Sûncque, Controv.f I, préf., ii
Si pourtant nous avons conservé des renseignements sur eux et quelques débris de leurs discours, nous le devons à un hasard qu'il ne sera pas inutile de raconter.
Le livre de Sénèque le père sur les déclamations. — Ce qu'il contient. — Ce qu'on entend par colores.
Vers la fin du règne de Tibère, la famille des Armœi Senecœ tenait un rang important dans la société romaine. On sait qu'elle était espagnole de naissance et originaire de Cordoue. Le père était venu à Rome encore jeune, et probablement pour suivre les leçons des rhéteurs renommés ; il y retourna quand il eut des enfants et voulut s'occuper de leur éducation et de leur fortune; vers la fin de sa vie, il paraît s'y être fixé. C'était un homme intelligent, sensé, très ami des lettres et passionnément Romain, malgré son origine provinciale. Cependant il était bien de son pays; le tempérament espagnol, que nous retrouvons chez son fils le philosophe, et encore plus chez l'auteur de la Pharsale, son petit-fils, se trahit chez lui par des brusqueries, des exagérations, des partis pris, des violences. Il est probable qu'il avait pour ses amis une très vive affection, mais il est certain qu'il détestait énergiquement ses ennemis. Il traite fort mal ceux qui ne sont pas de son sentiment; il les appelle sans marchander des sots et des fous, et il trouve c qu'on devrait venger le bon sens sur leur dos, à coups de bâton* ».