‹ TaciteChapitre 102 sur 138 · Havet, Le Christianisme et ses origines^ U · texte numérisé non relu

Havet, Le Christianisme et ses origines^ U

l'emportât pour en faire ce qu'il voudrait. Je ne vois pas où ;M[ . Denis a trouvé c que les déclamateurs ont représenté vivement le danger et Timmoralité de cette coutume barbare^ i. Nulle part elle n'y est franchement coixil3attue. Un père, qui a exposé deux jumeaux, ose parler de sa tendresse pour eux; il se justifie en disant qu* étant embarrassé pour choisir entre eux, il lui a paru plus simple de les exposer Tun et Tautre, et personne ne lui répond qu'il eût mieux fait de les garder toue les deux. Un seul de ces rhéteurs se permet de le l>lAiner; il le trouve t dur et cruel >, ce qui n'est guère ixiécbant; et pourtant Sénèque semble trouver qu'il va trop loin, puisqu'il nous dit, comme pour expliquer son audace, « qu'il était d'un naturel un peu dur * ».

II y a, dans une de ces controverses, dont le sujet est curieux et neuf, un mot qui m'a frappé. On y suppose qu'un père de famille, pour récompenser le dévouement d'un esclave, qui a sauvé l'honneur de sa fille, l'affranchit et la lui donne pour femme. Cette conduite paraît si extraordinaire qu'on l'accuse d'être fou, et qu'on le traduit en justice. Il faut voir les injures dont tous ces déclamateurs l'accablent ! < Marier sa fille à un esclave ! Ne vaudrait-il pas mieux qu'elle fût mortel » Un seul, Albucius Silus, ose soutenir « que ce n'est pas la nature qui fait les esclaves et les gens libres, et que ce sont des noms que le hasard impose è ceux qui les portent ». Mais Sénèque, après avoir rapporté ce propos, s'empresse de nous dire que, ce jour-là, Albucius parlait en philosophe : philosophatu» estj c'est-à-dire sans doute en faiseur de théories et d'hypothèses et non en homme pratique et sensé. Cette société aussi philoiophait quand elle répétait ces belles pensées qui font notre admiration. Il lui plaisait de les emprunter aux sages de la

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