nist., IV
n'oublions pas que c'est le souci de la vérité qui les a fait introduire dans les livres d'histoire.
Les discours de Tacite ne s'éloignent guère de ceux de Salluste et de Tite-Live, et l'on pourrait redire, à propos des qualités et des défauts des siens, ce qu'on dit des autres. 11 y a pourtant chez lui une particularité qu'on remarque : il aime à instituer des débats contradictoires, à mettre aux prises deux opinions contraires, représentées par deux personnes différentes, qui les développent tour à tour. L'empereur Claude propose d'attribuer aux Gaulois les privilèges du droit de cité latine, et un sénateur lui répond*; quand Néron crée les ludi quinquennales y deux orateurs discutent sur les ' avantages ou les dangers des jeux publics 2; deux orateurs aussi prennent successivement la parole quand on se demande au Sénat s'il est bon que les gouverneurs des provinces emmènent leurs femmes avec eux ou s'il vaut mieux qu'ils les laissent à Rome 3. Ce qui est très curieux, c'est que, dans ces débats. Tacite fait si bien parler les uns et les autres et met tant de soin à leur trouver à tous des arguments persuasifs, qu'on ne distingue pas, à la fin, ce qu'il pense lui-même et dans quel parti on doit le ranger. Est-ce encore une conséquence de cette timidité que nous avons déjà signalée, et faut-il croire que vraiment il "flotte entre des opinions opposées? Ou bien est-ce l'impartialité d'un noble esprit, qui, voyant que ces grandes idées sont susceptibles d'être débattues dans des sens divers, veut nous laisser la liberté de nos jugements?
Je crains que ce soit autre chose et que nous ne nous trouvions ici en présence d'une habitude d'école dont Tacite n'a pas su tout à fait s'affranchir. On restait bien