EXEMPLE
Le 1«' coup tiré à 1,600 mètres est trop court.
Le â^* coup tiré à 1,800 mètres est trop long.
Le 3* coup tiré à 1,700 mètres est trop long.
Le 4* coup tiré à 1,650 mètres est trop court.
On prescrit, en conséquence, la hausse de 1,650 mètres, ce qui revient à dire qu'on doit tirer jusqu'à ce que l'on trouve deux hausses différant de 50 mètres et correspondant l'une à un coup trop court, l'autre à un coup trop long.
Si le but est mobile, on commence le tir rapide dès qu'on a constaté un coup trop court après un ou plusieurs coups trop longs.
Si le but est haut ou profond, la proportion des coups
trop courts — aux petites distances surtout — doit être inférieure à celle des coups trop longs. Le rapport variera eutre 1/2 et 1/8 (1). Il variera dans des limites moins grandes si, au lieu de frapper le but de plein fouet, on ne veut l'atteindre qu'avec les éclats des projectiles. Alors le canon de 9% tirant à 1,500 mètres, par exemple, contre une ligne d'infanterie sur un terrain uni, devra, pour produire le maximum d'effet, donner 4 ou 5 fois plus de coups trop courts que de coups trop longs.
Le feu, dans chaque batterie, s'exécute d'une aile vers l'autre, excepté quand on tire à mitraille.
Lorsque le vent souffle de côté, on avance un peu la batterie qui se trouve sous le vent et l'on échelonne les autres (si c'est possible) pour que la fumée de chaque batterie passe derrière les pièces de la batterie voisine. Cet avantage est compensé toutefois par la facilité plus grande qu'a l'ennemi de voir les pièces qui se détachent alors parfaitement sur le nuage de fumée en arrière.
Les commandants de batterie ont seuls le droit de prescrire les corrections relatives aux erreurs en portée. Les chefs de section ne corrigent que les erreurs en direction.
Pour tirer contre une batterie, on assigne comme premier but commun à toutes les pièces, un des canons de la section du centre ; pour tirer contre une colonne, le milieu de la subdivision qui est en tête, et pour tirer contre un bataillon en formation de combat, les points de la ligne des tirailleurs qui se trouvent dans le prolongement des directions que suivent les soutiens et les réserves.
(1) Général Schnéegans.
On place les pièces à 16 ou 20 mètres Tune de l'autre et exceptionnellement à 10 mèlres.
Le tir doit, en principe, être exécuté par pièce et au commandement du capitaine.
Très rarement on fait usage de salves, bien que la chute simultanée d'un grand nombre de projectiles agisse fortement sur le moral de la troupe.
Les obus à segments ou à double paroi sont spécialement employés contre les troupes, et les obus ordinaires, contre les obstacles résistants et les colonnes trop éloignées pour que les petits fragments des obus segmentés y produisenl de Teflet.
Le tir à obus est employé :
1*» Pour le réglage ;
2*» Lorsqu'il faut tirer vite ;
i^ Contre un but qui se déplace rapidement;
4o Pour détruire les obstacles matériels.
Contre un but offrant une grande surface (par exemple, un village retranché) et contre une ligne de troupes, que Ton peut prendre d'enfilade ou d'écharpe, le tir à obus est efficace jusqu'à 3,000 mètres.
Le tir à shrapnels, à cause du peu de force de pénétration des balles, est employé exclusivement contre les buts vivants (jusqu'à 2,800 mètres.)
Le lir à mitraille (boîtes à balles) est employé aux distances inférieures à 400 mètres, comme moyen de défense direct des pièces contre la cavalerie et l'infanterie.
A Woerth (1) ^t à Sedan, les batteries du 11' régiment
(1) Voir Léo : « L^artillerieà Wo3rth, • page 123*
repoussèrent de la sorte toutes les attaques de la cavalerie française (1).
Cette propriété est très importante parce que les grandes batteries sont difficiles à soutenir, à moins qu'elles ne se trouvent en arrière de la 1'"*' ligne de bataille ou qu'il n'y ait en avant un espace mort où Ton puisse établir une forte ligne de tirailleurs retranchés ou abrités.
Les éclats des obus sont dangereux jusqu'à 450 mètres du point d'éclatement (2). A cette distance, l'évasement du cône de dispersion est de 260 mètres.
La limite de dispersion pour les shrapnels est de 700 mètres en longueur et de 180 mètres en largeur (3). On estime que les balles sont dangereuses pour le canon de 8« (7^ 6) à 500 mètres du point d'éclatement, et pour le canon de 9c (8« 7) à 650 mètres (4).
L'obus à segment de 9<^ produit 148 éclats et celui de 8s 109.
Le shrapnel de 9^ projette 186 balles et éclats dangereux ; le shrapnel de 8 en projette 124.
Pour produire de bons effets, le shrapnel doit éclater à
(1) Le 4 janvier 1871, Tartillerie prussienne, dans un combat livré près de Rouen, fît reculer à coups de mitraille des essaims de tirailleurs arrivés à 300 ou 400 pas de ses batteries; mais c^étaient des troupes de récente formation, peu instruites et peu aguerries.
(2) C'est une moyenne. Aux petites distances^ la limite de dispersion des éclats des obus de 9^ et de 8^ est de 525 mètres en longueur et de 300 mètres en largeur ; aux grandes distances, de 375 mètres en longueur et de 225 mètres en largeur.
(3) C'est une moyenne. Aux petites distances, la limite de dispersion des balles est de 675 à 750 mètres en longueur et de 150 mètres en largeur; aux grandes distances, de 675 à 750 mètres en longueur et de 210 mètres en largeur il72 seulement pour le canon de 8^).
(4) Revue d'^tUlerie,X. XH, p. 537.
60 mètres environ du but (Ij et Tobus à une distance d'autant plus rapprochée que la trajectoire est plus courbe. A 1,200 mètres un obus touchant terre à 60 mètres du but est encore elBcace ; à 2,000 mètres, pour produire de l'effet^ il doit éclater au plus à 20 mètres du but.
A 1,500 mètres, un shrapnel, pour produire le meilleur effet, doit éclater à 4 mètres environ au-dessus du sol.
Le réglage direct du tir à shrapnels exigeant beaucoup de calme et d'attention, on préfère déterminer les distances au moyen de coups d'essai à obus.
Le tir à shrapnels est très elBcace contre Tartillerie qui change de position et contre des lignes de troupes dont les distances sont exactement connues. Il est employé aussi, contre l'artillerie en batterie, par l'échelon qui reste en place pour protéger l'échelon en marche.
Quand l'artillerie reçoit l'ordre de battre la partie du front ennemi contre laquelle l'attaque principale doit être dirigée (à 1,800 mètres des batteries ennemies), une partie de ses pièces lance des shrapnels sur les batteries de la défense dont le feu n'est pas encore éteint.
On emploie également avec succès le tir à shrapnels contre de grandes masses de troupes au repos, contre des essaims de tirailleurs couchés, contre une batterie qui peut être prise d'écharpe, contre une troupe ou contre une batterie abritée dans un pli de terrain ou dans une redoute.
A cause de la difficulté de régler promptement ce tir, on ne s'en sert pas contre des buts mobiles.
L'artillerie à cheval n'en fera donc usage que dans les
(1) En Autriche» on a obtenu encore de très bons résultats avec un intervalle d'éclatement de 100 mètres
luttes de peu de durée qu'elle aura à soutenir contre Tartil- Jerie ennemie.
Le shrapnel est un engin délicat qui exige des servants adroits et calmes. Son importance a diminué depuis que la tension des trajectoires et le nombre des éclats des obus ont considérablement augmenté.
Aux distances de 200 à iOO mètres, les shrapnels peuvent remplacer les boîtes à balles.
L'artillerie ne doit pas craindre de tirer au-dessus des troupes quand il s'agit d'obtenir un résultat important. « Presque toutes les batailles de la dernière guerre fournissent des exemples de tir exécutés avec beaucoup de succès, par dessus les troupes sans que celles-ci aient couru le moindre danger » (1), mais il faut avoir soin de faire cesser le feu à propos, sur un signal convenu.
(( A l'assaut contre Saint-Privat, dit Hoffbauer, le feu cessa en partie trop tard, et nos propres troupes furent atteintes. » Souvent on pourra le continuer jusqu'à ce que l'infanterie soit arrivée à 300 mètres de l'ennemi, mais cela dépend beaucoup du terrain.
Les adversaires du tir au-dessus des troupes sont encore nombreux. Tout récemment le général de Todleben a protesté contre la théorie qu'ils cherchent à faire prévaloir. « Il faut absolument, dit-il, utiliser ce tir qui est très efficace et nullement dangereux. Si l'on considère que les projectiles des pièces actuelles à longue portée s'élèvent (à 300 pas de la bouche de la pièce] de 51 pieds au-dessus de la ligne de mire, lorsqu'on tire avec une
(1) Hoffbauer.
hausse correspondant à une distance de 3,000 pas, on sera convaincu que Ton peut continuer le feu, dans la plupart des cas, jusqu'à ce que l'assaillant se soit approché à 460 pas de Tennemi. A Sébastopol, l'arlillerie russe tirait constamment par-dessus les tranchées et les logements avancés [qui n'étaient qu'à une dislance de 100 à 200 mètres], même quand ils se trouvaient sur le même plan horizontal que les batteries. Jamais on ne se plaignit que des pertes eussent été causées ainsi aux troupes russes. S'il s'en produisait sur le champ de bataille, elles seraient purement accidentelles et complètement insignifiantes en comparaison du mal qu'on ferait à l'ennemi (1). »
Nous croyons d'ailleurs que les troupes ne seront pas plus impressionnées par le sifflement des projectiles venant des batteries amies qu'elles ne le sont par celui que produisent les projectiles ennemis. La plupart du temps, elles ne sauront même pas quelles batteries ont lancé les obus qui passent au-dessus de leurs rangs.
Toutefois pour que le tir dont il s'agit n'offre pas de danger, il faut que la ligne ennemie soit arrêtée et que TartîUerie connaisse exactement la distance.
Il faut de plus que les troupes au-dessus desquelles on tire soient très disciplinées, aient le moral bon et un tempérament peu nerveux. Le soldat russe se trouve, sous ce rapport, dans des conditions plus favorables que les soldats des pays méridionaux chez qui l'imagination est plus active, l'esprit plus mobile et plus impressionnable.
Le général Schnéegans est donc trop absolu quand il
(1) Ordre du jour donné aux troupes de Wilna eu juillet 1880.
dit : « les batteries doivent éviter de tirer par-dessus les troupes, à moins d'occuper une position dominante. »
Dans sa 3*" position à 1,100 mètres environ de l'ennemi, l'artillerie, dès que le tir à obus a été réglé, emploie les shrapnels pour battre la chaîne opposée et les échelons en arrière qui se rapprochent alors de plus en plus de cette chaîne.
£lle tire également à shrapnsls dans la i'^ position (k 700 mètres environ] pour préparer l'assaut, mais à cette distance, sous le feu de la mousqueterie ennemie, ce tir exige un sang-froid et. une habileté difficiles à obtenir. C'est pourquoi le colonel von Schell propose de tirer à 700 mètres, aussi bien qu'à 1,100 mètres, avec des distances d'éclatement différant entre elles de SO ou de 100 mètres. Par exemple, si l'on estime que la chaîne est à SOO mètres, on emploierait les hausses de 400, SOO et 600 mètres pour former trois groupements se pénétrant l'un l'autre, comme dans le tir en plates-bandes de l'infanterie.
Lorsqu'une batterie ou un groupe de batteries se porte en avant, le tir est réglé par le 1"'' échelon, qui communique le résultat au second échelon dès qu'il est rejoint par celui-ci.
Le réglage dans la nouvelle position sera facile si l'on a soin, en portant le 1®' échelon en avant, de mesurer la distance qui sépare les deux emplacements. Cela est surtout important pour les derniers réglages, qui ne peuvent se faire directement parce que Tépaisse fumée dont se couvre alors le but empêche de voir les points d'éclatement des obus.
Pour obtenir le plus vile possible l'effet utile qui résulte
de la mise hors de combat de . quelques bouches à feu ennemies, on tirera d'abord contre la batterie la moins bien couverte.
La défense qui connaît généralement mieux les distances que l'attaque emploie avec grand succès le tir à shrapnels :
!<" Contre les batteries, au moment où elles se déploient;
S*" Contre les troupes en marche, au moment où elles passent par des points repérés.
On infligera de grandes pertes à ces dernières, en faisant usage du tir à distances échelonnées — avec hausses variant de 100 mètres — qui permet d'atteindre les divers échelons de l'ordre de combat.
Il est de règle, dans la défense comme dans l'attaque, lorsqu'on doit tirer contre un but d'une grande largeur (ligne d'infanterie ou d'artillerie), de partager le but entre les diverses batteries du groupe, et d'assigner à chaque batterie le secteur qui se trouve devant elle (1).
Les feux croisés ont moins d'ei&cacité parce que le réglage du tir pour ces feux présente d'assez grandes diflicultés. Ils sont cependant inévitables dans la défense, celle-ci devant disperser davantage son artillerie à cause de l'incertitude où elle se trouve sur les projets de l'attaque.
Lorsque le réglage est bien exécuté, les feux croisés produisent plus d'effet que les feux directs, parce qu'ils prennent le but d'écharpe et que les éclats des obus couvrent plus de terrain en longueur qu'en largeur.
(1) C'est ce que fit rartiilerie de la garde prussienne, à Sedan, quand elle reçut Tordre de canonner les troupes françaises qui s'étaient massées dans le bois de Oaurenne.
La défense écrasera d'abord la ballerie ennemie, qm sera le moins bien abritée.
Bans le tir contre un groupe de batteries changeant de position, l'artillerie du centre s'adressera au 1" échelon et l'artillerie des ailes à l'échelon qui reste momentanément en place. Ce sera un tir avec hausse variable, comme Hselui qu'on exécute lorsqu'il s'agit de donner la chasse à une troupe en mouvement.
Von Schell propose d'employer dans l'un et l'autre cas le tir à shrapnels et de l'échelonner dans le sens de la profondeur par des hausses ascendantes différant entre elles de 100 mètres.
Contrairement à l'avis de cet auteur — qui exagère quelque peu le rôle de shrapnels — nous croyons que dans la plupart des cas on obtiendra de. meilleurs résultats avec un tir échelonné à obus.
Les 2" et S"* échelons d'une formation de combat n'étant pas enveloppés de fumée, on peut apprécier facilement les effets que produit contre ces échelons un tir à obus ou à shrapnels.
Dans la défense comme dans l'attaque, il est de règle qu'une batterie qui a épuisé ses munitions reste en position en attendant que ses approvisionnements soient renou- • velés. On évite de la sorte l'impression fâcheuse que cause toujours la retraite de l'artillerie pendant le combat. Pour le même motif, on ne retire pas du feu les batteries qui ont fait de grandes pertes, alors même qu'on pourrait les remplacer par d'autres.
On déplace cependant quelquefois une batterie isolée ou faisant partie d'un groupe, pour la soustraire à un tir
trop bien* réglé et forcer rennemi à perdre du temps par un nouveau réglage. Ce déplacement est surtout utile quand il peut se faire à Fînsu de Tennemi, parce qu'alors celui-ci continuant à tirer avec la même hausse, ses coups seront tous trop longs ou trop courts.
L'instruction française sur le service de l'artillerie en campagne prescrit de porter en pareil cas les pièces d'une cinquantaine de mètres en avant, par des mouvements successifs exécutés à bras, au milieu de la fumée.
Lorsqu'une batterie doit abandonner une partie de son matériel il est nécessaire de le mettre hors de service en démontant les mécanismes de fermeture des canons, en détruisant les appareils de pointage, en dispersant les armements, en sciant les rais et les timons, en noyant ou en brûlant les charges.