‹ TaciteChapitre 39 sur 138 · IlisL, V · texte numérisé non relu

IlisL, V

Jérusalem une tête d'âne en or, il assure comme une chose certaine « que les Juifs ont consacré l'image de cet animal dans leur sanctuaire » ; mais, un peu plus loin, ayant lu que Pompée, lorsque à son tour il y entra, le trouva tout à t'ait vide, il en conclut avec la même assurance < que les Juifs ne tolèrent aucune statue dans leurs villes et encore moins dans leurs temples ». Entre ces deux assertions contraires, il fallait en sacrifier une; il semble que Tacite n'en ait pas eu le courage ^ A ce propos, je remarque qu'on ne se fait pas toujoursi de lui une idée bien juste. Sur quelques appa-

!. I! y a d^autres contradictions chez Tacite, non seulement d'un ouvfage à l'autre, ee qui peut s^expliquer par la découverte de documents nouveaux, mais dans le même ouvrage. Telles sont celles qui lui échappent à propos de Tibère, par exemple lorsque, après nous avoir dit « que ni lui ni les délateurs ne se reposaient d^accuser {Ann,^ 121, 38), il prétend, deux ans plus tard, que cette année fut celle où le gouvernement de Tibère commença à se gâter (IV, 6); ou bien lorsque, après avoir indiqué qu'il était jaloux de la popularité de ses Ûls et qu'il redoutait surtout l'ascendant que Germanicus exerçait sur les armées, il nous dit qu'il se croyait plus en sûreté parce que ses deux Ûls commandaient aux légions (II, 44). Ces contradictions sont peut-être celles qu'on lui a le plus amèrement reprochées, car aucun empereur n'a trouvé de plus zélés défenseurs que Tibère. Elles sont certainement choquantes ; mais peut-être faut-il les rejeter en partie sur le caractère même du prince. 11 était fantasque, changeant, et ne se piquait pas de se mettre d'accord avec lui-même; il ne souffrait pas d'être contredit, et en même temps, la servilité le dégoûtait (II, 87) ; il se réjouissait quelquefois, quand il voyait le Sénat manifester quelque indépendance (II, 51), mais il lui arrivait plus souvent de l'en punir. Tacite dit que, dans le procès de Lepida, il changea si souvent de langage et d'attitude qu'il est impossible de savoir ses intentions véritables (111, 22). Je crois pourtant que, dans la plupart des cas, les diversités de récits ou de jugements qu'on trouve chez Tacite tiennent surtout à la différence des historiens qu'il a consultés. 11 nous fait lui-même assez naïvement l'aveu de cette sorte de servitude où il s'est mis des historiens antérieurs et du scrupule qu'il éprouve à passer sous silence un fait que l'un de ses prédécesseurs a rapporté lorsqu'il nous dit, à propos d'un détail de la conjuration de Pison : c Je n'ai pas voulu le dissimuler, quoiqu'il me parût absurde i(i49tn.,XY, 53).

rences, on le trouve raide, tranchant^ affîrmatif; je serais plutôt tenté de le croire un peu hésitant et timide. Si j'avais un reproche à lui adresser, ce ne serait pas de s'être attaché exclusivement à l'un des historiens qui l'ont précédé, mais de n'avoir pas toujours su faire un choix entre eux, d'avoir voulu se servir de tous, même quand ils ne sont pas d'accord ensemble. On sent qu'il a peine à se décider (&ntre ces opinions contraires ; elles paraissent le troubler, et même une fois il lui arrive, à propos de cette confusion de renseignements qui se combattent, de désespérer qu'on puisse découvrir la vérité, et de déclarer avec quelque tristesse que, malgré tout, les plus grands événements restent douteux : adeo maxima quœqi»e ambigua svuù */

Témoignage des contemporains. — Usage qu'en fait Tacite. — Anecdotes et fables répandues parmi les gens du monde. — Ce qu'en pense Tacite. — Pourquoi les a-t-il si complaisamment rapportées. — Efforts qu'il a faits pour savoir et dire la vérité.

A ces sources, où Tacite a puisé pour composer ses ouvrages historiques, il en faut ajouter une autre qui n'a guère moins d'importance.

Souvenons-nous qu'il n'est pas dans la situation de Tite-Live, qui, pour la plus grande partie de son œuvre, remonte à des époques très lointaines et ne peut 1rs connaître qu'en s'adressant à de vieux annalistes. Tacite a été le contemporain de la plupart des faits qu'il raconte; et il n'est séparé de ceux qu'il n'a pas vus lui-

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