‹ TaciteChapitre 62 sur 138 · Ici., III · texte numérisé non relu

Ici., III

Le tableau qu'il trace de la société civile est encore moins rassurant. La vieille noblesse a presque disparu, et ce qui en reste vit d'expédients ; un Sempronius Gracchus est brocanteur en Sicile ; un PoUion /abrique de faux testaments ; un Aurelius Cotta, un Valerius Messala, un Hortensius tendent la main à l'empereur. Ce qui est plus grave, les esclaves augmentent sans cesse, tandis que disparaît la plèbe libre K Les afTraochis ou fils d'affranchis occupent les meilleures places : « Ils se sont tellement accrus que, si on les mettait à part, les autres seraient effrayés de leur petit nombre 2, » Ces tnaux, que Tacite signale avec tant de force, sont ceux sous lesquels l'Empire a succombé.

Il est bon sans doute de voir les choses comme elles sont ; c'est, on vient de le montrer, un des grands mérites de Tacite ; mais ne les a-t-il pas vues quelquefois pires qu'elles n'étaient? On le lui a reproché, avec raison, je crois, et c'est en cela que son pessimisme, qui le servait tout à l'heure, lui a été contraire. Le désir de lire jusqu'au fond des cœurs, la crainte d'être dupe, la mauvaise opinion qu'il avait des hommes, le poussent à chercher, dans leurs actions les plus simples, des intentions cachées et subtiles. Il les soupçonne facilement de quelque noirceur. Dès le début des Annales, cette tendance se révèle. Auguste choisit Tibère pour lui succéder : ce n'est pas qu'il ignorât ses vices; c il voulait se faire valoir par le contraste ». Dans son testament, il conseillait à son successeur de ne pas faire de conquête nouvelle : € on ne sait pas si c'était prudence ou jalousie », et ainsi de suite. Ce qu'il faut admirer, c'est qu'étant dans ces dispositions d'esprit, il n'ait pas ajouté foi plus souvent aux méchants bruits qu'on avait tant de plaisir à propagea et qu'il devait avoir tant de penchant à

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