‹ TaciteChapitre 107 sur 138 · Epist., I · texte numérisé non relu

Epist., I

livre dont on parle, et c'est ainsi que la littérature se propage du centre aux extrémités. Les Romains, par d'autres procédés, obtenaient à peu près les mômes résultats que nous. Dans les pays vaincus, la haute société, au contact des personnes distinguées que Rome y envoyait, légats impériaux, officiers supérieurs des légions, percepteurs de Timpôt, avait pris très vite le g-oût des lettres latines; les écoles s'établissaient partout, et, avec elles, une passion pour la rhétorique que nous avons peine à comprendre. Les jeunes provinciaux, qui étudiaient à Rome, nous l'avons vu, avaient grand soin de recueillir les belles phrases qu'ils entendaient dire aux rhéteurs et aux avocats en renom, et les envoyaient dans leur pays, où elles faisaient sans doute l'admiration de tout le monde. Ils devaient aussi entretenir leurs parents et leurs amis des ouvrages qui venaient de paraître, et leur donner, par les éloges qu'ils en faisaient, le désir de les connaître. Mais comment pouvait-on se les procurer en province? Le plus simplement du monde : les libraires de Rome devaient y avoir des correspondants, chez lesquels ils déposaient, comme ils font aujourd'hui, les livres qu'ils voulaient vendre. Cicéron écrit à son éditeur Atticus : t Ayez soin que mon ouvrage soit à Athènes et dans les autres villes de la Grèce *; » c'est-à-dire déposez-le chez les libraires du pays, où les curieux pourront le prendre. Pour faire entendre qu'un livre a du succès, Horace dit c qu'il fait gagner de l'argent aux frères Sosies et qu'il passe la mer * » ; ce qui signifie qu'on le vend dans les provinces sur la réputation que les Romains lui ont faite. Si, au contraire, le débit n'en est pas très productif à Rome, le libraire, qui veut rentrer dans ses fonds, et qui compte que les Africains et les Espagnols

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