CHAPITRE IV Au XIXe Siècle
§ I . — Editions, Traductions, Travaux critiques
L'intérêt que l'on portait au xviii^ siècle aux œuvres de Tacite ne fit que s'accroître au xix«. Les éditions ne jettent pas de nouvelles lumières sur le texte de Tacite, mais les traductions s'améliorent et atteignent presque la perfection.
Parmi les éditions critiques, il faut mentionner celles de :
1" La collection Lemaire, Paris, 6 volumes in-S", 1819 et 1821, sous la direction d'Oberlin et de Naudet. On y reproduit le texte et les notes d'Ernesti plutôt que de Droitier, dont le travail a été l'objet, en 1801, d'une critique amère et en général assez juste, dans les Observations de Ferlet (2 vol. in-8°).
2o L'édition de luxe en 4 volumes, in-folio, imprimée à Paris, de i8q6 à i836, sous les auspices d'un ministre de la Restauration, M. Corbière. L'ouvrage fut tiré à 80 exemplaires. On y a joint, en i83o, une Iconographie contenant vingt portraits.
3 Les Annales, par Emile Jacob, 2 volumes, chez Hachette, i8;5. Le texte est en général celui d'Orelli
(édilion de iSSg), avec des changements suggérés par les notes de Madvvig. Le commentaire, très exact et très copieux, s'inspire de tous les travaux antérieurs. Nipperdey, en particulier, a fourni de larges contributions.
Quant aux éditions dites à l'usage désolasses, elles se multiplièrent au furet à mesure des exigences des programmes scolaires. Toutes bonnes qu'elles soient relativement à leur destination, elles n'ont pas d'intérêt scientifique, sauf peut-être celle de Conslans, à cause d'un appendice sur la langue et la grammaire de Tacite.
Cinq nouvelles Traductions ont été publiées. Ce sont celles de ;
I» Gallon de la Bastide, 1812.
2° Burnouf. la plus parfaite de toutes, 1829-1882 .
3o Panckoucke, dans la bibliothèque latine-française, i83o- Î838.
4° Reproduction de la traduction de Bureau de la Malle dans la collection Nisard.
5° Gh. Louandre, i858, couronnée par l'Académie française.
§ 2. — Dans l'Université de France
Depuis la fondation de l'Université par Napoléon, l'enseignement est uniforme dans tous les collèges et lycées de France, et périodiquement, le ministre de l'Instruction publique arrête la liste des auteurs à expliquer dans les classes.
Dans la période qui va du début du xix* siècle jusqu'aux environs de 1881, Tacite figure au programme, sous une forme fragmentaire, dans deux recueils qui
sont restés célèbres, le Narrationes et le Conciones. D'après la conception qui prévaut durant ces trois quarts de siècle, la classe de Troisième est consacrée à rélude de la narration, la Seconde à la poésie ella Rhétorique au discours latin et français. Tacite fournit donc sa quSte-part de narrations et de discours, dans les deux recueils. Les élèves n'avaient donc ainsi de ses œuvres qu'une idée vague, sinon fausse.
A partir de 1881, une transformation s'opère dans le plan d'études ; le Narrationes et le Conciones sont abandonnés et remplacés par les œuvres complètes ou des fractions importantes d'un auteur. On commence dès lors à traduire, en Seconde, les livres I, II, et III des Annales ; en Rhétorique, les livres XIV et XV.
Dans ces dernières années, les règlements ofliciels comportent l'indication : Tacite, Annales, Histoires, non pas que l'on puisse, étant donné l'encombrement des programmes et la surcharge des matières, parcourir en classe des ouvrages aussi considérables en entier, mais, du moins, l'élève les a entre les mains, et, si le goût ou la curiosité lui en vient (et cela se rencontre plus souvent qu'on ne croit), il peut suppléer par la lecture privée aux lacunes de la leçon publique.
Dans l'enseignement supérieur, les œuvres de Tacite ont toujours été, dans le cours du xix^ siècle, l'objet d'une étude consciencieuse et approfondie.
§ 3. — Dans renseignement libre Lorsque la loi de i85o eut enlevé à l'Etat le mono-
pôle de reiiseignenicnl, de longues et violentes polémiques s'élevèrent, entre les catholiques, sur l'élude des auteurs païens.
Pour les fanatiques, à la tète desquels se trouvait l'abbé Gaunie (Voirie Ver Rongeur), Tacite n'était qu'un païen, un fataliste, un professeur d'immoralité, et, comme tel, devait être écarté. 11 ne pouvait que souiller l'àme de la jeunesse. Les auteurs chrétiens avaient seuls une valeur éducatrice.
Les esprits modérés furent d'un autre avis. Dans son œuvre magistrale: La Haute Education intellectuelle (3 vol. in-S''), qui fut longtemps pour les écoles libres ce que le plan d'études olïiciel est pour les lycées et collèges, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, fait une place à Tacite, dans les classes supérieures. En Seconde, on doit expliquer la Vie d'Agricola. En Rhétorique, les Mœurs des Germains servaient de modèle pour la composition des grands discours historiques, de même que les discours disséminés dans ses œuvres étaient le type à imiter dans les discours ordinaires.
Depuis vingt ans, par suite de l'importance donnée au baccalauréat, les écoles libres ont dû calquer leurs programmes sur ceux de l'Etat.