‹ Tactique de combat des trois armesChapitre 20 sur 55 · SERVICE DE SÛRETÉ DES TROUPES EN MARCHE ET EN STATION · texte numérisé non relu

SERVICE DE SÛRETÉ DES TROUPES EN MARCHE ET EN STATION

Service de sûreté pendant la marche.

Le service de sûreté aux grandes distances est assuré par la cavalerie indépendante.

Le service de sûreté rapproché, en station, est assuré par les avant-postes, tirés généralement de Tavant-garde.

Le service de sûreté rapproché, en marche, est assuré par : V avant-garde, V arrière-garde et les flancs-gardes ou détachements de /langueurs.

Chacune de ces troupes doit pourvoir à sa propre sécurité en envoyant au loin des patrouilles et des éclaireurs ou batteurs d'estrade marchant deux à deux; ces derniers

s'éloignent le plus possible, mais évitent de se faire couper du groupe qui les a détachés.

La chaîne de sûreté de Tavant-garde doit offrir d'aulant plus de résistance que cette avant-garde est plus forte et a besoin, par conséquent, de plus de temps pour se déployer.

La dislance de l'avant-garde au corps principal est en rapport avec son effectif. 11 ne faut pas toutefois qu'elle s'expose à être battue et coupée avant l'arrivée des secours.

Dans certains cas, elle précède l'armée à une journée de marche.

Sa mission est de couvrir les opérations, de s'emparer des positions importantes pour assurer le déploiement du corps principal, de signaler l'ennemi, de reconnaître sa situation et de lui opposer une résistance assez longue pour que la masse puisse prendre sa formation de combat ou opérer un mouvement décisif dans une autre direction.

Son effectif varie du quart au sixième de la force totale. Quand l'ennemi est très éloigné, quand la colonne principale est faible ou quand on avance sur un terrain complètement découvert, l'avant-garde peut être composée exclusivement de cavalerie. En général, cependant, elle comprendra des détachements de toutes les armes.

L'arrière-garde est chargée du service de police et de discipline. Elle empêche les hommes de s'éloigner de la route, recueille les traînards et assure la sécurité sur les derrières de la colonne.

Une compagnie en marche a pour avant-garde 1 section ; 1 bataillon a pour avant-garde 1 compagnie ; 1 régiment ou 1 brigade a pour avant-garde 1 ou 2 bataillons ; 1 division a pour avant-garde 1 régiment. L'escadron, le régiment,

la brigade et la division en marche, ont respectivement pour avant-garde 1 peloton, 1 escadron, 2 escadrons et

1 régiment.

L'avant-garde à une pointe, une tête ou extrême avantgarde et un gros.

Les petites avant-gardes des colonnes composées d'une compagnie ou d'un escadron, n'ont qu'une J90tn/e et xmgros.

La pointe d'une colonne de compagnie se compose d'une escouade qui marche à 350 mètres en avant du gros. Cette pointe détache un groupe de 3 éclaireurs : i avancent de front sur les accotements de la route, à 150 mètres du reste de l'escouade, et le 3<' se tient à 50 mètres en arrière d'eux, pour assurer les communications avec la pointe.

Si le terrain est couvert et s'il est nécessaire, pour assurer la sécurité de la marche, de détacher sur les côtés de la pointe, à 200 mètres de la route, un ou deux groupes de 8 au 3 éclaireurs, il faudra composer la pointe de

2 escouades et n'en réserver qu'une pour le gros, ou bien assigner à l'avant-garde un peloton au lieu d'une section.

Le gros de l'avant-garde marche à 350 mètres en avant de la compagnie. Celle-ci est suivie, à 150 mètres de distance, par une arrière^arde composée de i hommes, commandés par un caporal.

1 régiment en marche a une pointe composée de 1 peloton, une tête composée de 2 pelotons et un gros composé de 3 compagnies.

La pointe détache à 200 mètres en avant et sur les côtés, des groupes d'éclaireurs de 3 hommes. La tête marche à 200 mètres en arrière de la pointe, le gros à 300 mètres en arrière de la tête, le corps ^principal à

600 mètres en arrière du gros, et Varrière-garde à 200 mètres en arrière du corps principal.

Celte arrière-garde se compose d'un peloton. A 100 mètres en arrière marchent 3 hommes qui forment la pointe d'arrière-garde (1).

S'il y a des chemins à droite et à gauche de la route suivie par la troupe, on les fera éclairer par des groupes de 3 hommes détachés du gros; et s'il est nécessaire de faire avancer des flanqueurs sur ces chemins, on les tirera du corps principal.

La tête se porte au secours de la pointe en cas de danger. Lorsqu'on approche d'une région à horizon borné, ou quand des partis ennemis sont signalés, elle envoie vers la pointe des patrouilles pour Tappayer et compléter ses moyens d'investigation.

Le gros sert d'appui à tous les détachements en cas de rencontre avec l'ennemi.

Quand on approche d'un couvert trop étendu pour que la tête et la pointe puissent l'explorer, le gros détache des groupes pour leur venir en aide. 11 agit de même lorsqu'on doit traverser une forêt, un défilé ou un village.

Les détachements de flanqueurs forts de 6 à 8 hommes avancent avec 1 ou 2 hommes en points.

Ils ne sont nécessaires que lorsque le terrain ne permet pas de voir à plus de 500 mètres sur les côtés de la route.

L'avant-garde n'amène jamais avec elle ses bagages.

(1) Dans les haltes-^ardées^ Tarrière garde fait demi-tour et surveille un rayon assez étendu pour couvrir les derrières de la colonne.

Elle communique, par des hommes échelonnés, avec le commandant de la troupe.

Lorsque la colonne se compose d'un escadron ou d'un régiment de cavalerie, les avant-gardes sont fractionnées comme pour une compagnie ou un bataillon d'infanterie, avec cette différence qu'on augmente de moitié les distances entre les divers échelons.

Les grandes avant-gardes détachent, pour éclairer les flancs, des fatrauilles de 8 à 16 fantassins ou de 6 à IS cavaliers, ayant une pointe de 3 hommes poussée à 100 ou ISO mètres en avant du gros et une queue de â hommes marchant à la même dislance en arrière

Si le terrain est couvert et impraticable sur les côtés de la route, on envoie de petites patrouilles de 3 hommes explorer les chemins et les sentiers qui s'embranchent sur la route : 1 homme reste au carrefour ; les 2 autres avancent de 600 mètres environ, observent le mieux possible le terrain environnant et rejoignent ensuite, sur l'avertissement de l'homme resté en arrière, la queue du gros de l'avant-garde, si c'est de la cavalerie, ou la queue du corps principal, si c'est de l'infanterie.

Les détachements de flanqueurs se tiennent à hauteur du gros et restent en liaison avec lui ou avec le corps principal. Leur foi!ce varie entre 1 section et 2 pelotons (1). Ils détachent une pointe et garantissent leur flanc extérieur au moyen de patrouilles et d'éclaireurs.

Les troupes du génie marchent avec la tête, l'artillerie, en avant du gros, et la cavalerie, à la queue du gros,

La pointe et la tète sont de préférence fournis par la cava-

(1) Général^ von Paris.

lerie, mais le jour seulement ; dans les marches de nuit, on doit y employer exclusivement Tinfanterie.

A l'extrême avant-garde se trouve toujours un officier pour diriger le service d'exploration et de reconnaissance. S'il y a beaucoup de voies latérales, la tétey quand la colonne est de Finfanterie, doit s'arrêter de temps en temps pour permettre aux êclairmrs ou flanqueurs de rejoindre l'avantgarde.

Uavant-garde d'une brigade ou d'une division est chargée de la sûreté des flancs de toute la colonne ; les patrouilles qu'elle détache pour explorer les routes latérales s'éloignent à SOO mètres environ et restent en place jusqu'à ce que l'homme laissé au carrefour les avertisse par un signal que la colonne a à peu près défilé et que les éclaireurs peuvent se retirer.

Lorsque plusieurs régiments marchent en colonne à une grande distance l'un de l'autre, chacun forme une avarU" garde (de 1 compagnie ou de 1 escadron) et une petite arrière-garde. L'avant-garde, dans ce cas, est principalement chargée d'assurer les flancs par des patrouilles d'exploration ou des flanqueurs.

L'avant-garde doit se déployer et prendre position à chaque grande halte et en cas d'apparition de l'ennemi.

Le corps principal s'arrête hors de portée des armes à feu, dans une position couverte, toutes les fois que la tête rencontre un obstacle qui exige une longue exploration.

Uarrière-garde, dans un mouvement rétrograde, doit avoir la même force que l'avant-garde dans une marche en avant. Son devoir est de ne pas se laisser serrer de trop près, ni refouler par le corps principal, ni couper de ce corps, et d'explorer avec soin les régions latérales pour éviter

les attaques de flanc inopinées. A cet effet, les détachements de flanqueurs seront plus forts que dans le cas d'une marche en avant.

SerTloe de sûreté en station.

Une colonne qui s'arrête plusieurs jours forme des avantpostes réguliers avec les troupes qui ont le moins souffert.

Ces avant-postes ont pour mission :

1° De préserver de toute surprise les troupes cantonnées ou campées et de résister à l'ennemi jusqu'à ce qu'elles aient pris leur formation de combat ;

â'' De fournir à ces troupes des renseignements sur la position, les mouvements et les projets de l'ennemi.

Ils se composent d'une partie mobile : les patrouilles et les rondes^ et d'une partie fixe, qui comprend les échelons suivants : les vedettes, les petits-postes, \à% grand' -gardes et la réserve d* avant-postes, cette dernière seulement lorsque la troupe à couvrir est d'au moins une brigade (1).

La force des avant-postes varie du 1/4 au 1/6 de l'effectif total de la troupe.

Les petits-postes sont destinés à fournit les sentinelles et à opposer une première résistance en cas d'attaque.

Les grand*gardes ont pour mission de fournir les petits postes, de les appuyer et de les recueillir lorsqu'ils sont repoussés. Elles doivent arrêter Tennemi assez longtemps pour que les troupes en arrière puissent prendre leurs dispositions de combat.

(1) En Allemagne on appelle les grand'gardes, gardes de campagne (feldwachten) et la réserve d'avant-garde, replis,

La réserve des avarU-postes soutient les grand'gardes et leur fournit les renforts nécessaires.

ATant-postes réguliers d*lnftuiterle (1).

Le service des avant-postes se fait par brigade.

Le commandant des avant-postes est d'ordinaire le chef du bataillon chargé du service de sûreté.

Les sentinelles sont généralement accolées par deux et s'appellent alors sentinelles doubles, — En terrain découvert elles peuvent être simples.

Les petits postes ont habituellement la force d'une section et les grand'gardes celle d'une compagnie (effectif suffisant pour fournir 2 petits-postes et les patrouilles de découverte).

Des postes détachés sont souvent nécessaires pour relier S grand'gardes éloignées et pour occuper des points importants en avant de la ligne des sentinelles ou sur cette ligne. Ils sont commandés par 1 officier, 1 sous-officier ou 1 caporal, selon leur effectif, et ils pourvoient à leur sûreté au moyen de sentinelles volantes ou de petites patrouilles. On les tire des grand'gardes ou de la réserve.

La nuit, on les porte au loin, sur les nœuds de communication, pour avertir de l'approche de l'ennemi au moyen de signaux convenus d'avance. Ils remplacent alors avantageusement les patrouilles, qui rendent peu de services dans l'obscurité, de même qu'en pays fourré et fortement accidenté.

Les sentinelles doubles sont placées, en terrain ordinaire,

(1) On les appelle aussi avant-postes de séjour.

à 260 mètres Tune de l'autre et à pareille distance des petits-postes, qui ne doivent pas les perdre de vue. Les grand'gardes sont à 600 mètres en arrière des petits postes, la réserve est à 760 mètres en arrière des grand'gardes et le corps principal est à 1,000 mètres au moins en arrière de la réserve (1),

Placés ainsi les avant-postes peuvent, au moment où Tattaque commence, tenir Tartillerie ennemie à plus de 3,000 mètres du corps principal et donner à ce corps le temps de prendre ses dispositions de combat.

On éloigne les sentinelles à i et 6 kilomètres du gros lorsque celui-ci est composé de trois armes ou lorsque son effectif dépasse celui d'une brigade. Cet éloignement s'obtient en agrandissant de 260 mètres environ la distance entre les petits-postes et les grand'gardes, de 260 à 600 mètres la distance entre les grand'gardes et la réserve des avant-postes, et de 600 à 1,000 mètres la distance entre la réserve des avant-postes et le gros ou corps principal.

Dans les pays fourrés, coupés et montagneux, les distances entre les échelons sont moins grandes.

La durée du service est de 2i heures et le relèvement des avant-postes se fait le matin. Les sentinelles restent S heures en faction. La nuit on peut les rapprocher des petitspostes et réduire la durée de la faction à 1 heure, surtout quand il fait très froid.

Les sentinelles occupent des points culminants ou favorables à l'observation du terrain extérieur. Lorsqu'elles sont

(1) Les distaDces que nous donnons ici diffèrent un peu de celles qui se trouvent indiquées dans la plupart des instructions ; elles ont i^ayantage detre plus faciles à retenir étant des multiples de 250.

doubles, une des deux circule pendant que l'autre reste en station. Les petits-postes s'établissent de préférence près d'un chemin.

^Instruction pratique sur le service de Vinfanterie fran* çaise préconise le dispositif suivant pour les terrains fourrés et très accidentés où les sentinelles sont souvent hors des vues des groupes voisins et du petit^poste :

Remplacer les sentinelles et les petits-postes par des postes de 4 hommes fournis par la grand'garde et commandés par un caporal ou un soldat chef de patrouille; un des hommes est placé en sentinelle à 50 pas en avant des autres. Ceux-ci se couchent et se dérobent à la vue de l'ennemi. Le chef de poste les emploie pour maintenir ses communications avec les postes voisins et avec la grand'garde placée à 300 ou 400 mètres en arrière.

La sentinelle est relevée toutes les heures, les postes toutes les 4 heures.

Les grand'gardes^ dans les deux dispositifs, s'établissent près des débouchés à surveiller ou à défendre, et, s'il n'y en a pas, dans un endroit couvert se prêtant à la défense et, si c'est possible, permettant de voir au loin.

Une moitié de la grand'garde fournit les sentinelles et les petits-postes ; l'autre moitié est chargée du service des rondes et des patrouilles. Les grand'gardes peuvent faire du feu et préparer la soupe, mais avec certaines précautions.

La réserve des avant-postes est composée de 2 compagnies lorsque le service de sûreté est assuré par 1 bataillon. Elle se place au centre, près de la route principale par laquelle l'ennemi peut déboucher. Ses troupes bivouaquent et sont en

communication constante avec les grand'gardes et avec le corps principal. Elles fournissent les patrouilles de reconnaissance,

Les petits-postes forment des patrouilles rampantes de 2 hommes conduits par un caporal ou un soldat chef de patrouille, pour reconnaître ce qui se passe dans un rayon de 800 mètres en avant des sentinelles. Ces hommes marchent l'un derrière Tautre à une assez grande distance pour qu'ils ne puissent pas être tous enlevés s'ils rencontrent une patrouille ennemie ou s'ils tombent dans une embuscade; ils doivent éviter cependant de s'éloigner au point de ne plus se voir et de ne pouvoir plus se soutenir.

Les patrouilles ordinaires, qui vont le matin explorer le terrain aux abords de la ligne des sentiaelles (à 1,200 mètres au plus) sont fournies par les grand'gardes.

Les patrouilles de reconnaissance, qui se portent à une plus grande distance du front et des flancs, sont fournies par la réserve.

Les pcUrouilles ordinaires sont commandées par un officier ou un sous-olBcier, et les patrouilles de reconnaissance, toujours par un officier; elles se font précéder d'une pointe de 2 ou 3 hommes; les plus fortes ont une avant-garde, des flanqueurs et une arrière-garde.

Les rondes sont faites par les commandants des petitspostes et des grand'gardes (ou par des sous-officiers désignés par eux) accompagnés de 1 ou 2 hommes. Devant s'assurer seulement de la manière dont se fait le service, elles ne dépassent pas la ligne des sentinelles et des petitspostes.

Avant-postes irrégiiliers d'infiuiterle (1).

Lorsqu'une colonne de troupes s'arrête trop tard dans la journée pour reconnaître le terrain et placer des ayant-postes réguliers, ou bien lorsque son effectif ne lui permet pas de former un cordon non interrompu de sentinelles, on se contente d'établir des avant-postes irréguliers, A cet effet, l'avantgarde, jouant le rôle de réserve d' avant-postes, détachera en avant, sur les routes, des postes plus ou moins forts et plus ou moins nombreux, suivant l'imminence du danger. Ces postes occuperont les endroits les plus favorables et s'entoureront de sentinelles.

On peut également employer des avant-postes irréguliers, pour occuper un front très étendu, destiné à tromper l'ennemi sur la force des troupes qui lui sont opposées.

Pendant le jour, des patrouilles relient les postes entre eux et se portent au loin. La nuit on les remplace par des postes détachés.

Une troupe ainsi gardée, ne peut pas se reposer avec la même sécurité que si elle était couverte, par des avantpostes réguliers.

Avant-postes réfpiliers de cavalerie.

Les avant-postes de cavalerie sont établis d'après les mêmes principes que les avant-postes d'infanterie.

La force des petits-postes est habituellement d'un peloton et chaque petit-poste détache trois vedettes doubles,

La force des grand'gardes est calculée de manière qu'elles

(1) Où les appelle quelquefois avant-postes de marche.

puissent fournir deux petits-postes et les patrouilles néces* saires.

Un officier supérieur remplit les fonctions de commandant des avant-postes,

La réserve des avant-postes est établie à 2,000 mètres environ du corps principal (qui est campé ou bivouaqué}; les grand'gardes sont à 1,750 mètres de la réserve, les petitspostes à 1,500 mètres des grand'gardes , les vedettes à 750 mètres des petits-postes et à 750 mètres Tune de Taulre (1). Ces distances doivent varier suivant les circonstances. On prescrit généralement de les diminuer pendant la nuit; il est préférable cependant de renforcer les petitspostes à la chute du jour et de déplacer seulement ceux qui sont vas par Fennemi ou qui ne voient pas assez bien.

Le service aux avant-postes est habitaellement de SI heures, et, Ton y fait concourir, autant que possible, les mêmes troupes. Le relèvement se fait le matin.

Les patrouilles se portent au delà des vedettes pour fouiller le terrain, observer Tennemi, recueillir des renseignements sur ses projets et sur ses forces, inquiéter ou entraver ses explorations. Elles se composent de S à 8 hommes, tirés des grand'gardes ou (si elles sont plus fortes) de la réserve des avant-postes ; on met à leur tête un brigadier ou un sous-officier, quelquefois même un officier.

Les rondes, fortes de S hommes, sont conduites par les commandants des grand'gardes et des petits-postes, ou par des officiers et des sous-officiers qulls désignent ; elles

(1) Toutes ces distances sont des multiples de 250. Les deux premières sont doubles et les trois autres triples de celles indiquées plus haut pour les avant-postes d*infanterie.

battent le terrain occupé par les petits-postes et les vedettes, pour s'assurer si le service se fait bien.

Les vedettes sont relevées toutes les 2 heures. Lorsqu'elles sont placées par groupes de 2, Tune d'elles observe, tandis que l'autre parcourt les sinuosités du terrain et assure la communication avec les vedettes voisines.

En terrain très découvert, des vedettes simples suffisent.

Les petits-postes sont établis près d'un chemin, mais jamais en arrière d'un bois, ni en avant d'un défilé. Les chevaux restent constamment sellés et un factionnaire à pied est placé devant le poste.

Les grand'gardes occupent des endroits couverts d'où elles puissent bien observer le terrain environnant. Une moitié de leur effectif fournit les petits-postes ; l'autre moitié est chargée du service des patrouilles et des rondes.

Leurs chevaux doivent également rester sellés. 11 est permis aux hommes d'allumer des feux.

Lorsqu'il est attaqué par des forces supérieures, le commandant d'une grand'garde rallie ses vedettes et ses petits-postes et se retire lentement en disputant le terrain ; au besoin, une partie de la troupe met pied à terre, pour faire le coup de feu.

La réserve des avant-postes, destinée à soutenir les grand'gardes et à leur fournir des renforts, se place près de la route principale par laquelle l'ennemi peut arriver. Elle s'établit au bivouac et se lient en communication permanente avec les grand'gardes et avec le corps principal. Ses chevaux restent sellés. C'est elle qui, d'ordinaire, fournit les reconnaissances qu'on envoie le matin à la recherche de l'ennemi.

Des postes détachés ou postes d'éveil sont quelquefois néces-

saîres pour maintenir ia communication entre deux grand gardes éloignées, plus souvent pour occuper des points importants en ayant ou sur la ligne des vedettes (carrefours, défilés, ponls, etc.) et pour observer à grande dislance, en prenant position sur des points dominants situés soit en avant, soit en arrière des petits-postes. Leur force varie de 3 à IS hommes ; ils sont tirés des grand'gardes ou de la réserve et commandés, suivant leur importance, par un brigadier ou un sous-officier. On les établit à 1,200 ou 1,600 mètres en avant des vedettes, et on les relève toutes les îi heures, comme les petits-postes (jamais la nuit). Les postes détachés se gardent eux-mêmes au moyen de vedettes mobiles ou de petites patrouilles.

Dans une patrouille de 2 ou 3 hommes, les cavaliers marchent les uns derrière les autres, assez rapprochés pour se voir et se prêter un mutuel appui, assez éloignés pour n'être pas tous coupés ou enlevés à la fois s'ils tombent dans une embuscade.

Une forte patrouille détache, à 100 mètres en avant, 2 cavaliers formant pointe, et à la même distance en arrière, 2 cavaliers formant arrière-garde.

Avant-postes irrégnliers de cavalerie

Lorsqu'une troupe en marche s'arrête à la nuit close dans le voisinage de l'ennemi, soit qu'elle avance, soit qu'elle batte en retraite, elle ne peut pas reconnaître assez bien le terrain et elle n'a pas non plus assez de temps pour établir des avant-postes réguliers ou de séjour. Dans ce cas, et alors même qu'elle arriverait plus tôt à l'étape, mais avec la résolution de se remettre en route

le lendemain matin, elle se contente d'établir des avantpostes irréguliers ou de marche. Ces avant-postes sont formés par les troupes qui ont protégé la marche. On se contente alors de pousser sur toutes les routes et sur tous les chemins conduisant à l'ennemi, A»% postes plus ou moins forts, plus ou moins nombreux, suivant l'imminence du danger. Ces postes s'établissent dans les endroits les plus favorables et s'entourent de quelques vedettes rapprochées.

« De petits groupes, composés d'hommes intelligents, sont en outre, à la nuit, poussés au loin sur les chemins par lesquels l'ennemi peut arriver pour attaquer la position, pour la tourner ou pour couper la retraite. Us sont placés de préférence sur les embranchements de ces chemins ; ils restent sans feu, se tiennent cachés et changent fréquemment de position; ils ne sont point liés entre eux » (1).

Les postes et les groupes dont il s'agit sont généralement tirés du gros de l'avant-garde, parce que, après une marche, la tête, la pointe et les flanqueurs sont d'ordinaire harassés de fatigue. Us annoncent au moyen de signaux l'approche de Tennemi et se retirent, par des chemins reconnus d'avance, sur le gros de l'avant-garde qui s'établit dans un endroit convenable pour jouer le rôle de réserve d'avant-postes.

Ces précautions sont suffisantes, parce que, la nuit, l'ennemi ne peut pas, comme le jour, circuler à travers champs, pour s'approcher à couvert et essayer de surprendre les postes de sûreté. Il doit alors généralement

(1) Instruction pratique sur le service de la cavalerie française.

s'avancer par les routes et les chemins, pour ne pas se fourvoyer ou tomber dans une embuscade.

On établit quelquefois des avant-postes irréguliers pour garnir un front étendu avec des effectifs insuffisants ou pour tromper Fennemi sur la force des troupes qui lui sont opposées.

Dans Tun et l'autre cas, de fréquentes patrouilles doivent relier les postes entre eux et parcourir le terrain en avant à de grandes distances.

Mais, alors, il feiut nécessairement que le corps principal se tienne plus sur le qui-vive que lorsqu'il est couvert par une chaîne continue d'avant-postes.

L'Instruction pour renseignement tactique de la cavalerie italienne renferme les prescriptions suivantes sur les avantpostes irréguliess :

« Du côté d'où peut venir l'ennemi, on place des escadrons sur les nœuds des routes, à S ou 3 kilomètres de distance. Ces escadrons détachent chacun à 1,000 ou 1,^00 mètres un ou plusieurs pelotons pour former des grand'gardes. Ces dernières établissent 2 ou 3 petits-postes à 500 ou 800 mètres plus loin, suivant le terrain. Les petits-postes sont relevés toutes les 4 heures (sauf la nuit] et les grand'gardes toutes les 8 heures. »

Ces dispositions se rapprochent plus que celles de l'/nstruction pratique française, de la formation recommandée pour les avant-postes irréguliers par la plupart des tacticiens allemands ; nous leur reprochons d'être difficiles à prendre lorsque, après une forte journée de marche, on arrive tard à l'étape, avec une avant-garde dont la pointe, la tête et les flanqueurs ont besoin de repos. A cause de cela, on appliquera plus souvent le dispositif français que le dispositif italien.

Avant-postes de caTalerle et d'infanterie.

Vlnstmction pratique sur le service de la cavalerie de Tarmée française contient à cet égard les prescriptions suivantes :

Lorsque l'infanterie et la cavalerie concourent en force à peu près égale à la composition des avant-postes, le service des vedettes, petits-postes et grand'gardes est formé pendant le jour par la cavalerie, la réserve étant fournie par les troupes d'infanterie.

Pour la nuit, la cavalerie cède à l'infanterie le service des premières lignes et s'établit à la réserve à son tour. Ce changement devra se faire assez longtemps avant la tombée de la nuit, pour que l'infanterie ait la possibilité de reconnaître le terrain qu'elle doit couvrir.

Quand la cavalerie occupe les premières lignes des avantpostes^ son service est réglé comme si elle opérait isolément.

Les troupes à cheval sont en outre spécialement chargées du service des reconnaissances poussées en avant de la ligne des avant-postes, ainsi que de la liaison avec les postes voisins et avec le corps principal.

Si l'ennemi se présente et attaque, l'infanterie prend position ; les deux armes se prêtent un mutuel appui, la cavalerie cherchant à prendre en flanc les colonnes ennemies et à les charger dès que le terrain le permet.

Lorsque, dans la composition des avant-postes, la cavalerie ne se trouve qu'en proportion numériquement insuffisante pour assurer le service des premières lignes pendant le jour, son rôle se borne à détacher, suivant son effectif, quelques cavaliers dans les postes principaux pour en

explorer les alentours ; la mobilité de ces patrouilles permet de les pousser plus loin que celles de Tinfanterie.

Dans tous les cas, la cavalerie reste chargée de maintenir la communication entre les différents éléments des avant-postes et leur liaison avec le corps principal.

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