Cicéron, Brutus
des philosophes*. Soixante-dix ans plus tard, un édit un peu moins rigoureux fut promulgué par les censeurs, Licinius Crassus et Domitius Ahenobarbus, deux très importants personnages, pour défendre d'enseig-ner la rhétorique en latin. Mais toutes ces résistances furent vaines. Rien ne rebutait ces < petits Grecs » qui revenaient sans bruit et plus nombreux, après qu'on les avait mis à la porte; on n'eut jamais raison de leur souplesse et de leur ténacité. C'est justement de cet édit des censeurs que date le triomphe définitif de la rhétorique. Jusqu'à l'époque de Sylla, les maîtres étaient tous des aflFranchis et des étrangers, < en sorte, dit un auteur, qu'il semblait honteux d'enseigner ce qu'il était honorable d'apprendre ». A ce moment, un Romain, un chevalier, Plotius Gallus, ouvre une école et y professe en latin, quoiqu'on vînt précisément de le défendre. Les élèves affluent à cette école, et ils y viennent surtout pour s'exercer à c déclamer », c'est-à-dire à traiter des sujets qui sont semblables aux causes véritables telles qu'on les plaide devant les tribunaux. Dès le premier jour, la < déclamation » obtient à Rome le plus grand succès 2. Même hors de l'école elle est à la mode et les plus grands personnages ne dédaignent pas de la pratiquer. Quand Pompée apprend que César se prépare à l'attaquer, il se remet à déclamer chez lui, pour se préparer à la lutte, comme si la bataille devait se livrer dans le Sénat. On jugea dans la suite qu'il eût mieux fait de rassembler des légions. Au retour de Pharsale,