‹ Tacite et la littérature françaiseChapitre 50 sur 57 · Acte II · texte numérisé non relu

Acte II

Le procès de Pison commence. L'accusé comparait devant le Sénat en même temps qu'Agrippine.

Se. I. —Tibère préside le Sénat. Agrippine accuse nettement Pison. Celui-ci. pour se défendre, essaye d'exciter les soupçons des sénateurs contre Germa-

nicus.

Rome mieux informée

Pourra savoir un jour qui souleva l'armée.

Puis il rappelle la révolte des légions de la Gaule : Mais dans un autre temps, dans une autre province, Je n'étais point alors le lieutenant du prince, Germanicus a vu ses légions sans frein... Déjà l'aigle infidèle au pouvoir souverain, Des marais du Batave aux champs de l'Illyrie, De son vol orageux, menaçait la patrie... Le drapeau fut souillé; le sang fut répandu. Et quand? Lorsque d'Auguste au tombeau descendu, Tibère honorait l'ombre et recueillait l'empire. Dans un règne naissant, époque où l'on conspire. Quand les soldats pouvaient, par la rébellion. De quelque autre César aider l'ambition.

(Ann. I, 35-4o.)

Agrippine n'a pas de peine à justifier la conduite de son mari. Elle rappelle les faits :

Je n'ai point oublié que dans la Germanie,

Quand il était absent, la révolte impunie

Immola des tribuns près de leurs étendards.

Et menaçait déjà devant l'autel de Mars,

Un vieillard, du Sénat député consulaire,

Plancus, réfugié sous l'aigle tutélaire.

Germanicus parut; nous eûmes un appui ;

Il courait des périls, j'étais auprès de lui.

Où sont, dit le héros, les légions de Rome ?

Et comment aujourd'hui faut-il que je vous nomme?

Soldats? de votre chef vous repoussez la voix.

Citoyens? du Sénat vous méprisez les lois.

Ennemis? Non, jamais leur haine sacrilège

N'a des ambassadeurs blessé le privilège:

Jules chez les Gaulois vit son camp mutiné;

Il s'écria ; » Romains » et tout fut termina. Les voilà' ces drapeaux que vous donna Tibère : Quel sang les a flétris? Mandcrai-jc à mon père Que ses soldats, chargés de vaincre les Germains, Ne savent désormais qu'égorger dcsHomains? Frappez ou suivez- moi, si vous aimez la gloire; Et que demain j'apprenne au nouvel empereur Vos combats, vos succès et non i)as votre erreur. Il dit et les légions, égalant sa vaillance, Dans le sang des Germains ont lavé leur offense.

Toute une partie de ce discours est traduite littéralement : « Quid enim per hos dies inausum intemcratumve vobis? Quod nomcn huic cœtui dabo? Militesne appellem, qui filium imperatoris vestri vallo et armis circumdedistis ? an cives, quibus tara profecla senatus auctoritas? Hostium quoque ius et sacra legationis et fas gentium rupistis. Divus Iulius seditionem exercitus verbo une compescuit. Quirites vocando qui sacramentum eius detrectabant : divus Augustus vultu et adspectu Actiacas legiones exterruit nos ut nondum eosdem. sila ex iUis ortos. si Hispaniœ Syriœve miles aspernaretur. tamen mirum et indignum erat; primane et vicesiraa legiones. iUa signis a Tiberio acceptis. tu tôt pneliorum socia tôt prœmiis aucla, egregiam duci vestro gratiam rcferalis ? Hune ego muntium patri feram. ispius tirones, ipsius veteranos. non missione, non pecunia satiatos ; hic tantum interfici centuriones. eiici tribunos, includi legatos, infecta sanguine castra, flumina ; mequeprecariamanimaminterinfensostrahere...»(^nn.. 1.-^.2.)

Après avoir entendu ces deux plaidoyers, Tibère dit aux sénateurs de n'écouter que la justice :

Ne voyez, sénateurs, que la seule justice, Que la loi vengeresse ou la loi protectrice.

— tga —

Ni le rang de Pison, ses aïeui, sa valeur, Ouïes pleurs d'Agrippine et ma propre douleur. Vous ne pouvez sans doule écouter la clémence, Mais l'équité finit et le courroux commence.

Tacite rapporte en partie le discours que Tibère prononça devant le Sénat à cette occasion :

« Die senatus Ca,sar oratiomen habuit meditato teraperamentopalrissui legatum atque amicum Pisonem fuisse, adiu- .oremque Germanico da.um a se, auctore senatu. rebusa pud Onenlem administrandis. Illic con.umancia et cer.aminibus asperasset iuvenem exi.uque eius tetatus esset, an scelere, extinxisset, .ntegris animi, diiudicandum... « Defleo quidem filium meumsemperquedeflebo: sed neque reum prohibe» quominus cuncta profera,, quibus innocentia eius sublevari, aut, si iniquitas Germanici, coargui possit, vosque oro, nequia dolori meo causa connexa est, obieCa crimina pro approbatis accipiatis. „ (Ann., III, 12.) ^

Scène IIIJV.-Après cette invitation àl'impartia- We, on interroge les témoins. Fulcinius accuse P.son ; aucun sénateur n'ose prendre sa défense. Ma,sCnems Pison s'avance pour disculper son père. Tac.te ne c.te pas ce jeune homme partni les défenseurs de Paccusé, mais au chapitre ,, Tacite dit que P,son avait envoyé son fils en avant pour adouctr le pnnce. Toutefois il s'agit en cet endroit de Marcus Pison, qu. avait accompagné son père en Syrie- Cuetus n avait pasquittéRome. (Ann., III, ,6.) Ché^ mer connaissai, ce détail, puisqu'il fait dire à Pison en parlant de Gnéius :

Il ^tai. loin dun père et les Romains l'estiment, a attribue au seul Cnéius, les démarches faites par

les deux frères, c'est uni([uiinrnl pour ne pas muUiplier les personuajjcs el ne pas t-parpiller rinlérél.

La cause est ajournée par le Sénat apn^s les Tunérailles de Germanicus. D'après Tacite, le procéscouvrituu espace de ouze jours. {Ann.. III, i3.)

Page 1