‹ Tacite et la littérature françaiseChapitre 51 sur 57 · Acte III · texte numérisé non relu

Acte III

Scène I. — Agrippine reproche à Tibère de ne pas assez soutenir ses intérêts. Elle estconslanunent dominée par le souvenir de son ori{çine, la gloire de son époux et les droits de ses enfants. Elle se rappelle les derniers mots de Germanicus mourant : « Ostendite populo romano divi Augusli neptem. » Tibère lui reproche de faire sonner si haut ces litres de gloire et d'exploiter à son profil les sentiments de la foule.

Et son urne à la main, vous traversez l'cmpin'. Vous traînez sur vos pas les peuples, les cités. « Nihll tamen tiberium magis penctravit quam studia nominum accensa in Agrippinam. « {Ann., III, /|.)

Afin de toucher Tibère, Agrippine rappelle les dernières paroles de Germanicus, lui recommandant ses enfants :

Si le sorl, me dit-il, se déclarait contre eux,

Et si comme leur mère ils étaient malheureux.

Dieux 1 veillez sur mes fils 1 Dieux ! protégez leur mère !

Germinacus expire elles lègue à Tibère.

Ah ! je l'ai bien servi. Pour me récompenser.

Qu'un regard paternel daigne les caresser.

Tendre et fidèle épouse, arme-toi de courage :

Nos enfants, que tes soins vont sauver du naufrage.

Recueillis par César, retrouveront en lui,

Un père aussi sensible, un plus puissant appui ;

Et ton cœur, pénétrant sous le froid mausolée, Sentira tressaillir mon ombre désolée.

Ce discours est loin d^être aussi touchant que celui que Tacite prête à Germanicus, et dont A.-V. Arnault s'estinspiré. (Ann., II, yi, 'ja.) Mais J. Chénier ne pouvait mettre ces paroles dans le plaidoyer d'Agrippine, sans compromettre sa cause. On voit d'ailleurs qu'Ag-rippine vise plus loin qu'elle ne le dit, et qu'elle voudrait faire arriver ses fils au pouvoir, au détriment de Drusus, frère de Germanicus.

Scène II. —Tibère se plaint à Séjan de l'ambition d'Agrippine et de ses fils :

Quand ils sont nés à peine, ils rêvent un empire. Il craint surtout le jeune Gaïus :

Et j'entrevois, surtout dans les yeux de Caïus, Les vices de Sylla, mais non pas ses vertus.

« Et Gaio Caesari, forte orto sermone L. Sullam irridenti, omnia Sullœ vitia et nullam eiusdem virtutem habiturum praedixit. » (Ann.,Yl, 46.)

Il naquit oppresseur ; sa tyrannique enfance Bégaie insolemment la menace et l'oflfense. « Immanem aimum subdola modestia tegens, non damnatione matris, non exitio fratrum rupta voce. n(Ann., VI, 20). « G. Gœsarem, vix finita pueritia, ignarum omnium aut pessimis innutritum, meliora capessiturum. » (Ann., VI, 48). Et le vieux tyran ajoute ce souhait ; Puisse Rome en effet, tomber entre ses mains ! Ma haine avec plaisir le conserve aux Romains. Timides artisans des discordes civiles,

Rebelles en secrel, publiqurnimt wcrilea.

Du sein de leur bassesiso ils oaenl m outrager :

C'est en me succédant qu'il pourra nie venfjer.

Cette idée qui fera le fond de la pit^ce de Lucien Arnault, « la mort de Tibère », [»eul ùirc éminemment dramatique, mais elle est démentie par Tacite. L'historien rapporte au contraire que Tiliére se préoccupait beaucoup du choix de son successeur, parce qu'il tenait à garder dans la postérité une bonne réputation. L'énumération des candidats possibles se termine par cette réllexion : a Qui[)pe illi non perinde cura praîsenlium quam in postcros ambitio (Ann,, lY, ^6). C'est à Auguste et non pas à Tibère que Tacite attribue le projet cynique de se donner un mauvais successeur, pour se faire mieux regretter : « Ne Tiberium quidem carilate aut reipublica* cura successorem adscitum ; sed quoniam arroganliam saeviliamque eius introspexerit, comparatione deterrima sibi gloriam quœsivisse. » {Ann., I, lo.)

Scène IH. — Tibère qui vient d'atlirmer à Séjan qu'il ménage avec prudence la perle d'Agrippine, va maintenant hâter celle de Pison. L'entrevue de Pison avec Tibère a lieu sans témoins. Pison rappelle qu'il n'a fait périr Germanicus que sur des ordres précis. Comme Tibère ne paraît pas se souvenir, Pison menace.

PlSO

César, faut-il aussi punir tous les coupables.

Tibère Sur des preuves sans doute. Ainsi le veut la loi.

Pisos Gésarsera p uni .

Tibère Qui l'accuserait?

Pi SON

Moi.

Ses ordres à la main. Je les ai.

Tibère

Téméraire, Vous les avez gardés ?

PïSON

Je connaissais Tibère ... Au Sénat Tibère entendra lire, Les ordres qu'en secret il osa me prescrire ; Et dussent les Romains n'en être pas surpris, Ils sauront que Tibère a fait périr son fils. « Amicoseiusdictitasse, litteras et mandata in Germanicum continere. » (Ann., III, i6.)

Scène IV. — Tibère effrayé fait appel à la ruse dont il est coutumier. Il annonce à Séjan qu'il va essayer de tromper Gnéius Pison par de fallacieuses promesses, afin d'empêcher la lecture des fâcheuses lettres.

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