ORDRE DE MARCHE DE LA DIVISION
Dne division en marche est couverte au loin par la cavalerie indépendante, à moyenne distance par la brigade de cavalerie du corps d'armée et à distance rapprochée par Favant-garde.
Celle-ci a pour mission d'ouvrir le passage^ de débarrasser la route des obstacles qu'elle présente, d'occuper les positions favorables, de s'en emparer au besoin et d'engager le combat.
Sa force varie suivant le terrain et les circonstances du quart au sixième de l'effectif de la division. Elle comprend généralement 1 régiment d'infanlerie, 1 batterie de campagne et 1 compagnie du génie (1). Ces troupes sont sous les ordres du général commandant la 1'® brigade.
L'avant-garde doit être assez forte pour arrêter et contenir les premières troupes de l'ennemi jusqu'à ce que le gros de la division ait eu le temps de se déployer ; mais il ne faut pas qu'elle ait un effectif qui l'oblige à accepter le combat.
(1) Cette compagnie est chargée de réparer les routes et de fortifier les points les plus importants de la position que doit occuper l'avant- garde.
Nous supposerons dans ce qui suit que la division opère isolément et qu'elle n'ait pour s'éclairer que le régiment de cavalerie qui lui est adjoint.
Ce régiment se portera le plus loin possible et fournira au général les avis et renseignements qu'il recueillira sur le nombre et la force des colonnes ennemies, sur la direction qu'elles suivent, sur leurs intentions probables, et, si l'armée opposée est en position, sur l'étendue de son front, la nature du terrain en avant, etc.
Bien qu'il doive avoir une certaine indépendance, il restera cependant lié à l'avant-garde, pour s'appuyer sur elle, s'il est refoulé par des forces supérieures.
La cavalerie marche généralement en colonne par 4, l'artillerie et les voitures en colonne par 1, l'infanterie et le génie par le flanc, en doublant les files (1). On laisse la gauche et, dans quelques cas, le milieu de la route libre pour la circulation des estafettes.
Les colonnes en marche s'allongent beaucoup lorsque le terrain est diflicile, la chaleur étouffante et le temps très mauvais (vent et pluie ou neige en face). Elles s'allongent également la nuit, et le jour, quand la colonne doit passer un défilé, et en tout temps, quand les troupes n'observent pas une discipline sévère (première condition pour marcher avec ordre et rapidité).
L'allongement est de 1/4 en terrain ordinaire. On en tient compte en séparant les divers éléments de la colonne par des distances telles que l'allongement d'un élément n'ait pas pour effet d'arrêter ou de ralentir l'élément suivant.
Ces distances, dans les marches d'étapes (qui se font loin
(1 Sur les très larges routes, eu colonue par escouade.
de rennemi) sont de 3 mètres entre les voitures, de 7"50 (10 pas) entre les bataillons d un même régiment, de 30 mètres entre les régiments d'une même brigade, de 60 mètres entre les brigades d'une même division, de 240 mètres entre les divisions d'un même corps d'armée, de 12 mètres entre les escadrons et entre les batteries, de 24 mètres entre les régiments d'une même brigade de cavalerie, de 30 mètres entre des batteries et une troupe d'infanterie, comme entre des batteries et une colonne de munitions, de 20 mètres entre 2 colonnes de munitions ou entre une colonne de munition et l'ambulance (1).
Dans les marches de guerre (en présence de l'ennemi), on supprime ces distances et les colonnes n'avancent plus par arme, comme cela se fait dans les marches d'étapes, pour faciliter et accélérer les mouvements. L'infanterie et la cavalerie marchent ordinairement en colonne par peloton (2) et l'artillerie en colonne par section, à 8 pas de distance; toutefois comme ces colonnes obligent à sortir des routes, on ne les emploie guère que dans le voisinage immédiat de l'ennemi, quand la marche de guerre devient une marche de combat.
(1) Ces distances varient d'une armée à Tautre dans de faibles limites. Pour les uniformiser et les rendre plus faciles à retenir, on pourrait adopter les chiffres suivants, qui sont tous multiples du nombre de 5 :
25 mètres entre les bataillons, les escadrons et les batteries.
20 mètres entre les colonnes de munitions et entre celles-ci et Tambulance.
30 mètres entre les régiments d'infanterie et de cavalerie, entre les batteries et une colonne de munitions.
60 mètres entre les brigades, et
240 mètres entre les divisions.
(2) L'infanterie en colonne serrée.
Pour exécuter les marches, on est souvent obligé d'ouvrir des chemins qui s'appellent déouchés de colonnes.
Un bataillon isolé fait l'étape ordinaire (de 22 1/2 kilomètres), en S ou 6 heures, une batterie montée en 4 1/2 ou 6 heures, une batterie à cheval ou un régiment de cavalerie en 3 ou 4 heures.
La vitesse moyenne d'une armée marchant 8 jours de suite n'est que de 15 kilomètres. Par des marches forcées, * on peut dans le même temps atteindre une moyenne de 30 kilomètres, mais c'est le plus grand effort qu'il soit permis de demander à une troupe. Les 16 et 17 décembre 1870, le IX*' corps allemand, allant de Blois à Orléans, a franchi 75 à 82 kilomètres en 33 à 36 heures (1). La même vitesse de marche fut atteinte par la brigade mixte de Skobelew qui, en 1877, franchit 82 kilomètres en 40 heures, après la prise du corps turc qui défe&dait Chipka.
La cavalerie divisionnaire n'est pas dispensée de couvrir l'avant-garde, lorsque l'armée dont la 'division fait partie est protégée au loin par un rideau d'exploration. Ce rideau peut, en effet, être obligé de changer de direction ou de se concentrer pour percer le rideau ennemi.
Dans le premier cas, la division cesse d'être couverte, et, dans le second, il se produit des trouées par lesquelles l'ennemi peut avancer sur la colonne (2).
(1) Manuel de la conduite des troupes^ par le capitaine Cardinal von Widdern.
(2) Général Berthaut.
Nous avons indiqué dans la II" partie comment doit être organisé le service de sûreté qui incombe au régiment de cavalerie divisionnaire.
On suppose la division formée comme suit :
â brigades d'infanterie ayant chacune 2 régiments à 3 bataillons ;
1 régiment de cavalerie à 4 escadrons ;
4 batteries montées ;
1 compagnie du génie;
3 caissons de munitions et 1 voiture d'outils par régiment, formant le train de combat;
1 ambulance divisionnaire ;
1 colonne de munitions pour Tartillerie ;
^ colonnes de munitions pour l'infanterie (1 par brigade) ;
Le train régimentaire, qui comprend les voitures de vivres, de cantinières, de bagages, d'habillement et d'équipement. Ce train suit la colonne de combat à 2 kilomètres au moins et à 10 kilomètres au plus. 11 se ravitaille au convoi administratif des subsistances, qui suit la colonne à une grande distance. Une section cependant de ce convoi (1 jour de vivres) doit être assez rapprochée pour rallier le train régimentaire en une nuit.
L'ordre de marche de la division comprend les échelons suivants : la pointe, la tête ou Yextrême avant-garde, le gros de l'avant-garde, le gros de la colonne ou le corps principal, le train de combat, le train régimentaire et l'arrièregarde,
La pointe de Vavant-garde a pour mission d'assurer la
marche de la colonne dans la direction prescrite, en suivant la roule indiquée, d'examiner avec soin le terrain en avant et sur les flancs et de rendre compte de tout ce qu'elle observe d'intéressant. Elle est composée d'un peloton de cavalerie, qui sert à fournir les patrouilles de liaison avec les colonnes voisines (si la division fait partie d'une armée marchant à l'attaque) ou à éclairer la colonne à une distance de 500 mètres environ, dans le cas où le gros du régiment de cavalerie est obligé de s'écarter de la route pour soutenir les escadrons détachés.
A 500 mètres en arrière,
La tête de Vavant-garde, qui a pour mission d'appuyer, de renforcer et de soutenir la pointe. Elle marche dans l'ordre suivant :
1 compagnie du 1«' bataillon du 1" régiment de l'avantgarde et, à 250 mètres de là, les 3 autres compagnies de ce bataillon suivies de 1/2 compagnie du génie avec sa voiture d'outils.
A 500 mètres en arrière.
Le gros de Vamnt-garde, qui a pour mission de prendre l'oflensive dès que l'ennemi est signalé, d'appuyer ou d» recueillir les échelons qui le précèdent, et de soutenir le combat pendant que le corps principal prend ses dispo* sitions. H comprend les subdivisions suivantes :
1 peloton de cavalerie, pour former les patrouilles de liaison et transmettre les ordres, pour éclairer le flanc, jusqu'à hauteur de la tête de la colonne principale et pour fournir le poste de correspondance qui relie cette colonne à l'avant-garde ;
2*^ bataillon du 1«' régiment; 1 batterie montée (1);
3« bataillon du 1°' régiment avec 3 caissons de munilions et 1 voilure d'outils; 1 demi-compagnie du génie avec 1 voilure d'outils. 1 section d'ambulance;
I peloton d'infanterie, pris dans le dernier bataillon de l'avanl-garde ;
Entre la queue de l'avant-garde et le gros marche le bétail sur pied (pour la consommation de la division pendant 24 heures) el le poste de correspondance. •
A 2,000 mètres environ (2) de la queue de l'avantgarde ,
Le gros de la division ou le corps principal.
II comprend les subdivisions suivantes :
1 peloton de cavalerie, pour éclairer les flancs el fournir les cavaliers que relient entre elles les diverses parties de la colonne;
1*" bataillon du 2® régiment d'infanterie;
3 batteries montées;
2*» et 3*» bataillons du 2« régiment d'infanterie avec 3 caissons de munitions et 1 voiture d'outils;
Le 3" régiment d'infanlerie avec 3 caissons de munitions el 1 voilure d'outils;
Le 4* régiment d'infanlerie avec les mêmes voitures.
(1) Quelques tacticiens proposent de faire marcher la batterie entre les 2 bataillons d'infanterie pour quelle soit plus près de la tête de la colonne.
(2) D'après le général Berthaut 1,000 mètres, d'après les instructions françaises 3,000 mètres.
A 100 mètres en arrière,
L'ambalance divisionnaire, moins la section détachée à Tavant-garde, 1 colonne de munitions d'artillerie, 2 colonnes de munitions d'infanterie et des chevaux haut le pied.
A 800 mètres en arrière,
1! arrière-garde, composée d'une compagnie du 4" régiment d'infanterie et de 1/2 peloton de cavalerie. Elle ne doit avoir que la force nécessaire pour repousser les pointes hardies que la cavalerie ennemie tente quelquefois sur le derrière des colonnes en marche, dans le but d'y jeter du désordre ou.de provoquer une panique. Elle a, en outre, pour mission de ramasser les traînards et d'empêcher que les hommes ne quittent le rang dans l'intention de marauder ou de déserter.
A une distance variable avec la nature du terrain, mais qui ne peut être inférieure à 2,000 mètres,
Le train regimentaire,
A une plus grande distance encore.
Le convoi administratif des subsistances, dont un échelon (1 jour de vivres) doit pouvoir rejoindre le train regimentaire en une nuit (1).
La profondeur totale d'une colonne ainsi formée varie avec l'effectif de ses éléments et les distances qu'on laisse entre eux.
(1) Lorsque les flancs de la division sont couverts par d'autres colonnes, il est avantageux et nullement dangereux de laisser le train regimentaire et le convoi assez éloignés de la queue de la colonne de combat pour qu'ils puissent s'écouler en cas de retraite forcée, sans arrêter ni ralentir la troupe .
Les instructions françaises évaluent, pour une division au complet du pied de guerre, à 17,800 mètres la distance entre la pointe de l'avant-garde et la queue du convoi (1).
En Allemagne, on compte 8 kilomètres pour la longueur d'une colonne de division quand elle a avec elle le premier échelon de voitures des corps (2), 11 kilomètres quand elle a également le deuxième échelon de voitures des corps et 18 kilomètres quand elle a, en outre, le train divisionnaire qui se tient habituellement à une lieue de la colonne.
* En pays couvert et accidenté, Tavant-garde, pour mieux
(1) Le général Lewal estime que la division aura une profondeur de 8,000 mètres en formation simple et de 6,300 mètrei^f en formation doublée (les voitures marchant par deux au lieu de une, et la cavalerie par quatre au lieu de deux). Le corps d'armée aura 22,000 mètres en formation simple et 16,000 mètres en formation doublée, rallongement étant supposé de un quart.
Avec ses impedimenta la division aura en plus une étendue de 2,500 mètres ou de 1,250 mètres, selon que la formation sera simple ou doublée, et le corps d'armée, dans les mêmes conditions, aura en plus 10,000 ou 5,000 mètres.
(2) Ce premier échelon comprend les chevaux à main, les voitures à médicaments, les voitures à cartouches, et le 2^ échelon des voitures des batteries.
Le 2« échelon de voitures des corps comprend les voitures d'étatmajor, de bagages, de cantiniers et de vivres.
Le train divisionnaire comprend :
1 colonne de munitions d'infanterie,
1 colonne de munitions d'artillerie,
1 colonne de vivres^ 1 colonne de voitures du parc, 2 ambulances, et l'équipage de pont divisionnaire (s'il ne doit pas être prochainement employé).
Le 2® échelon et le train divisionnaire forment à peu près ce qu'on appelle en France le train régimentaire.
couvrir la marche du corps principal, envoie, sur les points importants à droite et à gauche de la route, des patrouilles qui observent le terrain environnant pendant le défilé de la colonne et qui se replacent ensuite à la queue.
Si la colonne n'esl pas trop longue, ces patrouilles rejoignent Tavant-garde à la première halle; dans le cas contraire, elles restent à la queue pendant toute la marche.
Lorsqu'une halte a proximité de l'ennemi doit être de quelque durée, on prend des dispositions suivantes qui constituent la halte gardée.
Le gros de ''Tavant-garde fait le service de réserve d'avant-postes, la tête celui de grand' garde, la pointe celui de petit-poste et les éclaireurs celui de sentinelles. On établit, en outre, des postes détachés pour se couvrir en flanc et en arrière.
Une colonne de plus d'une brigade et même une colonne moins forte (quand elle s'est allongée par les difficultés de la marche ou quand l'ennemi est près d'un de ses flancs) doit être protégée par des détachements de flanqueurs. Ces détachements marchent à hauteur du corps principal et suivent autant que possible les chemins latéraux; ils se tiennent en communication avec lui et avec les patrouilles de flanqueurs de l'avant-garde et s'éclairent euxmêmes au moyen de petites patrouilles de 3 hommes qu'ils ne doivent jamais perdre de vue.
Lorsque les détachements de flanqueurs s'éloignent beaucoup du corps principal, on leur adjoint quelques cavaliers pour assurer les communications et transmettre les renseignements.
S'il n'y a pas de chemins latéraux et si le pays est coupé, ils s'établissent sur des points culminants, laissent
défiler la colonne, rejoignent ensuite la queue et profilent de la première halte pour regagner leur place.
Dans les haltes gardées^ le corps principal couvre ses flancs au moyen de postes détachés placés sur des points d'où Ton peut bien observer le terrain.
L'arrière-garde fait demi-tour et exerce sa surveillance dans un rayon assez étendu pour couvrir les derrières de la colonne.
La force de Farrière-garde, lorsque la division bat en retraite, doit être égale à celle de lavant-garde ; son rôle est alors purement défensif.