‹ TaciteChapitre 92 sur 138 · Cicéron, Brutus · texte numérisé non relu

Cicéron, Brutus

ne réussissent pas tout de suite, et que plusieurs, ck»Di les débuts avaient été fort médiocres, arrivaient plus tard à se faire écouter et applaudir. On en conclut naturellement qu'un certain apprentissage n'était pas inutile, qu'on se forme à la parole comme au reste, et probablement par les mêmes moyens, c'est-à-dire par l'exemple et la pratique. On imagina donc un genre d'éducation particulière à l'usage de ceux qui se destinaient à la vie politique. Tacite nous dit que le jeune homme qui voulait apprendre à parler, quand il avait fini ses premières études, était conduit par son père ou l'un de ses proches chez ua orateur célèbre, qu'il fréquentait sa maison, qu'il l'accompagnait hors de chez lui, qu'il l'écoutait lorsqu'il parlait au peuple ou devant les juges, c apprenant ainsi la guerre sur le champ de bataille >, ce qui lui parait bien meilleur que d'aller s'enfermer dans les écoles de rhétorique, comme on fait de son temps ^ Plus tard, quand les jeunes gens, formés à cette discipline, étaient devenus des orateurs à leur tour, qu'ils défendaient leurs clients en justice, qu'ils parlaient au Forum et au Sénat, d'autres réflexions devaient leur venir à la pensée. Ils n'avaient pas de peine à s'apercevoir qu'il y avait certaines façons de prendre le public et de l'amener à son sentiment, et quand la situation leur paraissait semblable, ils n-hésitaient pas à se servir de celles qui leur avaient une fois réussi. Il n'y a donc pas d'orateur qui n'ait ses procédés, c'est-àdire sa rhétorique, seulement, dans les époques primitives, chacun a la sienne, qu'il n'a pas apprise à l'école, qu'il s'est faite à lui-même, pour son usage particulier. Caton, qui devait avoir en ce genre plus d'expérience que personne, ayant été si souvent accusateur et accusé, eut l'idée de communiquer aux autres les observations

qu'il avait faites pour son compte. Cet homme singulier, qui s'était fait le défenseur acharné du passé, était en réalité un novateur et, par moments, devançait l'avenir. On pourrait presque dire que ce paysan avait un tempérament d'homme de lettres et de journaliste. Rien ne lui plaisait comme de s'adresser au public, et de même qu'il lui avait fait confidence de son hygiène et de sa médecine, il lui fit connaître aussi sa rhétorique. De ce petit livre, le premier qui ait été composé en latin sur ce ëajet ^ il ne nous reste que deux phrases, mais, selon le mot d'un commentateur, ce sont deux phrases divines. La première est la célèbre définition de l'orateur que toute l'antiquité a répétée, vir bonus dicendi peritus ; l'autre n'est pas moins belle, ni moins profonde, et elle a inspiré Boileau et Fénelon : c Concevez bien votre sujet, dit-il, les paroles suivront, rem iene, verba sequeniur ».

Vers le même temps, comme les rapports devenaient plus étroits entre Rome et la Grèce, les Romains commencèrent à connaître la rhétorique et les rhéteurs grecs ^. 11 est probable que ce sont les Gracques qui les ont introduits à Rome: comme ils s'adressaient aux passions populaires, ils devaient être à l'affût de tout ce qui pouvait donner plus de puissance à l'éloquence. Tiberius avait été élevé par Diophane de Mitylène, et on reprochait à Calus d'avoir recours au talent et aux conseils de Ménélas de Marathus et de quelques autres*. Tant que les rhéteurs grecs se tinrent dans la maison des grands seigneurs, il n'y avait guère moyen de les y poursuivre. Mais quand ils voulurent s'établir dans la ville et y ouvrir des écoles, on le leur défendit. Une première fois, ils furent brutalement expulsés en compagnie

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