‹ TaciteChapitre 61 sur 138 · Suétone, Calig · texte numérisé non relu

Suétone, Calig

voulait différer, invoquait le respect des lois, le salut de la République, les droits du consul Varron, c comme s'il pouvait être question des lois en cette affaire, que Varron fût vraiment un consul ^t le gouvernement de Tibère une République ' ! » Voilà la vérité. Un des grands soucis de ces princes était de faire croire que tout était pour le mieux sous leur autorité, que Rome ne regrettait rien dans le passé, qu'elle n'avait jamais été plus heureuse du présent, plus assurée de l'avenir. Cette Félicitas temporuniy qu'on affirmait effrontément dans les documents officiels, à laquelle on rendait presque un culte, personne ne pouvait se permettre d'en douter : c'était un devoir d'être joyeux, et Tune des raisons qu'on avait de se méfier des chrétiens, c'est qu'ils refusaient de prendre part aux fêtes publiques et qu'on trouvait à leur gravité des airs de tristesse. Tacite ne s'est jamais laissé prendre à ces dehors de prospérité; il a vu les maux intérieurs dont on souffrait et n'a pas hésité à les dire. A ceux qui vantent l'état florissant de l'Italie, il répond en montrant des villes comme Tarente et Antium, qui sont dépeuplées *. On est fier des victoires remportées par les légions, et il s'en réjouit comme tout le monde; cependant, là aussi, il aperçoit quelques raisons d'être inquiet. Les révoltes qui éclatent dans l'armée, à l'avènement de Tibère, montrent- à quel point l'indiscipline s'y est glissée ; les soldats qu'on recrutait à Rome, et qui étaient autrefois les meilleurs ne sont plus que des brouillons qui se croient toujours au cirque ou au théâtre; les troupes auxiliaires levées dans les pays conquis prennent une importance dangereuse, et il ne manque pas de gens qui disent que, c dans l'armée romaine, il n'y a de bon que ce qui n'est pas romain ^ ».

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