‹ Tactique de combat des trois armesChapitre 12 sur 55 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Le canon ayant progressé en même temps que le fasil et ses effets s'étant accrus dans une proportion plus grande même que ceux des petites armes, la puissance offensive de Fartillerie a grandi au moins autant que celle de Tinfanterie.

Aujourd'hui, comme autrefois, elle bat en brèche les lignes d'infanterie à une distance où elle n'a rien à craindre des feux de celles-ci; mais, grâce à la justesse du tir, à la rapidité du chargement et à la longue portée du fusil, l'infanterie lui fait essuyer de plus grandes pertes et s'empare plus facilement de ses batteries lorsqu'elles nesont pas efficacement soutenues (1).

(1) Il 8*e8t présenté cependant des cas, dans la guerre francoallemande, où rartillerie a repoussé par son feu, sans Taide d'aucun soutien, les attaques de Tinâinterie et celles de la cavalerie.

Par contre, Taction de la mousqneterie étant beaucoup plus puissante dans la défensive que dans l'offensive, surtout quand les positions sont retranchées, l'infanterie a plus qu'autrefois besoin de l'action de l'artillerie pour préparer ses attaques.

De nos jours, les batailles commencent par de grands combats d'artillerie, dont le résultat exerce une influence souvent décisive sur l'issue de la journée (1). L'arme auxiliaire devient même dans certains cas l'arme principale (2), et c'est ce qui explique que la proportion des bouches à feu s'est accrue dans toutes les armées et tend à s'accroître encore.

L'importance progressive de l'artillerie s'explique non seulement par l'amélioration du matériel, qui a permis d'étendre considérablement sa sphère d'action et de produire des effets de destruction beaucoup plus grands, mais encore par ce fait qu'elle est moins accessible aux influences morales que les autres armes, obligées de s'engager dans des combats rapprochés, qui finissent presque toujours par une lutte corps à corps. Elle reste donc mieux; et plus longtemps soumise à l'action du chef, même dans les circonstances les plus difficiles; elle conserve aussi plus

(1) <t La préparation de l'attaque par le feu de Tartillerie est devenue si nécessaire aujourd'hui qu'il faut y avoir recours d'une façon absolue et sur la plus grande échelle . » ( Verdy du Vernois . )

(2) <« L'artillerie n'est plus, comme autrefois, une simple arme M auxiliaire; elle a prouvé que, dans des circonstances spéciales, N elle est en état de donner des solutions sans le secours d'autres n troupes. »»

(Von Schell , Studie iXber die Tactik der Feld-artillerie . ) L'importance de l'artillerie s'est accrue encore plus dans la guerre de siège, joù elle joue incontestablement le premier rôle.

longtemps l'ordre et les liens tactiques si nécessaires au succès; enfin, c'est l'arme qui éprouve le moins de pertes pour produire un grand effet.

La tactique de l'artillerie a subi d'importantes modifications depuis 1866.

Le peu de succès qu'obtint cette arme dans la guerre de Bohême provient :

1° De l'emplacement vicieux qu'on avait donné aux bouches à feu dans l'ordre de marche. Elles se trouvaient, en effet, trop en arrière pour intervenir en temps utile dans la lutte et préparer, dans de bonnes conditions, les attaques des autres armes;

^ De ce que les commandants des batteries ouvrirent le feu de trop loin et ne changèrent pas de position quand les progrès du combat rendaient un déplacement nécessaire pour soutenir l'infanterie et maintenir ses liens tactiques avec l'artillerie;

i° De ce que la direction des feux manqua d'unité ;

i'* De ce que la concentration des feux ne fut ni suffisante ni opérée à temps.

On reconnut ces fautes après la guerre, et l'on posa alors des principes nouveaux qui furent judicieusement appliqués par l'artillerie allemande dans la campagne de 1870.

Ces principes sont les suivants (1) :

A. — Les batteries dans l'ordre de marche doivent se trouver le plus près possible des têtes de colonnes.

(1) Nous avons trouvé quelques-uns de ces principes exposés et justifiés dans la relation de la guerre franco-allemande par le grand état-major prussien.

J9. — L'artillerie doit intervenir de bonne heure dans le combat (1) et préluder aux grands efforts offensifs en agissant par masses et en s'associant de la façon la plus intime à la tâche de l'infanterie (^).

C. — L'artillerie de corps ne doit donc pas être tenue en réserve pour le dernier moment, comme cela se feiisaît autrefois.

Tout au plus peut-on assigner ce rôle à quelques batteries lorsqu'on est sur la défensive, pour parer aux attaques tournantes ou rétablir un combat malheureux.

D. — L'artillerie de l'attaque doit être supérieure en nombre à l'artillerie de la défense, pour que la tâche des antres armes ne soit pas trop rude. Le succès est à ce prix.

E. — Chaque troupe devant veiller à la sécurité de son artillerie, ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles que les batteries chargées d'appuyer un combat offensif seront accompagnées d'un soutien spécial.

« La sécurité de l'artillerie réside dans sa position par » rapport aux autres armes (3). »

F. — Le feu ne doit pas être ouvert sur les troupes à plus de â,iOO mètres; il n'est décisif qu'à partir de 1,500 mètres.

G. -— L'artillerie agissant uniquement par son feu et le

(1) « Il est de priQcipe d'envoyer Tartillerie au feu de bonne heure et au complet. >» (Verdy du Vernols).

(2) Relation du grand ëtat-major prussien.

(3) Général Lewal.

mouvement interrompant son action, il ne faut pas qu'elle se déplace sans nécessité; les longes portées de ses bouches à feu lui permettent de rester plus long^mps en position qu'autrefois et d'étendre la longueur de ses bonds sur le champ de bataille à 500 mètres au moins (1).

H. — L'artillerie reste liée à l'infanterie et, lorsque les circonstances l'exigent, elle ne doit pas hésiter à l'accompagner dans la zone efficace des feux de mousqueterie. Dans l'offensive, elle peut se rapprocher jusqu'à 600 mètres de l'ennemi, et, dans la défensive, rester en position jusqu'à ce que la chaîne opposée soit à 300 mètres, même plus longtemps si les pièces sont abritées.

En aucun cas, lorsque le succès ou le salut de l'armée l'exige, elle ne cédera au faux point d'honneur qui lui commandait autrefois de sauver à tout prix ses canons.

/. — L'artillerie ne répond pas au feu des batteries ennemies, tant que des troupes d'infanterie ou de cavalerie se présentent comme but à ses coups.

K, — Elle doit recevoir une direction unique pour toute l'armée ou au moins pour chaque corps d'armée, et cette

(1) Les règlements prussiens défendent au commandant d'une batterie ou d'un groupe de batteries de changer de position sans le consentement du chef de la troupe à laquelle il est attaché.

Cette défense est trop absolue en ce qu*eUe suppose — ce qui peut être vrai en Prusse, mais ne Test pas d'une manière générale — que les chefs des grandes unités tactiques connaissent parfaitement le rôle de Tartillerie sur le champ de bataille et les conditions dans lesquelles cette arme doit être employée pour produire son maximum d'effet.

direction n'est possible que si les groupes sont d'au moins 3 ou 4 batteries (1\

(1) Le général Lewal a combattu cette opinion, mais sans pouvoir rallier à la sienne les artilleurs qui connaissent le mieux les propriétés et les ressources de leur arme.

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