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Conirov.f IX

Grèce, qui les avaient exprimées pour la première fois; c'était un ornement pour les discours et la preuve d'une éducation libérale. Mais elles restaient à la surface; le monde, qui s'en faisait si volontiers une parure, ne s'en était pas pénétré. Il fallait une prédication plus efficace, une révolution plus profonde, pour que la sagesse grecque acquit cette force qui fait passer de la parole à Facte. Cependant il n'était pas inutile qu'on s'habituât à en entendre les préceptes, et qu'en les répétant, on se préparât à les comprendre et à les pratiquer, c Sur ce terrain, à dit Havet, le christianisme bâtira. » N'allons pas plus loin. Le christianisme a trouvé le terrain prêt, mais c'est lui qui a bâti l'édifice.

Influence des écoles de déclamation sur la littérature romaine. — Les écoles de déclamation dans les provinces.

Ce qui est hors de contestation, et si connu de tout le monde qu'il n'est pas nécessaire d'y insister, c'est l'influence des écoles de déclamation sur les lettres romaines. Elle s'est étendue à tout ce qu'on appelait l'éloquence, c'est-a-dire à la littérature entière. Presque aucun écrivain n'y a tout à fait échappé, et ils l'ont subie dès le premier jour. Ovide fut l'un des plus brillants élèves des rhéteurs. On avait conservé de lui le souvenir d'une controverse qui dut être célèbre parmi les écoliers de ce temps. Il s'agissait d'un mari et d'une femme, qui s'étaient promis par serment de ne pas se survivre. Le mari, qui voulait savoir si elle tiendrait sa promesse, fit courir le bruit de sa mort; aussitôt la

femme se jeta par la fenêtre. Elle n'en mourut pas; mais, quand elle fut guérie, comme son père exigeait qu'elle se séparât de ce mari trop curieux, elle refusa obstinément de le quitter. Ovide défendit le mari. Il parla baucoup de l'amour : c'est un sujet dont il s'est occupé toute sa vie. Il voulut montrer que le jeune liomme n'était coupable que d'avoir trop aimé. « Lorsqu'on aime trop, on est incapable de modération, de retenue, de sagesse. Un amour qui sait se régler, qui ne commet pas d'imprudence, de folie, qui veille sur ses paroles et sur ses actions, est un amour de vieillard, senes sic amant. » C'est ainsi qu'à l'école déjà il était ce qu'il a toujours été : Sénèque le fait remarquer; il en a gardé le pli jusqu'à la fin. Ce n'est pas que d'ordinaire il force la voix, il soit raide et tendu, comme Lucain, par exemple; au contraire, il a de la grâce et de l'aisance; mais il aime les sujets romanesques, et leur donne volontiers des airs de mélodrame. 11 met de l'esprit dans le sentiment; ses personnages semblent plaider leur passion, plus qu'ils ne l'expriment, ils sont bavards, discoureurs, disputeurs, ' surtout grands faiseurs de traits et de pointes, parmi lesquels il s'en trouve qui viennent d'Arellius Fuscus ou de Porcins Latro, car il ne laissait rien perdre. Les écrivains qui sont venus après lui, orateurs, historiens, poètes, ont gardé, comme lui, des traces de leur éducation. Tous ou presque tous déclament (je prends ici le mot au sens moderne), mais chacun à leur manière, car il y a diverses manières de déclamer. Ce qu'elles ont de commun, ce qui est le caractère même de la déclamation, quand elle s'applique à la littérature en général, c'est l'habitude d'écrire comme si l'on parlait et qu'on fût écouté; par suite l'abus des formes oratoires, le goût des lieux communs qui donnent au style une grandeur factice, l'emploi des procédés d'école qui risquent d'étouffer l'accent per-

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sonnel et de nuire à Texpression naïve de la pensée, l'excès du développement régulier» qui supprime la fantaisie, la recherche exagérée de TefTet, enfin ce qu'on appelle aujourdliui un peu injustement, la rhétorique. La rhétorique devait réussir à Rome, elle convenait à une nation qui aime la pompe et la majesté. On est plus étonné qu'elle se soit ai vite répandue dans les provinces, surtout chez celles de l'Occident, qui étaient à moitié barbares. Au début de l'Empire, les jeunes provinciaux prirent l'habitude de venir à Rome, pour y faire leur éducation. Ils étaient très sensibles aux charmes de la grande ville, et il faut croire qu'aussitôt qu'ils y mettaient le pied, ils affectaient, comme c'est l'usage, de paraître plus Romains que ceux qui n'en étaient jamais sortis. Le Gaulois et l'Espagnol, voyant le succès qu'obtenait la rhétorique, s'y adonnaient avec passion. Dan» une civilisation qu'il commence à connaître, l'étranger prend d'abord les exagérations, c'est ce qui le frappe le plus, et ce qu'il est aussi le plus facile d'imiter. On nous dit que les jeunes gens qui fréquentaient les écoles retenaient surtout les pensées brillantes, les phrases à effets o^ qu'ils les répétaient avec des intonations de voix qui en faisaient ressortir la beauté, ou, comme on disait alors, qu'ils les chantaient. Ils ne négligeaient pas non plus de les écrire dans leurs cahiers, afin de n'en pas perdre le souvenir, et de s'en servir à l'occasion. Tacite ajoute que, s'ils n'étaient pas de Rome, ils les envoyaient dans leur pays, pour en faire jouir leurs compatriotes '. En même temps, les rhéteurs se mirent à courir le monde, comme aujourd'hui les chanteurs à la mode, donnant des séances publiques, qui leur rapportaient beaucoup d'honneur et assez de profit. C'est ainsi que le goût de la déclamation se

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