‹ TaciteChapitre 38 sur 138 · Ann., IV · texte numérisé non relu

Ann., IV

faits dignes d'être connus, et que d'autres avaient laissés dans le silence et l'oubli *. > Est-ce là le ton d'un homme à qui les faits sont indifférents et qui ne tire vanité que du style ?

Non seulement je pense que, quand Tacite nous dit qu'il a eu plusieurs auteurs sous les yeux, il faut le croire parce qu'il le dit, mais il me semble qu'il n'y a peut-être pas de livres d'histoire ou l'on sente mieux que dans les siens la variété des sources. Ce n'est pas assez de dire qu'on la saisit d'une page à l'autre, elle se montre quelquefois dans la même phrase. Au début des Annales, pour expliquer l'attitude hésitante, embarrassée, de Tibère, qui n'ose pas prendre le pouvoir que le Sénat lui offre, quoiqu'il en meure d'envie, il suppose qu'il veut se faire prier < afin de paraître avoir été appelé et choisi par la République, plutôt qu'imposé furtivement par les intrigues d'une femme et l'adoption d'un vieillard >. Ici, Tacite parait suivre un historien favorable à Tibère, ou qui, dans tous les cas, connaît parfaitement ce fond de fierté qu'il tenait des Claudii, ses aïeux. Mais brusquement le ton change. < Dans la suite, ajoute- t-il, on reconnut que sa feinte irrésolution avait un autre dessein : il voulait lire jusqu'au fond dans l'âme des grands personnages, > sans doute pour s'en venger plus tard; une pareille supposition ne peut venir que de quelque ennemi du prince qui a recueilli à son sujet des médisances de salon. Cette habitude de prendre ses renseignements un peu partout n'était pas sans quelque danger; elle l'exposait à se contredire. C'est ce qui lui est arrivé notamment dans le passage célèbre où il parle des Juifs 2. Sur le témoignage des historiens d'Antiochus Épiphane^qui prétendent qu'il vit dans le temple de

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