‹ TaciteChapitre 41 sur 138 · Dial.y · texte numérisé non relu

Dial.y

2« Ann., XI, 27, III, 16.

pectes, des conjectures, des inventions, et tous ces bruits malveillants, qui courent le monde, surtout quand on veut empêcher les gens de parler, et y trouvent crédit. Ces récits ne risquaient pas de se perdre; les personnes qu'ils avaient amusées en conservaient le souvenir. On les répétait en y ajoutant des traits nouveaux ; c'était une bonne fortune de les entendre redire par quelque causeur spirituel, comme était ce Pedo Albinovanus que Sénèque appelle /a&u/ator elegantissimuSy et ils défrayaient les conversations de ces sociétés d'oisifs où Ton s'entretenait d'autant plus volontiers du passé qu'il était dangereux de parler du présent, et que les malices sur les empereurs défunts retombaient toujours un peu sur le prince vivant. Ainsi, à côté de l'histoire officielle de l'Empire, il y en avait une autre, qu'on pourrait appeler celle des gens du monde, dont le fond se composait de quelques vérités et de beaucoup de médisances. En général elles ne rapportaient pas les choses de la même façon, et il semble que Tacite ait voulu les mettre aux prises et montrer leur désaccord dans ce passage où, après avoir raconté un événement important < d'après les auteurs les plus nombreux et les plus dignes de foi », il ajoute : < Cependant je ne puis omettre un bruit tellement accrédité alors qu'il n'a pas encore perdu toute créance ^ » Ces bruits, qu'il désigne sous le nom de famay ritmor, reviennent souvent dans ses récits; môme pour l'époque d'Auguste et de Tibère, quoique plus éloignée, ils n'avaient pas cessé d'être vivants ; ils conservaient assez d'autorité pour s'imposer aux historiens.

Quelquefois Tacite les mentionne simplement, sans qu'on sache s'il les approuve ou s'il les condamne. A propos des petits-enfants d'Auguste, qui périrent si

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