberio Germanlci mortem maie dissimulari. {Ann., III, a.) " Tibcrius atque Augusta publico
abstinero... ne omnium oculis vultum eorum scrutantibus, falsi intellegerentur. » (3).
Pison conjure son fils d'aller trouver ses anciens amis et leur demander de le défendre.
Scène II. — Arrive Tibère, entouré d'un cortège de sénateurs qu'il remercie « de venir mêler quelques larmes à ses calamités ». Pison lui demande un entretien secret.
Scène III. — Séjan annonce l'arrivée d'Agrippine avec les cendres de Germanicus.
Agrippine dans Rome arrive à l'instant même.
J'ai rempli de César la volonté suprême :
Deux cents prétoriens, sur mes pas réunis,
Dans Brindes attendaient Agrippine et ses fils.
La lumière trois fois avait dissipé l'ombre,
Lorsqu'aux premiers rayons d'un jour livide et sombre,
Le vaisseau, traversant les flots silencieux,
De ses voiles en deuil vient affliger les yeux.
On voit avec ses fils Agrippine descendre :
L'urne où Germanicus n'est plus qu'un peu de cendre.
Paraît ; le peuple accourt sur la rive des mers ;
Les chemins, les maisons, les toits en sont couverts
Il est muet longtemps et longtemps immobile ;
Mais quand le char funèbre a roulé dans la ville.
Cent mille bras vers lui sont tendus à la fois ;
Cent mille cris plaintifs ne forment qu'une voix.
Partout à la douleur la pompe est réunie ;
Aux champs Apuliens et dans la Campanie,
Les organes des lois, les ministres du ciel,
Laissant le tribunal, abandonnant l'autel,
Vieux guerriers, villageois, dune course empressée.
— iS; —
Affrontant les rigueurs de la saison glac<?c,
Au héros, à la veuve, aux trois jounc» cnfanlH.
Viennent ollrir des pleurs, des vœux el de l'enccn».
Non loin de Tusculuni, aux uiun» do Palestine,
L'un et l'autre consul accueillent Agrippinc ;
Et durant la nuit môme elle marche avec nous,
Toujours tenant ses fils dormant sur ses genoux.
Toujours à nos regrets offrant l'urne adorée.
Le jour découvre enfin cette roule sacrée.
Où l'on vit son époux au sein de nos remparts,
Rapporter de Varus les sanglants étendards.
Elle entre : son cortège est bientôt Rome entière ;
Et l'ombre du héros, près d'une épouse altière,
Semble, se réveillant sous l'airain sépulcral,
S'enorgueillir, encorde ce deuil triomphal.
J'ai vu des légions les aigles renversées,
Des vétérans en pleurs les piques abaissées ;
J'entendais à la fois dans ce grand citoyen
Toutes les infortunes regretter un soutien...
Ce récit n'est que la paraphrase en vers des ch. i et 2 du IIP livre des Annales :
« Nihil intermissanavigationehiberni maria, Agrippina Corcyram insulam advehitur, Illic paucos dies componendo animo insumit. violenta luctu et nesciatolerandi. Intérim adventu eius audito, intimus quisque amicorumetplcrique militares, multiqueetiam ignoti vicinis et municipiis, pars oflicium in principem rati, plures illorum secuti, ruere ad oppidum Brundisium. quod navigant! celerrimum f.dissimumque appulsu erat. Atqu« ubi primum ex allô visa classis, complentur non modo porlus et proxima mari, sed mœnia ac lecta. quaque longissime prospectari poterat, mœremtium lurba et rogilantium inter se. silen-
tione an voce alîqua egredientem exciperent. Neque satis constabat quid protempore foret, quum classis paulatim successit, nonalacri, ut assolet, remigio, sed cunctis, ad tristittiam composais. Postquam duobus cum liberis, feralem iirnam tenens egressa navi, defîxit oculos, idem omnium gemitus, neque discerneres proximos, alienos, virorum feminarumve planctus, nisi quod comitatum Aggrippinœ, longo mœrore fessum, obvii et récentes in doJore anteibant..
Miserai duas praetorias cohortes Gaesar, addito ut magistratus Calabriœ Apuli et Campani suprema erga memoriam filii sui munerafungerentur. Igitur tribunorum centurionumquehumeris cineres portabantur : praecedebant que incompta signa, versi fasces... (Ann., III, i, 2).
Scène V. — Tibère déclare son intention de recevoir d'abord Agrippine et de donner ensuite audience à Pison. Resté seul avec Séjan, il dévoile son hypocrisie et laisse éclater ses craintes. Il redoute à la fois Pison et Germanicus.
Il redoute Pison :
Il fut ambitieux ; je l'ai soumis au crime.
« Audire me memini ex senioribus, visum sœpius inter manus Pisonislibellum, quem ipse non vulgaverit; sed amicos eius dictitasse litteras Tiberii et mandata in Germanicum continere. » (Ann., III, 16.)
Germanicus est mort, mais non sa renommée : Satisfaisons ce dieu de Rome et de Tarmée ; Que dans sa gloire même il reste enseveli ; Qu'il obtienne un cercueil, la vengeance et l'oubli.
« Nihiltamen Tiberium magis penetravit quam studiahominum accensa in Agrippinam, cum decus patrie, solum Augusti
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sangulncm. unicum anlic{uitali$ »j)ccimcn appclUrent, rtruque ad cœlum ac dcos inte(^'rain illi »olx)lcm te super»Ul«m iniquorum precarcnlur. » (,4nn.. lll, 'i.)
Séjan lui conseille de ne pas s'inqnièter et d'aller oublier ses chagrins aux rives de Caprée :
Là vous pourriez trouver sous de riants asile»
Les cieui toujours sereins, des nuits toujours tranquille».
« Cœli (Gaprearum) lempories hionip inilis. objectu mentis quo sœva vcntorum arcenlur ; x'stas in favonium obvcrsa et aperto circum pelago peramœna : prospectabalque pulcherrimum sinura, antequam Vesuvius mous ardescens faclem loci verteret. » {Ann., IV, 67.)
Tibère résiste à ces suggestions :
11 faut à Rome encore, haï, mais redouté, Traîner de piège en piège une inquiète vie... Mais quand tout de Pison garantit la ruine, Toi, ministre zélé, digne de ma faveur. Intimide et corromps ; c'est ainsi que l'on règne. Rome peut me haïr, pourvu qu'elle me craigne. • C'est le fameux mot: c Oderint. dum metuant. »