‹ Tactique de combat des trois armesChapitre 23 sur 55 · IR · texte numérisé non relu

IR

êJR-

Fig. B.

perles dans certaines conditions de terrain. D'un autre côté, les régiments de la 2« division auront plus de chemin à parcourir pour opérer leur changement de front et s'établir parallèlement au crochet défensif de l'ennemi, que s'ils se trouvaient dans le prolongement de la 1" ligne, comme l'indique la figure C. Il y aura donc nécessairement des circonstances oîi il faudra renoncer à faire l'attaque enve-

loppante avec des troupes n'ayant pris aucune part au combat de préparation.

Les mêmes difficultés ne se présenteront pas lorsque le corps d'armée, étant intercalé dans une ligne de bataille, ne pourra attaquer l'ennemi que de front (fig. B).

Dans ce cas, en effet, il suffira de garder en arrière de la l*^*" ligne assez de bataillons de soutien pour renforcer la partie de cette ligne qui devra pénétrer dans la position par le point faible lequel sera tantôt désigné d'avance, tantôt seulement pendant la marche, quand les incidents de la lutte auront permis de le discerner d'une manière sûre.

\2'"77 «5 z "T" 3 z "7" Tz 1/ '\a""77

Fig. C. -J-

Pour tromper l'ennemi, on massera, au début du mouvement, le gros des troupes vis-à-vis du point que l'on ne devra vraisemblablement pas attaquer (l'aile gauche ennemie, par exemple) ; puis, lorsqu'on aura reconnu que le point faible se trouve au centre, entre C et D, on dirigera petit à petit les réserves vers ce point en les dérobant le mieux possible aux vues de l'adversaire. Une partie de ces troupes fourniront des soutiens aux bataillons placés vis-àvis du point faible et à qui l'on n'en aura pas donné, pour dérouter la défense.

Le 3" bataillon du 4<» régiment de la 1" division, les 3" bataillons des l**' et 2« régiments et le 4° régiment de la 2« division, formant la réserve, ne prendront aucune part à l'assaut.

GonsidérationB sur le remplacement de la ligne de combat

et snr les attaques de nnit.

Il résulte de ce qui précède que nous n'approuvons pas là solution radicale proposée par quelques tacticiens et consistant à remplacer pour Tassant final les troupes de préparution par des troupes fraîches appelées troupes de décision. On n'obtiendra pas, en effet, que des bataillons ayant subi de grandes pertes et ressenti toutes les angoisses du combat préparatoire, passent en â'' ligne, pour laisser aux bataillons qui les auront suivis à distance, Thonneur de porter le coup décisif et de cueillir les fruits de la victoire.

La ligne qui aura préparé l'assaut, pourra bien être poussée en avant au moyen de troupes fraîches, mais il faudra renoncer absolument à l'idée de la suppléer et de la relever. Des soldats que la lutte a surexcités et qui brûlent du désir d'en venir aux mains avec l'ennemi, ne se retirent pas du feu.

Ce sont des considérations morales d'un autre ordre, et non moins puissantes, qui nous font repousser les attaques de nuit, recommandées par quelques tacticiens^ comme un moyen sûr de ravir à la défense les grands avantages que lui donnent les nouvelles armes, les retranchements improvisés et l'appréciation exacte des distances.

Déjà, au siècle dernier, on avait préconisé ces attaques en Prusse, mais Frédéric II s'y montra résolument hostile. « Je n'attaquerai jamais, disait-il, la nuit, parce que l'obscu- » rite engendre la confusion et que beaucoup de soldats ne » font leur devoir que lorsqu'on les a sous les yeux et par » crainte des punitions. )>

La situation des troupes assaillantes étant devenue aujour-

d'hui beaucoup plus difficile, lïdée de recourir à Yoffensive de nuit a gagné du terrain et est même soutenue fortement en Allemagne. La nuit, dit-on, a pour effet certain d'annuler en grande partie la puissance du feu, le but étant caché ou peu visible et les distances ne pouvant être appréciées exactement. Le défenseur ne sait pas non plus quelles dispositions a prises l'assaillant, et il se trouve ainsi dans l'impossibilité de donner à sa réserve la direction et la formation nécessaires pour le combattre.

Ces avantages sont importants, mais pour que l'agresseur en puisse tirer parti, il &ut que l'attaque se fasse avec ordre et ensemble. Or, comme le remarque un journal militaire français (1), « l'obscurité rend bien difficile pour l'assaillant la direction du combat ; l'action personnelle des officiers est à peu près annulée, les hommes, abandonnés à euxmêmes, s'abritent, perdent la direction, se rejettent les uns sur les autres, et le mélange des unités, si difficile déjà à empêcher pendant le jour, se produira dans des proportions bien plus fortes et amènera une confusion énorme si l'attaque ne réussit pas. »

11 faudra, de plus, que l'assaillant parcourre un terrain inconnu, ce qui produira de l'hésitation et du ralentis-, sèment dans sa marche et des dislocations dans sa ligne de combat. En outre, le moindre incident fâcheux causera une vive émotion, l'homme étant la nuit beaucoup plus impressionnable que le jour et sujet à d'étranges terreurs que les anciens attribuaient à l'influence du dieu Pan. Il est moins brave aussi et moins résolu que lorsqu'il agit sous les yeux de ses chefs et de ses camarades. Les héros qui opèrent

(3) Le Progrès militaire, no du 6 avril 1881.

dans l'obscurité, quand nul n'est témoin de leurs exploits, seront toujours une rare exception dans l'humanité. Si la grande attaque de nuit faite par les Russes en 1877 contre les forts de Kars a réussi, cela tient surtout à ce que la lune brilla pendant cette attaque du plus vif éclat, que les troupes turques étaient de qualilé bien inférieure aux troupes russes et que le moral des unes avait été fortement ébranlé, celui des autres, au contraire, fortement raffermi par une récente bataille oîi l'armée de Mouhktar Pacha s'était laissé battre à plate coulure.

Selon nous , les attaques de nuit ne pourront réussir que lorsqu'on les fera avec des troupes d'un faible effectif, aguerries, disciplinées, ayant à leur tête des officiers éprouvés.

Ces conditions ne se présenteront pas souvent dans les guerres futures, qui seront de courte durée et soutenues par des troupes dont les plus anciens soldats auront à peine 3 ou 4 ans de service.

V offensive de nuit constitue donc un expédient et non une méthode de combat.

Cependant, lorsqu'on aura affaire à des troupes peu solides, on pourra espérer de grands résultats d'une attaque partielle . exécutée à la fin de la nuit pour profiter, à la pointe du jour, de la terreur et du désordre qu'elle aura produits.

On pourra aussi tenter avec succès une attaque de nuit contre des retranchements armés de canons et précédés de défenses accessoires qu'il serait par trop difficile de détruire en plein jour.

On fera donc bien d'exercer les troupes, en temps de paix, à ce genre d'attaques auquel on peut être obligé de recourir dans certaines circonstances de guerre. (Pour la défense contre l'attaque de nuit, voir Yannexe n*» 16.)

Page 1