Martial, III
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une épithète, doanant à Pacuvius le surnom de I>oetas, àAttius celui ô'AHaSy comme nous disons Philippe le Hardi ou Louis le Juste. Ils n*en jouissaient pas moins d'une grande autorité, et c'était, pour un auteui*, une chance très favorable que d'avoir leur approbation. Vers le règne d'Auguste, il se fit une sorte de révolution dans leur métier. Jusqu'à cette époque les grammairienB n'avaient expliqué dans leurs classes que des auteurs très anciens : le maître d'Horace, Orbilius, remontait jusqu'à Livius Andronicus, le premier en date des poètes romains, et il avait la prétention de le faire admirer à coups de fouet* Un homme d'esprit, et d*un esprit entreprenant, Caecilius Epirota, ancien esclave d'Atticus, qui l'avait fait élever avec soin, ouvrant une école, eut l'idée, pour l'achalander, d'y introduire l'étude des poètes contemporains. C'est ce que nous avons vu chez nous, quand on a fait figurer Victor Hugo et Leconte de Lisle sur nos programmes scolaires. L'innovation dut réussir. Ce fut, pour un écrivain, comme une sorte de consécration de sa gloire d'être expliqué dans les écoles, et les grammairiens devinrent plus que jamais les dispensateurs de la renommée. On leur faisait la cour, et, pour me servir de l'expression d'un poète du temps, on briguait leur suffrage comme autrefois celui du peuple au Champ de Mars.
Vers la môme époque, un très grand personnage, Asinius PoUio, imagina, nous dit-on, les lectures publiques. Il est trop évident qu'il ne s'agit pas de ces lectures qu'on faisait à des amis et dont j'ai parlé plus haut : c'est un usage qui a existé de tout temps et qu'il n'était pas besoin d'inventer. Ce que fît Pollion, c'est de le régler, de l'entourer de certaines formalités, d'en faire une sorte d'institution. On créa des salons exprès, qui ressemblaient à des théâtres; on étendit le nombre des invités, on les partagea en diverses catégories; on
plaça les hommes importants dans l'orchestre, les autres sur les gradins, et tout en haut les claqueurs. C'était des x^eprésentations véritables, et il faut reconnaître qu'elles Savaient l'avantage de procurer des succès plus rapides Gi plus retentissants qu'aujourd'hui. Un livre répandu par l'impression va trouver les lecteurs isolés et ne les ^agne que peu à peu, et Tun après l'autre. Dans les lectaures publiques, ils sont conquis à la fois, et comme ils s'échauffent mutuellement par le voisinage, on y obtient plus facilement des triomphes. Un historien, un philosophe, un poète, pouvaient ainsi devenir illustres d'un seul coup, comme aujourd'hui un auteur dramatique, après une pièce qui a réussi. C'était un moyen puissant de publicité.
De son côté, le libraire, comme on pense, ne néglig^eait rien pour vendre avantageusement sa marchandise. Il y a toujours eu des libraires à Home, mais d'abord leur profession parait avoir été fort modeste. Ils n'avaient pas le monopole exclusif de la vente des livres, et il est arrivé que les gens riches leur ont fait concurrence. Nous savons qu'Atticus, qui possédait un grand nombre d'esclaves copistes, quand ils avaient transcrit les livres qu'il voulait garder pour lui, les faisait travailler pour le public. C'est ainsi qu'il fut une sorte d'éditeur pour son ami Cicéron, et non seulement il faisait copier ses livres et les répandait, mais il en augmentait le débit par d'habiles réclames. Cicéron lui écrivait à ce propos : « Vous avex si bien fait valoir mon discours sur Ligarius, que je vous confierai ce soin désormais pour tous mes ouvrages ^ ». A partir de l'Empire, les libraires semblent être devenus plus importants à Rome. On nous parle d'eux; nous savons les noms de quelques-uns, nous connaissons leurs habitudes. Ils