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De spect.i

2. Nous savons pourtant par Tacite qu'il fit un jour cadeau au poète Saléius Bassus de 500 000 sesterces (100 000 francs); mais ce devait être une exception, car, dans le même chapitre, Tacite affirme que la poésie ne mène pas à la fortune.

avec Titus, qui se piquait d'être un homme du inonde et de cultiver les arts de la Grèce. Il promit à celui qui l'avait chanté des récompenses qu'il n'eut pas le temps de lui donner, car il mourut peu après que les fêtes furent achevées. Naturellement Martial les réclama à son successeur. C'était Domitien, son frère, qu'on pouvait croire bien disposé pour la littérature, car il avait fait des vers dans sa jeunesse, et, selon Quintilien, c il n'avait cessé d'en faire que parce que les dieux ne trouvaient pas que ce fût une gloire suffisante pour lui, d'être le plus grand des poètes ». Martial espéra que la poésie avait enfin trouvé son Mécène, et dès lors il ne cessa d'accabler le prince de ses flatteries.

Une autre conséquence, et plus grave, de ce premier ouvrage, fut qu'il lui donna la pensée de publier tous ceux qu'il composerait dans la suite. Il avait dû faire un grand nombre d'épigrammes, depuis qu'il était à Rome, et elles avaient eu beaucoup de succès, puisqu'en tête du premier livre de celles que nous possédons il dit : € qu'il est connu dans tout l'univers ». Pourquoi donc ne les avait-il pas réunies et publiées comme il l'a fait plus tard? C'est sans doute qu'il n'attachait pas autant d'importance à ses œuvres avant d'avoir vu le cas qu'en faisaient les gens d'esprit. Elles étaient en général des pièces de circonstance, et il pouvait lui sembler qu'elles ne méritaient pas de survivre à ce qui leur avait donné l'occasion de naître ^ Il ne s'adressait donc pas à un libraire : un jeune esclave, nommé Démétrius, scribe habile, qu'il avait chez lui, les recopiait de sa plus belle main, et elles étaient envoyées à celui pour qui elles

1. 11 faut croire qne cette opinion était générale puisqu'on blâma Stace d'avoir publié ses Silvesy et qu'on trouva que c'était donner trop d'importance à des bagatelles; et pourtant les Silves étaient des pièces de grande allure, qui avaient souvent la forme épique, et qui méritaient de vivre. Si l'on était si sévère pour elles, que devait-on penser des petites épigrammes de Martial?

étaient faites. Dès lors elles lui appartenaient, et Martial n'aurait peut-être pas jugé convenable de les aller reprendre. Naturellement le personnage dont elles célébraient la générosité n'avait garde de les laisser se perdre. Il les lisait à ses amis, à ses connaissances, et les conservait précieusement. On savait bien que, si on en avait besoin, on les retrouverait chez lui et c'est en effet là que plus tard on les alla chercher. Quand Martial fut devenu tout à fait célèbre, un libraire bien avisé eut l'idée de recueillir les petits poèmes que leur auteur avait négligé de publier et en donna une édition. Martial, qui n'en fut pas fâché, se chargea de la recommander au public : t Tout ce qu'il m'est arrivé d'écrire quand j'étais jeune et presque enfant, des sottises dont j'ai perdu moi-même le souvenir, ami lecteur, si tu veux perdre quelques heures que tu pourrais mieux employer, tu les trouveras chez Quintus PoUius Valerianus : cet homme s'est promis d'empêcher qu'aucune de ces bagatelles que j'ai composées puisse périr ^ > Mais si les pièces de Martial, même sans être publiées, ne couraient pas de risques d'être perdues, elles étaient exposées à d'autres dangers. Bien des gens, qui les avaient entendu lire dans les réunions mondaines dont elles faisaient les délices, les retenaient par cœur, puis les répétaient, et finissaient par se les attribuer. Il y en avait même qui les colportaient en province, où il était plus difficile de les convaincre de fraude, et se faisaient ainsi chez eux une réputation aux dépens de l'auteur véritable. Le seul moyen qu'il eût d'empêcher cette usurpation était de bien établir sa propriété et il ne pouvait le faire qu'en réunissant lui-même ses œuvres et en les donnant au public sous son nom. A partir de ce moment, il prit l'habitude de publier presque tous

les ans, chez Secundus, chez Atrectus, chez Tryphon, les libraires en vogue, un livre d'épigrammes, qui en contenait une centaine.

L'épigramme. — La société romaine dans les épigrammes de Martial. — Types et portraits. — Les femmes. — Quels sont ceux à qui Martial adresse ses épigrammes.

Nous n'avons de Martial que des épigrammes, et probablement il n'a pas écrit autre chose ; il semble s'être fait de ce genre une spécialité. On sait que ce mot avait, chez les anciens, une signification beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui. C'était proprement une courte inscription de quelques vers, et il désignait aussi bien l'épitaphe d'un tombeau ou la dédicace d'un autel que les malices qu'on crayonnait sur une muraille. Avec Martial, la satire y domine. Ce n'est guère plus chez lui qu'une petite pièce, vive, alerte, spirituelle, qui raconte plaisamment une anecdote, raille un travers ou met en saillie un bon mot. Comme l'intérêt y est surtout dans le trait qui la termine, le poète y prépare d'avance son lecteur, et, dès le début, tout se dirige vers la piqûre finale. Cette façon de procéder, qui est dans toutes un peu la même, risque à la longue de les faire paraître monotones, et, quand on en réunit un grand nombre à la suite les unes des autres, la monotonie y devient encore plus apparente. Martial, qui était un homme de goût, le sentait bieii, aussi a-t-il grand soin de demander grâce pour elles. Dès le début, il avoue sans détour que tout n'est pas irréprochable dans ses ouvrages : « 11 y a du bien, il y a du médiocre, il y a

encore plus de mauvais*. > Mais il ne faut pas être trop rigoureux pour des épigrammes. S'il y en a la moitié de bonnes, cela suffît : on doit pardonner aux autres. D'ailleurs, quel besoin de les lire toutes de suite? Trouvez-vous qu'il y en a trop? n'en lisez que quelquesunes; vous reprendrez le reste plus tard. — Le conseil est sage : Martial est un de ces auteurs qu'il ne faut prendre qu'à dose modérée, et par intervalles.

Mais le vrai moyen de trouver du plaisir à le lire, c'est de le remettre en son temps, de vivre un moment avec lui de sa vie et de celle des gens qu'il fréquentait. C'était une société riche, restreinte et choisie; il a grand soin de nous dire qu'il ne s'adresse pas à tout le monde : < D'autres écrivent pour la foule; moi, je ne tiens à plaire qu'à quelques personnes*; » il veut plaire à ces gens de goût, à ces gens d'esprit, qui sont habitués aux conversations légères, qu'un mot leste n'effarouche pas, qui pardonnent une sottise, quand elle est dite finement. Son livre lui semble mériter une autre fortune que d'être solennellement placé dans une bibliothèque, à côté des ouvrages de philosophie ou de science, et consulté de temps en temps par les gens graves. Comme il est mince de format, d'aspect agréable, peu gênant, on peut le mettre sous sa toge et l'en tirer, pour le lire, quand on se promène sous un portique; on l'emporte avec soi dans ces repas où se réunit la bonne compagnie, et, vers la fin du dîner, lorsqu'on est las de parler des cochers et des chevaux ou de raconter les nouvelles du jour, on passe aux dernières épigrammes de Martial et l'on s'en régale. C'est à peine si l'on change de sujet, car Martial aussi aime à parler de tout ce qui occupe la curiosité futile des désœuvrés du grand monde; il est partout question chez lui des petits incidents des

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