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IV

c'était bien un Romain. Il préférait la grandeur à la beauté, et il ne trouvait grand que ce qui dépassait les proportions ordinaires. La construction de son palais avait été son dernier caprice. Le Palatin lui semblait étroit, mesquin, encombré; pour le rebâtir à son idée, il lui fallait un espace immense dont il fût absolument le maître. On prétendit qu'il avait mis le feu à Rome afin de se le procurer : cette expropriation expéditive avait l'avantage de le débarrasser non seulement des propriétés particulières, qu'il pouvait acquérir en les payant bien, mais des temples et des anciens édifices, qu'on lui aurait difficilement permis de détruire. Dans ce désert, il construisit sa maison, une maison tout étincelante de marbre et d'or, incrustée de diamants, meublée de chefs-d'œuvre, avec des salles dont les plafonds étaient mobiles et versaient des parfums et des fleurs. Mais voici en quoi consistait véritablement l'originalité de la construction. Il avait eu l'idée étrange de mettre au milieu de Rome tout ce qui constituait une riche villa romaine, — le château de Versailles sur la place du Carrousel. — Il y avait des champs, des parcs, des portiques, des forêts, des chasses; au milieu, un vaste étang, entouré de bâtisses, comme une ville; des bassins où l'on avait amené l'eau de mer d'Ostie (24 kilomètres) ; des fontaines où coulait l'eau sulfureuse qui venait de Tivoli. A l'entrée, une statue colossale du prince, haute de 120 pieds, accueillait les invités. Quand Néron mourut, tout était à peu près fini. L'empereur Othon, qui eut un moment l'idée d'y mettre la dernière main, prétendait qu'il n'en coûterait plus guère qu'une dizaine de millions de francs, — une bagatelle, — pour l'achever. La construction de la Maison d'or, comme on rappelait, avait fort irrité les gens riches, qui en faisaient les frais. A cette occasion, des vers malins furent crayonnés sur les murailles. « Rome, y lisait-on, est devenue l'habi-

tsition d'un seul homme. C'est le moment, citoyens, d. émigrer à Véies ; à moins que Véies lui-même ne soit compris dans la maison de César. > Mais le peuple, qui ne payait pas, était saisi d'admiration devant ces folies. A.ussi les empereurs Flaviens, pour dérouter les souvenirs, prirent-ils la résolution de dénaturer ces immenses bâtisses et de donner à tout le quartier entre le Caslius, l'Esquilin et la Vélia un aspect nouveau. Le colosse fut décapité, et l'on remplaça la tête du prince par celle du Soleil. Où s'élevait le palais impérial, Titus bâtit ses thermes, dont il reste de si beaux débris, et le Colisée occupa la place du grand éiang. On pensait que la magnificence des nouvelles constructions ferait oublier les anciennes, et voilà pourquoi on voulut donner aux fêtes, qui en célébraient l'inauguration, un éclat extraordinaire.

A ces spectacles, on était venu de toutes les parties du inonde. < On y voyait l'habitant de l'Hasmus, l'Arabe, le Sabéen, le Sarmate qui se désaltère avec le sang de son cheval, et ceux qui boivent l'eau du Nil à sa source, le Sicambre à la chevelure bouclée, l'Éthiopien aux cheveux crépus, et l'on y entendait résonner toutes les langues *. > Martial, comme on le pense bien, ne manquait pas d'y assister, et la représentation finie, ou même pendant qu'elle durait encore, il célébrait ce qu'il venait de voir en quelques courts poèmes qu'il communiquait à ses amis. Est-ce lui qui, après que la fête fut terminée, eut l'idée de les réunir, ou reçut-il l'ordre de le faire? nous ne le savons pas; toujours est-il qu'en le faisant il servait la politique impériale. Il explique très clairement ce qu'elle avait voulu faire quand il dit : < Rome est enfin rendue à elle-même. Grâce à toi, César, tout un peuple jouit de ce qui ne servait qu'aux plaisirs d'un

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