XI
il lisait sa Thébaidey c'était une joie pour tous les lettrés de Rome et les applaudissements ébranlaient la salle : ce qui ne Tempêchait pas, nous dit Juvénal, lorsqu'il revenait chez lui, de n'avoir pas de quoi mangera Les concours littéraires, qui s'étaient beaucoup multipliés, et dans lesquels, depuis Néron, la poésie avait une place, ne donnaient guère plus de profit : on y distribuait surtout au vainqueur des couronnes et des palmes. Le père de Stace, qui avait remporté des prix à tous les jeux de la Grèce, n'en était pas moins forcé d'ouvrir une école pour vivre.
Tout cela, Martial le savait d'avance; il ne se faisait aucune illusion sur le profit qu'il pourrait tirer de la vente de ses livres, et il ne parait pas qu'il ait jamais cherché les récompenses des concours littéraires. La seule ressource sur laquelle il comptait était celle dont avaient usé tous les poètes avant lui, la libéralité des gens riches, et nous avons vu qu'il la sollicitait sans aucune honte. Aujourd'hui, nous sommes devenus plus délicats, et l'idée que nous nous faisons de la dignité de l'homme de lettres nous rend ces sollicitations de Martial très choquantes. Mais n'oublions pas que ces scrupules sont assez récents; notre xvii« siècle ne les connaissait pas. Les écrivains n'avaient alors aucune répugnance à recevoir des pensions ou des présents des grands personnages, à vivre à leur table et dans leurs hôtels, à faire partie de leur suite. Corneille disait de lui-même c qu'il avait l'honneur d'être à M. le Cardinal »; et parmi ceux qui formèrent d'abord l'Académie, beaucoup étaient fiers d'être appelés c les domestiques de M. le Chancelier ». J'ajoute que les gens de lettres de nos jours ne sont pas devenus aussi indépendants qu'ils le disent ; ils ont surtout changé de