‹ TaciteChapitre 42 sur 138 · Ann., IV · texte numérisé non relu

Ann., IV

vite et si jeunes, il se contente de dire < que leur fin fut hâtée par les destins ou par le crime de Livie * >. Un peu plus loin, lorsque Auguste meurt à son tour, à soixante-dix-sept ans, ce qui paraît expliquer suffisamment qu'il soit mort, il ajoute pourtant : < Quelques soupçons tombèrent sur sa femme. > Mais d'ordinaire il est moins indécis. A propos d'un calcul peu honnête qu'on prêtait gratuitement à Tibère, quoiqu'il soit mal disposé pour ce prince, il avoue qu'il a peine à le croire vrai, non crediderim^. Dans une autre occasion, où le reproche fait à l'empereur est beaucoup plus grave, il déclare qu'il est tout à fait déraisonnable ^. Il sait très bien ce qui accrédite les inventions de ce genre, et comment les imaginations, quand elles sont émues par de grands événements, veulent à toute force les entourer de circonstances extraordinaires. Il tient à mettre ses lecteurs en garde contre la malignité < qui altère les faits les plus réels > et la crédulité c qui accueille les bruits les moins fondés >.

Mais s'il s'en méfie, il les rapporte; et môme ils reviennent si souvent dans ses récits qu'ils ont beaucoup contribué à leur donner cette apparence de dénigrement systématique pour l'autorité impériale qu'on leur a reprochée. Pourquoi donc leur a-t-il fait une si grande place? On a dit que c'était une complaisance qu'il avait pour les gens de son monde, à qui ces malices devaient être fort agréables. Assurément il devait tenir à leur plaire. Si un grand écrivain, comme lui, travaille pour le monde entier, il y a toujours, quoi qu'il fasse, un petit groupe de lecteurs choisis qu'il tient surtout à contenter et sur lesquels il suit plus directement l'effet de ses livres. Mais ces gens d'esprit n'étaient pas les seuls à qui ces

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