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Luétone, De gramm. et rhet

2. 11 est bien entendu que ce mot de déclamation est pris ici dans le sens d'exercice oratoire qu'il avait à Rome, et qu'il ne faut pas lui donner la signification de discours banal et emphatique ([u'il a chez nous. Cependant, chez les Romains eux-mêmes, il se prend quelquefois en mauvaise part. Cette intention est marquée par exemple dans le vers célèbre de Juvénal : Vt pueris placeas et declamatio fias.

Cicéron, qui n'avait plus rien à faire, réunit chez lui quelques officiers de César, Hirtius, Dolabella, que la guerre avait distraits de l'éloquence et qui voulaient se rattraper. « C'étaient, disait-il, ses grands écoliers, » et il les faisait déclamer sous sa direction. Cicéron a toujours aimé les jeunes gens, même quand ils avaient les défauts de la jeunesse, et il ne demandait pas mieux que d'oublier son âge avec eux. Ceux-ci, qui avaient à prendre leur revanche des fatigues delà guerre, menaient une joyeuse vie. Cicéron ne se faisait pas trop prier pour prendre part à leurs plaisirs. < Je leur enseigne l'art de bien parler, disait-il, eux sont mes maîtres dans l'art de bien dîner. »

C'est alors, vers la fin de la République et au commencement du règne d'Auguste, que la déclamation a pris, à Rome, l'importance qu'elle a gardée jusqu'aux derniers jours de l'Empire.

La déclamation à Rome. — Succès qu'elle y obtient. — Les déclamations des écoliers. — Les déclamations des maîtres.

Voilà donc la rhétorique installée à Rome; elle s'y est très vite acclimatée. Les Romains ne sont pas des inventeurs : ils ont pris toute leur littérature à la Grèce; mais ce qu'ils imitent, ils le tournent à leur usage et y mettent leur empreinte. Ils ont donc conservé en tout une certaine originalité, et ils n'ont jamais cessé d'être eux-mêmes. — Comment y sont-ils arrivés dans l'enseignement de l'éloquence?

L'art de parler peut s'enseigner de deux façons : par

la théorie et par la pratique. Les Grecs semblent avoir préféré la théorie. Tournés surtout vers la spéculation, cherchant toujours la raison des choses, plus pour la chercher que pour la savoir, ils ont fait de la rhétorique une science compliquée, touffue, savante, qui contient beaucoup d'observations ingénieuses et profondes, mais aussi des subtilités, des parties oiseuses, où des questions sont posées, discutées, qu'il importe peu de résoudre. Cette science, les Romains ne Tout pas négligée. Elle a été étudiée chez eux par des maîtres éminents, Cicéron, Quintilien, et beaucoup d'autres dont les ouvrages sont perdus. Cependant ils la jugent quelquefois avec sévérité. L'auteur de la Rhétorique à Herennius, qui se pique d'être un patriote zélé, y trouve beaucoup d'inutilités et de bavardages, et le dit sans ménagement *. Quintilien, avec plus d'égards, l'insinue aussi, quand, après avoir respectueusement reproduit les divisions, subdivisions, définitions des rhéteurs grecs, le bon sens romain reprenant le dessus, il demande pardon au lecteur < d'avoir été plus verbeux qu'il n'était nécessaire * ». On voit donc que, tout en donnant une grande place à l'enseignement doctrinal, les maîtres romains ne s'en dissimulent pas les défauts ; ils pensent que ce qu'il y a de plus efficace pour habituer les jeunes gens à la parole, c'est de les faire parler, et tout le monde le pense comme eux. Dès le début, la popularité va aux exercices pratiques. Ceux qui les premiers ouvrent des écries donnent à traiter à leurs élèves ce qu'ils appellent des thèsês, c'est-à-dire des questions générales, comme celles-ci : vaut-il mieux se marier ou rester garçon? lequel est préférable de vivre aux champs ou à la ville? doit-on prendre part aux affaires publiques ou ne s'occuper que des siennes? Peu après, les thèses

i. Rhet, adHer.y I, 1.

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