DANS LA CAVALERIE
La cavalerie, au début d'une invasion, et lorsqu'elle est chargée du service d'exploration, doit pouvoir détruire rapidement et mettre hors d'usage des lignes de chemin de fer, des réseaux télégraphiques, le matériel roulant et le matériel fixe des gares, etc. ; dans certains cas aussi, elle a pour mission de rétablir les voies ferrées et les communications télégraphiques interrompues par l'ennemi. Enfin, pour franchir des défilés occupés ou obstrués, comme pour défendre momentanément des postes, elle doit pouvoir détruire des défenses accessoires, en établir elle-même, dégager un champ de tir, créer des abris de tirailleurs, mettre des lisières de bois et des clôtures en état de défense.
Pour joiier ce rôle il importe que la cavalerie ait, au minimum par régiment, 1 peloton de pionniers exercé à la destruction et à la réparation des voies, des routes et des réseaux télégraphiques, pouvant également faire sauter des ponts, créer des passerelles et mettre des gares hors de service (1). Chaque homme de ce peloton sera pourvu
(1) L^utilité des pionniers de cavalerie a été reconnue en
d'un outil spécial. Les outils les plus lourds et les charges de dynamite ou de coton-poudre seront portés par une voiture légère.
Au moment où le peloton sera requis pour une expédition, on répartira le chargement de cette voiture sur des chevaux qui porteront de 70 à 75 kilogrammes. A cet effet, chaque voiture d'escadron sera pourvue d'un bât.
On pourrait, comme cela s'est fait en Autriche, convertir en peloton de pionniers le i"" peloton du 4« escadron du régiment; mais il vaudrait encore mieux donner à cet escadron un peloton spécial de pionniers pour qu'il ne fût pas réduit à 3 pelotons, s'il devait entrer en action avant que les pionniers l'eussent rejoint.
Pour satisfaire aux nécessités du combat à pied comme pour exécuter les travaux de campement, chaque escadron doit avoir un certain nombre d'outils permettant de construire des abris de tirailleurs et les travaux les plus simples qu'exige la mise en état de défense des localités.
Ces outils sont : la petite pelle Linnemann, la pioche, la hache à marteau et la scie articulée. Ne pesant guère plus d'un kilogramme et s'adaptant facilement au paquetage (1), ces outils seraient donnés à la moitié des hommes de l'escadron.
Autriche pendant la guerre de 1866, lorsque cette arme était commandée par le général Ëdelsheim (voir OesterreicTis-Kampfe) . Elle a été constatée mieux encore dans la campagne de 1877 par les services que les pionniers des troupes à cheval ont rendus dans les Balkans à Tavant-garde des Russes, commandée par le général Gourko.
(1) Un certain nombre d'outils, pour être arrimés à la selle, devront être démanchés, comme cela se fait en Prusse et en Bavière.
11 n'en résulterait aucun inconvénient si, bien entendu, Ton renonçait à composer la cavalerie exclusivement d'hommes de haute taille et de forte carrure.
En désignant des hommes petits, agiles et vigoureux pour les régiments à chevaux légers et des hommes de corpulence moyenne pour les régiments à chevaux étoffés, on pourrait sans inconvénient augmenter de 1 à 2 kilogrammes le poids de l'équipement.
En Allemagne, où il n'existe pas de peloton spécial de pionniers : les cavaliers de chaque escadron portent 27 hachettes. Il y a, en outre, par régiment 8 grandes pelles et 8 grandes haches qui font partie du chargement des voitures régimentaires.
Les outils pour la destruction des voies sont portés, en marche, par les voitures et, au moment d'une expédition, fixés à la selle. Il y a, à cet effet, dans chaque escadron une escouade de 8 hommes qui n'est jamais scindée.
En Bavière, il y a 4 pionniers par escadron et chaque régiment (à 4 escadrons) emporte avec lui :
8 cognées, dont 4 sur voiture, 20 pelles, id. 12 id.,
103 haches, id. 6 id.,
8 pics, id. 4 id.,
4 tenailles, 4 scies à main, 4 tarières, 8 percerettes, 16 clameaux, etc., etc..
Les cognées, les pics et les pelles se portent démanchés.
£n Russie, il y a par escadron :
8 pelles, 8 haches,
1 pince à pied de biche,
2 clefs anglaises,
1 masse à tranche, â ciseaux à froid,
2 tarières,
des pétards et des amorces.
Ces objets sont portés sur une voiture légère et, dans les marches rapides, par un cheval de bât dont le chargement comprend :
8 pelles,
1 pince à pied de biche,
1 masse à tranche,
1 ciseau à froid,
1 tarière,
1 hache,
plus un certain nombre de pétards et d'amorces. Les outils ne sont qu'exceptionnellement arrimés sur les selles.
En Autriche, il y a, indépendamment du peloton de pionniers, 5 pionniers par escadron qui portent : 1 pelle, 1 pioche, 1 hache, 1 hachette,
et une sacoche contenant :
1 scie articulée, 1 crampon,
1 tarière,
et diverses espèces de clous.
Ils ont pour mission de faciliter rétablissement et Taménagement des camps et des bivacs.
Les pionniers de régiment (le 4^ peloton du 4^ escadron] sont spécialement exercés à la destruction et au rétablissement des routes, des lignes télégraphiques et des chemins de fer.
Us ont :
5 pioches, 10 pelles, S haches,
5 hachettes,
4 sacoches avec petits outils, 8 masses à tranche,
6 gouges,
â clefs françaises,
1 poinçon, quelques petits outils, des pétards, des fusées à temps, des amorces, etc., etc.
Les outils sont transportés par les fourgons d'escadron, pendant la marche, et par les chevaux de selle, dès que le peloton est requis pour une opération. Les pétards et autres moyens de destruction sont portés alors par un cheval de bât.
La cavalerie française n'a pas encore de pionniers, mais cette création est vivement désirée par tous ses chefs. L'avenir militaire disait à ce propos, il y a peu de temps : « Malgré sa grande mobilité, la cavalerie est exposée à être arrêtée par des obstacles de peu de valeur, comme
un ruisseau à rives escarpées, un fossé un peu large et fangeux, une barricade obstruant une route encaissée. Quelques outils peuvent en ce cas rendre bien des services; une passerelle est vite établie, et avec des haches, des pioches et des pelles, on détruit rapidement une barricade. » A la suite des essais faits en 1873 et 1874 au IS** dragons à Versailles, et des brillants résultats obtenus sous la haute direction de M. le général L'Hotte, les divisions indépendantes pouvaient espérer être dotées prochainement d'un peloton de pionniers par régiment (6 pionniers par escadron de guerre). »
Nous proposons de créer 1 peloton spécial de pionniers par régiment et de donner à chaque peloton ordinaire les outils suivants :
8 pelles Linnemann,
3 hachettes à marteau,
1 pioche,
1 scie articulée,
1 tricoise,
A 1 • j 1 2 vrilles,
1 sacoche garnie de < ^
2 crampons,
et des clous de diverses espèces.
Les outils du peloton de pionniers seraient :
8 pelles, portées par les cavaliers de droite du second rang,
3 hachettes à marteau,
1 pioche,
1 scie articulée,
1 sacoche garnie, le tout arrimé aux selles.
Les autres outils seraient portés par une voiture légère et, pour les expéditions, sur le bât dont chaque voiture d'escadron devrait être pourvue.
La création des pionniers de cavalerie est justiGée par le rôle stratégique de cette arme et par la nécessité que lui impose la tactique moderne de combattre à pied pour être complètement indépendante de l'infanterie dans ses excursions lointaines.
11 est à remarquer que Futilité de cette troupe spéciale a été reconnue depuis longtemps. Turenne, qui était grand partisan des retranchements improvisés, faisait porter en trousse par ses dragons des pelles, des pioches et des haches, et de son temps les dragons allemands, au témoignage de Montecuculli, avaient également des pelles et des boyaux, fixés à Tarçon de leur selle.
Le général Bonaparte se souvint de cette mesure et en reconnut la nécessité dans ses campagnes d'Italie.
Le 10 brumaire an IV, il écrivit à Berthier, du quartier général de Vérone :
(( Il y aura par escadron de cavalerie : ^ hommes
» porteurs de haches, 2 portant des pioches, 2 portant des » pelles, conformes aux modèles ci-joints.
» Les commandants des corps feront faire des outils sur » un fonds qui leur sera alloué à cet effet par le général » d'artillerie. Ils feront les fourreaux sur les fonds des » régiments. Tout escadron qui, cinq jours après la » publication du présent ordre, n'aurait pas ses outils, le tt chef en sera responsable. »